sosryko Wrote:Quant aux termes en majuscules, ils désignent des mots-racines (verbes), c'est ça ?
Didier ayant répondu à la plupart de tes interrogations, je me contenterais de confirmer que les termes en majuscules désignent les racines elfiques : l'origine la plus lointaine du mot, par-delà les mots primitifs agrémentés d'un astérisque, lesquels peuvent déjà avoir subi de premières modifications, comme l'ajout d'un suffixe. Ainsi EL- + suffixe *-en + BARATH- + suffixe -ī > quendien primitif *elen-barathī > vieux sindarin *elmbereth > sindarin Elbereth. Ces racines sont souvent mais pas exclusivement verbales.
Pour complexifier encore les choses, Tolkien a généralement considéré que les racines triconsonantiques résultaient généralement de l'extension (de forme et de sens) d'une racine biconsonantique encore plus primitive. Ici, BARATH- (et BARAD-, BARAT-, BARAS-) < BAR-. La différence entre les racines et les mots en quendien primitif est que les racines sont considérées comme une sorte d'abstraction, une forme théorique n'ayant jamais réellement été utilisée, là où les mots en quendien primitifs sont censés être les reconstructions des mots réellement prononcés par les premiers Elfes. Parfois, un mot en quendien primitif peut simplement être une reprise de la racine nue, sans modification.
Hisweloke Wrote:Sur Rómestámo, certes PM/385, mais aussi PM/391 n. 28 "Elsewhere on this page this name is written Róme(n)star (hmm, où ça, sur la page, Christopher, et qu'est ce que tu n'as pas cité, hein ?).
Bien vu, bien vu. Je sens que je vais faire une petite mise à jour de l'analyse. La forme Róme(n)star permet de clarifier la phonologie (et d'exclure plus nettement encore le rapprochement avec aþumo).
Hisweloke Wrote:Fauskanger, Helge, dans son Quettaparma Quenyallo (dernière actualisation en 2013) donne #sámo (þ) noun “helper”, tentatively isolated from Rómestámo “East-helper”, q.v. When initial, st- would normally simplify as s-, for archaic þ-.
Strack, Paul, sur Eldamo à cette entrée déduite, fait le lien avec √THĀ/ATHA.
Je ne suis pas très convaincu par tout ça, mais bon...
En effet, je ne les ai pas cités, car je ne sais pas trop comment m'y prendre avec Eldamo qui peut être mise à jour sans prévenir, mais c'est effectivement la proposition de Fauskanger modifiée par Strack que je conteste sur le plan phonologique, car cela ne colle pas très bien. La forme Róme(n)star, que tu cites, m'inspire une autre possibilité, plus proche de ce que proposait Fauskanger : le -n de rómen serait élidé (divers exemples attestent de la possibilité dans le PE 17) et le deuxième élément aurait la dérivation suivante : q. pr. #stamō > q. þámo > q. ñold. sámo. Dans ce cas, cet élément ne peut en aucun cas dériver de THĀ/ATHA, mais plutôt d'une racine STAM- non attestée (quoique sous-entendue par le q. pr. *stama- « barrer, exclure » > -stan dans sandastan « barrière de boucliers »).
Hisweloke Wrote:Sur aþumo, il faudrait que je vérifie PE22, il me semble qu'il y avait tout un truc avec un autre racine en HATH, et pas mal d'hésitation (ma lecture est imprécise, j'ai juste vérifié les formes sindarine, et vu que c'était pas mal brouillon tout ça.)
De fait, en discutant la signification d'une racine ÞĀ̆/AÞA « être d'accord, consentir, agréer », Tolkien précise (après coup) en note :
[colonne][gauche]Bien que ce sens soit obscurci par les usages de aþa- avec d'autres verbes, il peut être supposé être le plus ancien, à cause de dérivés qui en sont tirés, comme le q. aþea (< aþāya) nom (comme = “bénéfique” ?) d'une herbe [...][/gauche][droite=PE 22, p. 165]Though this sense is obscured in the uses of aþa- with other verbs, it may be supposed to be the earliest sense, be cause of derivatives made from it, such as Q aþea ( < aþāya name (as = 'beneficial' ?) of a herb […][/droite][/colonne]
Et Christopher Gilson signale des annotations marginales ultérieures :
[colonne][gauche]Cela requiert correction. √ATHA = être d'accord, agréer, consentir, octroyer -- assister, se joindre à d'autres [?]. C'est HATHA, q. haþa- qui signifiait traiter avec douceur / rendre facile, (aider à) guérir.
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haþa. q., tel. haþa-, traiter (médicalement). {hathro, hath... >>} haðro, hadro.
Q {asea >>} aþea. traitant [?]. [? utiliser] médicalement, prendre soin [?] . -- {aþumo >>} aþar(o), docteur, mire.
Sind. {gathra. gathur [?] >>} athra. athur [?]. Q. Traiter médicalement. mire, docteur. aþarta, asartar [?].[/gauche][droite=PE 22, p. 165-166 n. 109-110]This needs correction. √ATHA = be willing, agree, consent, grant -- assist, join with others[?]. It is HATHA, Q haþa- that meant treat kindly/make easy, (help to) cure.
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haþa. Q., T haþa-, treat (medically). {hathro, hath... >>} haðro, hadro.
Q {asea >>} aþea. treating[?]. medically [?use], caring[?] . -- {aþumo >>} aþar(o), doctor, leech.
S {gathra. gathur[?] >>} athra. athur[?]. Q. to treat medically. leech, doctor. aþarta, asartar[?].[/droite][/colonne]
L'un dans l'autre, j'aurais tendance à penser qu'on s'éloigne encore plus du sujet, puisqu'on passe d'« aider (& être d'accord) » à « traiter (médicalement) ». Quoiqu'il en soit de l'étymologie finale du sind. athelas et de son éventuel rapprochement avec le q. aþumo, l'élément -stamo possède très vraisemblablement une étymologie différente. Bref, autant appliquer ta suggestion :
Hisweloke Wrote:"Avant de nous pencher plus avant sur l’interprétation de ce dossier, peut-être faut-il nous demander s’il n’existerait pas d’autres suffixe..." = pour moi, tu fais trop long, et là tu t'égares dans une digression qui outre le caractère (par nature des sources) un peu fumeux autour de Rómestámo, Denethor &Cie, coupe ton propos et ne mériterait au mieux qu'une longue note de bas de page. « Début, milieu, fin », l'ami, raconte une histoire sans te perdre (défaut que je connais aussi!) dans la sous-histoire du voisin de pallier de tes personnages principaux
Je prends donc bonne note du conseil et je verrai ce qui mérite réellement d'être gardé. J'avoue que la digression en question est le résultat de l'évolution de l'article, car à l'origine, c'est là que je comptais discuter -meldo, nettement plus important pour la discussion. Au final, j'ai trouvé plus logique d'en parler au cours de l'analyse de Q&E. Je prévoyais aussi parler à cet endroit des formes adûnaïques, mais elles ont fini dans un appendice dédié. Ce qui reste en place est sans doute le moins utile et peut très certainement être comprimé pour passer en note.
Tant qu'à digresser, je vous propose déjà un premier interlude (qui sera donné en appendice de l'article définitif) :
[séparation]
I. Les noms d’Eärendil en noldorin et sindarin
Le nom d’Eärendil est un magnifique exemple de la façon dont le goût phonesthétique de Tolkien se manifestait. Il montre avec acuité la façon dont Tolkien préférait remettre en cause et retravailler sans cesse l’étymologie d’éléments aussi innocents en apparence que les suffixes des noms propres plutôt que de changer un nom qui lui plaisait. Par voie de conséquence, il semble s’être heurté à des difficultés pour définir la forme que pouvait prendre ce nom en « elfique commun », la langue nommée noldorin dans les années 1930–1940, et sindarin à partir des Appendices du Seigneur des Anneaux.
Ce n’est que dans un « Tableau de notation vocalique en noldorin exilique » datant d’environ 1940 qu’on trouve une première tentative de sa part. Au sein d’une série d’exemples en noldorin, figurent successivement Earendel et aearendel (PE 22, p. 40). Par comparaison avec les autres noms qui y figurent, il semblerait que le second puisse être en noldorin exilique archaïque, tandis que le premier serait alors une forme noldorine tardive. Ce serait la seule suggestion qui tendrait à faire d’Earendel un nom noldorin, mais peut-être n’est-ce pas un hasard si « Les Étymologies » s’abstiennent justement de clarifier l’étymologie de ce nom, et ne citent pas non plus la forme Eärendil.
Les notes de Tolkien pour l’appendice linguistique inachevé du Seigneur des Anneaux donnent le nom Gaerennil, et son alternative Gaerdilon dans un premier brouillon (PE 17, p. 17). Ces formes ne sont pas glosées, mais sont manifestement supposées être deux traductions sindarines possibles d’Eärendil. En effet, le texte définitif propose l’équation correspondante « [sind.] Gaerdil, ~dilion = q. Eärendil », ainsi que l’équivalence entre le sind. gaear « Mer ; part[iculièrement] la Grande Mer (de l’Ouest) » et le q. †aire, ëar (PE 17, p. 27).
Cependant, cette tentative semble n’avoir pas été satisfaisante pour Tolkien, ce qui le poussa à élaborer une solution radicale dans « The Shibboleth of Fëanor ». Selon ce texte, le nom d’Eärendil ne fit jamais l’objet d’une traduction en sindarin, mais était occasionnellement glosé Seron Aearon « Amant de la mer » (1). Et pour éviter toute ambiguïté, Tolkien rajouta en note : « Les formes affectées par le sindarin dans les manuscrits, comme Aerendil, Aerennel, etc. étaient occasionnelles et accidentelles » (PM, p. 348, 364 n. 52). En cas d’incertitude persistante, quoi de mieux qu’affirmer l’inexistence de la forme problématique et que se prémunir contre toute velléité de contradiction en l’imputant à l’inconstance de scribes fictifs ?
[séparation]
(1) Pour mémoire, le sind. seron « amant » dérive clairement de la racine SER-, uniquement attestée dans « Les Étymologies » et dont nous avons traité plus haut.
E.


