Elendil Wrote:Je préciserais que j'ai aussi écouté la suite du poème symphonique [Also sprach Zarathustra de Richard Strauss], qui ne m'a guère plus dans l'ensemble, comme l'essentiel de la musique de Strauss, à laquelle je reste globalement imperméable. C'est certainement la raison pour laquelle je n'avais jamais dû écouter ce morceau.
J'ai, en fait, pour ma part, déjà évoqué ailleurs, l'année dernière, les pages musicales de Richard Strauss que j'apprécie le plus (des extraits de l'opéra <i>Salomé</i> op. 54), même si ce n'est pas un compositeur que j'écoute forcément beaucoup, mais je note au passage, en guise de préambule, que même sur le terrain d'un centre d'intérêt commun pour la musique dite classique, nous avons décidément des goûts assez différents, Elendil. Je repense en particulier à ce que tu as écrit dans un autre fuseau, là encore l'année dernière :
Ailleurs, l'année dernière, Elendil Wrote:...dans l'ensemble je trouve Mahler plus intéressant que Debussy.
Il se trouve qu'en ce qui me concerne, je dirais que c'est plutôt l'inverse, même si cependant j'apprécie les symphonies de Gustav Mahler, en particulier sa <i>Symphonie no 5 en do dièse mineur</i> (et tout particulièrement le célèbre quatrième mouvement de cette symphonie, <i>Adagietto</i> en fa majeur que j'aime beaucoup). Or s'il peut m'arriver d'écouter quotidiennement de la musique de Claude Debussy (<i>Prélude à l'Après-midi d'un faune</i>, « Clair de lune » et autres pièces pour piano de la <i>Suite bergamasque</i>, « La Fille aux cheveux de lin » et autres pièces pour piano des <i>Préludes</i>, <i>Syrinx</i> pour flûte solo, etc.), cela sera moins le cas avec Mahler, mais cela ne m'empêchera pas, cependant, d'écouter à d'autres moments, parfois plusieurs fois de suite, de grandes œuvres symphoniques très appréciées comme <i>Schéhérazade</i> de Rimski-Korsakov, certaines grandes pages orchestrales des opéras de Richard Wagner, ou certains concertos et symphonies de Mozart que j'aime beaucoup...
Elendil Wrote:Quelle n'a pas été ma surprise ce soir d'entendre à la radio les premières mesures d'Also sprach Zarathustra, poème symphonique de Richard Strauss, et de me dire : « Mais c'est la musique de Conan ! » Vérification faite, l'originalité de Poledouris est réelle, mais j'ai quand même l'impression qu'il fait une allusion très marquée au début de ce poème symphonique dans ce passage. Curieusement, je n'ai vu aucune remarque à ce sujet, à tel point que j'en viendrais à douter si je n'avais pas écouté et réécouté les deux à la suite une bonne demi-douzaine de fois.
Pour élaborer l'ambiance et le contexte émotionnel de son film, long métrage conçu comme étant nettement plus musical que dialogué, John Milius a étroitement travaillé avec Basil Poledouris, mais parce que l'on part toujours de quelque-part, Milius avait à l'esprit un certain nombre de références « classiques » au préalable en matière de musique : Richard Wagner, Igor Stravinsky, Sergueï Prokofiev et Carl Orff. Peut-être pourrait-on rajouter éventuellement Richard Strauss, notamment en raison de la thématique « nietzschéenne » supposée commune entre son poème symphonique <i>Ainsi parlait Zarathoustra</i> (<i>Also sprach Zarathustra</i>) op. 30 et le <i>Conan</i> de Milius (très éloigné du Conan de Howard, et même sans rapport profond avec la pensée de Nietzsche de mon point de vue). Poledouris connaissait forcément l'œuvre de Strauss, mais pour ma part, j'avoue que je ne vois pas vraiment de parenté évidente s'agissant de la musique elle-même ou du film de Milius plus généralement, sinon que l'introduction d'<i>Ainsi parlait Zarathoustra</i>, bien connue pour avoir été utilisée par Stanley Kubrick pour son film <i>2001, l'Odyssée de l'espace</i>, pourrait éventuellement assez bien illustrer la scène d'introduction du film de Milius à la gloire du façonnement de la fameuse épée d'acier par le père du héros <b>(*)</b>.
Généralement, la musique de Poledouris pour le film de Milius me marque précisément par son originalité, et par le fait qu'elle existe par elle-même, au point (me concernant) de ne pas forcément d'ailleurs toujours l'associer au <i>Conan</i> de Milius à l'écoute, comme je peux associer, en comparaison, plus spontanément la musique de H. Shore aux films de P. Jackson par exemple <b>(**)</b>. L'originalité se perçoit même aussi dans l'utilisation explicite que Poledouris fait d'une musique médiévale espagnole du XIIIe siècle (<i>Las Cantigas de Santa Maria</i>) dans un des morceaux (“The Tower of Set”) composés pour le film. Mais si je devais cependant faire des parallèles avec des œuvres du répertoire dit « classique », j'en ferais surtout avec les <i>Carmina Burana</i> de Carl Orff (1935-1936) et avec la musique composée par Sergueï Prokofiev en 1938 pour le film <i>Alexandre Nevski</i> de Sergueï Eisenstein, musique de film à partir de laquelle Prokofiev a écrit une cantate pour mezzo-soprano, chœur et orchestre : <i>Alexandre Nevski</i> op. 78. Le cinquième mouvement de cette cantate de Prokofiev, « La bataille sur la glace », a précisément été utilisé pour la bande-annonce originale du film de John Milius lors de sa sortie en salles, mais au-delà dudit film de Milius, je trouve la musique de ce mouvement suffisamment howardienne dans l'expression pour être digne du Conan d'origine, même si Howard était déjà mort (certes depuis peu) lorsque Prokofiev composa sa cantate.
- <b>Sergueï Prokofiev, <i>Alexandre Nevski</i> op. 78 - V. « La bataille sur la glace »</b> :
- https://www.youtube.com/watch?v=2B5T-5_eFM4 (Claudio Abbado, London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus)[/*]
J'avoue qu'il m'est assez difficile de trouver dans le répertoire dit « classique », et dans une période antérieure à la mort de Howard en 1936, une musique qui me fasse particulièrement penser à l'univers de fantasy de l'auteur. Dans sa correspondance avec Lovecraft (dans une lettre des environs de septembre 1933, plus précisément), Howard signale qu'il a eu l'occasion d'écouter à la radio, depuis le fin fond de son Texas natal, des œuvres de Richard Wagner, Ludwig van Beethoven et Franz Liszt, entre autres. Si je devais citer une œuvre qui peut me faire, parmi d'autres, penser à Howard, ce serait <i>les Planètes</i> op. 32 (1914-1917) de Gustav Holst, œuvre orchestrale et en partie chorale qui a déjà été maintes fois évoquée sur le forum de JRRVF. Outre le célèbre premier mouvement de ces fameuses <i>Planètes</i>, “Mars, The Bringer Of War”, dont les accents guerriers peuvent aisément se prêter à l'évocation de scènes de bataille aussi bien howardiennes que tolkieniennes, j'avais évoqué notamment, dans un autre fuseau, l'année dernière, les accents mystiques de “Neptune”, septième et dernier mouvement du poème symphonique de Holst, accents auxquels me faisait penser une certaine musique venue d'Almaq — et interprétée, a-t-on dit, par Yann Caraye et le Miskatonic Ensemble ;-) —, mais en fait, la musique du mouvement “Neptune, the Mystic” des <i>Planètes</i>, dès ses premières mesures jouées par les instruments à vent de l'orchestre, me fait d'abord généralement penser, entre autres, à un récit particulier de Robert E. Howard : non pas à une histoire de Conan le Cimmérien, mais à une histoire du roi Kull de Valusie, <i>Le Coup de Gong</i> (<i>The Striking of the Gong</i>, 1928), courte nouvelle méditative proposée en son temps par Howard à la revue <i>Argosy</i>.
- <b>Gustav Holst, <i>The Planets</i> op. 32 - VII. “Neptune, the Mystic”</b> :
- https://www.youtube.com/watch?v=Qb2QrsN9UYo (Herbert von Karajan, Berliner Philharmoniker, RIAS Kammerchor)
- https://www.youtube.com/watch?v=h_L0HtIGpyQ (William Steinberg, Boston Symphony Orchestra, New England Conservatory Chorus)[/*]
Amicalement,
B.
<b>(*)</b> <small>Au passage, en ayant eu l'occasion de voir, le mois dernier au cinéma, le film <i>The Northman</i> de Robert Eggers, je me permets de signaler que si le film en question m'a paru correct d'un point de vue cinématographique et que, comme on dit, il se laisse regarder, parfois même comme une sorte de documentaire sur la vie quotidienne des Vikings (du moins est-ce plutôt ainsi que les choses m'ont paru par moments être présentées, que l'exactitude historique soit ou non au rendez-vous), j'ai pour ma part été très frappé par les nombreuses citations visuelles que le cinéaste fait du <i>Conan</i> de Milius dans son propre film, au point que j'estime personnellement qu'il y en a <i>in fine</i> un peu trop (même s'il semble que ces nombreuses citations soient plus ou moins assumées par Eggers, d'après un entretien qu'il a accordé [je ne sais plus à quel média])...</small>
<b>(**)</b> <small>Pour mémoire, et malgré les adresses en ligne qui changent au bout d'un certain temps au point de s'y perdre parfois un peu [j'ai redirigé les anciens liens dont je me suis rappelé, dans d'anciens messages du présent forum], une sélection de morceaux de la musique de Poledouris composée pour le <i>Conan</i> de Milius (“Theology/Civilization”, “The Search”, “The Orgy”, “The Funeral Pyre”, “Battle of the Mounds (part. 1)”, “Orphans of Doom/The Awakening”) est toujours écoutable sur le site de la radio France Musique : https://www.radiofrance.fr/francemusique...-2-4595000</small>

