Elendil Wrote:...cela sent un peu trop son Inquisition moderne...
Moderne ou pas, je ne risque pas d'apprécier cette référence... Jérôme m'avait déjà attribué, de façon très désobligeante, dans un autre fuseau, une « croisade » (« croisade » pourtant totalement imaginaire, soit dit en passant, et donc n'existant que dans son esprit)... alors tu ne vas non plus t'y mettre en essayant de m'associer à présent à l'Inquisition, quand même ? Dans un cas comme dans l'autre, c'est très fort de café, surtout venant de votre part et de l'appartenance religieuse que vous revendiquez tout deux (à des degrés divers). Du reste, et tant que j'y suis, s'agissant ce qui m'avait été dit, dans le même fuseau, sur le fait que je ne saurais pas de quoi je parle quand j'évoque le Dieu personnel des religions du Livre (ou des Écritures), je précise simplement ceci, au passage : si « les sages parlent de ce qu'ils savent » (sentence de Jérôme), je ne peux que leur suggérer de ne pas prendre autrui de haut et de se renseigner sur ce qu'entend ledit autrui quand il emploie certains mots (« religions du Livre », par exemple, expression qui se trouve avoir un sens particulier chez moi) dans les propos qu'il prend le temps de tenir dans une discussion, et ce sera déjà bien pour, éventuellement, essayer de se comprendre mutuellement. Bref, je n'entends pas caricaturer vos positionnements : faites donc un effort pour en faire autant à mon égard. Note que du reste, j'apprécie également dans l'ensemble le ton de ton propre message... alors, après ces quelques mutuelles « politesses » aigres-douces, passons donc à autre chose pour rester, si possible, constructifs.
Comparer, comme tu le fait, Nouvelle École avec l'Humanité est plutôt audacieux : au-delà de l'opposition idéologique frontale entre ces deux périodiques, je vois bien sur le principe (politiquement) ce que tu veux dire, mais les deux publications en question ne jouent tout-de-même pas dans la même cour, même si je ne lis par ailleurs qu'assez rarement aujourd'hui le quotidien qui fut, à l'origine, le journal de Jean Jaurès. Comparer l'Humanité avec le Figaro, par exemple, serait plus juste, de mon point de vue, en termes d'audience visée et de rayonnement public, au-delà des orientations doctrinales propres à ses deux journaux nationaux. Je me suis d'ailleurs posé la question de savoir s'il m'aurait paru, personnellement, moins problématique de voir vos articles publiés dans un dossier du Figaro magazine que dans Nouvelle École. J'ai évoqué ailleurs, il y a quelque temps, un numéro hors-série du Figaro de novembre 2019 consacré à « Jésus Christ cet inconnu » et je pourrais reprendre cet exemple : certes, dans ce cas-là, on savait à quoi on avait affaire, soit à une vision religieuse sous couvert d'étude scientifique, dans une perception essentiellement dominicaine d'ailleurs, vision très largement compatible avec le lectorat conservateur chrétien du Figaro, mais au moins cette vision religieuse avait-elle quelque-chose à voir avec une sorte d'intérêt général plus ou moins grand-public, le public visé fut-il plutôt cultivé. Avec Nouvelle École, c'est une toute autre chanson, avec une audience visée a priori très spécifique, et une orientation doctrinale au caractère nettement plus clivant que ce conservatisme disons « classique » (pour ne pas dire « bourgeois ») dont le Figaro est plus ou moins l'organe de presse attitré en France depuis le XIXe siècle. Ceci dit, si l'article de Jérôme (le seul que j'ai lu) avait paru dans le Figaro, je ne cache pas que j'aurai été tout-de-même bien tenté d'inclure cette parution dans un mouvement d'appropriation religieuse de Tolkien déjà nettement observé, depuis quelques années, dans la presse ouvertement confessionnelle. Et j'aurai pu, en tout cas, sans doute y trouver une dimension d'appropriation idéologique conservatrice, ayant dès lors forcément une dimension plus ou moins politique. Car, que vous le vouliez ou non, quand vous publiez quelque-chose quelque-part, il peut toujours y avoir tout ou partie du contexte de la publication qui peut politiser votre acte, que vous le vouliez ou non, simplement parce que l'on écrit pour être lu. Il vaut donc mieux, en la matière, me semble-t-il, bien savoir ce que l'on fait avant le faire, si jamais la question se pose de ne pas dévoyer l'objectif de partager des connaissances sur J. R. R. Tolkien. Or ici, à l'évidence, la question s'est posée, avec les réactions que tu as pu constater, fut-ce à l'échelle de notre (tout) petit milieu.
En ce qui concerne les éléments contenues dans la partie de ta réponse au Dragon Didier, merci pour le partage d'informations concernant le contexte selon ton point de vue : cela permet au moins d'y voir un peu plus clair s'agissant de tes intentions, et de ce que tu penses du directeur de la publication de Nouvelle École. Que dire de plus, pour ma part, à propos de ce dernier ? Comme j'ai déjà pu l'écrire en privé à Jérôme l'année dernière, vu « de gauche » (en général), Alain de Benoist est un intellectuel très « à droite », sinon carrément d'extrême-droite, quoique je doute toutefois qu'il soit très facilement classable selon les critères politiques conventionnels (*). Son point de vue « racial » ethno-différencialiste (une forme « soft » de racisme, à mes yeux), sa vision essentialiste des rapports entre hommes et femmes, et son rejet de principe de l'universalisme constituent typiquement le genre d'idées que je n'aime pas, parce qu'elles flattent en particulier tous les préjugés plus ou moins « conservateurs » et « identitaires » dont les nationalismes « virils » font notamment leur miel noir. Quant à l'orientation doctrinale de la revue elle-même, je ne peux que rappeler que « la droite » ou du moins celle qui se voudrait a priori « vraiment de droite », la droite extrême, l'extrême-droite, le monarchisme à la Maurras, le conservatisme religieux et anti-moderne (quelle que soit la religion ou plus largement la spiritualité dont il se réclame, y compris le « néo-paganisme » à la Benoist), les nationalismes, le « traditionalisme » plus ou moins essentialiste et sexiste, les racismes divers et variés appliqués à l'histoire de l'Europe, etc., ne sont pas (du tout) ma tasse de thé... même si « mon » socialisme (un socialisme universaliste à l'occidentale, inspiré de William Morris, de Jean Jaurès, de Léon Blum, et par ailleurs sans prétention à détenir la « Vérité ») est tout autant incompatible avec le pseudo-antisexisme et le pseudo-antiracisme « décolonial » ou « woke » dont certains se réclament aujourd'hui « à gauche » (en faisant hélas beaucoup de bruit médiatique, même si tout de même quelques livres bienvenus – notamment Racée de Rachel Khan, dont je recommande la lecture – sont heureusement là pour apporter un peu d'air frais dans un contexte général étouffant).
Pour autant, mon positionnement philosophique et politique étant rappelé (depuis le temps, ça va sans dire... mais ça va tout de même mieux en le disant), faut-il fuir le débat argumenté ? Sur le principe, je pense que non, mais encore une fois, tout dépend du contexte dans lequel on intervient, et sur le terrain de qui on choisit de s'aventurer. Personnellement, tant d'un point de vue intellectuel que politique, A. de Benoist me fait l'effet de quelqu'un qui joue sur les deux tableaux, ce pourquoi il peut sans doute s'enorgueillir de publier des gens qui sont d'un avis différent du sien, car in fine c'est essentiellement lui qui me parait en tirer bénéfice en termes d'image, sur fond de Kultur Kampf. Et s'agissant de la revue elle-même, A. Berger ne s'en cache pas, si j'en crois ses déclarations indiquées par Sosryko : il parle de Tolkien comme d'un « auteur catholique, un anarchiste de droite, profondément touché par le sentiment de nature », « apprécié par-delà la gauche » (comme si la réception dudit Tolkien par la contre-culture aux États-Unis dans les années 1960-1970 était la seule qui serait significative, ce que l'on sait être inexact, même si Vincent [F.] aime bien insister sur cette réception-là), et dont il conviendrait de parler davantage « dans le monde des idées dites de droite », etc. Au moins, c'est clair quant au but affiché, mais il s'agit donc bien d'aller sur le terrain idéologique revendiquée par la revue... terrain qui, à mon sens, va autrement plus loin dans l'orientation idéologique qu'un Figaro ou qu'une Revue des Deux Mondes (autre référence de la presse héritée du XIXe siècle, également conservatrice, et dont le propriétaire est encore aujourd'hui, pour mémoire, Marc Ladreit de Lacharrière, protagoniste bien connu du « Penelopegate »... mais c'est une autre histoire... ;-)...). Bref, personnellement, comme je l'ai écrit à Jérôme l'été dernier, les orientations doctrinales de la revue d'A. de Benoist m'interdiraient d'y contribuer si jamais on me le proposait, car c'est vraiment beaucoup trop « à droite » pour moi... et sans doute l'est-ce aussi pour quelqu'un se réclamant de Tocqueville au jour d'aujourd'hui à mon humble avis, d'où mon évocation d'un paravent dans le cas où l'on ne jouerait pas forcément cartes sur table sur ce que l'on pense vraiment. S'agissant du fond du sujet (tolkienien), contribuer à ce type de publication est, en tout cas, à mon sens incompatible avec la vision ouverte que j'ai de l'appréhension de l'œuvre de Tolkien, c'est-à-dire une vision qui n'essentialise pas cette œuvre (en particulier religieusement, mais aussi politiquement) d'une part, et une vision qui n'essentialise pas le réel en se servant de ladite œuvre (sous couvert de la servir) d'autre part. Voila pourquoi j'ai parlé de goût un peu amer (et j'aurai pu mettre des guillemets à « un peu », vu que le goût est plutôt amer tout court), dans mon précédent message... et sachant que, d'autre part, Didier a fait, durant ces dix dernières années, beaucoup de choses pour des personnes qui ne pensent pas forcément comme lui, au nom d'un centre d'intérêt supposé commun, voila pourquoi je comprends aussi, sur le principe, la réaction grinçante exprimée par Hiswelókë en privé.
Je ne connais cependant pas le détail de tes conversations privées avec les uns et les autres, étant (comme par hasard, et ce n'est pas nouveau) le seul à mettre les choses sur la table publiquement, mais saches que j'ai bien reçu ton post-scriptum personnel envoyé par courriel. Il me rappelle les mises au point que je me suis parfois senti obligé de faire, en privé et en public, quant mes propres sentiments ou à ma propre histoire personnelle et familiale, face à des personnes qui, encore aujourd'hui pourtant, semblent avoir du mal à comprendre mon (modeste) point de vue dans le cadre des échanges ayant eu lieu ici et ailleurs. Je regrette que cela puisse te faire sans doute un peu violence d'avoir dû faire cela, notamment par écrit, mais cela me parait être, d'un autre côté, le signe d'une nécessité, parfois, de ne plus se contenter de tous ces non-dits qui, à mon avis, ne font qu'empoisonner les rapports entre les personnes, à force d'être, in fine, plus ou moins la norme (peut-être que la tolkienophilie a tendance à attirer les esprits « pudiques » [crypto-victoriens ? ^^'], je ne sais pas, mais la pudeur ne doit pas pour autant, à mon sens, devenir synonyme de non-implication dans les échanges : nous sommes tous, de toute façon, des êtres humains, faillibles et imparfaits, comme je le dit souvent, alors autant l'assumer, sans surjouer la « discrétion » quand il importe avant tout d'être compris, autant que possible).
J'expédie ce message un peu en catastrophe, après une journée de travail par forte chaleur et avant un déplacement par voie ferroviaire un peu lointain (le premier depuis des mois) : je ne sais pas si j'ai été très clair, ni si je serais bien compris... mais bon, encore une fois, pour réemployer les mots de Merlin, déjà cité plus haut : « It is done. »
B.
(*)Il ne m'a échappé qu'A. de Benoist avait voté pour Méluche lors de l'élection présidentielle française de 2017, mais loin d'y voir une évolution politique de ses idées comme tu sembles le faire, j'y vois bien plutôt une conséquence du côté « attrape-tout » du mélenchonisme...
[séparation]
EDIT (13/06/2021): tout confidentiel qu'il soit en matière d'audience, le présent forum reste un endroit public, et à trop vouloir « compenser » les non-dits des autres, je finis par (beaucoup) trop parler moi-même (et par trop parler de ma petite personne d'ailleurs au passage, ce qui n'est pas le but à la base)... De retour de voyage, j'ai donc corrigé ce qui devait l'être dans le présent message, en supprimant des éléments relevant trop de la vie privée, qu'il s'agisse de la mienne ou de celle des autres.
EDIT 2 (14/06/2021 & 17/06/2021): corrections de fautes d'orthographe et de syntaxe.
EDIT 3 (29/06/2021 & 30/06/2021): nouvelles corrections de fautes (on ne se relit jamais assez).

