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Expositions temporaires & musées
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1677718998_nicolas_poussin_1594-1665_-_venus_epiee_par_deux_satyres_-_c1626_-_londres_-_national_gallery.png" width="369" />
<small>Nicolas Poussin (1594-1665).
<i>Vénus épiée par deux satyres</i>, vers 1626.
Huile sur toile, 66,4 x 50,3 cm.
Londres, The National Gallery.</small>

J'avais quasiment renoncé à en parler compte tenu du fait que l'exposition se termine à la fin de cette semaine, mais une information d'actualité imminente donnée hier par notre taulier m'incite <i>in fine</i> à en dire tout de même "quelques" mots.

Hier, dans un autre fuseau, Cédric Wrote:Je suis dans le train pour Lyon demain...

Il se trouve que je suis allé faire un tour au musée des Beaux-Arts de Lyon, il y a quelques jours (encore une occasion de voyage artistique où nous aurions pu nous croiser, Cédric... ;-) ...), pour voir l'exposition « Poussin et l'Amour », ouverte depuis novembre dernier et jusqu'au 5 mars prochain.

Nicolas Poussin, fondateur de l'école française de peinture et de fait figure emblématique du classicisme français, est traditionnellement perçu comme l'auteur d'un œuvre rigoureux et sévère, propice à un esprit de sérieux dont une précédente exposition, intitulée « Poussin et Dieu » (au Louvre en 2015), m'avait semblé un peu trop imprégnée pour m'attirer. De Poussin, j'ai longtemps connu surtout les tableaux que l'on peut voir au Louvre, dont la célèbre série des <i>Saisons</i>, mais il aura fallu l'actuelle expo de Lyon pour que j'ai enfin l'occasion de voir le travail de ce très grand peintre à travers une sélection d'œuvres révélatrices de tout un aspect de Poussin aussi intéressant que méconnu.

L'exposition, comme son titre l'indique, est consacré au thème de l'amour chez Poussin, un thème qui apparaît central dans son œuvre, avec des tableaux exprimant une sensualité et parfois un érotisme tels que certains furent jugés "suffisamment" scandaleux pour faire l'objet de destructions ou de mutilations dès le XVIIe siècle. Pour célébrer l'amour, Poussin a principalement puisé son inspiration dans la mythologie classique gréco-romaine, notamment dans <i>les Métamorphoses</i> d'Ovide, mais aussi dans <i>la Jérusalem délivrée</i> du Tasse, et dans les gravures érotiques d'après des dessins d'artistes italiens du XVIe siècle, sans oublier les tableaux du Titien. Divisée en cinq parties, « Le souffle de l'inspiration », « Corps désirés », « L'ivresse dionysiaque », « Amour et mort », et « Omnia vincit amor » (cette dernière partie empruntant son titre en latin aux <i>Bucoliques</i> de Virgile), l'exposition commence avec <i>la Mort de Chioné</i>, premier tableau connu de Poussin, peint vers 1622 à Lyon et acquis par le musée des Beaux-Arts de la ville en 2016, et se termine avec <i>Apollon amoureux de Daphné</i>, ultime tableau du maître (vers 1664) resté inachevé et conservé au Louvre, ce qui met en évidence la constance d'inspiration de Poussin s'agissant du thème de la puissance universelle de l'amour, soumettant les êtres humains comme les dieux pour assurer, par sa fureur inspiratrice, la cohésion et l'unité du monde.

J'ai trouvé cette exposition excellente, malgré un parcours de visite parfois un peu exiguë en cas d'affluence et aussi quelques manques dans la sélection d'œuvres exposées en raison de la guerre en Ukraine : il se trouve qu'un certain nombre de tableaux de Poussin se trouvent dans les collections publiques de Russie, parmi d'autres œuvres de peintres européens dont nous, "Occidentaux décadents" (<i>dixit</i> le <i>has been</i> du Kremlin), seront désormais sans doute privés pendant un bon moment... ce qui n'est certes rien par rapport aux souffrances de l'Ukraine, y compris en ce qui concerne son patrimoine culturel. Il a donc fallu, en tout cas, se passer de la contribution des musées russes, mais fort heureusement, les commissaires de l'expo ont pu compter sur les musées d'autres pays, d'Europe (Royaume-Uni, Irlande, Italie, Suisse, Allemagne, Espagne) et des États-Unis d'Amérique, ainsi que, bien évidemment, sur la participation des musées de France, la sélection internationale d'œuvres de Poussin exposées <i>in fine</i> se révélant tout-à-fait intéressante. Outre les tableaux, reprenant parfois le même sujet avec des variations d'une œuvre à l'autre, l'exposition présente aussi des dessins du peintre, dont un certain nombre proviennent en particulier de la Royal Collection de Windsor (“Lent by His Majesty King Charles III”, peut-on ainsi lire sur les cartels des dessins concernés) dont on a parlé avec Silmo dans un autre fuseau il y a quelques mois. Certains tableaux exposés ont fait l'objet de restaurations, le célèbre tableau du Louvre <i>l'Inspiration du poète</i> ayant notamment été débarrassé de certains drapés de pudeur postérieurs à la mort de Poussin.

Dans la continuité de l'exposition « Poussin et l'Amour », le musée de Lyon propose également une exposition-dossier, « Picasso/Poussin/Bacchanales », qui comme le suggère son titre, est consacrée à la place de l'héritage de Poussin dans l'art de Pablo Picasso à travers le thème des bacchanales.

Bref, pour qui passerait dans le coin ces jours-ci, je recommande. ^^

Pour en savoir plus sur tout cela, à défaut de pouvoir lire la critique (bonne semble-t-il) parue dans <i>La Tribune de l'Art</i>, deux articles de <i>la Gazette Drouot</i> sont accessibles en ligne (via la Wayback Machine) :
- https://web.archive.org/web/202302261633...ises/40995
- https://web.archive.org/web/202211251019...2-BB/40136

À noter qu'au-delà du fait que l'exposition sur Poussin va très bientôt se terminer, les collections permanentes du musée des Beaux-Arts de Lyon valent toujours, par ailleurs, le détour (il y a déjà environ dix ans, j'ai participé à la souscription publique qui a contribué à l'acquisition par ce musée d'un savoureux petit tableau du maître Ingres, <i>L'Arétin et l'envoyé de Charles Quint</i> [1848]).

Amicalement,

B.

<small><small>[EDIT 2 (24/04/2023): mise à jour d'un lien hypertexte, pour accéder, via la Wayback Machine, au compte-rendu de <i>La Tribune de l'Art</i> concernant l'exposition en question]</small></small>
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