L'autre jour, ici même, Cédric Wrote:Merci Hyarion pour ton retour et ton avis. Je ne suis pas connaisseur du monde universitaire français ou étranger pour donner un avis mais j'imagine que Honegger n'est pas forcément un ovni dans son milieu. D'ailleurs, trouve-t-on des références à des études françaises dans des ouvrages parus hors de l'héxagone (cela pourrait être un indicateur de la considération ou non des travaux des auteurs français) ? Rien n'est moins sûr (?).
Honegger est assurément loin d'être un ovni sur la planète Tolkien, mon cher Cédric. Sa production d'articles est d'ailleurs impressionnante, si j'en crois ne serait-ce que les notifications que je reçois assez régulièrement d'Academia.edu concernant tel ou tel de ses écrits. Et on peut du reste le remercier de rendre ainsi disponible lesdits écrits en ligne, qui seraient autrement beaucoup plus difficilement accessibles.
J'ai la faiblesse de penser qu'un natif de Zurich peut avoir de bonnes prédispositions pour être familier de bien des langues, dont (pourquoi pas) le français. Il semble du reste avoir travaillé, si je me souviens bien, à La Sorbonne à un moment donné de sa carrière universitaire. Je pense que s'il mentionne Vincent Ferré, Michaël Devaux et Leo Carruthers dans le texte que j'ai cité dans mon message du 8 janvier, c'est qu'il doit soit les avoir lu, soit en avoir pris autrement connaissance d'une manière ou d'une autre pour pouvoir en tenir compte. Mais le fait qu'il semble ignorer Tolkiendil, ou Le Dragon de Brume (association qui est pourtant signalée sur le site de Walking Tree Publishers auquel Honegger a partie liée), et qu'il ne mentionne que des figures qui sont dans le circuit depuis longtemps et plus particulièrement visibles depuis l'étranger notamment pour raison de "présentisme" universitaire mais peut-être pas seulement (il serait difficile d'ignorer Vincent en particulier, en raison de ses liens avec la famille Tolkien et surtout depuis l'aboutissement avec succès du projet de l'expo à la BNF, projet qu'il a d'ailleurs porté à bout de bras), tout cela me parait tout de même assez significatif, au-delà même des contraintes de longueur pour l'écriture d'un article pour une revue.
Évidemment, je ne blâme pas Honegger de ne pas tout connaître et de ne pas tout signaler de ce qui peut se publier en français sur Tolkien, d'autant plus que c'est déjà bien qu'il y ait au moins un chercheur international qui tienne au moins un peu compte de ce qui se fait dans la langue de Molière (sans attendre de traductions), mais je constate en tout cas que le portrait qu'il donne de la part française de la planète Tolkien est tout de même limité, notamment par rapport au portrait flatteur qu'il donne de la part néerlandaise de ladite planète en comparaison.
Ceci dit, je maintiens ce que j'ai dit précédemment : Honegger a bien raison de souligner notre spécificité socio-culturelle et notre approche indépendante quant à l'étude de Tolkien et de son œuvre. Du point de vue anglo-américain dominant, cela peut peut-être être perçu comme des défauts (je ne crois pas que ce soit l'opinion d'Honegger), mais j'y vois en tout cas personnellement des atouts, pour proposer justement "autre chose", un travail différent et potentiellement tout aussi intéressant que ce qui se fait ailleurs, du moment qu'on le fait sérieusement mais sans se prendre au sérieux.

Pour celles et ceux qui voudraient se rendre particulièrement visibles des anglophones et de leur [emphase]“canonical scholarship”[/emphase], la solution la plus simple est évidemment de communiquer entièrement en anglais (c'est déjà un choix fait par certains, fut-ce seulement ponctuellement) : personnellement, à moins de vouloir particulièrement "faire carrière" dans le milieu (j'imagine que cela peut être l'ambition de certains, fut-ce en marge d'autres activités professionnelles), je ne suis pas sûr que le jeu en vaille forcément la chandelle (mais comme je l'ai dit, je songe tout de même à proposer a minima un résumé en anglais de mon travail, pour ce qui me concerne : même si l'on ne souhaite pas se faire "formater" culturellement par une tendance dominante, il est toujours bon, sur le principe, de garder la porte ouverte pour le partage).
Et entendons-nous bien : je ne me crois pas personnellement "plus malin" que les autres et je ne prends personne de haut quand j'écris tout cela (message du 8 janvier et suivants sur ce fuseau), car j'apprends moi-même tous les jours. La fréquentation de la planète Tolkien, comme de la planète Howard, et d'autres, m'aura simplement appris puis sans cesse confirmé, au fil des ans, qu'il faut éviter de développer des complexes d'infériorité ou de supériorité vis-à-vis des autres chercheurs, fussent-ils dominants d'un point de vue de l'usage d'une langue de travail et/ou d'un point de vue socio-culturel : tout milieu de spécialistes d'un sujet a son côté "entre-soi", qui ne doit surtout pas "impressionner", car ce qui m'a souvent frappé, c'est à quel point parfois des experts d'un sujet peuvent être peu stimulants, intellectuellement, dès qu'on leur demande ne serait-ce qu'un simple avis sur un sujet même relativement voisin du leur (nul n'est obligé de s'intéresser à tout, certes, mais l'ultra-spécialisation me parait pouvoir, en tout cas, fortement contribuer à une image biaisée du "sachant"... lequel n'est pas toujours si "sachant" que ça, faute de curiosité et/ou de sociabilité, et ce quelle que soit sa langue maternelle et/ou de travail).
Pour ce qui est du référencement des études tolkieniennes françaises vis-à-vis des non-francophones, pour le peu que j'en sais, c'est quelque-chose qui me parait encore très (trop) limité. Par exemple, la page dédiée (en anglais) sur le site du Tolkien Estate, dont le contenu semble déjà dater de quelques années, mériterait ainsi d'être largement étoffée : https://www.tolkienestate.com/writing/st...r-tolkien/
Amicalement,
B.
P.S.: le concert de l'autre soir était bien, même si j'ai fait une exception en allant à la Halle aux Grains en pleine semaine et entre deux journées de boulot, pour 3h20 de représentation avec entracte (les concerts symphoniques sont généralement plus courts). C'est la première fois que j'entendais et voyais cette version d'origine de La Vie parisienne d'Offenbach. Le résultat est intéressant, et on peut notamment encore rire ou sourire quant à l'humour présent dans une œuvre lyrique pourtant vieille de plus de 150 ans (l'implication des interprètes aide beaucoup). Le final dont j'ai parlé précédemment était bien présent, mais pas à la toute fin, comme dans la version la plus connue de l'opéra bouffe en question, et sous une forme légèrement différente (paroles et musique restant heureusement les mêmes). Il faudra que je revoie la représentation en vidéo, si je peux (le concert a été enregistré).

