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Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques
#60
Yyr Wrote:Je vais pinailler mais c'est un pinaillage important. Inanimé, chez Aristote, concerne les minéraux, etc. mais les plantes et les animaux (nos Olvar et Kelvar) sont bien animés. Les choses sont précisées plus loin, quand tu introduis la proportion : il ne pourra y avoir d'amitié chez Aristote pour les plantes et les animaux, mais ce sera du fait de la disproportion dans notre relation avec eux et non du fait de leur absence d'animation (ils sont animés).

Comme je l'ai indiqué, j'ai fait court. En réalité, je me rends compte que toute cette longue section conclusive aurait pu faire l'objet d'un article à part entière sur les sources à partir desquelles Tolkien a forgé sa définition de l'amitié. Tu as bien sûr raison sur le fait qu'Aristote parle bien là des objets inanimés, ce qui ne comprend pas les animaux. De fait, il parle un peu avant de l'amitié (nous dirions amour) que les animaux éprouvent pour leurs petits. En revanche, je ne saurais dire dans quelle catégorie Aristote range les végétaux, c'est là un point qu'il me faudrait creuser et qui n'est d'ailleurs sans doute même pas abordé dans ce texte. Toujours est-il que chez Tolkien l'amitié s'étend jusqu'au domaine inanimé, témoin le surnom Urundil.

Yyr Wrote:D'accord avec le rapprochement. Toutefois, il persiste souvent (toujours ?) sinon une inégalité stricte en tout cas une asymétrie franche chez Tolkien. Ainsi les Enfants d'Ilúvatar peuvent-ils aimer i.e. se dévouer aux Valar d'un côté (cf. Valandil), aux arbres de l'autre (cf. Ornendil), ce qu'Aristote jugerait disproportionné. C'est que Tolkien estime que Faërie répond au besoin du cœur humain de pouvoir, malgré nos asymétries, recouvrer un lien d'amitié « originel » ... C'est aussi la réciprocité dans l'amitié entre les humbles et les nobles : elle est possible, chez Tolkien, en dépit des différences de « noblesse » qui persistent. Dit autrement, chez Tolkien, la réciprocité ne suppose pas l'égalité (et elle est possible malgré “l'inégalité”).

Attention, c'est bien l'amitié qui est une relation d'égalité chez Aristote, et non le statut des amis. Celui-ci indique certes qu'il faut qu'il y ait une proportion de statuts entre eux, mais il consacre en fait plusieurs chapitres à détailler les sources possibles d'inégalité entre amis, ainsi que les moyens d'y remédier. Il reconnaît même que l'amitié peut exister entre un dirigeant et un simple citoyen, quoique elle ne puisse être facile. Sur ce point, Tolkien et Aristote convergent en grande partie. En fait, pour tout ce qui est hors de la révolution conceptuelle apportée par le christianisme.

Yyr Wrote:Une dernière référence que je ne puis m'empêcher de signaler (et à laquelle Sosryko aura là aussi pensé dès le début Wink) est celle des Quatre Amours de C. S. Lewis. Ce qui est notable, je trouve, est que celui des quatre amours que l'ami de Tolkien développe le mieux, est, là aussi, celui de l'amitié φιλία (philía).

Merci beaucoup pour cette référence à ce livre, que je n'avais pas lu et dont je ne me souvenais même plus de l'existence. Je doute avoir la place de réellement le citer, mais je vais quand même en terminer la lecture, car il y a une proximité de dates qui m'interpelle, vu qu'il est basé sur une série d'émissions radiophoniques de Lewis en 1958, soit précisément à la période où Tolkien a dû rédiger « Echelles temporelles ».

E.
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