Dans un autre fuseau, il y a déjà quelque temps, Silmo Wrote:Je l'ai déjà dit à Benjamin en toute amitié, il faut qu'il s'efforce d'être concis. Je lis volontiers ses posts mais pas des messages de 15.000 mots. On en revient toujours à Boileau "ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément :) Faut faire court cher Hyarion, sinon, on te zappe.
Et j'imagine que le grand zappeur que tu es, cher François, sera passé à côté d'un de mes longs messages de l'hiver dernier, dans lequel j'évoquais notamment un tableau de Tintoret. Tant que j'y pense, je reproduit donc ici le passage dudit message correspondant :
Ailleurs sur le forum de JRRVF, en janvier dernier, votre serviteur Wrote:<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1611011548_tintoret_-_le_peche_originel_-_venise_gallerie_dell_academia.jpg" width="769" />
[small]Jacopo Robusti, dit Tintoret ou Le Tintoret (1518/1519-1594).
<i>Le Péché originel</i>, c.1551-1552.
Huile sur toile, 150 x 220 cm.
Venise, Gallerie dell'Academia.[/small]
<big><i>Le Péché originel</i> est un de mes tableaux préférés du grand Tintoret. À défaut de pouvoir me rendre à Venise, j'ai pu le voir à Paris en mars 2018, à l'occasion de l'exposition « Tintoret, naissance d'un génie » au Palais du Luxembourg. Il fait partie des œuvres peintes par l'artiste entre 1551 et 1556, caractérisées par la place essentielle qu'y occupe le nu féminin, dans un contexte de probable concurrence avec Titien, en ce milieu du XVIe siècle. À l'époque, Tintoret n'est pas encore marié, et certains se demandent si les nus féminins de cette période du peintre ne pourraient pas avoir un rapport avec la maîtresse de l'artiste, mère de sa fille Marietta. Il est probable que J. R. R. Tolkien a vu ce tableau, lors de sa visite (matinale) de la Gallerie dell'Academia le 4 août 1955, durant son séjour à Venise avec sa fille : il évoque, dans son journal de voyage, [emphase]“<i>the Tintorettos</i>”[/emphase] comme comptant parmi les tableaux qui l'ont intensément intéressé, ému, ou les deux à la fois, mais sans que l'on sache précisément ce qu'il pensait de tel ou tel tableau en particulier.
J'ai longtemps été intrigué par le regard d'Ève... Un regard si mystérieux, vague, comme dans un rêve... ou un mythe (cela fait penser un peu, en ce sens, à l'effet de la brume dans le film <i>Excalibur</i>, chef d'œuvre de John Boorman). Je n'étais pas certain que les reproductions du tableau dans les livres, que j'avais vues depuis l'enfance, soient fidèles à ce regard, mais une fois enfin devant la toile originale à Paris, j'ai pu constater combien le pinceau du Tintoret avait su effectivement donner cette impression de vague et de mystère, à peu près indescriptible... Chef-d'œuvre.
Adam fait <i>a priori</i> ici figure de repoussoir vis-à-vis du spectateur : c'est hors du tableau, dans le dos du (supposé) premier homme que nous voyons la scène. Ève est, au contraire, une figure d'ouverture, et c'est à peu près au-dessus de sa tête qu'apparait, assez discrètement, celle du serpent. Un détail savoureux ajoute au plaisir que l'on peut avoir à contempler la scène : la nuque d'Adam est halée, alors que la peau de son dos est d'une couleur plus pâle. Le premier homme, qui apparaît ainsi plus dévêtu que nu, est-il vraiment le premier homme, celui qui ignorait le vêtement — au sens le plus prosaïque du terme — avant la Chute ? On a pu voir dans ce détail un élément caractéristique de l'humour un peu impertinent du Tintoret et je suis d'accord avec cette analyse, car si Tintoret était incontestablement catholique, il n'en était pas moins un esprit autonome et audacieux, fin lecteur de la Bible, sans doute notamment en langue dite vulgaire — avant que l'Église catholique n'interdise les traductions du Livre développées sous l'influence de la Réforme protestante. L'humour du Tintoret — que l'on pourra aussi retrouver dans un tableau comme <i>La Princesse, saint Georges et saint Louis</i> (1551), autre chef d'œuvre du maître vénitien conservé à la Gallerie dell'Academia (et également exposé à Paris en 2018) — fait partie des aspects de son art de peintre que j'apprécie le plus.
Un peu plus sérieusement, cette nuque halée d'Adam peut être <i>in fine</i> de nature à relativiser le côté repoussoir du personnage s'agissant du spectateur : ce dernier peut s'identifier à Adam dans le sens où le fruit défendu peut symboliser non seulement la source du Péché originel, mais aussi le choix supposé devoir être celui du chrétien depuis lors, par ce que Tolkien appelle lui-même le [emphase]« mystère du libre arbitre »[/emphase].</big>
[séparation]
Je me permets, par ailleurs, de partager ici une reproduction d'un des dessins du maître Ingres, que j'ai revu avec plaisir (car on ne s'en lasse pas) lors de la réouverture du musée Ingres-Bourdelle de Montauban, il y a déjà environ deux semaines. C'était ma première visite dans un musée depuis presque un an, confinement oblige...
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1623272429_jean-auguste-dominique_ingres_-_baigneuse_etude_pour_le_bain_turc_1861-1862_-_montauban_musee_ingres-bourdelle.jpg" width="369" />
<small>Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).
<i>Baigneuse</i> (étude pour <i>Le Bain turc</i>), 1861-1862.
Graphite sur calque, 23 x 13 cm.
Montauban, musée Ingres-Bourdelle.</small>
[séparation]
<i>Peace and love,</i>
B.

