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Une "amazon" chez Le Seigneur des Anneaux
Hisweloke, je dirais que l'acteur qui joue Halbrand/Sauron n'est pas mauvais, mais que le discours d'escorte qu'il utilise pour parler de son jeu est plus ambitieux que son jeu lui-même et que la direction de son jeu. Tout cela est en-deçà de ce que j'attends pour dépeindre un ange/dieu déchu comme Sauron, mais les choix scénaristiques dans l'affaire ne peuvent que ternir celle-ci. J'ajoute qu'il est louable que les acteurs aillent au-delà du cahier des charges. Christopher Lee, par exemple, parvenait à donner un tour un peu particulier au personnage de Saruman dans la trilogie de Peter Jackson, qui venait sans doute du mélange de sa longue expérience d'acteur et de sa vraie connaissance de l'œuvre originelle. In fine, cependant, même si cela peut être plutôt positif pour qui recherche les fragments de l'original, Lee jouait essentiellement le Saruman de Jackson, évidemment.

Tu évoques la "prélogie" de Star Wars. J'étais encore adolescent à l'époque de sa diffusion (je suis en début de trentaine), mais j'avais déjà approché les classiques (faisant grec et latin) et je sentais que le cadre était malaisé pour réussir à lier à l'esprit Star Wars de la trilogie originelle à une ambition plus grande, plus tragique, qui était nécessaire pour souligner la transformation d'Anakin et de la République en Vader et en Empire (respectivement). Lucas ne pouvait pas non plus être Shakespeare (là où les showrunners de TROP se voudraient Milton ?!), qui mélange les registres et même les genres comme diable (ce qui fut sur nos bords considéré comme une abomination, avant les Romantiques), mais Shakespeare n'avait pas comme mission secondaire de vendre des produits dérivés, cela étant dit. Ajoutons à cela que la prélogie a été assez maladroite dans sa construction (d'où l'idée plus tard de faire les séries Clone Wars) : en faisant du premier épisode la préquelle de la préquelle, Lucas a diminué le temps disponible, ensuite, pour traiter de ce qui comptait à propos du renversement d'Anakin.
Curieusement, je trouve plutôt les mêmes problèmes dans cette série, en ce qui concerne Halbrand/Sauron, ou le rétrécissement et la rapidité incroyables de la création des Anneaux - enfin des Trois...

Il n'est pas impossible de concevoir la progression d'un personnage sauronien, en se fondant sur ce que Tolkien en dit. Il a fourni la trame, explicite ou implicite, même s'il y a des doutes, notamment dans l'essai sur la motivation des personnages du Silmarillion (dans les derniers HoME). La difficulté, c'est que la série a réussi à reprendre certains fragments de cette idée (sur l'histoire de la demi-repentance complexe de Sauron), mais évidemment, en l'absence des droits et vu le changement d'inspiration, ça donne... autre chose. Et en suivant la mode actuelle, on aboutit à un duo Sauron/Galadriel, qui permet bien pratiquement de suivre la tendance perceptible dans des séries de genres variés mais aussi dans l'imaginaire. Pendant ce temps, la relation Sauron/Celebrimbor a été délaissée : elle est évidemment plus difficile à mettre en place. Il faut imaginer ce que Tolkien laisse dans la brume et qui est difficile, là où Sauron/Galadriel correspond à des motifs et à des types déjà assez souvent vus à l'écran.

Morgoth me semble en effet efficace et bien écrit en effet dans l'histoire de Húrin. J'ai envie de citer ses mots :
"I am the Elder King: Melkor, first and mightiest of the Valar, who was before the world, and made it. The shadow of my purpose lies upon Arda, and all that is in it bends slowly and surely to my will. But upon all whom you love my thought shall weigh as a cloud of Doom, and it shall bring them down into darkness and despair. Wherever they go, evil shall arise. Whenever they speak, their words shall bring ill counsel. Whatsoever they do shall turn against them. They shall die without hope, cursing both life and death."
Comme ailleurs, ici, on sent que Tolkien connait ses classiques - et évidemment, il comprend le mythique, le tragique, l'épique... de façon intime. Il sait aussi faire parler un dieu maléfique. Ensuite, comme tu l'écris, ça se sent dans les Wanderings of Húrin, du côté de l'influence indirecte de Morgoth.
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