En guise de bonus, voici un petit appendice que je consacrerai à l'analyse du nom Yavannildi. C'est sans doute le dernier livré ici avant ma conférence, car si j'ai maintenant bouclé la révision de la partie proprement linguistique de mon travail, il me reste à réviser (et sans doute plus qu'initialement prévu) les conclusions que j'en tire à divers titres, sans parler de la traduction du tout, qui commence à être d'une longueur assez conséquente :
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III. Les demoiselles de Yavanna
Le court essai « Of Lembas », que Christopher Tolkien estime être daté entre 1951 et 1959, mentionne le terme Yavannildi (sind. Ivonwin), glosé « demoiselles de Yavanna » (PM, p. 403–404, cf. p. 405 n. 3). S’il est permis de s’interroger sur la signification exacte du nom quenya (1), son équivalent sindarin est manifestement un mot composé des sind. *Ivon(n) « Yavanna » et du pluriel de gwen(d) (PE 17, p. 191), dont la forme lénifiée -wen est attestée dans de nombreux noms propres, comme Morwen, Eledhwen, Arwen, etc. Nous noterons que le nold. Ivann « Donneur ou donneuse de fruit » < YAB « fruit » est indiqué être l’équivalent du q. Yavanna dans « Les Étymologies » (LRW, p. 399). Le terme sindarin confirme donc la glose fournie par Tolkien, ce qui permet de supposer qu’elle s’applique également au terme quenya. De fait, le q. *hildë, pl. hildi « héritier, suivant » est attesté au pluriel pour désigner les Hommes, les « Suivants » (MR, p. 130 ; PE 17, p. 18, 101, 103) et au travers de la forme possessive Hildinyar « mes héritiers » (SdA, VI/5 ; PE 17, p. 103 ; PE 22, p. 147). Ce nom dérive de la racine KHIL(I) « suivre (derrière) » (WJ, p. 387 ; PE 17, p. 18, 101, 157). Bien que la « Quenya Phonology » indique qu’après une nasale le *ñkh primitif devienne normalement kk dans les mots d’origine ancienne et ñk dans les termes plus récents (PE 19, p. 88, cf. p. 44), il est possible que Tolkien ait ici considéré une évolution divergente où le *kh aurait été pleinement assimilé en n. Alternativement, il aurait pu décider temporairement de faire dériver la consonne initiale de *hildë d’un *h primitif, qui aurait disparu sans laisser de trace dans ce contexte phonologique (PE 19, p. 74, cf. p. 33). Il est également envisageable qu’il ait décidé qu’un théonyme quenya est susceptible d’échapper aux règles générales en raison de la vénération particulière vouée à la personne qu’il désigne (comme on l’observe dans les langues indo-européennes) et que les Elfes aient consciemment formé ce mot en évitant de déformer le nom de Yavanna.
Quoi qu’il en soit, il ne paraît guère probable que le suffixe *-(n)ildë, pl. -(n)ildi observé ici constitue une variante féminine du suffixe -ndil. De fait, s’il aurait sans doute été admissible que des Elfes se déclarent dévoués à Yavanna, le contexte de l’essai « Of Lembas » montre que cette sororité était avant tout caractérisée par sa mainmise sur le secret du façonnement du lembas, appris directement des Valar, et sur la récolte des céréales valinoriennes qui servaient à le préparer. Il semble donc assez logique que ces femmes Elfes se soient déclarées être les suivantes ou les héritières de Yavanna plutôt que ses amies.
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(1) Dont il faut bien reconnaître que l’élément final correspond, au moins en apparence, au q. nildë « amie » attesté dans « Les Étymologies », comme indiqué plus haut (LRW, p. 378).
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III. Les demoiselles de Yavanna
Le court essai « Of Lembas », que Christopher Tolkien estime être daté entre 1951 et 1959, mentionne le terme Yavannildi (sind. Ivonwin), glosé « demoiselles de Yavanna » (PM, p. 403–404, cf. p. 405 n. 3). S’il est permis de s’interroger sur la signification exacte du nom quenya (1), son équivalent sindarin est manifestement un mot composé des sind. *Ivon(n) « Yavanna » et du pluriel de gwen(d) (PE 17, p. 191), dont la forme lénifiée -wen est attestée dans de nombreux noms propres, comme Morwen, Eledhwen, Arwen, etc. Nous noterons que le nold. Ivann « Donneur ou donneuse de fruit » < YAB « fruit » est indiqué être l’équivalent du q. Yavanna dans « Les Étymologies » (LRW, p. 399). Le terme sindarin confirme donc la glose fournie par Tolkien, ce qui permet de supposer qu’elle s’applique également au terme quenya. De fait, le q. *hildë, pl. hildi « héritier, suivant » est attesté au pluriel pour désigner les Hommes, les « Suivants » (MR, p. 130 ; PE 17, p. 18, 101, 103) et au travers de la forme possessive Hildinyar « mes héritiers » (SdA, VI/5 ; PE 17, p. 103 ; PE 22, p. 147). Ce nom dérive de la racine KHIL(I) « suivre (derrière) » (WJ, p. 387 ; PE 17, p. 18, 101, 157). Bien que la « Quenya Phonology » indique qu’après une nasale le *ñkh primitif devienne normalement kk dans les mots d’origine ancienne et ñk dans les termes plus récents (PE 19, p. 88, cf. p. 44), il est possible que Tolkien ait ici considéré une évolution divergente où le *kh aurait été pleinement assimilé en n. Alternativement, il aurait pu décider temporairement de faire dériver la consonne initiale de *hildë d’un *h primitif, qui aurait disparu sans laisser de trace dans ce contexte phonologique (PE 19, p. 74, cf. p. 33). Il est également envisageable qu’il ait décidé qu’un théonyme quenya est susceptible d’échapper aux règles générales en raison de la vénération particulière vouée à la personne qu’il désigne (comme on l’observe dans les langues indo-européennes) et que les Elfes aient consciemment formé ce mot en évitant de déformer le nom de Yavanna.
Quoi qu’il en soit, il ne paraît guère probable que le suffixe *-(n)ildë, pl. -(n)ildi observé ici constitue une variante féminine du suffixe -ndil. De fait, s’il aurait sans doute été admissible que des Elfes se déclarent dévoués à Yavanna, le contexte de l’essai « Of Lembas » montre que cette sororité était avant tout caractérisée par sa mainmise sur le secret du façonnement du lembas, appris directement des Valar, et sur la récolte des céréales valinoriennes qui servaient à le préparer. Il semble donc assez logique que ces femmes Elfes se soient déclarées être les suivantes ou les héritières de Yavanna plutôt que ses amies.
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(1) Dont il faut bien reconnaître que l’élément final correspond, au moins en apparence, au q. nildë « amie » attesté dans « Les Étymologies », comme indiqué plus haut (LRW, p. 378).

