Semprini Wrote:ce qui relève à mon avis d'une certaine candeur ou à tout le moins d'une volonté de réécrire l'histoireJe dirais que cela ne pose pas problème s'il s'agit d'une question d'acteur et d'actrice. Au théâtre, on peut facilement considérer que n'importe quel acteur peut jouer le rôle d'Hamlet, sans que l'acteur ressemble le moins du monde à un rejeton de la lignée royale du Danemark et sans qu'on considère que cela change la donne à l'intérieur de la diégèse et dans la nature du personnage. C'est une convention. C'est aussi possible au cinéma. Au niveau des acteurs, la recherche d'une plus grande diversité est une problématique qui s'entend tout à fait : cela permet de rendre les rôles du répertoire accessibles à un grand nombre. Ce qui est gênant, c'est que cette question est souvent envisagée sous un angle unilatéral : des personnes peuvent protester si un personnage censé être noir est incarné par un acteur blanc, tandis que l'inverse est considéré comme un rééquilibrage des possibilités d'accéder à tel rôle (grand ou petit).
Lorsqu'il s'agit de modifier une donnée de l'histoire et dans la nature des personnages, c'est différent, bien sûr.
Dans le cas d'Arondir, j'ai vu les deux aspects : celui de l'acteur qui peut accéder à un rôle d'Elfe de Tolkien qui a priori ne correspondait pas à son apparence - ce qui importe du côté de la sociologie de la distribution des rôles dans le monde du cinéma et des séries ; celui du premier personnage d'Elfe "noir" à l'intérieur de la diégèse - ce qui correspond plutôt à l'idée d'une modernisation/adaptation/expansion de la source dans la perspective que j'évoquais l'autre jour plus haut.
Les enragés et polémistes ont tôt fait de confondre les deux niveaux, voire de se cacher derrière l'un pour attaquer l'autre, et Ismael Cruz Córdova, l'acteur qui incarne Arondir, a reçu malheureusement beaucoup de messages négatifs ou haineux, comme d'autres. Il y a bel et bien eu des horreurs depuis la publication des informations sur la distribution des rôles, ce qui a d'ailleurs rendu l'abord du sujet plus difficile. Je dois cependant noter que ça a permis à certains de faire passer l'intégralité du questionnement, donc aussi sa partie légitime, dans le domaine de l'interdit ou du non-dicible, ce qui était plutôt pratique, d'ailleurs, pour valoriser la promotion de la série. En tout cas, on voit sur les réseaux à quel point certains ont pris plaisir, face à une négativité certes toxique, à faire croire que toute critique était forcément négativement toxique, ce qui est loin d'être le cas - tout en oubliant que la positivité façon "la série est forcément la meilleure du monde, les critiques n'existent pas etc.", c'est tout aussi blâmable que l'excès inverse.

