Hyarion Wrote:Comme tu sembles l'avoir compris, c'est un emprunt à The Water of the Wondrous Isles de William Morris, via la traduction française de Francis Guévremont : sans vouloir trop en dire publiquement ici, disons qu'entre un lieu « morrissien » et le lieu de l'antre du Dragon, j'avais trouvé une certaine correspondance à l'occasion d'un certain pastiche borgésien, et que le nom a fini par rester dans l'usage. ;-) J'avoue d'ailleurs ne pas avoir trouvé mieux que la traduction de Guévremont pour ce nom de lieu, alors que son choix pour le nom de l'héroïne du romance de Morris en question, nom certes très joli, m'avait paru un peu trop éloigné de l'original pour être repris dans une analyse, ce qui m'avait poussé à proposer modestement une autre traduction que j'estime plus proche du sens me semble-t-il voulu par Morris, tout en conservant autant que possible l'élégance de l'original (cf. la citation liminaire de mon article pour Fantasy Art and Studies n°4, p. 11, si cela t'intéresse, et auquel cas ton avis est le bienvenu).
Je me souviens en effet de cette nouvelle que j'avais trouvé fort amusante, quoique intrigante quant aux éventuelles correspondances réelles des personnages secondaires. Je pensais en revanche que le nom de la Male-Selve était antérieur.
Quant à ta traduction, elle me semble idéale du point de vue du sens, et peut-être même plus réussie encore que le nom forgé par Morris, car la proximité phonétique avec « oiselle » et « demoiselle » crée des échos dont bird me semble dépourvu. C'est incomparablement plus adéquat que la traduction Petite-Grive. (NB : Je n'ai pas lu le roman, il y a donc peut-être d'autres aspects qui m'échappent.)
Hyarion Wrote:Au point où nous en sommes, peut-être pourrais-tu partager ici ton sentiment général sur la revue dans son ensemble, vu que tu sembles en avoir reçu un exemplaire ? Je t'avoue que je ne compte pas en acquérir un moi-même (pas plus certainement que le Dragon).
Faute de temps, je reprendrai juste quelques éléments que j'ai relevés :
Hors dossier Tolkien :
- Bibliographie de Nouvelle Ecole : principalement centrée sur les travaux d'Alain de Benoist et les traductions de ceux-ci dans toutes les langues possibles et imaginables. Gros dossiers sur Carl Schmitt et Ernst Jünger (passons pour Jünger, dont j'ai apprécié les quelques livres que j'ai lus et notamment Sur les falaises de marbre, mais en association avec Schmitt, on peut se dire que ce sont plus ses opinions politiques de l'entre-deux-guerres qui semblent avoir justifié sa présence). J'ai commencé par là et je me suis demandé où j'allais arriver...
- Konstantin Verykios, « L'évaluation par Kondylis des théories sociales en fonction des critères de la notion culturelle et philosophique de la guerre » : ç'aurait été très intéressant, mais à la condition de déjà très bien connaître l'oeuvre des grands sociologues du XXe siècle en général et celle de Kondylis en particulier, ce qui n'est pas du tout mon cas.
- Baptiste Rappin, « Quand Pierre Legendre rencontre Martin Heidegger » : le connais très mal l'oeuvre du second et pas du tout celle du premier, mais c'était instructif, didactique et nuancé, bref, réussi.
- Jean Haudry, « Les noms des dieux, des héros et des rituels » : en-dehors des contributeurs au dossier, c'est le seul des auteurs d'article dont je connaissais (partiellement) les travaux, et j'ai d'ailleurs une opinion franchement mitigée à son sujet. Cela dit, rien de provocateur et de discutable comme sa thèse « hyperboréenne » (qu'il semble cependant toujours considérer valable), mais présentation que j'ai trouvée un peu confuse, en dépit d'éléments ponctuellement intéressants et démontrant (assez logiquement) une grande érudition linguistique.
- Terry Bismuth & Dominique Vibrac, « L'empereur Constantin entre paganisme et christianisme » : traite un sujet finalement méconnu, dont il propose une conclusion nuancée après avoir fait une large revue de la littérature historique, mais j'ai trouvé que c'était quand même assez fouillis.
- Francis Moury, « Bellum Dei » (compte-rendu) : j'en garde un souvenir plus flou que le reste, quoique j'aurais tendance à dire que c'était plutôt intéressant dans l'ensemble ; a donné envie de lire le livre.
- Francis Moury, « Le Japon, héritier de la Grèce antique ? » (compte-rendu) : très nettement biaisé, puisque l'influence communiste sur les mouvements intellectuels dans le Japon du XXe siècle est presque entièrement passée sous silence, tandis que Yukio Mishima se voit attribuer une place très (trop ?) importante ; le livre critiqué a l'air intéressant.
- Michel Lhomme, « Une autre hispanité » : plus une pièce de caractère qu'une critique à proprement parler ; étonnant.
L'un dans l'autre, c'est assez loin des caricatures qu'on pourrait se faire pour un magazine réputé être proche de l'extrême-droite. Il n'y a guère que la Bibliographie qui m'a semblé franchement orientée et la seconde critique de Moury qui m'a fait tiquer. Le reste aurait pu paraître dans une revue tout ce qu'il y a de plus banal. D'ailleurs, si l'antisémitisme ou la haine des Arabes doivent être considérées comme des constantes de l'extrême-droite, je suis bien forcé de signaler que je n'en ai pas vu la moindre trace, même subliminale.
Dossier Tolkien :
- Onfroy Charpentier, « Des racines aux ramures : Tolkien ou l'Arbre-Monde de l'imaginaire » : pas grand-chose de particulier à signaler pour une présentation d'ensemble très correcte ; utile pour les non-spécialistes. Je me serais bien passé d'une référence à Jean Mabire : quitte à citer un auteur français appréciant Tolkien, j'aurais préféré que soit cité Julien Gracq, quand même.
- Armand Berger, « Tolkien le philologue et la “res germanica” » : très appréciable dans l'ensemble ; j'ai particulièrement aimé les références aux thèses dirigées par Tolkien, un aspect assez rarement abordé à ma connaissance.
- Mon article, « A l'origine des langues elfiques : quendien primitif et proto-indo-européen » : à le relire, j'en reste satisfait (ce n'est pas toujours le cas).
- Jérôme Sainton, « L'unité spirituelle catholique du légendaire tolkienien : l'exemple du libre arbitre » : je suis heureux d'avoir lu cet essai très réussi, car je n'imaginais pas que la forme puisse être aussi différente de la contribution correspondante en ces lieux.
- Walter Aubrig, « Tolkien et la question de la technique » : J'aurais bien une ou deux remarques relatives à la première partie de cet essai, mais la comparaison avec Heidegger me semble particulièrement bien vue, et je regrette surtout que les parallèles avec Jünger n'aient pas été poussés plus loin.
- Oronzo Cilli, « Lectures françaises de Tolkien » : très détaillé et permettant utilement de relativiser les supposées opinions anti-françaises de Tolkien. Dommage qu'il n'ait pas discuté plus en détail les appréciations de Tolkien sur ces lectures, car le fait qu'il ait beaucoup lu n'est pas forcément une preuve qu'il ait apprécié : je me souviens fort bien de sa démolition méthodique des thèses de Jusserand dans Beowulf and the Critics, cité juste en passant. C'est d'autant plus regrettable que c'était possible, comme le prouve l'analyse de l'opinion que Tolkien avait de Belloc.
- Armand Berger, « Bibliographie de John Ronald Reuel Tolkien (1910-2021 » : fort bien rédigée ; je n'ai repéré qu'un ou deux oublis mineurs (outre la question des textes linguistiques, dont je regrette l'absence, même si elle est assumée).
J'ai trouvé le dossier dans son ensemble très satisfaisant, en-dehors de quelques ajouts apparemment faits par le service d'édition de Nouvelle Ecole, notamment des résumés du Hobbit et du SdA qui contenaient plusieurs erreurs factuelles. Dommage...
EDIT : L'un dans l'autre, je peux dire que j'ai été surpris (plutôt positivement) par l'absence totale d'articles liés aux thèmes politiques actuels. Nouvelle Ecole semble plus traiter de questions mythologiques, historiques, sociologiques, philosophiques et littéraires, et ce dans une perspective d'ensemble, plutôt qu'en se focalisant sur les points chauds de l'actualité. Le format annuel de la revue n'est sans doute pas étranger à cela. Dans ce cadre, on peut dire malgré tout que cette revue fait preuve d'une orientation indéniable, peut-être pas tant du fait de chaque article pris individuellement (hors la Bibliographie de N.E. et la critique pré-citée, encore une fois) que par la sélection d'ensemble, qui n'aborde aucun auteur ou thème spécifiquement marqué « à gauche ». Cela semble être une constante, si j'examine les titres des dossiers principaux de la dernière décennie.
Pour autant, si le présent numéro peut être considéré comme représentatif, les thèmes traités semblent dans l'ensemble traités honnêtement, sans prises de positions « extrêmes » et sans diabolisation des positions « adverses ». Finalement, ce qui m'a probablement le plus déplu dans ce numéro, c'est encore l'éditorial d'A. de Benoist, qui manifestement projette sur Tolkien ses propres prédilections, notamment lorsqu'il parle d'influence superficielle du catholicisme sur Tolkien en se basant sur l'article de Jérôme, alors que ce dernier s'attache brillamment à démontrer le contraire sur la question du libre-arbitre. Sur ce point, les lecteurs du magazine jugeront par eux-mêmes.
E.

