J'y avais fait succinctement allusion en mai dernier dans un précédent message, mais les choses se sont concrétisées par la suite : depuis le 24 juin dernier, le <b>musée des Augustins</b> de Toulouse, fermé pour travaux depuis longtemps maintenant, a réouvert ses portes, temporairement et partiellement, jusqu'au 16 octobre prochain. Au sein des bâtiments du musée, seuls l'église, le grand cloître et son jardin sont à nouveau accessibles le temps de la saison estivale, mais c'est déjà bien après une si longue période de fermeture complète (sauf durant le temps de l'expo Ribot dans l'église, évoquée précédemment en son temps ici et là) et du reste, en dehors des activités proposées, l'entrée est gratuite.
Pour l'occasion, un nouvel accrochage d'œuvres est proposée dans l'église, ce qui permet d'y voir ou revoir enfin une sélection de tableaux et sculptures des collections du musée.
Point négatif : il manque, dans la sélection, des œuvres acquises par le musée ses dernières années et qui n'ont jamais été pour le moment montrées au public (deux tableaux caravagesques de Nicolas Tournier et de Dirck van Baburen, notamment). Il faudra, sur ce point, encore patienter.
Point (très) positif : certains des grands tableaux du XIXe siècle exposés traditionnellement au Salon Rouge du musée, et depuis longtemps inaccessibles, ont été déplacés dans l'église pour l'occasion, et y sont à présent confortablement visibles <i>à hauteur d'être humain</i>, et ce pour la première fois depuis des lustres.
Je pense en particulier, évidemment, à la fameuse <i>Dernière dryade</i> de Gabriel Guay, tableau que j'avais évoqué dans un autre fuseau, il y a déjà bien des années : ce message
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689988808_gabriel_guay_-_la_derniere_dryade_-_1898_-_musee_des_augustins_-_toulouse.jpg" width="359" />
<small>Gabriel Guay (1848–1923).
<i>La Dernière dryade</i>, 1898.
Huile sur toile, 272 x 136 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.</small>
Ce tableau, comme d'autres, n'a longtemps été visible que placé très en hauteur dans le Salon Rouge, dans le cadre d'un accrochage des tableaux dans le style des expositions du XIXe siècle.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689988925_musee_des_augustins_toulouse_salon_rouge_2017-09-29_benjamin_bories.jpg" width="669" />
<small>(photo : 29 septembre 2017)</small>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689988950_musee_des_augustins_toulouse_2018-02-04_benjamin_bories.jpg" width="469" />
<small>(photo : 4 février 2018)</small>
Dans le cadre de la réouverture temporaire estivale, la <i>Dernière dryade</i> a donc été placée à hauteur de spectateur dans l'église, où il est enfin observable de près, à côté entre autres du célèbre tableau d'Édouard Debat-Ponsan, <i>Le Massage, scène de hammam</i> (1883).
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989055_musee_des_augustins_toulouse_expo_eglise_derniere_dryade_2023-06-24_benjamin_bories.jpg" width="469" />
<small>(photo : 24 juin 2023)</small>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989066_musee_des_augustins_toulouse_expo_eglise_2023-06-24_benjamin_bories.jpg" width="669" />
<small>(photo : 24 juin 2023)</small>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989080_musee_des_augustins_toulouse_expo_eglise_2023-06-24_-_benjamin_bories.jpg" width="469" />
<small>(photo : 24 juin 2023)</small>
Parmi les œuvres visibles dans l'église, on peut voir ou revoir un autre fameux tableau des collections du musée : <i>Le Christ entre les deux larrons</i> de Pierre Paul Rubens.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989091_peter_paul_rubens_-_le_christ_entre_les_deux_larrons_-_c1635_-_musee_des_augustins_-_toulouse.jpg" width="369" />
<small>Pierre Paul Rubens (1577-1640).
<i>Le Christ entre les deux larrons</i>, vers 1635.
Huile sur panneau de bois, 296,5 cm x 193,5 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.</small>
Ce tableau de Rubens, semble-t-il donné après la mort du peintre à l'église des Capucins d'Anvers, fit partie, comme d'autres, des œuvres d'art saisies, pendant la Révolution française, dans ce que l'on appelait à l'époque les pays belgiques et liégeois (soit l'actuelle Belgique) et expédiées à Paris, puis plus tard envoyées pour ce qui est de certaines d'entre-elles, sous Napoléon Ier, dans les musées français de province (ce fut le cas pour plusieurs tableaux de Rubens, y compris donc <i>Le Christ entre les deux larrons</i> dont je parle, qui fut envoyé à Toulouse en 1805).
Contrairement à ce que certains prétendent en Belgique depuis quelques années, avec des motivations politiques, il me semble qu'il n'y a pas lieu de réclamer des restitutions, mais bien plutôt d'étudier l'histoire méconnue de ses œuvres, « conquises » pour les uns, « spoliées » pour les autres, mais qui <i>in fine</i> représentent avant tout aujourd'hui, parallèlement à leur valeur artistique propre, un précieux témoignage de l'histoire culturelle (pour le moins mouvementée) de l'Europe.
Pour qui serait intéressé par ce sujet, je recommande la lecture, intéressante et plutôt agréable pour ce qui est pourtant un document officiel, d'une « note » (en fait un rapport historique) de Pierre-Yves Kairis « sur les tableaux enlevés à la Belgique en 1794 et restitués (ou non) par la France en 1815 », note publiée en ligne en 2016 sur le site de <i>La Tribune de l'Art</i>.
En outre, depuis la rédaction de cette note, un inventaire scientifique (de l'Institut royal du Patrimoine artistique belge) des peintures et sculptures saisies en Belgique et envoyées en France à l'époque révolutionnaire (1794-1795) a été réalisé et est accessible à cette adresse : https://balat.kikirpa.be/tools/saisies/indexfr.html (le tableau de Rubens dont je parle y a droit à sa notice en ligne aux adresses https://balat.kikirpa.be/photo.php?objnr=11039148 et http://balat.kikirpa.be/doc/pdf/Saisies_133.pdf [ou https://balat.kikirpa.be/pdf/index.php?l...aisies_133 ])
Lors de ma visite dans l'église, en juin dernier, une guide-conférencière m'a appris que ce <i>Christ entre les deux larrons</i> avait certes été saisi en 1794 par les commissaires de la République française, mais sans que ce tableau ait été auparavant particulièrement mis en valeur dans l'église d'Anvers où il se trouvait, cette œuvre de Rubens ayant la particularité de mettre notamment en avant la figure de Jésus de Nazareth dans une expression de profond désespoir qui a pu donner à l'époque l'impression, dérangeante d'un point de vue religieux <i>a fortiori</i> en plein contexte hérité de la Contre-Réforme catholique, qu'en fait Dieu est absent du tableau.
Ayant assez écrit pour cette nuit, j'abrège...
L'exposition est aussi l'occasion de découvrir quelques œuvres conservées dans les réserves des collections du musée des Augustins et rarement montrés au public, comme par exemple un tableau de style troubadour dans lequel le peintre toulousain Jean-Blaise Villemsens a représenté Paule de Viguier (1518-1610), encore adolescente lorsqu'elle fut chargée, en 1533, de remettre les clefs de Toulouse au roi François Ier lors de son entrée dans la ville, le souverain l'ayant, dit-on, surnommé à cette occasion « La Belle Paule ».
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989200_jean-blaise_villemsens_-_la_belle_paule_-_1842_-_musee_des_augustins_-_toulouse.jpg" width="469" />
<small>Jean-Blaise Villemsens (1806-1859).
<i>La Belle Paule</i>, 1842.
Huile sur toile, 156 x 108 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.</small>
Pour les modalités pratiques de visite, voici l'adresse adéquate : https://www.augustins.org/fr/ouverture-estivale
<i>Peace and Love</i>,
B.
Pour l'occasion, un nouvel accrochage d'œuvres est proposée dans l'église, ce qui permet d'y voir ou revoir enfin une sélection de tableaux et sculptures des collections du musée.
Point négatif : il manque, dans la sélection, des œuvres acquises par le musée ses dernières années et qui n'ont jamais été pour le moment montrées au public (deux tableaux caravagesques de Nicolas Tournier et de Dirck van Baburen, notamment). Il faudra, sur ce point, encore patienter.
Point (très) positif : certains des grands tableaux du XIXe siècle exposés traditionnellement au Salon Rouge du musée, et depuis longtemps inaccessibles, ont été déplacés dans l'église pour l'occasion, et y sont à présent confortablement visibles <i>à hauteur d'être humain</i>, et ce pour la première fois depuis des lustres.
Je pense en particulier, évidemment, à la fameuse <i>Dernière dryade</i> de Gabriel Guay, tableau que j'avais évoqué dans un autre fuseau, il y a déjà bien des années : ce message
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689988808_gabriel_guay_-_la_derniere_dryade_-_1898_-_musee_des_augustins_-_toulouse.jpg" width="359" />
<small>Gabriel Guay (1848–1923).
<i>La Dernière dryade</i>, 1898.
Huile sur toile, 272 x 136 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.</small>
Ce tableau, comme d'autres, n'a longtemps été visible que placé très en hauteur dans le Salon Rouge, dans le cadre d'un accrochage des tableaux dans le style des expositions du XIXe siècle.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689988925_musee_des_augustins_toulouse_salon_rouge_2017-09-29_benjamin_bories.jpg" width="669" />
<small>(photo : 29 septembre 2017)</small>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689988950_musee_des_augustins_toulouse_2018-02-04_benjamin_bories.jpg" width="469" />
<small>(photo : 4 février 2018)</small>
Dans le cadre de la réouverture temporaire estivale, la <i>Dernière dryade</i> a donc été placée à hauteur de spectateur dans l'église, où il est enfin observable de près, à côté entre autres du célèbre tableau d'Édouard Debat-Ponsan, <i>Le Massage, scène de hammam</i> (1883).
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989055_musee_des_augustins_toulouse_expo_eglise_derniere_dryade_2023-06-24_benjamin_bories.jpg" width="469" />
<small>(photo : 24 juin 2023)</small>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989066_musee_des_augustins_toulouse_expo_eglise_2023-06-24_benjamin_bories.jpg" width="669" />
<small>(photo : 24 juin 2023)</small>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989080_musee_des_augustins_toulouse_expo_eglise_2023-06-24_-_benjamin_bories.jpg" width="469" />
<small>(photo : 24 juin 2023)</small>
Parmi les œuvres visibles dans l'église, on peut voir ou revoir un autre fameux tableau des collections du musée : <i>Le Christ entre les deux larrons</i> de Pierre Paul Rubens.
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989091_peter_paul_rubens_-_le_christ_entre_les_deux_larrons_-_c1635_-_musee_des_augustins_-_toulouse.jpg" width="369" />
<small>Pierre Paul Rubens (1577-1640).
<i>Le Christ entre les deux larrons</i>, vers 1635.
Huile sur panneau de bois, 296,5 cm x 193,5 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.</small>
Ce tableau de Rubens, semble-t-il donné après la mort du peintre à l'église des Capucins d'Anvers, fit partie, comme d'autres, des œuvres d'art saisies, pendant la Révolution française, dans ce que l'on appelait à l'époque les pays belgiques et liégeois (soit l'actuelle Belgique) et expédiées à Paris, puis plus tard envoyées pour ce qui est de certaines d'entre-elles, sous Napoléon Ier, dans les musées français de province (ce fut le cas pour plusieurs tableaux de Rubens, y compris donc <i>Le Christ entre les deux larrons</i> dont je parle, qui fut envoyé à Toulouse en 1805).
Contrairement à ce que certains prétendent en Belgique depuis quelques années, avec des motivations politiques, il me semble qu'il n'y a pas lieu de réclamer des restitutions, mais bien plutôt d'étudier l'histoire méconnue de ses œuvres, « conquises » pour les uns, « spoliées » pour les autres, mais qui <i>in fine</i> représentent avant tout aujourd'hui, parallèlement à leur valeur artistique propre, un précieux témoignage de l'histoire culturelle (pour le moins mouvementée) de l'Europe.
Pour qui serait intéressé par ce sujet, je recommande la lecture, intéressante et plutôt agréable pour ce qui est pourtant un document officiel, d'une « note » (en fait un rapport historique) de Pierre-Yves Kairis « sur les tableaux enlevés à la Belgique en 1794 et restitués (ou non) par la France en 1815 », note publiée en ligne en 2016 sur le site de <i>La Tribune de l'Art</i>.
En outre, depuis la rédaction de cette note, un inventaire scientifique (de l'Institut royal du Patrimoine artistique belge) des peintures et sculptures saisies en Belgique et envoyées en France à l'époque révolutionnaire (1794-1795) a été réalisé et est accessible à cette adresse : https://balat.kikirpa.be/tools/saisies/indexfr.html (le tableau de Rubens dont je parle y a droit à sa notice en ligne aux adresses https://balat.kikirpa.be/photo.php?objnr=11039148 et http://balat.kikirpa.be/doc/pdf/Saisies_133.pdf [ou https://balat.kikirpa.be/pdf/index.php?l...aisies_133 ])
Lors de ma visite dans l'église, en juin dernier, une guide-conférencière m'a appris que ce <i>Christ entre les deux larrons</i> avait certes été saisi en 1794 par les commissaires de la République française, mais sans que ce tableau ait été auparavant particulièrement mis en valeur dans l'église d'Anvers où il se trouvait, cette œuvre de Rubens ayant la particularité de mettre notamment en avant la figure de Jésus de Nazareth dans une expression de profond désespoir qui a pu donner à l'époque l'impression, dérangeante d'un point de vue religieux <i>a fortiori</i> en plein contexte hérité de la Contre-Réforme catholique, qu'en fait Dieu est absent du tableau.
Ayant assez écrit pour cette nuit, j'abrège...
L'exposition est aussi l'occasion de découvrir quelques œuvres conservées dans les réserves des collections du musée des Augustins et rarement montrés au public, comme par exemple un tableau de style troubadour dans lequel le peintre toulousain Jean-Blaise Villemsens a représenté Paule de Viguier (1518-1610), encore adolescente lorsqu'elle fut chargée, en 1533, de remettre les clefs de Toulouse au roi François Ier lors de son entrée dans la ville, le souverain l'ayant, dit-on, surnommé à cette occasion « La Belle Paule ».
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1689989200_jean-blaise_villemsens_-_la_belle_paule_-_1842_-_musee_des_augustins_-_toulouse.jpg" width="469" />
<small>Jean-Blaise Villemsens (1806-1859).
<i>La Belle Paule</i>, 1842.
Huile sur toile, 156 x 108 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.</small>
Pour les modalités pratiques de visite, voici l'adresse adéquate : https://www.augustins.org/fr/ouverture-estivale
<i>Peace and Love</i>,
B.

