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Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques
#37
Je ne sais pas s'il est encore temps de te faire des retours et de discuter des questions abordées ici ?

Lecture (enfin) faite voici déjà :

Quote:(...) conçu comme un surnom les Elfes attribuèrent à Finrod Felagund (...)

→ « conçu comme un surnom que les Elfes attribuèrent à Finrod Felagund »

Quote:Le cas de -(n)dil est un peu plus complexe, car ce terme est associé à des dérivés de différents genres dans « Les Étymologies » et au nom abstrait níle « intérêt spécial ou amour pour » dans « Common Eldarin: Noun Structure » (6). Toutefois, l’ensemble des noms propres en -(n)dil est de genre masculin, à l’image du suffixe v. angl. -wine et il est probable qu’à l’époque de la rédaction des « Étymologies » Tolkien ait considéré que -nil et -dil soient de simples réductions des suffixes manifestement masculins -nildo et -dildo, dont la forme longue n’est jamais employée. Cette restriction n’étant guère justifiée, Tolkien forgea par la suite quelques noms collectifs incluant manifestement les deux sexes, notamment les q. Nendili « Amants de l’eau », un surnom attribué aux Teleri (WJ, p. 411) et Elendili « Amis des Elfes », un terme appliqué aux Fidèles de Númenor (PE 17, p. 18) (7). En revanche, un autre nom collectif formé sur le même modèle semble explicitement masculin, puisqu’il s’agit de la fraternité des Uinendili, un surnom appliqué à la Guilde des Aventuriers, rassemblant les plus braves marins de Númenor (CLI, II/2). Dans ce contexte, la terminaison -(n)dilmë, exclusivement attesté dans le nom féminin númenórien Vardilmë (CLI, II/2), semble être formée à partir du suffixe -(n)dil, plutôt que dérivée directement de la racine (N)DIL. Tolkien semble avoir implicitement résolu la difficulté en considérant que la forme -(n)dil, originellement neutre, vint par habitude à être considérée plutôt masculine, au moins parmi les Hommes, suscitant en compensation la création d’une nouvelle forme féminine.

→ parler des Yavannildi ?

Pour ma part, je ne suis pas convaincu par un parallèle avec le grec, en ce qui concerne NDUR-, NDIL- (ok pour MEL-, YER- // philía, érōs).

Ce que tu avais écrit avant la parution de The Nature of Middle-earth m'avait semblé très bien formuler la nuance (prépondérante ou davantage récurrente) entre NDUR- & NDIL- :

Quote:-(n)dil correspond plutôt à une disposition intérieure, là où -(n)dur représente plutôt une relation externe, liée au statut social ou à la profession

Je trouve que ça rejoint bien ce que tu nous as ensuite donné à lire :

[citation=The Nature of Middle-earth, p.20]√ndil est idéalement comparé avec l’anglais –phile, dans Anglophile, bibliophile, etc. ou en particulier avec phil(o) comme dans philosophie ou philologie. Il exprimait un sentiment de préoccupation particulière, de soin ou d’intérêt pour les choses (comme les métaux), ou les créatures inférieures (comme les oiseaux ou les arbres), ou les processus de pensée et d’enquête (comme l’histoire), ou les arts (comme la poésie), ou les groups de gens (comme les Elfes ou les Nains). Ainsi Elednil > Elendil « amant des Eldar » ou Elen-dil « des Étoiles », Eärendil « amant de la Mer », Valandil « amant des Valar ». Il peut être appelé « amour », parce que si [1] sa source principale était une préoccupation pour des choses différentes de soi en tant que telles, elle incluait une satisfaction personnelle dans la mesure où [2a] cette inclinaison [v.o. inclination] faisait partie du caractère inhérent de l’« amant » et que l’étude ou le service des choses aimées étaient nécessaires à son accomplissement.

ndur semble originellement avoir fait référence aux dévotions et aux intérêts d’un genre moins personnel : à [2b] la fidélité et à la dévotion dans le service, produites par les circonstances plutôt que de manière inhérente au caractère. Ainsi un ornendil était une personne qui « aimait » les arbres et qui (sans doute en plus de les étudier pour les « comprendre ») ressentait un transport particulier pour eux, mais un ornendur était un gardien d’arbres, un forestier, un « homme des bois », une personne concernée par les arbres « professionnellement », pourrait-on dire. [...][/citation]

[1] = composante fondamentale de l'amour (et de la Faërie) chez Tolkien.
[2a] = nuance de √ndil = implication de la personne dans son être, dans son inclination et son accomplissement.
[2b] = nuance de √ndur = attachement de la personne, dans sa fonction, son rôle.

Et si la personne est unifiée, si elle s'implique toute entière dans sa tâche, on comprend, philosophiquement aussi bien que philologiquement, que la distinction puisse s'estomper ...
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