Hyarion Wrote:(...) ne « cartographie » pas trop ta matière, (...)
Étrange réflexion. Demandes-tu au peintre de poser son pinceau à peine quelques touches de couleur posées sur la toile vierge ? Au compositeur de taire sa symphonie après les quelques notes introductives ou l'ébauche d'un thème ? A l'écrivain de ne pas développer ses personnages et ses drames ? Je ne suis rien de cela (ni ce peintre, ni ce musicien - quant à l'écrivain putatif, c'est un rimailleur de pacotille, dirait un Dongann farceur)... Mais tout autant, tu ne peux demander à l'inventeur de langues, certes une activité excentrique, une étrange passion insolite, souvent incomprise quand elle n'est pas décriée (qui ne se justifie depuis peu - tout en se normalisant malheureusement - dès lors qu'elle soutient un projet de film ou de série, dans un monde utilitariste qui n'en finit de vouloir du concret et du résultat), de poser ses mots, d'affiner une nouvelle fois son lexique, 25 ans après le premier mot ? Serait-ce si différent ? Et comment définir ta "fortuite poésie initiale" ? En 50 mots ? 235 mots ? 813 mots ?
Je ne peux y répondre. Je ne peux que citer mes pensées nocturnes - en sélectionnant ce que j'en cite... d'abord parce que c'est intime, mais aussi parce que ce serait trop long.
« [emphase](...) J'avais délaissé les gens d'Almaq (...) Je crois que j'entendais leur voix, que je sentais gronder leur monde au loin, bien que chaque fois que mon attention se portait sur ce dernier, il me semblait changé - comme si le temps là-bas aussi passait et que s'enchaînaient des événements que je ne maîtrisais ni ne comprenais. Drôle de pensée ! (...) Alors, tant qu'à faire un effort sur le dictionnaire sindarin, autant qu'ils en profitent aussi ! (...) J'aurais voulu qu'ils me transmettent bien plus que huit cent mots, peu ou prou. Que les Muses sont inconstantes et volages ![/emphase] »
Crois-tu, « [emphase]tandis que j'entrais laborieusement le vocable de mes vieux lexiques [/emphase] », '« [emphase]qu'aucun nouveau mot ou sens ne se soit manifesté ? Avec la
compréhension soudaine du concept exact (...) tout à la joie du terme - ou du thème ? - perdu et retrouvé, faisant corps avec l'âme de la Cité...[/emphase] »,
« [emphase]A un moment, m'est venue cette idée (...) incongrue, (...) une proposition radicale : Étudier, dans l'absolu, les langues de Tolkien n'a strictement aucun intérêt. Ce n'est pas davantage lui rendre hommage que d'essayer de les faire vivre en les utilisant. Corollaire : tout texte sur les langues elfiques ou à propos d'elles, par nécessité auto-référentiel, est pratiquement vain. (...) S'il faut lui [= J.R.R. Tolkien] rendre une quelconque sorte d'hommage - je ne parle ici que d'apprécier ce versant particulier de son œuvre -, alors il faut faire sien le "Vice Secret".[/emphase] »
Je pose ça là et je te laisse méditer

Hyarion Wrote:(...) Et attention aux expressions du genre « baroud d'honneur » : entre nous, ça sent un peu le sapin... et/ou la peur de ne plus rien avoir à faire après. (...)
J'assume complètement l'expression et la métaphore guerrière. Je la revendique comme un plan de bataille. Baroud, last stand, ou alembeneth se arvadh. La dernière fois, idéalement, qu'un Dragon se penche sur le sindarin. Parce que l'Après doit être Autre, et toujours se réinventer. Je te laisse méditer aussi

Didier.

