Elendil Wrote:Hyarion Wrote:Comme tu sembles l'avoir compris, c'est un emprunt à The Water of the Wondrous Isles de William Morris, via la traduction française de Francis Guévremont : sans vouloir trop en dire publiquement ici, disons qu'entre un lieu « morrissien » et le lieu de l'antre du Dragon, j'avais trouvé une certaine correspondance à l'occasion d'un certain pastiche borgésien, et que le nom a fini par rester dans l'usage. ;-) J'avoue d'ailleurs ne pas avoir trouvé mieux que la traduction de Guévremont pour ce nom de lieu, alors que son choix pour le nom de l'héroïne du romance de Morris en question, nom certes très joli, m'avait paru un peu trop éloigné de l'original pour être repris dans une analyse, ce qui m'avait poussé à proposer modestement une autre traduction que j'estime plus proche du sens me semble-t-il voulu par Morris, tout en conservant autant que possible l'élégance de l'original (cf. la citation liminaire de mon article pour Fantasy Art and Studies n°4, p. 11, si cela t'intéresse, et auquel cas ton avis est le bienvenu).
Je me souviens en effet de cette nouvelle que j'avais trouvé fort amusante, quoique intrigante quant aux éventuelles correspondances réelles des personnages secondaires. Je pensais en revanche que le nom de la Male-Selve était antérieur.
Quant à ta traduction, elle me semble idéale du point de vue du sens, et peut-être même plus réussie encore que le nom forgé par Morris, car la proximité phonétique avec « oiselle » et « demoiselle » crée des échos dont bird me semble dépourvu. C'est incomparablement plus adéquat que la traduction Petite-Grive. (NB : Je n'ai pas lu le roman, il y a donc peut-être d'autres aspects qui m'échappent.)
La proposition « Petite-Grive » de Guévremont m'a paru être un choix tout-à-fait personnel du traducteur, notamment dans la mesure où je n'ai pas identifié d'association de l'héroïne du romance de Morris à un oiseau particulier dans le récit (sauf erreur de ma part, s'agissant de la grive, celle-ci fait d'ailleurs seulement l'objet d'un hapax dans le texte original : il est en effet question de merles et de grives [“blackbirds and thrushes”] chantant le matin dans un verger à la fin du chapitre VII de la deuxième partie, mais sans que cette évocation « décorative » très passagère, à ce seul moment-là du récit, ait le moindre rapport particulier avec l'héroïne et son nom)... d'où mon choix de traduire “Birdalone” par « Seuloiselle », en restant ainsi autant que possible au plus près des intentions de l'auteur. Merci en tout cas pour ton appréciation dudit choix : depuis trois ans que l'article a été publié, personne ne m'avait encore donné son avis. ^^'
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Elendil Wrote:Hyarion Wrote:Au point où nous en sommes, peut-être pourrais-tu partager ici ton sentiment général sur la revue dans son ensemble, vu que tu sembles en avoir reçu un exemplaire ? Je t'avoue que je ne compte pas en acquérir un moi-même (pas plus certainement que le Dragon).
Faute de temps, je reprendrai juste quelques éléments que j'ai relevés :
[...]
L'un dans l'autre, c'est assez loin des caricatures qu'on pourrait se faire pour un magazine réputé être proche de l'extrême-droite. Il n'y a guère que la Bibliographie qui m'a semblé franchement orientée et la seconde critique de Moury qui m'a fait tiquer. Le reste aurait pu paraître dans une revue tout ce qu'il y a de plus banal. D'ailleurs, si l'antisémitisme ou la haine des Arabes doivent être considérées comme des constantes de l'extrême-droite, je suis bien forcé de signaler que je n'en ai pas vu la moindre trace, même subliminale.
[...]
L'un dans l'autre, je peux dire que j'ai été surpris (plutôt positivement) par l'absence totale d'articles liés aux thèmes politiques actuels. Nouvelle Ecole semble plus traiter de questions mythologiques, historiques, sociologiques, philosophiques et littéraires, et ce dans une perspective d'ensemble, plutôt qu'en se focalisant sur les points chauds de l'actualité. Le format annuel de la revue n'est sans doute pas étranger à cela. Dans ce cadre, on peut dire malgré tout que cette revue fait preuve d'une orientation indéniable, peut-être pas tant du fait de chaque article pris individuellement (hors la Bibliographie de N.E. et la critique pré-citée, encore une fois) que par la sélection d'ensemble, qui n'aborde aucun auteur ou thème spécifiquement marqué « à gauche ». Cela semble être une constante, si j'examine les titres des dossiers principaux de la dernière décennie.
Pour autant, si le présent numéro peut être considéré comme représentatif, les thèmes traités semblent dans l'ensemble traités honnêtement, sans prises de positions « extrêmes » et sans diabolisation des positions « adverses ». Finalement, ce qui m'a probablement le plus déplu dans ce numéro, c'est encore l'éditorial d'A. de Benoist, qui manifestement projette sur Tolkien ses propres prédilections, notamment lorsqu'il parle d'influence superficielle du catholicisme sur Tolkien en se basant sur l'article de Jérôme, alors que ce dernier s'attache brillamment à démontrer le contraire sur la question du libre-arbitre. Sur ce point, les lecteurs du magazine jugeront par eux-mêmes.
Merci pour le partage de tes impressions. Effectivement, à te lire, la revue en question semble en tout cas éviter de s'aventurer sur le terrain de l'actualité politique et des polémiques associées, sans pour autant cacher son orientation idéologique. Le fait qu'il s'agisse d'un périodique annuel doit influencer les choix éditoriaux, j'en conviens avec toi.
J'avoue que je ne suis pas surpris que Heidegger soit convoqué dans cette publication : peut-être est-il plus facilement susceptible de l'être qu'ailleurs, du moins à ce qu'il me semble, mais bon, il est vrai que sa contribution philosophique à la critique de la technique est importante. Éternelle question concernant ce penseur : peut-on faire l'impasse sur sa contribution à la philosophie sachant ce que l'on sait du positionnement idéologique de l'homme ? Cela me rappelle que dans À la première personne (dont j'ai déjà parlé dans un autre fuseau), exprimant son regard personnel, Alain Finkielkraut a écrit des choses intéressantes sur Heidegger, sa pensée, sa critique de la technique et de la modernité, sur son concept de Gestell, et bien entendu sur son antisémitisme et son adhésion au nazisme : pour Finkielkraut (cf. chapitres V et VI notamment), il y eut ainsi d'abord un choc, philosophique (positif) avec une œuvre majeure, et puis ensuite un scandale, irréductible, incompressible, celui d'un engagement funeste et ô combien condamnable pour un régime génocidaire, [emphase]« car s'il y a scandale, c'est précisément parce que l'œuvre est grande, c'est-à-dire éclairante »[/emphase] a fortiori sur l'époque actuelle, écrit-il notamment, tout en confiant avoir été frappé en plein cœur par les passages ouvertement antisémites des Cahiers noirs dont il a pu prendre connaissance.
Pour le reste, tout aura été dit, selon le point de vue de chacun...
Juste une dernière remarque sur un dernier point :
Elendil Wrote:Dossier Tolkien :
- [...]
- Oronzo Cilli, « Lectures françaises de Tolkien » : très détaillé et permettant utilement de relativiser les supposées opinions anti-françaises de Tolkien. Dommage qu'il n'ait pas discuté plus en détail les appréciations de Tolkien sur ces lectures, car le fait qu'il ait beaucoup lu n'est pas forcément une preuve qu'il ait apprécié : je me souviens fort bien de sa démolition méthodique des thèses de Jusserand dans Beowulf and the Critics, cité juste en passant. C'est d'autant plus regrettable que c'était possible, comme le prouve l'analyse de l'opinion que Tolkien avait de Belloc.
[...][/*]
En sus de ton article et de celui de Jérôme, en voila un autre auquel il aurait été intéressant d'avoir également accès ailleurs que dans Nouvelle École... Ceci dit, je suppose qu'O. Cilli s'est appuyé sur les références françaises listées dans son ouvrage Tolkien's Library: An Annotated Checklist, auquel cas j'avoue ne pas y avoir trouvé de quoi forcément beaucoup relativiser cette francophobie/gallophobie de Tolkien que l'on se plait tant à minimiser en France (à mon avis, pour des raisons pas particulièrement objectives, y compris en ces lieux). Certes, je veux bien reconnaître que Tolkien n'était pas forcément obsédé par une haine de la France et de la langue française, mais je n'ai jamais lu un seul argument vraiment décisif en faveur d'un constat franchement inverse, sachant qu'à mes yeux il ne suffit pas, par exemple, d'affirmer que Tolkien était ami avec Louis Bouyer, sur des bases d'ailleurs finalement assez minces (d'accord, ils se sont connus et ont pu sympathiser entre catholiques, mais delà à parler d'amitié... franchement, ce n'est pas si évident que cela)... À mon humble avis, disons qu'au mieux le monde francophone n'intéressait que très modérément Tolkien, en comparaison d'autres espaces linguistiques et culturels.
Ce que j'avais surtout remarqué, en parcourant l'Annotated Checklist, c'est l'ancienneté des éditions référencées (comme si les auteurs français n'avaient produit des choses éventuellement intéressantes pour Tolkien que jusqu'au XIXe siècle, ou à peu près), la relative absence de goût de Tolkien pour la littérature française en général et en particulier pour les contes de fée français des XVIIe et XVIIIe siècles (pourtant longuement cités par O. Cilli dans son livre, qui mentionne notamment scrupuleusement tous les volumes d'une édition ancienne du Cabinet des Fées), l'attention apparemment extrêmement forte, sinon exclusive, dudit Tolkien pour les ouvrages d'intérêt linguistique et/ou philologique (pas de surprise sur ce point, évidemment), et un ensemble de lectures françaises supposées qui correspondent en fait à des œuvres officiellement signalées aux étudiants dans un contexte universitaire (en tant que professeur, jusqu'à quel point Tolkien les a-t-il lui-même recommandées, en supposant qu'il les aient toutes lues ?)...
Quant à l'opinion que Tolkien avait de Hilaire Belloc (lequel, franco-britannique, est d'ailleurs un cas un peu particulier), je suppose que tu fais allusion à ce dont a parlé Joseph Pearce dans son article “Belloc versus Tolkien: Two Views of Anglo-Saxon England”, plusieurs fois publié et signalé sur divers sites (chrétiens conservateurs) ces dernières années (dont celui du journal de l'Augustine Institute où officie Pearce) ? O. Cilli en parle-t-il aussi de son côté ?
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Le temps me manque, encore cette nuit, pour évoquer comme il se doit le dernier séminaire estival de la Tolkien Society... Je tâcherai de le faire dès que possible, d'autant plus que si le site de la TS propose heureusement, sur la page dédiée, des présentations et/ou résumés des interventions faites lors des deux jours de conférences, il se trouve que le résumé de l'une de ces interventions (celle de Christopher Vaccaro) est curieusement manquant, remplacé en fait par un texte n'ayant rien à voir avec le sujet exposé lors du séminaire...
B.

