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Revue de presse
Je m'excuse auprès de l'assistance de revenir encore un moment au sujet du présent fuseau, mais je souhaitais répondre à un des commentaires de Sosryko postés dans le sillage de mon précédent message.

sosryko Wrote:[...] concernant les publications, T. Honegger a aussi oublié les éditions du Dragon de Brume que je ne peux trop encenser pour y avoir participé (je le fais quand même un peu) mais dont on peut dire, factuellement, qu'en quelques années elles ont publié des centaines de pages d'études tolkieniennes (1222 p. en fait !) qui gagneraient à être connues par la communauté anglo-saxonne et redécouvertes par les lecteurs francophones ;-), peut-être sera-ce le cas à l'occasion du travail de Hyarion, grâces lui soient rendues, par Crom !

Merci pour cette aimable attention, et tu ne crois pas si bien dire, cher Sosryko, car ton propos m'a précisément rappelé un autre texte de Thomas Honegger publié il y a quelques années (dans le magazine Hither Shore n°12 en 2016), à savoir un compte-rendu (rugueux) de lecture du livre de Deke Parsons J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard and the Birth of Modern Fantasy, paru en 2015 (compte-rendu lu, là encore, via Academia).

[citation=Thomas Honegger, “Review of Deke Parsons. J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard and the Birth of Modern Fantasy. Critical Explorations in Science Fiction and Fantasy, 47. Jefferson NC:McFarland, 2015. 190 pages”, in Hither Shore 12, sept. 2016.]Titles of publications seem to become more and more noncommittal labels to attract the unwary reader and, to prove this point, the rather slim volume under discussion treats Tolkien and Howard, but not the ‘Birth of Modern Fantasy’. A more accurate title to Parsons's study would thus be J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard and Jerry Siegel & Joe Shuster – Parallel Lives. However, in contrast to Plutrach’s Parallel Lives, there is no connecting juxtaposition between the lives and works of the architect of Middle‐earth, the father of Conan and the creators of Superman. All they seem to share is a temporal space, located vaguely somewhere in the 1930s, and the reader finishes the eleven‐line ‘Conclusion’ with a sense of puzzlement and irritation. It is not that Parsons’s book is badly written – it just is not finished.
[...]
[/citation]

Honegger continue son (bref et plus ou moins lapidaire) compte-rendu en défonçant tranquillement le livre, distribuant bons et mauvais points en fonction de la connaissance ou de l'ignorance supposée de l'auteur vis-à-vis de ce qu'Honegger appelle [emphase]“[the] canonical scholarship”[/emphase] de la (seule) planète Tolkien. On retrouve là, du moins à ce qu'il me semble, le tropisme [emphase]“academic”[/emphase] anglo-américain (Honegger fut-il un chercheur germanophone natif de Zurich) consistant à beaucoup juger un auteur en fonction de la considération qu'il est censé avoir à l'égard de tous les autres éminents spécialistes ayant publié quelque-chose sur le même sujet d'étude. Tenir compte, autant que possible, de ce que d'autres ont pu écrire avant soi, c'est la moindre des choses si l'on ne veut pas s'illusionner soi-même et donner aux autres l'impression de vouloir inventer l'eau chaude en matière de recherche, mais je ne suis pas sûr pour autant que, dès lors notamment que l'on sort de la sphère anglophone, il y ait beaucoup de monde chez les tolkienologues [emphase]« canoniques »[/emphase] pour s'intéresser à absolument tout ce qui peut se publier de plus ou moins "sérieux" sur l'écrivain dont ils se veulent, semble-t-il, des giga-spécialistes... et notamment si les publications "sérieuses" sont faites en français.
Je respecte tout travail fait (avec honnêteté et un minimum élémentaire d'éthique) au service de la connaissance, qu'il s'agisse d'un travail de Th. Honegger, d'un travail de Kristine Larsen (laquelle a défoncé, il y a quelque temps, Tolkien et les sciences dans le Journal of Tolkien Research... comme si le livre en question n'avait pas déjà été sévèrement critiqué en France à sa sortie, et comme si les référentiels anglo-américains s'imposaient à tout le monde [je me suis déjà exprimé là-dessus sur Tolkiendil en 2021, ici et ]), ou qu'il s'agisse d'un travail d'un autre chercheur (qu'il soit ou non bien "introduit" dans le milieu), et ce même si l'auteur me parait éloigné de mon horizon socio-culturel, mais j'avoue que j'ai peu de considération pour les obligations implicites de déférence "académique", a fortiori lorsque c'est à sens unique.

[citation=Thomas Honegger, “Review of Deke Parsons. J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard and the Birth of Modern Fantasy. Critical Explorations in Science Fiction and Fantasy, 47. Jefferson NC:McFarland, 2015. 190 pages”, in Hither Shore 12, sept. 2016, op. cit..][...]
What then is the use of this study? As said, it simply provides information on three important artistic creations of the first half of the 20th century, their respective backgrounds and a brief chapter on their ‘afterlife’. Yet I have found no argument that would explain why they have been yoked together and presented as the origins of Modern Fantasy. I am sure that such an argument could be made (at least for the work of Tolkien and Howard), but Parsons simply did not bother to write this part of the book.[...]
[/citation]

La critique est sévère, quoique sans doute justifiée sur le fond, mais le livre en question, malgré ses limites et un titre en partie trompeur, aura au moins eu le mérite d'avoir un caractère pionnier. J'ai eu l'occasion, à l'époque et à son invitation, de correspondre très cordialement avec Deke Parsons, et je n'aurai pas la prétention de "finir" son livre à sa place — a fortiori dans la mesure où mon propre travail ne porte pas directement sur [emphase]“the ‘Birth of Modern Fantasy’ ”[/emphase] —, mais [emphase]“at least for the work of Tolkien and Howard”[/emphase], si je peux montrer à M. (Herr) Honegger qu'une évocation conjointe — et non seulement [emphase]« parallèle »[/emphase] — est possible, je me ferais un plaisir de lui faire cordialement parvenir un exemplaire de mon ouvrage lorsqu'il sera enfin terminé... comme je continue de l'espérer. Ceci dit, même en rajoutant un résumé en anglais du contenu en fin de volume, comme je l'envisage, je ne serais pas surpris que mon propos ne soit pas compris, et pas seulement parce que mon point de vue est français et francophone ; j'imagine déjà, à vrai dire, au-delà même d'Honegger, un certain type de réactions néo-victoriennes : « trop de digressions, pas assez de complaisance pour [emphase]“[the] canonical scholarship”[/emphase], et surtout, surtout... beaucoup trop de sexe ! » Ha ! Ha ! Ha ! Voilà au moins une pensée qui m'aura fait sourire cette nuit... en attendant la représentation de La Vie parisienne d'Offenbach (version originale de 1866) ce jeudi soir à la Halle aux Grains...

[emphase]« Oui voilà, voilà la vie parisienne,
Du plaisir, à perte d'haleine !
Oui voilà, voilà la vie parisienne,
Voilà, voilà, voilà, voilà, le bonheur est là.
»[/emphase]
https://www.youtube.com/watch?v=n_oes8S9CcA
(Auront-ils gardé cet excellent final de l'acte IV, version de 1873 ? En moins en appendice, ce serait bien... Suspense, wait and see...)


Amicalement,

B.
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