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The Nature of Middle-earth (J. R. R. Tolkien ; Carl F. Hostetter, éd.)
#16
Elendil Wrote:Peut-être d'ailleurs que cela ne l'arrangera guère d'apprendre que The Nature of Middle-earth contient manifestement un certains nombre d'essais de Tolkien qui traitent plus ou moins directement des thèmes qu'il a dit vouloir aborder dans sa monographie, mais bon...

C'était à craindre, de toute façon... Dans l'absolu, aucune nouvelle publication de ou sur Tolkien n'arrange actuellement mes affaires, sur la forme plus que sur le fond : contrairement peut-être à d'autres, je n'ai pas de « grande théorie » à vérifier continuellement, notamment face aux « précieux inédits » de l'écrivain, mais disons que tenir compte de tout ce qui se publie ne peut que retarder indéfiniment ma propre conclusion sur mon objet d'étude, même si, à choisir, je préfère toutefois, en matière d'agenda, avoir à tenir compte de The Nature of Middle-earth plutôt que de la série télé « Le Seigneur des anneaux » d'Amazon Prime (plus tard elle sortira, celle-là, et mieux cela vaudra)...

Toujours est-il qu'il se trouve que, du côté du réseau de Mark Z., j'ai déjà pu voir passer ce mois-ci quelques « bonnes feuilles » du livre édité par Hostetter, des extraits diffusés par un certain Édouard K. sur son wall FB ainsi que sur celui de la World Elvish Language Association dépendant dudit Édouard K., a.k.a. EJK : on a pu ainsi apprendre quelques petites choses, par exemple à propos des chats sauvages de Númenor (p. 334), de la modeste hauteur (environ 900 mètres) de la montagne Meneltarma à Númenor (p. 324) ou des chaussettes et chaussures de Gandalf qui étaient bleu ciel (p. 193), ou bien encore à propos de la très longue gestation de la mère de Feänor avant d'accoucher de lui (12 löar ou années, si j'ai bien compris !), etc. Précisons que, la diffusion des extraits en question étant publique, en principe même un Elendil jadis ostracisé par EJK devrait pouvoir y accéder.

Elendil Wrote:J'ai traduit une longue note du texte IV « Échelles temporelles » pour mon propre essai ; son contenu devrait intéresser Hyarion pour ses propres recherches.

Merci pour cette traduction, dont j'ai pris connaissance il y a déjà quelques jours.
Dans le message auquel renvoie ton lien, tu parles de la note en question (p. 19-20 du livre) comment étant une « première version » (?) et comme étant « la plus complète » : je suppose qu'elle est plus complète... plutôt pour ton objet d'étude, car il semble y manquer des éléments que l'on trouve dans le texte censé figurer dans les pages précédentes, en l'occurrence apparemment à la page 16 pour ce qui est de la note de l'autre version du texte diffusée par EJK le 5 août dernier : https://www.facebook.com/edouard.kloczko...8281973291

[colonne][gauche=J.R.R. Tolkien, The Nature of Middle-earth (Carl F. Hostetter, éd.), p. 16, note.][...] To speak of Quenya: “love”, which Men might rather call “friendship” or even “liking” (but for the greater warmth, strength, and permanency with which it was felt by the Quendi) was represented by words derived from √mel. Emel (or melmë, a particular case) was primarily a motion or inclination of the fëa [soul/spirit], and therefore could occur between those of the same or of difference sexes. In itself it included no sexual (or rather procreative) desire; though naturally in Incarnates a difference of sex altered the emotion, since sex is held by the Eldar to belong also to the fëa [soul/spirit], and not solely to the hröa [body], and is not therefore wholly included in procreation. Sexual desire (for marriage and procreation) was represented by the term yermë; but since this did not occur normally without melmë on both sides the relations of lovers before marriage, or of husbands and wives, were often described also by melmë. [/gauche][droite=J. R. R. Tolkien, The Nature of Middle-earth (Carl F. Hostetter, éd.), p. 16, note (traduction de votre serviteur). ][...] Pour parler du Quenya : « amour », que les Hommes pourraient plutôt appeler « amitié » ou même « sympathie » (sans la chaleur, la force et la permanence plus grandes avec lesquelles il était ressenti par les Quendi [Elfes]) était représenté par des mots dérivés d'√mel. Emel (ou melmë, un cas particulier) était principalement un mouvement ou une inclination de la fëa [âme/esprit], et pouvait donc se produire entre ceux du même sexe ou de sexe différent. En soi, il ne comportait aucun désir sexuel (ou plutôt procréateur) ; bien que naturellement chez les Incarnés une différence de sexe modifiait l'émotion, puisque le sexe est considéré par les Eldar comme appartenant également à la fëa [âme/esprit], et pas uniquement au hröa [corps], et n'est donc pas entièrement inclus dans la procréation. Le désir sexuel (pour le mariage et la procréation) était représenté par le terme yermë ; mais comme cela ne se produisait pas normalement sans melmë des deux côtés, les relations des amants avant le mariage, ou des maris et épouses, étaient souvent décrites aussi par melmë.[/droite][/colonne]

Que penser de tout cela (en dehors des « trips » tolkienophiles religieux à la Joseph Pearce) ? J'avoue ne pas être particulièrement « édifié » par tout cela. Que de sophistication mythographico-linguistique simplement pour essayer, dans un contexte censé être fictionnel, de faire la part des choses entre amour, amitié, désir sexuel, procréation et amour conjugal... On ne risque pas de trouver cela chez Robert E. Howard, ou Clark Ashton Smith, ou même William Morris (et c'est très bien comme cela). Si l'on ajoute ce dont j'ai pu prendre connaissance à travers d'autres « bonnes feuilles » de The Nature of Middle-earth et ce qu'en ont retenu quelques commentateurs, je tend à être conforté quant à mes impressions déjà anciennes après avoir notamment lu « Laws and Customs among the Eldar » dans HoMe X : les préoccupations de Tolkien en matière d'amour, de mariage et de sexualité, appliqués à cette sorte d'idéal humain « élevé » voire « supérieur » qu'il imaginait à travers ses Elfes, font aussi bien penser au victorianisme qu'aux moralistes chrétiens du haut Moyen Âge occidental (Ve-XIe siècles)... Des lectures médiévales à flux continu, conjuguées à la mentalité de l'époque dans laquelle il a lui-même grandi : voila peut-être là le secret du fameux « médiévalisme-pas-comme-les-autres » que l'on se plait parfois à attribuer à Tolkien pour toujours mieux insister sur sa singularité... même si un écrivain démiurge soucieux de sexualité under control au nom de valeurs religieuses ne me parait pas être, sur ce point particulier, d'une originalité folle, a fortiori en songeant à d'autres membres des Inklings comme C. S. Lewis.
Une chose me frappe en tout cas, déjà constatée et donc se confirmant : Tolkien jouissant (si j'ose dire) de sa liberté de subcréateur pour notamment définir ce qui doit relever, selon lui, plus ou moins de la « normalité » en matière de [emphase]« désir sexuel (pour le mariage et la procréation) »[/emphase], cela tend à donner finalement un aspect d'utopie sexuelle aux sociétés elfiques imaginées par lui. Pour les amoureux de la cohérence au sein du monde secondaire, cela cadre sans doute bien avec l'idéalisme moraliste (discutable) animant spécifiquement le mythographe dans le façonnement de ses êtres elfiques, êtres dont la place au sein de l'univers inventé d'Arda apparaissait en ce sens (comme à d'autres égards) plus centrale que n'importe quel autre peuple imaginaire propre audit univers, malgré notamment la familiarité que l'on peut éprouver notamment vis-à-vis des Hobbits.
Me laissera-t-on donc enfin conclure là-dessus, après avoir si longtemps « feuilletonné » la publication d'« inédits » ? Et à part la partie cachée de la correspondance de l'écrivain, que reste-t-il donc de vraiment significatif encore à publier ?

Elendil Wrote:Il semble malheureusement que d'autres textes non disponibles en avant-premières puissent l'intéresser aussi. Toujours dans la Première Partie, les essais IX, XI-XII, XV-XX ont des titres qui laissent présager qu'ils traitent eux aussi de ces questions, sans parler de l'intriguant chap. II « Sexe et genre » de la Deuxième Partie (Tolkien précurseur des études de genre ?) et d'un extrait (indéterminé pour l'heure) du « Statut de Finwë et Míriel » en guise de chap. XVI de cette même partie.

Tant pis, que veux-tu, il va bien falloir vérifier tout ça... Merci pour le repérage des références. Le plus pénible avec Tolkien, honnêtement, c'est de devoir passer autant de temps à décoder ce qu'il y a derrière la sophistication linguistique : au bout d'un (long) moment, je ne comprends pas comment on peut continuer à se passionner pour ce genre de jeu de piste... a fortiori si, culturellement, tous les chemins finissent, si j'ose dire, par mener à Rome...

Elendil Wrote:...sans parler de l'intriguant chap. II « Sexe et genre » de la Deuxième Partie (Tolkien précurseur des études de genre ?)

Tolkien précurseur des études de genre : ce serait amusant, et je ne serais pas surpris d'ailleurs que cela soit quelque-chose de plus ou moins fantasmé par certains tolkienophiles adeptes d'une lecture de l'œuvre basée, entre autres possibilités, sur la théorie queer (dont il a du reste beaucoup été question lors du dernier séminaire estival de la Tolkien Society)... mais en l'occurrence non, rien ou pas grand-chose de tel dans le chapitre en question malgré son titre, du moins si j'en crois les deux modestes pages constituant tout ledit chapitre diffusées par EJK chez Mark Z. (p. 175-176) : il s'agit d'un court texte, semble-t-il assez tardif (datant possiblement des environs de 1968), où il y est essentiellement question de grammaire elfique, de pronoms, notamment du pronom quenya « se » pouvant aussi bien signifier « il » ou « elle »... Bref, il y a là sans doute de quoi intéresser les lambendili, voire certes éventuellement des tolkienophiles adeptes d'une certaine écriture inclusive (?), mais a priori guère au-delà : https://www.facebook.com/eldalambe/posts...2497917400
En fait, c'est donc plutôt dans d'autres textes de The Nature of Middle-earth, comme celui dont j'ai rapidement traduit un extrait plus haut, que l'on pourra trouver des considérations plus ou moins « genrées », et notamment relevant de ce que l'on appelle aujourd'hui l'hétéronormativité (éventuellement au grand dam de certains, je suppose)... On verra bien, en tout cas, ce qu'il en est précisément lors de la publication de l'ensemble du livre, en principe dans les prochains jours.

Peace and love,

B.
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