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In Memoriam...
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1687063886_dopo_berlusconi_vuoto_-_marilena_nardi_-_06-2023.jpg" width="619" />
<small><small>(Dessin de Marilena Nardi)</small></small>

C'est finalement arrivé, il y a quelques jours : à 86 ans, Oncle Berlu nous a quitté.

Une fois n'est pas coutume (pour ce genre de chose, je m'informe généralement par la radio, la télé ou la presse), j'ai appris la nouvelle via Twitter – devenu le réseau d'Elon M. en octobre dernier –, en raison des « tendances [prétendument] pour vous » affichées à la droite de l'écran sur le site de gazouillis. C'était lundi dernier, 12 juin, à la mi-journée, et Berlusconi ayant été hospitalisé quelques jours auparavant, deux mentions dans les « tendances », en début et fin de liste, accompagnant d'autres mentions du moment renvoyant au marécage politicien français habituel, m'avaient mis la puce à l'oreille : https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1...ournee.png

<small>D'après ce que j'ai compris, la mort d'Oncle Berlu a visiblement amené un certain nombre de gazouilleurs du réseau à songer à la mort d'un certain Jean-Marie, bien que Le Pen père soit, lui, toujours vivant aux dernières nouvelles... Le tout sur fond twittesque d'épanouissement habituel dans l'expression de participants prisonniers volontaires de leurs bulles cognitives et informationnelles, qu'ils soient fans de la famille Le Pen, de Mélenchon, de Zemmour, d'Edwy Plenel ou de Macron, pour ne citer que les « nébuleuses faniques » les plus « en vue » de ce microcosme, avant, pendant et depuis les dernières élections en date, ce que reflètent donc généralement les « tendances [prétendument] pour vous » lorsque la politique domine les autres sujets à « discussion » sur une journée... Dans le meilleur des cas, je m'efforce de voir avant tout le côté tragi-comique de la chose, sachant que j'ai choisi de ne pas paramétrer mon profil en matière de préférences, précisément afin d'éviter de me retrouver dans une bulle cognitive et informationelle : de fait cela expose ledit profil aux quatre vents en matière de « tendances », même si heureusement j'ai suffisamment d'abonnements à des comptes pour que l'on me mette sous le nez les tweets artistiques, culturels, universitaires qui m'ont amené sur ce réseau à l'origine (et qui m'y font rester pour le moment, même si je suis loin d'être un utilisateur régulier).
Cela va faire 10 ans cette année que j'y suis (et 16 ans sur le réseau de Mark Z.), mais c'est peu de dire que je m'étais inscrit sur Twitter à reculons à l'époque : la limitation d'expression à 140 caractères alors me rebutait d'office, et j'étais seulement curieux de savoir ce que pouvait y raconter des universitaires comme Vincent (Ferré) ou Anne (Besson) au lieu de le faire chez Mark Z., ce pourquoi je n'ai d'ailleurs posté aucun tweet entre 2013 et 2015, avant de commencer à communiquer un petit peu sur la page de mon compte à partir de 2016, mais pas autant que sur FB, qui reste bien plus fonctionnel de mon point de vue, malgré tous les défauts du réseau de Mark Z. connus depuis longtemps, notamment en matière de censure pudibonde. Twitter me sert encore actuellement pour picorer quelques informations culturelles et pour des échanges ponctuels, surtout autour des littératures de l'imaginaire, mais pour le reste, cela a tendance à ne me servir qu'à confirmer à chaque fois cette vérité formulée par Romain Gary : [emphase]« la plus grande force spirituelle de tous les temps, c'est la Connerie. »[/emphase] Ce qui pourrait, malgré les contraintes techniques propres au site, être un lieu d'échanges, et qui le reste encore parfois en étant patient et curieux, (m')apparait avant tout aujourd'hui comme un lieu de communication politique creuse et d'affrontements stériles entre des gens qui, pour la plupart, ne jurent que par la « radicalité » et un sens complètement dévoyé de la « justice ». On peut du reste se demander combien représentent vraiment, quantitativement, l'activisme et l'opinion exprimés sur Twitter à l'échelle d'un pays : même si tout n'est pas à jeter et que l'on pourra toujours trouver du significatif dans le non-représentatif, il est regrettable que le monde journalistique, dans le sillage du monde politique, accorde autant d'importance à cet ersatz virtuel de la place publique, où les jugements à l'emporte-pièce font office d'arguments dans des « débats » qui n'en sont pas. Quand on ne cherche même plus à avoir raison, mais à avoir raison de l'autre, que reste-t-il à échanger à part des insultes ? Sans régulation, comme le revendique régulièrement Elon M. en bon libertarien, la porte est ouverte à tous les excès, la forme accompagnant généralement le fond en la matière.

Prenons un exemple, antérieur même de quelques mois au rachat de Twitter par ledit Elon M., que j'avais glané au hasard de la lecture, en mars 2022, d'un tweet de l'antenne régionale d'une chaîne française de télé publique : on venait d'annoncer l'agression mortelle, commise en prison, par un taré islamiste contre un co-détenu nationaliste corse indépendantiste par ailleurs reconnu coupable de l'assassinat d'un préfet (aucune sympathie pour l'un ou pour l'autre des prisonniers me concernant, mais la mort du détenu corse reste en soi une mort horrible, que l'on ne peut souhaiter à personne), et le président autonomiste de l'assemblée régionale de Corse invoquait, inévitablement, la responsabilité de l'État français dans cette affaire, ce que retranscrivait donc un tweet de France 3 Corse. Ledit tweet constitua une « bonne » occasion de « discuter » pour ceux que nous appellerons Mr C. et Mr P. : Mr C. est un nationaliste français de Corse, plutôt zemmouriste, tandis que Mr P. est un nationaliste corse indépendantiste anti-français ayant notamment tenu des propos orduriers contre la famille du préfet assassiné. Quand deux nationalistes antagonistes se rencontrent « par hasard » sur Twitter, qu'est-ce qu'ils se racontent ? Des histoires de nationalistes, comme on pouvait s'y attendre, ici à la sauce corse : https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1..._2022_.png
Échanges rapidement injurieux, manipulations des périodes historiques (ici les XIIIe-XVIIIe et XXe siècles), volonté d'avoir raison de l'autre (au propos comme au figuré), violence comme seule issue <i>in fine</i> : tout y est. Un exemple parmi des milliers d'autres, certes pas forcément représentatif de tout ce qui peut se passer sur Twitter (et, en l'espèce, pas représentatif des Corses dans leur ensemble par ailleurs, bien évidemment), mais disons significatif – pour reprendre un mot de spécialiste des « rézosocios » – en matière de comportement en contexte excessivement permissif.

Bien évidemment, il ne faut pas trop espérer du nouveau patron qu'il montre l'exemple... En octobre dernier, à peine avait-il pris le pouvoir sur Twitter qu'Elon M. exprima son vif désir de faire revenir, sur le site de gazouillis désormais sien, au nom de la liberté d'expression, celui qui en avait été viré en janvier 2021 suite à son implication présidentielle dans l'assaut du Capitole aux États-Unis : Donald J. « FakeNews » Trump. L'expression de ce désir trumpophile muskien passa en particulier par un tweet faisant un usage peu subtil d'un dessin aquarellé de Manara, illustration d'un des <i>Contes et Nouvelles en vers</i> de Jean de La Fontaine, ce dont se fichait sans doute Elon M., qui ne faisait là en fait que reprendre un dessin déjà plusieurs fois auparavant utilisé comme « mème » sur la Toile. Le tweet en question, daté du 21 novembre dernier, à la fois puéril et vulgaire, mais peu surprenant de la part de l'intéressé, attira suffisamment l'attention pour que Milo Manara lui-même finisse par réagir, sur le réseau de Mark Z. le jour-même, avec humour mais en ne cachant pas pour autant sa désapprobation devant l'attitude puérile d'Elon M. compte tenu de ses responsabilités : https://www.facebook.com/story.php?story...0489019894
Quant à Trump, ça ne l'a pas fait revenir au pays des gazouillis... mais au point où on en est désormais sur Twitter, serait-ce bien nécessaire (d'en rajouter) ?

Fin de cette (longue) digression twittesque. Revenons à Oncle Berlu.</small>

De Silvio Berlusconi, réélu sénateur italien l'année dernière, on trouvera ailleurs qu'ici ce qu'il faut savoir sur ses trois passages au <i>Palazzo</i> Chigi en tant que président du Conseil des ministres italien (entre 1994 et 2011), sur ses tribulations politiques à la tête de la droite italienne via son parti politique personnel (encore présent dans la coalition très à droite actuellement au pouvoir en Italie), sur son « empire » médiatique s'étendant dans les domaines de la presse, de l'édition et de l'audiovisuel <small>(je me souviens encore un peu de La Cinq, même si cela remonte à loin)</small>, sur ses autres aventures d'homme d'affaires dans l'immobilier ou le football, et surtout sur ses multiples scandales avec poursuites judiciaires pour fraude fiscale, corruption judiciaire, corruption de sénateurs, pots-de-vin divers, faux témoignage, faux en bilan, financement illicite de parti politique, blanchiment d'argent, détournement de fonds, incitation à la prostitution de mineure, abus de pouvoir, etc. (j'ai l'impression en écrivant tout cela d'égrener, dans une version adaptée à la délinquance en col blanc, les méfaits d'un truand à la corde au cou dans un western de Sergio Leone... sachant toutefois qu'Oncle Berlu, lui, ne fut définitivement condamné « que » pour fraude fiscale, en 2013). Je note, puisque nous sommes sur un forum littéraire, que l'intéressé était notamment un lecteur d'Érasme, dont il fit une édition de l'<i>Éloge de la folie</i> et revendiquait cette citation : [emphase]« La vraie sagesse ne dérive pas du raisonnement de l'esprit, mais plutôt d'une folie clairvoyante et prévoyante. »[/emphase] On a vu, dans son cas, ce que cela a donné, et <i>in fine</i> on peut comprendre qu'avoir décrété une journée de deuil national en Italie ait pu faire débat dans ce pays.

À l'occasion de sa disparition, c'est l'attitude de l'Église catholique qui aura surtout retenu mon attention. Je me souviens de l'époque où j'ai visité Rome pour la première fois, il y a plus de 21 ans, à un moment où la papauté y cohabitait avec Oncle Berlu : les deux parties en présence auront eu des relations pour le moins complexes... La mort venue, comment réagir au mieux ? À cette aune, lors de la messe des funérailles nationales mercredi, j'ai trouvé assez savoureux ce passage du discours de Mgr Mario Delpini, l'archevêque de Milan, passage où il a répondu à la question « que dire de Silvio Berlusconi ? » (<i>“che cosa possiamo dire di Silvio Berlusconi?”</i>) en disant notamment que « C'était un homme : un désir de vivre, un désir d'amour, un désir de joie » (<i>“È stato un uomo: un desiderio di vita, un desiderio di amore, un desiderio di gioia”</i>). Selon Vatican News, lundi dernier, le pape François, hospitalisé en même temps que Berlusconi mais sorti de la polyclinique depuis, a assuré la famille du défunt « de sa participation sincère au deuil d'un protagoniste de la vie politique italienne, qui a exercé des responsabilités publiques avec un tempérament énergique » et « a invoqué [de la part] du Seigneur la paix éternelle pour lui ». Plus direct et ironique, mais non sans élégance, le journal allemand <i>Die Tageszeitung</i> (ou <i>Taz</i>) a choisi d'évoquer l'évènement avec <i>Le Jugement Dernier</i> de Michel-Ange en illustration et ce titre à la une : <i>“Berlusconi schon wieder vor Gericht”</i> (« Berlusconi bientôt de nouveau au tribunal »).

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1687064101_taz_die_tageszeitung_berlusconi_13-06-2023.png" width="519" />

<i>Amen.</i>

B.

<small>(EDIT [03/07/2023]: suite à une remarque d'Elendil ci-après, ajout d'un "bientôt" à la traduction du titre allemand du journal <i>Taz</i>)</small>
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