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In Memoriam...
À Elendil, précédemment dans le présent fuseau, votre serviteur Hyarion Wrote:Je répondrais un peu plus tard concernant la littérature pour la jeunesse à thématique biblique : fouiller dans mes propres souvenirs personnels et procéder ces jours-ci à quelques vérifications bibliographiques demande un peu de temps.

<small>Comme annoncé il y a quelques jours, je reviens donc répondre à ce sujet.</small>

Précédemment, dans ce contexte, Elendil Wrote:Du côté des livres d'images, nous avons constaté que ceux de Maïté Roche étaient à la fois intéressants pour les enfants et dotés d'une thématique adéquate, aussi bien les anciens (qui avaient dû être achetés pour moi ou pour mes cousins) que les nouveaux (qu'on nous a offerts). [...]
Il y est d'ailleurs souvent questions d'animaux (ce qui plaît beaucoup aux enfants, témoin l'histoire du bon berger, qui fait partie de leurs favorites).

<small>Bien que Maïté Roche soit active, au moins comme illustratrice, depuis la deuxième moitié des années 1970 (elle a plus de 70 ans aujourd'hui), je ne me rappelle pas d'avoir vu ses livres autrement qu'en vitrine de librairies spécialisées, et en étant déjà adulte.</small>

Pour tout ce qui suit, qui est « un peu » long (on ne se refait pas !), je me permets de revenir à une écriture avec une taille de police de caractères « normale », d'abord pour un meilleur confort de lecture et aussi parce que la conclusion rejoint <i>in fine</i> l'objet du présent fuseau.

François Truffaut déclarait, au début des années 1980 : [emphase]« Je crois comme Simenon qu'on travaille avec tout ce qui nous est arrivé entre la naissance et l'âge de quatorze ans »[/emphase]. Si c'est vrai, au-delà de la question du vécu, qu'il fut heureux ou malheureux, stimulant ou ennuyeux, je pense que les livres que l'on a lu durant cette période nous marque forcément de façon particulière, quelle que soit notre créativité et plus généralement nos pensées et nos actions.
Concernant le sujet qui nous occupe, de façon générale, et ayant par ailleurs effectué toute ma scolarité à l'école publique, en dehors de la lecture directe des Évangiles par la médiation de ma grand-mère, je ne me souviens pas beaucoup des lectures chrétiennes proprement confessionnelles que j'ai pu faire quand j'étais enfant, même si ça n'a pas eu lieu avant l'âge de 8 ou 9 ans. Je me souviens toutefois de livres-albums documentaires de type questions-réponses pour la jeunesse chrétienne qui m'avaient été prêtés par la paroisse, et je reconnaîtrais sans doute leurs couvertures si je les voyais exposées dans une bouquinerie, mais je ne saurais pas citer actuellement de références précises.
Par contre, je me souviens très bien de livres documentaires, à thématique biblique, pour la jeunesse, destinés à un audience un peu plus généraliste, dont on m'avait offert des exemplaires que je possède toujours. C'est de ces livres-là, certes déjà un peu anciens mais restant intéressants et bien faits, dont il sera question <i>infra</i>.

[séparation]

Entre 10 et 11 ans, j'ai découvert <b><i>Le Livre de la Bible</i></b>, paru en deux volumes (un par Testament) que l'on m'avait offert (l'un après l'autre, je crois) et qui ont été initialement publiés en 1985 et 1987 chez Gallimard, dans l'ancienne collection de livres documentaires de poche « Découverte Cadet » que j'appréciais beaucoup. Présentés par Jacques Musset (ancien prêtre catholique qui s'est ensuite marié, âgé aujourd'hui de 87 ans) et illustrés par de nombreux artistes, il s'agissait de deux volumes collectifs dont voici les références pour ce qui me concerne :
  • <i>Le Livre de la Bible. L'Ancien Testament</i> : édition originale Gallimard 1985, rééd. 1992 (ISBN 2-07-039497-2 ou 978-2070394975)
  • <i>Le Livre de la Bible. Le Nouveau Testament</i> : édition originale Gallimard 1987, rééd. 1992 (ISBN 2-07-039533-2 ou 978-2070395330)
Les deux volumes ont été réédités plus tard, d'abord encore séparément puis finalement en étant réunis en un volume unique à partir de 2003.

Ce <i>Livre de la Bible</i>, en particulier s'agissant du premier volume, a une petite histoire concernant une de ses illustrations, une histoire qui ne m'a pas été racontée, mais que j'ai plus ou moins déduite au fil du temps, d'abord en étant intrigué dès l'occasion de mes premières lectures, puis plus tard en constatant l'évolution des choses en jetant de temps en temps un coup d'œil sur les rééditions de l'ouvrage.

Mais avant d'aller plus loin, il me faut prendre le temps ici d'évoquer l'illustrateur concerné par cette petite histoire, à savoir Christian Broutin, également peintre, sculpteur et affichiste. Du reste, de façon générale, le domaine de l'illustration mérite toujours que l'on en parle, plutôt que d'être traitée de façon accessoire vis-à-vis des publications où elle est présente, non seulement parce que je crois personnellement beaucoup à l'importance du rapport entre texte et image, mais aussi parce que j'ai tendance à partager le point de vue de Broutin lorsque celui-ci a déclaré, assez récemment, vis-à-vis de son propre travail (à l'occasion de la parution d'un livre qui lui a été consacré en 2021, évoqué dans un billet de blog du Monde.fr), qu'il ne fait [emphase]« aucune hiérarchie entre arts majeurs et arts dits mineurs, entre illustration et pure création [...]. »[/emphase]

Christian Broutin (âgé aujourd'hui de 90 ans), Henri Galeron (83 ans), Étienne Delessert (82 ans), Frédéric Clément (74 ans), Marcel Laverdet (70 ans) : tous ces illustrateurs contemporains (pour ne citer qu'eux) ont marqué chacun à leur façon mon imaginaire dans les années 1980 et 1990, à travers les livres que je lisais ou que, parfois, je voyais simplement exposés en librairie ou en bibliothèque. Ils avaient tous une capacité très particulière, propre à mon sens aux grands illustrateurs : celle de stimuler l'imagination, parfois uniquement à travers une illustration de couverture, non seulement vis-à-vis du sujet du livre mais aussi vis-à-vis de ce que donnait à voir l'illustration en elle-même, suivant la liberté prise par l'artiste (que l'on songe, pour prendre un exemple bien connu en ces lieux, à la mystérieuse guerrière forestière de Laverdet pour illustrer le Deuxième Âge des <i>Contes et Légendes inachevés</i> de Tolkien). Le style de Broutin, comme celui de Galeron, est peut-être un peu moins immédiatement identifiable que ceux de Delessert, Laverdet ou Clément, mais tout de même caractérisé par un mélange de réalisme et de poésie, avec un zeste d'étrangeté lorsque cela s'impose et même une pointe d'humour quand l'occasion se présente.
L'encyclopédie du site nooSFere a recensé un bon nombre d'illustrations de couverture de Broutin réalisées des années 1970 aux années 2000, dans le seul domaine des littératures de l'imaginaire : https://www.noosfere.org/livres/auteur.a...veau=illus

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689998310_prosper_merimee_-_la_venus_d-ille_-_illustration_christian_broutin_-_livre_de_poche_lgf_1994_-_2-253-13647-6_.jpg" width="269" />

Je me souviens bien, personnellement, d'un certain nombre d'entre elles, notamment par exemple de l'illustration très évocatrice pour la couverture d'une édition au Livre de Poche de <i>La Vénus d'Ille</i> de Mérimée, illustration de Broutin qui avait contribué à mon intérêt, quand j'étais au collège, pour ce chef d'oeuvre de la littérature fantastique (j'ai gardé mon exemplaire de l'époque). Je me souviens aussi de l'illustration pour la couverture d'une édition, dans la collection Folio junior, de <i>L'Étrange cas du Dr. Jekyll et de M. Hyde</i> de Stevenson : j'avoue que cette couverture-là, associée entre autres à la présentation générale de l'histoire, m'avait tellement effrayé à l'époque que je n'avais pas voulu lire le livre (j'ai fini par le faire, un peu plus tard, avec une autre édition à la couverture illustrée par Galeron) ! ^^'

Et comment oublier, <i>a fortiori</i> en ces lieux dédiés à Tolkien, les couvertures de Christian Broutin pour l'édition du <i>Seigneur des Anneaux</i> parue en six volumes chez Gallimard, dans la collection Folio junior, en 1988 ?

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689983900_tolkien_le_seigneur_des_anneaux_livre_1_gallimard_folio_junior_1988.jpg" width="220" /><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689983926_tolkien_le_seigneur_des_anneaux_livre_2_gallimard_folio_junior_1988.jpg" width="215" /><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689983954_tolkien_le_seigneur_des_anneaux_livre_3_gallimard_folio_junior_1988.jpg" width="222" />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689983975_tolkien_le_seigneur_des_anneaux_livre_4_gallimard_folio_junior_1988.jpg" width="215" /><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689983996_tolkien_le_seigneur_des_anneaux_livre_5_gallimard_folio_junior_1988.jpg" width="218" /><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984015_tolkien_le_seigneur_des_anneaux_livre_6_gallimard_folio_junior_1988.jpg" width="219" />

Je n'ai jamais acquis ni lu cette édition de Gallimard/Folio junior, car Tolkien ne m'a vraiment intéressé (y compris <i>Le Hobbit</i>) que plus tard, après l'âge de quatorze ans dont parle Truffaut, quand j'étais déjà alors au lycée (ma première édition du <i>SdA</i> fut celle rééditée en trois volumes chez Pocket avec des couvertures de Laverdet), mais les couvertures de Broutin pour l'édition Folio Junior m'intéressaient tout de même quand je les voyais en librairie autour de l'âge de la fin de l'école élémentaire et du début du collège. Tous les éléments illustrant ces couvertures pouvaient stimuler l'imagination, certains pouvaient même effrayer (le monstre vert du Livre I, l'araignée géante du Livre IV), tandis que d'autres pouvaient surtout intriguer : je repense notamment, par exemple, au mystérieux cavalier juché sur une monture bipède non moins mystérieuse apparaissant sur l'illustration de couverture du Livre III.

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689983740_le_livre_d-or_de_la_science-fiction_-_le_manoir_des_roses_-_illustration_par_christian_broutin_-_1978_-_2-266-00608-8_.png" width="269" />

Pour ce qui est des lectures de jeune adulte (lectures de livres trouvés en bouquinerie), je me souviens aussi, entre autres, des illustrations de Broutin pour les couvertures des volumes de poche de collections dédiées à l'imaginaire chez Presses Pocket à la fin des années 1970 et au début des années 1980, notamment l'illustration de couverture pour le recueil de récits et poèmes de fantasy <i>Le Manoir des Roses</i> (1978) dans la collection du « Livre d'or de la science-fiction », une couverture poétique qui, avec le recul, apparaît comme une possible alternative sage à une autre couverture de Broutin, plus facétieuse dans un registre adulte, réalisée pour un recueil de nouvelles fantastiques des XIXe et XXe siècles, <i>Histoires démoniaques</i> (1977) , dans la collection de « La Grande anthologie du fantastique » (également chez Presses Pocket).

Mais si l'on va au-delà des seules littératures de l'imaginaire, tout cela ne tient que très partiellement compte de la production prolifique de Christian Broutin, y compris en particulier dans le vaste domaine des illustrations pour les livres destinés à la jeunesse, production que l'on ne pourra cependant pas aborder en détail ici. Mais c'est là, en tout cas, que nous en revenons au <b><i>Livre de la Bible</i></b> de l'ancienne collection « Découverte Cadet » de Gallimard évoqué plus haut.

Parmi les illustrations faites par de nombreux artistes pour le premier volume de ce <i>Livre de la Bible</i>, consacré à l'Ancien Testament, Christian Broutin en a réalisé plusieurs pour illustrer l'histoire des origines par laquelle commence le Livre de la Genèse. L'une de ses illustrations de Broutin représente Adam et Ève dans le jardin d'Éden, devant le fameux arbre de la connaissance du bien et du mal.

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984223_adam_et_eve_par_christian_broutin_-_le_livre_de_la_bible_-_gallimard_jeunesse.jpg" width="569" />

On remarquera sans peine les deux grandes feuilles de figuier couvrant les sexes du premier homme et de la première femme, les cheveux d'Ève lui couvrant en outre les seins. Ces éléments de pudeur se retrouvent à l'intérieur de mon édition du livre, de 1985 rééditée en 1992, où l'illustration en question est reproduite en totalité aux pages 126 et 127 (on pourra noter au passage que, dans cette scène, de façon stimulante, Broutin a peuplé le jardin d'Éden de divers animaux, dont un dinosaure sauropode côtoyant un éléphant).

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984392_livre_de_la_bible_ancien_testament_1985_reed-1992_p126-127_gallimard_978-2070394975_photo_benjamin_bories.jpg" width="669" />
<small>(pages 126 et 127 du premier tome de l'édition en deux volumes, 1985, rééd. 1992)</small>

Cependant, la même illustration apparait en première de couverture de mon édition du livre, mais dans une version dans laquelle les cheveux d'Ève ne couvrent plus ses seins et les feuilles de vigne ont disparu...

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984648_le_livre_de_la_bible_ancien_testament_-_gallimard_decouverte_cadet_1985_reed-1992_-_978-2070394975.jpg" width="369" />
<small>(couverture du premier tome de l'édition en deux volumes, 1985, rééd. 1992)</small>

La version « impudique » de l'illustration de Broutin correspond vraisemblablement à un premier état de l'œuvre avant que les éléments de pudeur n'aient été ensuite ajoutés. Les feuilles de vigne sont certes faites avec élégance, mais apparaissent clairement comme des ajouts, contraints qui plus est, quand on compare avec la version dans laquelle Adam et Ève sont entièrement nus et a une dimension plus naturelle. Dès mes premiers lectures, je m'étais interrogé : pourquoi ces différences, et ces ajouts feuillus et chevelus ? Pour ne pas gêner certaines lectrices et certains lecteurs ? Mais dans ce cas-là, pourquoi avoir mis la version pudique de l'illustration à l'intérieur de l'ouvrage et laissé en même temps la version « impudique » reproduite sur la première de couverture ? J'ai fini par en déduire qu'il y avait eu un "couac" du côté de la maison d'édition, laquelle rectifia du reste le tir par la suite : de fait, les feuilles de vigne sont présentes dans les reproductions de l'illustration de Broutin sur les premières de couverture de la réédition du volume de 1996 (978-2070594313) et de l'édition du <i>Livre de la Bible</i> ayant finalement réuni les deux volumes en un seul en 2003 (978-2070557240), puis également plus discrètement sur la quatrième de couverture de l'édition la plus récente en un seul volume paru en 2009 (978-2070625369).

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984680_le_livre_de_la_bible_ancien_et_nouveau_testament_-_gallimard_jeunesse_2003_-_978-2070557240.jpg" width="369" />
<small>(couverture de l'édition en un volume, 2003)</small>

Je suppose que la maison d'édition s'est sentie obligé d'éviter tout risque d'être accusée d'enfreindre, d'une manière ou d'une autre, la loi française de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, telle qu'elle existait à l'époque, notamment avec son article 2 en vigueur de 1954 à 2010 qui imposait que les publications en question ne devaient comporter, entre autres, [emphase]« aucune illustration [...] présentant sous un jour favorable [...] la débauche ou tous actes [...] de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse »[/emphase]. <small>(Pour information, dans sa version révisée actuelle, l'article 2 de ladite loi, en vigueur depuis mai 2011, condamne, entre autres, tout "contenu" dans lesdites publications [emphase]« présentant un danger pour la jeunesse en raison de son caractère pornographique ou lorsqu'il est susceptible d'inciter à [...] tous actes [...] de nature à nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral de l'enfance ou la jeunesse »[/emphase])</small>.

Cette petite histoire (de feuilles de vigne) aura <i>in fine</i> été une de mes premières occasions de réfléchir à la notion de censure... mais tout cela n'enlève rien à la qualité de l'ouvrage en question, toujours recommandable pour les enfants de 8 à 12 ans, et dont la dernière édition de 2009, en un seul volume, semble toujours disponible d'après le site de Gallimard Jeunesse : https://www.gallimard-jeunesse.fr/978207...bible.html

[séparation]

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1690065702_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_3b.jpg" width="769" />

Avant l'âge de 7 ans, j'ai eu l'occasion de lire et d'apprécier grandement, et particulièrement, un livre d'inspiration biblique : <b><i>L'Arche de Noé</i> de Peter Spier</b>, album d'abord destiné aux enfants, plutôt entre l'âge de 2 ou 3 ans et celui de 6 ou 7 ans, mais aussi bien lisible bien au-delà de ces âges.

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984928_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_1.jpg" width="469" /><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984945_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_2.jpeg" width="469" />

Originellement paru en anglais à New York chez Doubleday en 1977 sous le titre <i>Noah's Ark</i>, <i>L'Arche de Noé</i> de Peter Spier a été publié en français à Paris par la maison d'édition L'École des Loisirs en 1978 (ISBN 2-211-04804-8). Réédité notamment en 1981, cet ouvrage m'avait été présenté quand j'étais à l'école maternelle, et j'avais très rapidement souhaité en avoir un exemplaire pour pouvoir le lire à la maison (le souhait fut exaucé).

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689984987_peter_spier_-_l-arche_de_noe_-_ecole_des_loisirs_1978_-_2211048048.png" width="469" />

L'album laissant, en un sens, parler les animaux, il contient très peu de texte, avec seulement deux fragments de citations bibliques au début (Gn 6, 8) et à la fin (Gn 9, 20), ainsi qu'un poème de Jacobus Revius (1586-1658) consacré au Déluge et qui met notamment l'accent sur la variété des animaux entrés dans l'Arche de Noé, ce que ne fait pas le récit de la Genèse. Revius est un poète néerlandais, pasteur calviniste dans sa ville natale de Deventer, théologien contre-remontrant et anticartésien, qui séjourna en France (notamment à Saumur) dans sa jeunesse, et dont la poésie fut notamment influencé stylistiquement par l'œuvre de Clément Marot (natif de Cahors, une des villes françaises que visita Revius). Dans la version française de l'ouvrage de Peter Spier, figure une adaptation par Jean-Henri Potier, sur une seule page, du poème de Jacobus Revius, tandis que dans la version originale du livre, ledit poème de Revius est présenté en anglais dans une traduction du néerlandais par Peter Spier lui-même. Pour le reste, tout est en images, et le résultat est de très grande qualité, d'une fluidité narrative quasi-cinématographique, le travail minutieux de Spier à l'encre et à l'aquarelle restant très agréable à regarder aujourd'hui.

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985043_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_3.jpg" width="769" />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985061_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_4.jpg" width="769" />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985074_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_5.jpg" width="669" />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985133_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_6.jpg" width="669" />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985156_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_7.jpg" width="769" />

Enfant, j'étais fasciné par le contenu de cet ouvrage, passant souvent mon temps de lecture à reconnaître tous les animaux représentés dans l'Arche (issus de tous les continents) et à les nommer, à compter les yeux des hiboux et chouettes sur une certaine page, à imaginer l'histoire et les anecdotes derrière chaque image... Ce livre a sans doute contribué à développer mon goût pour la pratique du dessin animalier. Plus tard, après l'âge du passage de l'école maternelle à l'école élémentaire, il a même pu servir ponctuellement de pont entre le monde de l'enfance et la catéchèse, mais j'associe surtout cet ouvrage, avec quelques autres, à mon enfance de petit garçon passionné par la nature, les animaux et le dessin. Ce livre peut aussi amener à réfléchir sur la vie, la mort, l'équité vis-à-vis d'une justice supposée divine, les symboles du corbeau, de la colombe, de la branche d'olivier, de l'arc-en-ciel, etc.

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985261_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_8.jpg" width="769" />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689985323_peter_spier_-_noah-s_ark_-_doubleday_1977_-_9.jpg" width="669" />

Très connu pour son <i>Arche de Noé</i>, Peter Spier était un illustrateur et écrivain prolifique, auteur notamment d'un <i>Livre de Jonas</i> (<i>The Book of Jonah</i>), un album pour la jeunesse là encore d'inspiration biblique et paru en français en 1985, toujours chez L'École des Loisirs. Cette maison d'édition propose notamment encore aujourd'hui, dans son catalogue, l'album de Spier pour tout-petits <i>Les animaux ont la parole</i> (<i>Gobble, Growl, Grunt</i>, 1971) paru en français en 1974, ainsi que l'album <i>Sept milliards de visages</i> (<i>People</i>, 1980) pour les enfants de 8 à 11 ans, paru en français la première fois en 1981 (sous le titre <i>Quatre milliards de visages</i>) et que Peter Spier avait réalisé pour inviter au dépassement des préjugés face à la diversité des êtres humains et des cultures.

[Image: 1689985488_peter_spier_1927-2017.jpg]

Néerlandais naturalisé américain, natif d'Amsterdam, ayant notamment vécu à Paris, puis à Houston au Texas, et ensuite à New York, Peter Spier est mort le 27 avril 2017, à l'âge de 89 ans : j'étais alors passé à côté de cette triste nouvelle.

<b>RIP Peter Spier (1927-2017)</b>

[séparation]

<i>Peace and Love</i>,

B.

<small>[EDIT (23/07/2023, 01:08): corrections diverses et mise à jour en tenant notamment compte des contraintes de formatage automatique de certaines images...]
[EDIT2: correction de fautes...]</small>
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