<small>Voila des jours et des jours que je n'arrivais pas terminer ce message...
Que voulez-vous, n'en déplaise éventuellement aux pères de famille (supposés) responsables qui aiment se cacher derrière ce statut pour se dire occupés en sus de leurs activités professionnelles, ce n'est pas parce que vous n'avez pas de gosses à nourrir et à torcher (si vous me passez l'expression, plus populaire que vulgaire de toute façon) que votre emploi du temps n'est pas chargé pour autant... ^^'
Et puis, il y a par là-dessus le contexte de ces derniers jours en France : en ces temps moroses de violences urbaines (comme on dit pudiquement) où certains (toujours les mêmes) persistent à vouloir animer le "débat" public avec leur blabla hors-sol (même quand ils prétendent parler de "responsabilité" ou de "solidarité humaine"), leurs fantasmes de guerre civile et leurs diverses visions orientées des émeutes (que ces visions soient pseudo-révolutionnaire, "bourgeoise libérale", pseudo-écolo, raciste, pseudo-antiraciste, "romantique" ou pseudo-psychosociologique), je mesure le côté dérisoire du simple fait de se réveiller tous les jours dans ce monde et de ce que j'essaie de faire quotidiennement à tous les niveaux, y compris donc en matière d'écriture, ici "légèrement" comme dans le cadre d'un projet plus sérieux.
Même si se plaindre et se poser en victime ne m'a jamais intéressé, c'est dur de se sentir parfois n'être en accord avec personne, et de se sentir surtout finalement imbécile au milieu de milliards d'autres imbéciles (qui le plus souvent ne risquent pas de l'assumer), tous pommés sur une petite planète elle-même pommée dans une galaxie au milieu de milliards d'autres galaxies... Tel est là par essence, je suppose, le sentiment de l'absurde. Mais puisqu'il faut malgré tout, et dans la mesure du possible, savoir quoi faire du temps imparti, voila donc au moins, pour cette nuit, ce message.</small>
[séparation]
Le contraire m'eût étonné. ;-)
Il n'est évidemment pas du tout ma tasse de thé, pour ce qui me concerne, mais il aura suffisamment marqué son époque pour ne pas laisser indifférent. Sans vraiment l'assumer, Sarkozy l'a beaucoup imité politiquement en France, sur le créneau de la « droite populaire et décomplexée » communiquant à outrance, et son goût pour une certaine brutalisation des institutions en Italie en fait une sorte de pionnier dans le domaine des comportements populistes à la Trump. Même si c'est avant tout la faillite des partis politiques italiens traditionnels, suite à l'opération <i>Mani pulite</i>, qui a permis l'ascension de Berlusconi à partir des années 1990, celui-ci porte, avec d'autres, par son absence de scrupules en matières d'alliances électorales, une lourde responsabilité dans la banalisation d'un certain nationalisme « post-fasciste » en Italie. Mais c'est surtout, du moins à mes yeux, l'influence personnelle du personnage dans le contexte socio-culturel de son pays qui aura laissé des traces dans les mémoires, dans un contexte de tyrannie des apparences avec toute l'hypocrisie qui va avec. Avant même son arrivée dans l'arène politique, Berlusconi avait déjà fait parler de lui en imposant, dans le paysage social et culturel italien via son « empire » médiatique, un modèle de télévision commerciale contre lequel s'érigea notamment le cinéaste Federico Fellini, lequel lutta longuement, avec d'autres, dans les années 1980, contre les coupures publicitaires imposées à l'écran lors de la diffusion de films de cinéma par les chaînes de télé d'Oncle Berlu. L'influence berlusconienne s'étant aussi exercée dans le monde de l'édition, elle fut aussi très contestée dans ce domaine par d'éminentes personnalités comme Umberto Eco, anti-berlusconiste notoire et qui mena en ce sens un projet d'anti-concentration éditoriale à travers une maison d'édition appelée « La Nave di Teseo ». Les tribulations politiques d'Oncle Berlu auront été, finalement, le « couronnement » d'une volonté d'influence personnelle dans un grand nombre de domaines d'activités, mais toujours dans ce contexte hypocrite de tyrannie des apparences dont j'ai parlé. J'avoue trouver, à cette aune, encore particulièrement symbolique la petite histoire de censure pudibonde qui aura marqué le début de la dernière période de gouvernance d'Oncle Berlu au Palais Chigi (2008-2011) et qui concerne un tableau de Tiepolo, ou plus exactement une reproduction de celui-ci.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1687366272_giambattista_tiepolo_-_la_verite_devoilee_par_le_temps_1743_detail_-_museo_civico_palazzo_chiericati_vicenza.jpg" width="669" />
<small>Giambattista Tiepolo (1696-1770).
<i>La Vérité dévoilée par le Temps</i>, 1743 (détail).
Huile sur toile, 259 cm x 350 cm.
Vicenza, Museo Civico Palazzo Chiericati.</small>
Le plus simple, pour évoquer rapidement cette petite histoire, est encore de citer une vieille dépêche AFP de l'époque, que j'ai retrouvé dans mes archives :
[citation=Dépêche de l'Agence France Presse, 05 août 2008, 11h58.]<b>Cachez ce sein : Berlusconi sous les foudres des historiens de l'art</b>
Le gouvernement italien de Silvio Berlusconi s'est attiré les foudres des historiens d'art pour avoir voilé le sein d'une peinture de Tiepolo qui sert de toile de fond à la salle de presse de la présidence du Conseil, rapporte mardi [5 août 2008] <i>La Repubblica</i>.
"Qui pourrait se sentir offensé face à la Vérité nue de Tiepolo ? C'est une sottise absolue", a réagi Antonio Paolucci, directeur des musées du Vatican et ancien ministre de la Culture.
<i>Le Corriere della Sera</i> a révélé ce week-end que le sein de la femme nue qui incarne la Vérité dans le célèbre tableau de Giambattista Tiepolo (1696-1770) <i>La Vérité dévoilée par le temps</i> avait été retouché pour en dissimuler le mamelon.
Une reproduction de ce tableau a été choisie par Silvio Berlusconi lors de son retour au pouvoir en mai dernier comme toile de fond de la salle de presse du Palais Chigi à Rome, siège du gouvernement.
"Que c'est triste (...). On ne peut pas cacher la Vérité, un sujet qui est représenté nu depuis des siècles. Ce Tiepolo aurait dû être laissé tel quel", a aussi critiqué Sandrina Bandera, conservateur de la pinacothèque de Brera, près de Milan.
"C'est du moralisme niais. L'entière histoire de l'art de la Renaissance puis de l'époque qui a suivie est pleine de nues (...) Ça ne vous fait pas rire quand on pense à ce qui est montré sur Canale 5", l'une des chaînes de télévision du groupe Mediaset de Silvio Berlusconi, a commenté Andrea Emiliani, un historien, ex-conservateur de la pinacothèque de Bologne (nord).
Ce sont les cameramen du gouvernement qui auraient pris l'initiative de dissimuler le sein de la Vérité pour qu'il n'apparaisse pas près du visage du chef du gouvernement afin d'épargner la sensibilité de certains téléspectateurs, selon des sources gouvernementales, citées par l'agence Ansa.[/citation]
Anecdotique sans doute, mais tout de même assez significatif, n'est-ce-pas ?
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1687366290_berlusconi_palazzo_chigi_rome_5_aout_2011_-_photo_tony_gentile_reuters.jpg" width="569" />
<small>(Rome, Palazzo Chigi, 5 août 2011)</small>
Ainsi a-t-on pu voir, pendant ses dernières années d'exercice du pouvoir, Oncle Berlu effectuer ses conférences de presse devant une image de la Vérité voilée... soi-disant pour ne pas choquer alors que certains programmes de télévision de l'empire médiatique berlusconien étaient connus pour être loin d'avoir la même pudeur, et ceci dit sans même parler du comportement personnel sulfureux de Berlusconi à de multiples égards...
Je suis tombé, en août dernier, tard le soir, sur la diffusion dans ma télé (sur une chaîne du service public, donc sans coupures publicitaires) du film <i>Loro</i> (<i>Silvio et les Autres</i> en français) de Paolo Sorrentino, sorti en salles en 2018 (en deux parties en Italie et en un seul film en France). Sorrentino, dont je ne connais que peu la filmographie, a la réputation d'être un cinéaste italien travaillant dans le sillage artistique de Fellini, mais j'avoue ne pas avoir ressenti de filiation artistique très évidente (hormis peut-être dans l'absence de véritable trame narrative) avec ce film-là, qui est une évocation de Berlusconi centrée sur les années 2006-2010 (période des soirées "bunga bunga"). Le portrait qui est fait, dans ce long métrage au contenu inégal, à la fois d'Oncle Berlu, de son entourage et de ceux qui cherchent à en faire partie, ainsi que de la société italienne en général, est tragi-comique, à l'image de cette théâtralité à l'esthétique "bling-bling" masquant une inévitable vacuité qui aura été le propre, au fond, du berlusconisme.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1688344823_toni_servillo_in_loro_2018_sorrentino_-_photo_by_gianni_fiorito.jpg" width="669" />
Le point fort du film est son comédien principal interprétant Berlusconi, Toni Servillo, acteur fétiche du réalisateur qui est un peu à Sorrentino ce que Mastroianni fut à Fellini <small>(il a notamment joué le rôle de l'ambiguë politicien chrétien-démocrate Giulio Andreotti dans un autre film de Sorrentino, que je n'ai pas vu : <i>Il divo</i>)</small>. Malgré les limites du propos du cinéaste, peut-être liées aux limites intrinsèques du sujet lui-même, Servillo est particulièrement convaincant en Berlu, sachant bien mettre en évidence le côté clownesque du personnage ainsi que sa dimension à la fois cynique et pathétiquement humaine. Si ma mémoire ne me fait pas défaut à quelques éventuels détails près, une séquence du film montre Oncle Berlu, un soir dans une de ses propriétés de luxe, en train d'appeler une Italienne trouvée complètement au hasard dans l'annuaire, une « Madame Tout-le-monde » à qui il va vendre par téléphone, sous une fausse identité, un projet immobilier bidon qu'il vient d'imaginer pour l'exercice, simplement afin de se prouver à lui-même que malgré les années qui ont passé, il est toujours capable de brillamment vendre n'importe quoi à n'importe qui, comme à ses débuts quand il vendait des produits d'électroménager en parallèle de ses études de droit. Et bien sûr, ça marche ! ^^'
À noter que Toni Servillo, dans un registre sensiblement plus grave, a notamment interprété, plus récemment et de façon aussi convaincante, le pape Paul VI dans <i>Esterno notte</i>, une mini-série télévisée italienne en six épisodes de Marco Bellocchio, évoquant l'enlèvement puis l'assassinat du politicien chrétien-démocrate Aldo Moro (ami de Paul VI) par les Brigades rouges, mini-série diffusée en France sur ARTE en mars dernier et qui est encore disponible en replay jusqu'au 12 juillet prochain : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023478/esterno-notte/
Comme tu dois le savoir, et quoique cela ne soit pas non plus systématique, on peut assez facilement s'ennuyer durant une messe : j'en ai notamment plusieurs fois fait l'expérience quand j'étais enfant, comme d'autres gosses dans les même circonstances du reste, et même si je n'étais pas turbulent pour autant. Or, quand c'est quelqu'un comme Berlusconi qui est l'objet de la cérémonie, on peut raisonnablement supposer que les choses qui seront dites, qui plus est dans le cadre d'obsèques nationales, auront possiblement une saveur ironique particulière. C'est donc dans cet esprit, sans avoir directement suivi la cérémonie funèbre en la cathédrale de Milan - j'avais tout de même autre chose à faire -, que j'ai donc pris connaissance, dans la foulée, du sermon de l'archevêque.
Merci, j'ai rajouté en conséquence un "bientôt" à la traduction dans mon précédent message. Figure-toi que j'avais précisément songé à te demander ton avis : même si tes années augsbourgeoises remontent à loin maintenant, tu es probablement plus familier que moi de la langue de Goethe.
[séparation]
<small>Ces derniers jours, j'ai appris, comme d'autres, que Elon M. et Mark Z., les propriétaires des fameux « rézosocios » dont j'ai parlé dans mon précédent message et que j'utilise encore moi-même avec autant de parcimonie et de sélectivité que possible, laissent entendre, notamment dans un message sur Instagram pour Mark, qu'ils ont pour projet de prochainement se battre physiquement en duel, dans le cadre d'un combat de "MMA" (<i>Mixed martial arts</i>) devant avoir lieu « dans une cage à Las Vegas », pour reprendre les termes d'un article du <i>Canard enchaîné</i> de mercredi dernier (j'aime bien le titre) :
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1688344976_gros_muscles_petits_cerveaux_elon_musk_mark_zuckerberg_-_canard_enchaine_28_juin_2023_.jpg" width="569" />
Or, vendredi dernier, 30 juin, Elon M. a laissé finalement entendre dans un tweet que son combat contre Mark Z. pourrait avoir lieu... au Colisée de Rome. Mais l'information a été ensuite démentie par le ministère de la Culture de l'actuel gouvernement italien (ministère dirigé par un petit personnage par ailleurs prompt, depuis sa prise de fonction, à taxer stupidement les droits photos de biens culturels publics italiens, si j'en crois un article de <i>la Tribune de l'Art</i>) : https://etcanada.com/news/1003169/italia...colosseum/
Bref, tout cela pour dire qu'Oncle Berlu n'est plus là pour voir ça, et que cela en est presque dommage, car même s'il n'était plus forcément « dans le coup » face des « géants » de la tech comme Elon et Mark, il s'y connaissait suffisamment en matière de spectacle médiatique pour partager son expertise dans la perspective d'un tel évènement "planétaire", surtout s'il devait avoir lieu dans la Ville éternelle...</small>
Amicalement,
B.
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P.S. (en guise d'appendice) : Cela fait quelques jours maintenant que j'ai de la compagnie animalière chez moi... Après les abeilles qui sont venus rendre visite aux fleurs de trèfle violet de mon balcon pour butiner, c'est au tour des oiseaux : un couple de rouges-queues (ou rougequeues) noirs (<i>Phoenicurus ochruros</i>) a installé son nid dans le conduit d'évacuation de ma chaudière VMC. J'ai essayé de les décourager car ce n'est pas particulièrement un endroit idéal, même si ces oiseaux rupestres, d'origine montagnarde, aiment de toute façon les lieux perchés en hauteur et qu'ils ce sont depuis longtemps adaptés au milieu urbain et à ses grands édifices. Ils se sont donc quand même installés. Ce n'est pas la première fois que j'ai droit à une nidification à cet endroit, même si cela ne se produit pas tous les ans, sans doute parce que mon modeste logis, situé en hauteur, n'est pas celui d'une résidence secondaire. Le conduit est protégé par une sorte de « grille » extérieure pouvant d'ailleurs servir de perchoir au dessus du vide, mais un petit oiseau essentiellement insectivore comme le rouge-queue noir peut entrer dans le conduit et en ressortir sans problème. J'espère que le nid, fait en principe de mousses, d'herbe et de racines, reste modeste, mais je ne peux pas le vérifier directement en l'état. Si on pouvait être en face du conduit le long du mur de l'immeuble, avec une nacelle, je suppose que ce que l'on verrait, sans la « grille » de protection extérieure, ressemblerait à peu près à ceci (le rouge-queue préférant généralement les pierres, en principe) :
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1688345351_rouge-queue_avec_oisillons_pierrefitte_en_cinglais_calvados_2007_-_photo_by_viault_creative_commons.jpg" width="669" />
<small><small>(Photo : Viault - CC BY-SA 3.0)</small></small>
Tous les jours, jusqu'à la tombée de la nuit, les deux parents, mâle et femelle, s'activent et font des allers et retours pour nourrir leurs oisillons (cinq ou six maximum) qui font un petit concert dès que l'un des parents arrive, pour réclamer chacun leur pitance. Si j'en crois mes deux ouvrages de référence, l'envol des jeunes rouges-queues a lieu à presque trois semaines, et ceux-ci sont nourris par les deux parents plusieurs jours après leur envol, à l'âge de 16 à 20 jours. Il pourrait y avoir d'autres pontes jusqu'en août, mais cela ne s'est jamais produit chez moi : une seule ponte et puis s'en va, du moins jusqu'ici. J'espère que les choses vont se passer sans trop de problèmes, même s'il y a sans doute toujours un risque, entre autres, que le conduit finisse par se boucher...
L'activité des animaux, et notamment des oiseaux, que j'avais eu largement l'occasion d'observer durant les confinements en 2020, me rappelle cette réflexion de Remy de Gourmont :
[citation=Remy de Gourmont (1858-1915), <i>Physique de l'Amour. Essai sur l'instinct sexuel</i>, 1903, Chapitre II « But de la vie ».] Quel est le but de la vie ? Le maintien de la vie.
Mais l'idée même de but est une illusion humaine. Il n'y a ni commencement, ni milieu, ni fin dans la série des causes. Ce qui est a été causé par ce qui fut, et ce qui sera a pour cause ce qui est. On ne peut concevoir ni un point de repos, ni un point de début. Née de la vie, la vie engendrera éternellement la vie. Elle le doit et elle le veut. Or, la vie est caractérisée sur la terre par l'existence d'individus groupés en espèces, c'est-à-dire ayant le pouvoir, un mâle s'étant uni à une femelle, de reproduire leur semblable. Qu'il s'agisse de la conjugaison interne des protozoaires, de la fécondation hermaphrodite, de la copulation des insectes ou des mammifères, l'acte est le même : il est commun à tout ce qui vit, et non pas seulement à l'animal, mais à la plante [...]. Entre tous les actes possibles, dans la possibilité que nous pouvons connaître ou imaginer, l'acte sexuel est donc le plus important de tous les actes. Sans lui, la vie s'arrêterait : mais il est absurde de supposer son absence puisque, dans ce cas, c'est la pensée même qui disparaît.
[...]
Les moralistes aiment les abeilles, dont ils tirent des exemples et des aphorismes. Elles nous conseillent le travail, l'ordre, l'économie, la prévoyance, l'obéissance et plusieurs autres vertus. Adonnez-vous au labeur, courageusement : la nature le veut. La nature veut tout. Elle est complaisante à toutes les activités et ne refuse aucune analogie à aucune de nos imaginations. Elle veut les constructions sociales de l'abeille : elle veut aussi la vie toute d'amour du grand paon, de l'osmie et du sitaris. Elle veut que les formes qu'elle a créées se conservent indéfiniment et pour cela tous les moyens lui sont bons. Mais si elle nous donne l'exemple laborieux de l'abeille, elle ne nous cache pas l'exemple polyandrique de la mante et de ses cruelles amours. Il n'y a pas dans la volonté de vivre la moindre trace de notre pauvre petite morale humaine. Si l'on veut une morale unique, c'est-à-dire un commandement universel, tel que toutes les espèces le puissent écouter, tel que, en fait, elles le suivent selon l'esprit et selon la lettre, si l'on veut, en d'autres termes, déterminer quel est le but de la vie et le devoir des êtres vivants, il faut évidemment trouver une formule qui totalise les contradictions, les brise et les transforme en une affirmation. Il n'y en a qu'une et on la répétera, sans craindre et sans permettre aucune objection : le but de la vie est le maintien de la vie.[/citation]
Bonne nuit,
B.
Que voulez-vous, n'en déplaise éventuellement aux pères de famille (supposés) responsables qui aiment se cacher derrière ce statut pour se dire occupés en sus de leurs activités professionnelles, ce n'est pas parce que vous n'avez pas de gosses à nourrir et à torcher (si vous me passez l'expression, plus populaire que vulgaire de toute façon) que votre emploi du temps n'est pas chargé pour autant... ^^'
Et puis, il y a par là-dessus le contexte de ces derniers jours en France : en ces temps moroses de violences urbaines (comme on dit pudiquement) où certains (toujours les mêmes) persistent à vouloir animer le "débat" public avec leur blabla hors-sol (même quand ils prétendent parler de "responsabilité" ou de "solidarité humaine"), leurs fantasmes de guerre civile et leurs diverses visions orientées des émeutes (que ces visions soient pseudo-révolutionnaire, "bourgeoise libérale", pseudo-écolo, raciste, pseudo-antiraciste, "romantique" ou pseudo-psychosociologique), je mesure le côté dérisoire du simple fait de se réveiller tous les jours dans ce monde et de ce que j'essaie de faire quotidiennement à tous les niveaux, y compris donc en matière d'écriture, ici "légèrement" comme dans le cadre d'un projet plus sérieux.
Même si se plaindre et se poser en victime ne m'a jamais intéressé, c'est dur de se sentir parfois n'être en accord avec personne, et de se sentir surtout finalement imbécile au milieu de milliards d'autres imbéciles (qui le plus souvent ne risquent pas de l'assumer), tous pommés sur une petite planète elle-même pommée dans une galaxie au milieu de milliards d'autres galaxies... Tel est là par essence, je suppose, le sentiment de l'absurde. Mais puisqu'il faut malgré tout, et dans la mesure du possible, savoir quoi faire du temps imparti, voila donc au moins, pour cette nuit, ce message.</small>
[séparation]
Elendil Wrote:Pas spécialement ma tasse de thé, Berlusconi.
Le contraire m'eût étonné. ;-)
Il n'est évidemment pas du tout ma tasse de thé, pour ce qui me concerne, mais il aura suffisamment marqué son époque pour ne pas laisser indifférent. Sans vraiment l'assumer, Sarkozy l'a beaucoup imité politiquement en France, sur le créneau de la « droite populaire et décomplexée » communiquant à outrance, et son goût pour une certaine brutalisation des institutions en Italie en fait une sorte de pionnier dans le domaine des comportements populistes à la Trump. Même si c'est avant tout la faillite des partis politiques italiens traditionnels, suite à l'opération <i>Mani pulite</i>, qui a permis l'ascension de Berlusconi à partir des années 1990, celui-ci porte, avec d'autres, par son absence de scrupules en matières d'alliances électorales, une lourde responsabilité dans la banalisation d'un certain nationalisme « post-fasciste » en Italie. Mais c'est surtout, du moins à mes yeux, l'influence personnelle du personnage dans le contexte socio-culturel de son pays qui aura laissé des traces dans les mémoires, dans un contexte de tyrannie des apparences avec toute l'hypocrisie qui va avec. Avant même son arrivée dans l'arène politique, Berlusconi avait déjà fait parler de lui en imposant, dans le paysage social et culturel italien via son « empire » médiatique, un modèle de télévision commerciale contre lequel s'érigea notamment le cinéaste Federico Fellini, lequel lutta longuement, avec d'autres, dans les années 1980, contre les coupures publicitaires imposées à l'écran lors de la diffusion de films de cinéma par les chaînes de télé d'Oncle Berlu. L'influence berlusconienne s'étant aussi exercée dans le monde de l'édition, elle fut aussi très contestée dans ce domaine par d'éminentes personnalités comme Umberto Eco, anti-berlusconiste notoire et qui mena en ce sens un projet d'anti-concentration éditoriale à travers une maison d'édition appelée « La Nave di Teseo ». Les tribulations politiques d'Oncle Berlu auront été, finalement, le « couronnement » d'une volonté d'influence personnelle dans un grand nombre de domaines d'activités, mais toujours dans ce contexte hypocrite de tyrannie des apparences dont j'ai parlé. J'avoue trouver, à cette aune, encore particulièrement symbolique la petite histoire de censure pudibonde qui aura marqué le début de la dernière période de gouvernance d'Oncle Berlu au Palais Chigi (2008-2011) et qui concerne un tableau de Tiepolo, ou plus exactement une reproduction de celui-ci.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1687366272_giambattista_tiepolo_-_la_verite_devoilee_par_le_temps_1743_detail_-_museo_civico_palazzo_chiericati_vicenza.jpg" width="669" />
<small>Giambattista Tiepolo (1696-1770).
<i>La Vérité dévoilée par le Temps</i>, 1743 (détail).
Huile sur toile, 259 cm x 350 cm.
Vicenza, Museo Civico Palazzo Chiericati.</small>
Le plus simple, pour évoquer rapidement cette petite histoire, est encore de citer une vieille dépêche AFP de l'époque, que j'ai retrouvé dans mes archives :
[citation=Dépêche de l'Agence France Presse, 05 août 2008, 11h58.]<b>Cachez ce sein : Berlusconi sous les foudres des historiens de l'art</b>
Le gouvernement italien de Silvio Berlusconi s'est attiré les foudres des historiens d'art pour avoir voilé le sein d'une peinture de Tiepolo qui sert de toile de fond à la salle de presse de la présidence du Conseil, rapporte mardi [5 août 2008] <i>La Repubblica</i>.
"Qui pourrait se sentir offensé face à la Vérité nue de Tiepolo ? C'est une sottise absolue", a réagi Antonio Paolucci, directeur des musées du Vatican et ancien ministre de la Culture.
<i>Le Corriere della Sera</i> a révélé ce week-end que le sein de la femme nue qui incarne la Vérité dans le célèbre tableau de Giambattista Tiepolo (1696-1770) <i>La Vérité dévoilée par le temps</i> avait été retouché pour en dissimuler le mamelon.
Une reproduction de ce tableau a été choisie par Silvio Berlusconi lors de son retour au pouvoir en mai dernier comme toile de fond de la salle de presse du Palais Chigi à Rome, siège du gouvernement.
"Que c'est triste (...). On ne peut pas cacher la Vérité, un sujet qui est représenté nu depuis des siècles. Ce Tiepolo aurait dû être laissé tel quel", a aussi critiqué Sandrina Bandera, conservateur de la pinacothèque de Brera, près de Milan.
"C'est du moralisme niais. L'entière histoire de l'art de la Renaissance puis de l'époque qui a suivie est pleine de nues (...) Ça ne vous fait pas rire quand on pense à ce qui est montré sur Canale 5", l'une des chaînes de télévision du groupe Mediaset de Silvio Berlusconi, a commenté Andrea Emiliani, un historien, ex-conservateur de la pinacothèque de Bologne (nord).
Ce sont les cameramen du gouvernement qui auraient pris l'initiative de dissimuler le sein de la Vérité pour qu'il n'apparaisse pas près du visage du chef du gouvernement afin d'épargner la sensibilité de certains téléspectateurs, selon des sources gouvernementales, citées par l'agence Ansa.[/citation]
Anecdotique sans doute, mais tout de même assez significatif, n'est-ce-pas ?
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1687366290_berlusconi_palazzo_chigi_rome_5_aout_2011_-_photo_tony_gentile_reuters.jpg" width="569" />
<small>(Rome, Palazzo Chigi, 5 août 2011)</small>
Ainsi a-t-on pu voir, pendant ses dernières années d'exercice du pouvoir, Oncle Berlu effectuer ses conférences de presse devant une image de la Vérité voilée... soi-disant pour ne pas choquer alors que certains programmes de télévision de l'empire médiatique berlusconien étaient connus pour être loin d'avoir la même pudeur, et ceci dit sans même parler du comportement personnel sulfureux de Berlusconi à de multiples égards...
Je suis tombé, en août dernier, tard le soir, sur la diffusion dans ma télé (sur une chaîne du service public, donc sans coupures publicitaires) du film <i>Loro</i> (<i>Silvio et les Autres</i> en français) de Paolo Sorrentino, sorti en salles en 2018 (en deux parties en Italie et en un seul film en France). Sorrentino, dont je ne connais que peu la filmographie, a la réputation d'être un cinéaste italien travaillant dans le sillage artistique de Fellini, mais j'avoue ne pas avoir ressenti de filiation artistique très évidente (hormis peut-être dans l'absence de véritable trame narrative) avec ce film-là, qui est une évocation de Berlusconi centrée sur les années 2006-2010 (période des soirées "bunga bunga"). Le portrait qui est fait, dans ce long métrage au contenu inégal, à la fois d'Oncle Berlu, de son entourage et de ceux qui cherchent à en faire partie, ainsi que de la société italienne en général, est tragi-comique, à l'image de cette théâtralité à l'esthétique "bling-bling" masquant une inévitable vacuité qui aura été le propre, au fond, du berlusconisme.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1688344823_toni_servillo_in_loro_2018_sorrentino_-_photo_by_gianni_fiorito.jpg" width="669" />
Le point fort du film est son comédien principal interprétant Berlusconi, Toni Servillo, acteur fétiche du réalisateur qui est un peu à Sorrentino ce que Mastroianni fut à Fellini <small>(il a notamment joué le rôle de l'ambiguë politicien chrétien-démocrate Giulio Andreotti dans un autre film de Sorrentino, que je n'ai pas vu : <i>Il divo</i>)</small>. Malgré les limites du propos du cinéaste, peut-être liées aux limites intrinsèques du sujet lui-même, Servillo est particulièrement convaincant en Berlu, sachant bien mettre en évidence le côté clownesque du personnage ainsi que sa dimension à la fois cynique et pathétiquement humaine. Si ma mémoire ne me fait pas défaut à quelques éventuels détails près, une séquence du film montre Oncle Berlu, un soir dans une de ses propriétés de luxe, en train d'appeler une Italienne trouvée complètement au hasard dans l'annuaire, une « Madame Tout-le-monde » à qui il va vendre par téléphone, sous une fausse identité, un projet immobilier bidon qu'il vient d'imaginer pour l'exercice, simplement afin de se prouver à lui-même que malgré les années qui ont passé, il est toujours capable de brillamment vendre n'importe quoi à n'importe qui, comme à ses débuts quand il vendait des produits d'électroménager en parallèle de ses études de droit. Et bien sûr, ça marche ! ^^'
À noter que Toni Servillo, dans un registre sensiblement plus grave, a notamment interprété, plus récemment et de façon aussi convaincante, le pape Paul VI dans <i>Esterno notte</i>, une mini-série télévisée italienne en six épisodes de Marco Bellocchio, évoquant l'enlèvement puis l'assassinat du politicien chrétien-démocrate Aldo Moro (ami de Paul VI) par les Brigades rouges, mini-série diffusée en France sur ARTE en mars dernier et qui est encore disponible en replay jusqu'au 12 juillet prochain : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023478/esterno-notte/
Elendil Wrote:Cela m'a en tout cas fait sourire que tu aies pris la peine de lire et citer le sermon d'un évêque à propos d'un homme politique que tu ne dois pas vraiment apprécier non plus. Citation plutôt savoureuse, au demeurant (combien de double sens volontaires là-dedans ?).
Comme tu dois le savoir, et quoique cela ne soit pas non plus systématique, on peut assez facilement s'ennuyer durant une messe : j'en ai notamment plusieurs fois fait l'expérience quand j'étais enfant, comme d'autres gosses dans les même circonstances du reste, et même si je n'étais pas turbulent pour autant. Or, quand c'est quelqu'un comme Berlusconi qui est l'objet de la cérémonie, on peut raisonnablement supposer que les choses qui seront dites, qui plus est dans le cadre d'obsèques nationales, auront possiblement une saveur ironique particulière. C'est donc dans cet esprit, sans avoir directement suivi la cérémonie funèbre en la cathédrale de Milan - j'avais tout de même autre chose à faire -, que j'ai donc pris connaissance, dans la foulée, du sermon de l'archevêque.
Elendil Wrote:Un détail toutefois : schon wieder se traduirait plutôt « bientôt à nouveau » (logique, le Jugement Dernier n'est pas encore arrivé).
Merci, j'ai rajouté en conséquence un "bientôt" à la traduction dans mon précédent message. Figure-toi que j'avais précisément songé à te demander ton avis : même si tes années augsbourgeoises remontent à loin maintenant, tu es probablement plus familier que moi de la langue de Goethe.
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<small>Ces derniers jours, j'ai appris, comme d'autres, que Elon M. et Mark Z., les propriétaires des fameux « rézosocios » dont j'ai parlé dans mon précédent message et que j'utilise encore moi-même avec autant de parcimonie et de sélectivité que possible, laissent entendre, notamment dans un message sur Instagram pour Mark, qu'ils ont pour projet de prochainement se battre physiquement en duel, dans le cadre d'un combat de "MMA" (<i>Mixed martial arts</i>) devant avoir lieu « dans une cage à Las Vegas », pour reprendre les termes d'un article du <i>Canard enchaîné</i> de mercredi dernier (j'aime bien le titre) :
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1688344976_gros_muscles_petits_cerveaux_elon_musk_mark_zuckerberg_-_canard_enchaine_28_juin_2023_.jpg" width="569" />
Or, vendredi dernier, 30 juin, Elon M. a laissé finalement entendre dans un tweet que son combat contre Mark Z. pourrait avoir lieu... au Colisée de Rome. Mais l'information a été ensuite démentie par le ministère de la Culture de l'actuel gouvernement italien (ministère dirigé par un petit personnage par ailleurs prompt, depuis sa prise de fonction, à taxer stupidement les droits photos de biens culturels publics italiens, si j'en crois un article de <i>la Tribune de l'Art</i>) : https://etcanada.com/news/1003169/italia...colosseum/
Bref, tout cela pour dire qu'Oncle Berlu n'est plus là pour voir ça, et que cela en est presque dommage, car même s'il n'était plus forcément « dans le coup » face des « géants » de la tech comme Elon et Mark, il s'y connaissait suffisamment en matière de spectacle médiatique pour partager son expertise dans la perspective d'un tel évènement "planétaire", surtout s'il devait avoir lieu dans la Ville éternelle...</small>
Amicalement,
B.
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P.S. (en guise d'appendice) : Cela fait quelques jours maintenant que j'ai de la compagnie animalière chez moi... Après les abeilles qui sont venus rendre visite aux fleurs de trèfle violet de mon balcon pour butiner, c'est au tour des oiseaux : un couple de rouges-queues (ou rougequeues) noirs (<i>Phoenicurus ochruros</i>) a installé son nid dans le conduit d'évacuation de ma chaudière VMC. J'ai essayé de les décourager car ce n'est pas particulièrement un endroit idéal, même si ces oiseaux rupestres, d'origine montagnarde, aiment de toute façon les lieux perchés en hauteur et qu'ils ce sont depuis longtemps adaptés au milieu urbain et à ses grands édifices. Ils se sont donc quand même installés. Ce n'est pas la première fois que j'ai droit à une nidification à cet endroit, même si cela ne se produit pas tous les ans, sans doute parce que mon modeste logis, situé en hauteur, n'est pas celui d'une résidence secondaire. Le conduit est protégé par une sorte de « grille » extérieure pouvant d'ailleurs servir de perchoir au dessus du vide, mais un petit oiseau essentiellement insectivore comme le rouge-queue noir peut entrer dans le conduit et en ressortir sans problème. J'espère que le nid, fait en principe de mousses, d'herbe et de racines, reste modeste, mais je ne peux pas le vérifier directement en l'état. Si on pouvait être en face du conduit le long du mur de l'immeuble, avec une nacelle, je suppose que ce que l'on verrait, sans la « grille » de protection extérieure, ressemblerait à peu près à ceci (le rouge-queue préférant généralement les pierres, en principe) :
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1688345351_rouge-queue_avec_oisillons_pierrefitte_en_cinglais_calvados_2007_-_photo_by_viault_creative_commons.jpg" width="669" />
<small><small>(Photo : Viault - CC BY-SA 3.0)</small></small>
Tous les jours, jusqu'à la tombée de la nuit, les deux parents, mâle et femelle, s'activent et font des allers et retours pour nourrir leurs oisillons (cinq ou six maximum) qui font un petit concert dès que l'un des parents arrive, pour réclamer chacun leur pitance. Si j'en crois mes deux ouvrages de référence, l'envol des jeunes rouges-queues a lieu à presque trois semaines, et ceux-ci sont nourris par les deux parents plusieurs jours après leur envol, à l'âge de 16 à 20 jours. Il pourrait y avoir d'autres pontes jusqu'en août, mais cela ne s'est jamais produit chez moi : une seule ponte et puis s'en va, du moins jusqu'ici. J'espère que les choses vont se passer sans trop de problèmes, même s'il y a sans doute toujours un risque, entre autres, que le conduit finisse par se boucher...
L'activité des animaux, et notamment des oiseaux, que j'avais eu largement l'occasion d'observer durant les confinements en 2020, me rappelle cette réflexion de Remy de Gourmont :
[citation=Remy de Gourmont (1858-1915), <i>Physique de l'Amour. Essai sur l'instinct sexuel</i>, 1903, Chapitre II « But de la vie ».] Quel est le but de la vie ? Le maintien de la vie.
Mais l'idée même de but est une illusion humaine. Il n'y a ni commencement, ni milieu, ni fin dans la série des causes. Ce qui est a été causé par ce qui fut, et ce qui sera a pour cause ce qui est. On ne peut concevoir ni un point de repos, ni un point de début. Née de la vie, la vie engendrera éternellement la vie. Elle le doit et elle le veut. Or, la vie est caractérisée sur la terre par l'existence d'individus groupés en espèces, c'est-à-dire ayant le pouvoir, un mâle s'étant uni à une femelle, de reproduire leur semblable. Qu'il s'agisse de la conjugaison interne des protozoaires, de la fécondation hermaphrodite, de la copulation des insectes ou des mammifères, l'acte est le même : il est commun à tout ce qui vit, et non pas seulement à l'animal, mais à la plante [...]. Entre tous les actes possibles, dans la possibilité que nous pouvons connaître ou imaginer, l'acte sexuel est donc le plus important de tous les actes. Sans lui, la vie s'arrêterait : mais il est absurde de supposer son absence puisque, dans ce cas, c'est la pensée même qui disparaît.
[...]
Les moralistes aiment les abeilles, dont ils tirent des exemples et des aphorismes. Elles nous conseillent le travail, l'ordre, l'économie, la prévoyance, l'obéissance et plusieurs autres vertus. Adonnez-vous au labeur, courageusement : la nature le veut. La nature veut tout. Elle est complaisante à toutes les activités et ne refuse aucune analogie à aucune de nos imaginations. Elle veut les constructions sociales de l'abeille : elle veut aussi la vie toute d'amour du grand paon, de l'osmie et du sitaris. Elle veut que les formes qu'elle a créées se conservent indéfiniment et pour cela tous les moyens lui sont bons. Mais si elle nous donne l'exemple laborieux de l'abeille, elle ne nous cache pas l'exemple polyandrique de la mante et de ses cruelles amours. Il n'y a pas dans la volonté de vivre la moindre trace de notre pauvre petite morale humaine. Si l'on veut une morale unique, c'est-à-dire un commandement universel, tel que toutes les espèces le puissent écouter, tel que, en fait, elles le suivent selon l'esprit et selon la lettre, si l'on veut, en d'autres termes, déterminer quel est le but de la vie et le devoir des êtres vivants, il faut évidemment trouver une formule qui totalise les contradictions, les brise et les transforme en une affirmation. Il n'y en a qu'une et on la répétera, sans craindre et sans permettre aucune objection : le but de la vie est le maintien de la vie.[/citation]
Bonne nuit,
B.

