29-07-2022, 19:19
Elendil Wrote:De fait, Aristote ne reconnaît pas l’attachement pour les choses inanimées comme une forme d’amitié, « puisqu’il n’y a pas attachement en retour » et que nous ne saurions leur désirer du bien (Éthique, VIII/2 1155 b 27–30), position qui est quant à elle aux antipodes de la conception tolkienienne.
Je vais pinailler mais c'est un pinaillage important. Inanimé, chez Aristote, concerne les minéraux, etc. mais les plantes et les animaux (nos Olvar et Kelvar) sont bien animés. Les choses sont précisées plus loin, quand tu introduis la proportion : il ne pourra y avoir d'amitié chez Aristote pour les plantes et les animaux, mais ce sera du fait de la disproportion dans notre relation avec eux et non du fait de leur absence d'animation (ils sont animés).
Quote:Il y a là un écho très net de la notion véhiculée par √ndil à la fois dans « Échelles temporelles » et dans les textes associés à l’appendice linguistique du Seigneur des Anneaux, car pour Aristote cette amitié se doit d’être réciproque : « l’amitié est une égalité », nous dit-il.
D'accord avec le rapprochement. Toutefois, il persiste souvent (toujours ?) sinon une inégalité stricte en tout cas une asymétrie franche chez Tolkien. Ainsi les Enfants d'Ilúvatar peuvent-ils aimer i.e. se dévouer aux Valar d'un côté (cf. Valandil), aux arbres de l'autre (cf. Ornendil), ce qu'Aristote jugerait disproportionné. C'est que Tolkien estime que Faërie répond au besoin du cœur humain de pouvoir, malgré nos asymétries, recouvrer un lien d'amitié « originel » ... C'est aussi la réciprocité dans l'amitié entre les humbles et les nobles : elle est possible, chez Tolkien, en dépit des différences de « noblesse » qui persistent. Dit autrement, chez Tolkien, la réciprocité ne suppose pas l'égalité (et elle est possible malgré “l'inégalité”).
Une dernière référence que je ne puis m'empêcher de signaler (et à laquelle Sosryko aura là aussi pensé dès le début ;)) est celle des Quatre Amours de C. S. Lewis. Ce qui est notable, je trouve, est que celui des quatre amours que l'ami de Tolkien développe le mieux, est, là aussi, celui de l'amitié φιλία (philía).
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Quote:Yyr Wrote:Pour éclairer ma lanterne, quel était le sens pré-chrétien de l'ἀγάπη ?
Pour aller vite, autant renvoyer à cet article de l'Encyclopédie Universalis. Avant les auteurs chrétiens, l'agapè correspond généralement à l'amour fraternel et désintéressé, l'amour paisible. Ce n'est toutefois pas le terme le plus usuel : Platon a tendance à théoriser l'éros quand Aristote préfère la philia.
Merci :)</small>

