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Revue de presse


Il est beaucoup question, cet été en France, d'orientation politique dans les médias et en particulier au sein de la presse, à l'occasion de la récente grève de quarante jours des journalistes du Journal du Dimanche, presque tous opposés à l'arrivée, à la tête de l'hebdomadaire, de l'ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, mais finalement plus ou moins majoritairement poussés vers la sortie pour prix de leur refus de collaborer avec la nouvelle direction, notoirement orientée très à droite et totalement soutenue par les riches propriétaires du journal. C'est en tout cas dans ce contexte que parait, du côté de la presse orientée à gauche, L'Humanité magazine n°866 (du 3 au 16 août 2023) contenant un dossier à la une : « Sur les terres de Tolkien », à l'occasion des cinquante ans de la mort de l'écrivain.

À l'exception d'un article d'un écrivain de fantasy, le dossier a été entièrement rédigé par des journalistes de L'Humanité. Je n'ai hélas trouvé nulle part de mention du [emphase]« tolkiénologue Damien Bador »[/emphase], comme cela a été le cas dans le hors-série de Philosophie magazine de l'année dernière ayant fait l'objet d'un fuseau particulier en ces lieux.
Ce qui suit ne relève sans doute pas de la revue de presse "neutre", et j'assume évidemment de souligner en particulier ce qui a retenu mon attention en parcourant, assez rapidement je l'avoue, les pages du dossier de ce magazine.

[séparation]

Au sommaire, donc :
  • 1 - « Un humanisme qui a fleuri dans la boue des tranchées », par Grégory Marin, journaliste (p. 14-16).
Parler d'humanisme à propos de Tolkien parait être décidément une évidence pour certains, et à chaque fois je cherche, généralement en vain, ce que l'on entend exactement par « humanisme », en particulier vis-à-vis des idées politico-religieuses de Tolkien (qui, à la différence de William Morris notamment, n'avait pas foi en l'humanité, et n'avait sans doute pas le même souci d'affranchissement de la philosophie de la tutelle de la théologie qui a animé l'humanisme dans l'histoire culturelle européenne, à partir de ce que l'on a appelé la Renaissance), mais bon passons... Le propos du journaliste, plus globalement, se conforme à la lecture "de gauche" que l'on a traditionnellement de l'œuvre de Tolkien (ce qui, certes, change un peu d'autres lectures, "de droite" et/ou religieuses), et en sens reste généraliste, en citant parfois Vincent (F.) et William Blanc : [emphase]« Si l'œuvre de J. R. R. Tolkien puise allègrement dans les récits nordiques, germaniques et anglo-saxons, ses chapitres les plus sombres sont hantés par ses souvenirs des horreurs de la Grande Guerre. Une éloge du pacifisme et de la tolérance qui trouvera écho jusque dans la contre-culture hippie, chez les Beatles et Led Zeppelin. » (texte du chapeau)[/emphase]

[citation][...] Ce dégoût de la guerre, l'écrivain l'exprimera maintes fois, comme il rejettera — a contrario de ce qu'affirment les relectures tardives et partielles de son œuvre! — le racisme de son époque.
Certes, il a exprimé son soutien aux nationalistes durant la guerre d'Espagne, trompé par la propagande franquiste d'un massacre systématique de religieux par l'armée soviétique. Plus tard, il traitera Staline de « vieux meurtrier sanguinaire ». Mais lui-même réfutait la lecture anticommuniste (avec Sauron en « petit père des peuples » !) faite parfois du « Seigneur des anneaux » : « Une allégorie de ce genre est totalement étrangère à ma façon de penser. » Ceux qui, comme les néofascistes italiens, Giorgia Meloni en tête, tentent de se l'approprier, sont également hors sujet. Dès 1936, Tolkien dénonçait, dans son roman inachevé « la Route perdue », « les prisons, la torture (..), la propagande sous forme de “révisionnisme historique” » des régimes nazi ou fasciste... D'origine allemande, Tolkien détestait Hitler et ses idées. En 1939, à une maison d'édition de Berlin qui demandait pour le traduire une preuve de son aryanité, il écrira : « (Si) vous voulez savoir si je suis d'origine juive, je ne peux que répondre que je regrette de ne pouvoir apparemment compter parmi mes ancêtres personne de ce peuple si doué. » Il a de même, bien que né blanc en Afrique du Sud avant que sa mère émigre en Angleterre, dénoncé l'apartheid dans son pays natal lors de son discours d'adieu à Oxford lorsqu'il a pris sa retraite de professeur, en 1959.
L'œuvre de J.R.R. Tolkien, influencée par les littératures nordiques, germaniques et anglo-saxonnes, la poésie et la mythologie, est, selon lui-même, « une œuvre fondamentalement religieuse et catholique », bien que débarrassée de ses « références, cultes et coutumes ». Elle a pourtant une résonance universelle, inspirant la génération hippie, les Beatles, les manifestants antiguerre du Vietnam... En 2014, lors d'une émission spéciale de « la Grande Librairie », François Busnel disait du « Seigneur des anneaux » qu'il « échappe à toute forme de réduction. Tolkien est dans l'exploration des failles humaines et de la place de chacun dans la société ». Sans doute est-ce cela qui fait que son œuvre est toujours vivante, cinquante ans après sa disparition.[/citation]

Alors que le positionnement pro-franquiste de Tolkien lors de la guerre d'Espagne est rarement évoqué lorsque l'on consacre des dossiers ou des numéros entiers dans la presse audit Tolkien, on peut saluer que cela soit le cas ici... même si cela est fait de façon bien trop succincte et même expéditive. Il y aurait évidemment beaucoup plus de choses à dire sur la question, malgré des sources limitées, et sur ce point je ne peux pas être d'accord avec le discours tolkienophile consistant plus ou moins à dire "La guerre d'Espagne, c'est complexe ; Tolkien était un fervent catholique, il faut le comprendre ; et voila, cela devrait suffire" pour prétendre clore la question. La Seconde Guerre Mondiale, elle aussi, est complexe, par exemple, et se revendiquer de la foi catholique ne confère pas en soi une immunité contre le fait de faire de mauvais choix (même d'un point de vue "seulement" spirituel) en croyant faire l'inverse. Les écrivains Bernanos et Mauriac, notoirement catholiques conservateurs comme Tolkien, ont fait de meilleurs choix que ce dernier vis-à-vis du franquisme "vainqueur catholique" de la guerre d'Espagne. Bref, il y aurait beaucoup de choses de dire, avec esprit critique (donc autant que possible sans biais idéologique et/ou religieux), mais bon, cela ne sera donc pas encore pour cette fois...

Quant à la traditionnelle confusion historique journalistique entre l'Afrique du Sud et l'ancien État libre d'Orange, elle est, pour sa part, immanquablement présente dans l'article...

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  • 2 - « Les dragons sont-ils de droite ou de gauche ? », par Patrick K. Dewdney, écrivain de fantasy francophone d'origine britannique (p. 17-18).
Un article écrit par un écrivain de fantasy de 38 ans dont je ne connais pas l'œuvre littéraire (ses livres sont référencés sur le site de NooSFere), mais qui semble en tout cas plutôt adepte du matérialisme historique de Marx. Malgré les biais de sa grille de lecture et un style assez relâché dans l'expression plutôt typique de la presse se situant à gauche de nos jours, et après avoir notamment mentionné les [emphase]« éditeurs nazis enthousiastes »[/emphase] ayant contacté Tolkien en 1939, les [emphase]« adeptes du mouvement hippie »[/emphase] des années 1970, l'[emphase]« influence [de Tolkien] sur la scène du metal scandinave, et notamment chez les néo-païens ethnonationalistes »[/emphase] dans les années 1990, [emphase]« les publications écologistes ou altermondialistes »[/emphase] citant Tolkien dans les années 2000, ou encore la récente série Amazon qui en 2022 [emphase]« suscita tant de ouin ouin chez les réactionnaires indignés par la présence à l'écran de Naines racisées [sic] »[/emphase], Dewdney s'efforce de clarifier ce qui peut l'être quant à la question de la réception politique de Tolkien : [emphase]« Le père du « Seigneur des anneaux » est apprécié des deux côtés du spectre politique, où l'on voit dans son œuvre tantôt un plaidoyer écologique, tantôt une dénonciation de la corruption qu'engendre le pouvoir, tantôt un manifeste chrétien et conservateur. Preuve que la mythologie créée par Tolkien a atteint un sommet : elle inspire tout le monde. » (texte du chapeau)[/emphase]
J'avoue avoir gommé une partie des effets du style assez relâché et parfois "provocateur" de l'auteur dans la citation qui suit (le discours basiquement "anti-facho", ça va cinq minutes, tout comme le discours basiquement "anti-gauche" que l'on trouvera dans la presse de l'autre bord — sans oublier le discours macroniste invertébré qui compte les points au milieu, rapidement lassant lui aussi, comme les deux autres) :

[citation]Il n'a pas fallu attendre l'adaptation ou la réinterprétation de l'œuvre de Tolkien sur à peu près tous les supports médiatiques existants pour que celle—ci soit brandie comme un étendard par des groupes aux agendas politiques particulièrement variés. [...]
Pour trancher, commençons par les bases. L'appropriation de la mythologie à des fins politiques est une constante dans l'histoire humaine. De ce point de vue, on peut dire que Tolkien a réussi son pari, qui était justement l'écriture d'un mythe. Ceci étant dit, cette constante tient moins à l'homogénéité largement imaginaire du comportement humain qu'à la structure même du récit mythologique. Le mythe a une fonction sociale précise : il s'agit de fournir à un groupe humain une histoire des origines, une langue et des concepts communs, bref les ingrédients intellectuels nécessaires pour « faire société ».
Il va de soi que l'efficacité d'un tel procédé repose sur sa plasticité, sur sa capacité à produire des généralités, à réunir des raccourcis et des principes suffisamment flottants ou universels pour que des individualités puissent s'y agglomérer émotionnellement, et fantasmer leur unicité. C'est le principe des grands livres religieux comme des romans nationaux [...].
D'un point de vue philosophique, le mythe est un récit irrémédiablement essentialiste. Il fige le monde dans une forme simple et saisissable, ou les choses sont ce qu'elles sont parce qu'elles sont ce qu'elles sont, et c’est pas autrement. Ce n'est pas un hasard si les contre-cultures et les courants politiques qui se sont approprié Tolkien avec le plus de ferveur partagent elles aussi un socle philosophique essentialiste. Pour les fascistes, son œuvre met en scène l'éternelle guerre civilisationnelle qu'ils aiment tant rêver, la victoire de l'Occident blanc, le retour à l'ordre et l'effacement de la dégénérescence par l'avènement d'un duce viril mais mélancolique, la camaraderie entre couilles. Les écologistes sans boussole matérialiste y verront plutôt la critique du mal que fait l'homme moderne à Gaïa, l'apologie du cosmopolitisme, de la tolérance et du retour à la terre, la célébration de « l'ordre naturel » incarné par une masculinité pugnace et une féminité nourricière, et aussi un appel à légaliser la weed.
Penser ces deux interprétations comme irréconciliables, c'est passer outre le fond et la forme du mythe, et la nature éthérée de la métaphysique essentialiste sur laquelle il repose. C'est depuis cet endroit que parle Tolkien, et c'est par le biais de ce prisme qu'il devient possible de donner du sens à ses positions. De son vivant, Tolkien était un conservateur croyant, dont les qualités en tant que philologue, auteur et mythologue ne sont plus à démontrer, mais dont la ligne politique — comme celle de la plupart des conservateurs croyants — était au mieux confuse, au pire contradictoire. Tolkien détesta Hitler (un socialiste, d'après lui), mais soutint ouvertement Franco. Tolkien professa son rejet du racisme (autant qu'un bourgeois blanc né sous l'apartheid sud-africain pouvait rejeter le racisme), mais il fit de la race un concept central de sa fiction. Tolkien méprisa ouvertement les racines du nazisme, mais il est difficile de ne pas voir d'évidents parallèles entre sa description élégiaque de l'Angleterre rurale traditionnelle, une Chimère d'où les dynamiques de classe et de genre sont commodément évacuées au bénéfice du fantasme nostalgique des « vraies gens » qui connaissent leur place et s'y réalisent, et certains aspects du mouvement völkisch allemand.
Comprendre à qui appartient Tolkien, et peut-être plus largement ce qu'est la pensée essentialiste, c'est comprendre d'abord que c'est un discours qui cherche à se situer en amont de l'articulation politique (et qui y échoue, parce que tout est politique, mais ça, c'est autre chose). L'unique constante que l'on peut tirer de la lecture de l'abondante correspondance de Tolkien est une critique acerbe de ce qu'il appelle, dans une lettre datant de 1945, « la mécanique », soit les réorganisations sociales qui eurent lieu a la suite de la révolution industrielle, mais aussi, et peut-être surtout, leurs ramifications philosophiques : l'émergence du matérialisme comme système de pensée et le dépassement du divin. Les tendances qui consistent à faire de lui un visionnaire de l'écologie radicale, de l'antiautoritarisme ou du choc des civilisations se trompent de niveau de lecture. Tolkien était un traditionaliste catholique aisé, qui ne pensait pas le monde par le biais du fait politique, mais par le biais, parfois très myope, de la morale.
Rappelons que ce qui sauve le monde dans « le Seigneur des Anneaux», c'est très littéralement la louable dévotion d'un jardinier pour le bourgeois dont il tond le jardin.[/citation]

Lutte des classes à tous les étages, donc : certes, après tout, on est dans l'Huma, alors pourquoi pas ? Mais renvoyer dos-à-dos, à cette aune, les essentialistes écolos et les essentialistes fachos me parait un peu trop "simple", car Dewdney oublie notamment de mettre explicitement dans le même sac ce qu'il appelle l'[emphase]« écologie radicale »[/emphase] de certains défenseurs auto-proclamés de la Terre/Gaïa et l'« écologie intégrale » de certains chrétiens conservateurs (la notion d'écologie est devenue si galvaudée de nos jours : il faudrait sans cesse le rappeler) : être plus précis dans les termes et dans sa critique des usages politiques et politico-religieux de Tolkien aurait été une bonne chose, car son propos sur l'essentialisme et sur l'orientation politique de Tolkien lui-même est intéressant dans l'ensemble, au-delà même de la grille de lecture idéologique de l'auteur.

Par ailleurs, on retrouve ici la même erreur concernant l'Afrique du Sud que dans l'article précédent... Pour mémoire, et c'est tout de même un peu un comble d'avoir à rappeler cela à des personnes qui se revendiquent du matérialisme historique (censé donc a minima se baser sur des faits historiques, fut-ce d'une façon idéologiquement biaisée), l'Afrique du Sud en tant qu'État est né en 1910 sous le nom d'Union d'Afrique du Sud (alors un des dominions de l'Empire britannique puis du Commonwealth) avant de devenir ensuite la République d'Afrique du Sud (Republic of South Africa) en 1961. Quant au régime d'apartheid, même si la ségrégation raciale existait déjà dans les colonies occidentales qui ont ensuite constituées l'Afrique du Sud, il n'a été institué en tant que tel qu'à partir de 1948, avant d'être aboli en 1991. L'écrivain J. R. R. Tolkien n'est donc pas exactement né en Afrique du Sud, mais en Afrique australe (c'est en tout cas la formulation que j'ai toujours choisi, et qui me parait la plus pertinente), plus précisément à Bloemfontein en 1892 dans ce qui était alors l'État libre d'Orange, fondé en 1854 et disparu à la suite de la seconde Guerre des Boers (1899-1902) qui a entraîné son annexion par l'Empire britannique.



Alors, certes, il ne s'agit pas de demander à des quotidiens généralistes comme L'Humanité ou Le Figaro d'être forcément aussi précis que peut l'être un magazine spécialisé comme l'Histoire lorsque celui-ci consacre notamment un des ses numéros thématiques à l'Afrique du Sud (n° 85, octobre-décembre 2019), mais il n'empêche : Tolkien est tout de même suffisamment connu aujourd'hui pour que l'on ne commette plus ce genre d'approximation faisant de lui le ressortissant sud-africain que ce sujet britannique anglo-catholique n'a jamais été.

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  • 3 - « Heureux comme un Hobbit dans la Comté », par Aurélien Soucheyre, journaliste (p. 19-20).
Un article mélioratif sur les Hobbits, à partir d'une lecture du Hobbit et du Seigneur des Anneaux : [emphase]« Comment un épicurien, rigolard, humble et casanier, va se retrouver à sauver le monde. En choisissant pour héros un type qui traîne des pieds quand l'aventure l'appelle, Tolkien réhabilite le gars du commun et plaide pour une vie simple et pacifique, loin de la soif de pouvoir et des ambitions destructrices. » (texte du chapeau)[/emphase]

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  • 4 - « Une œuvre doit transporter, faire oublier les contraintes... », entretien avec John Howe réalisé par Gregory Marin (p. 21-22), à l'occasion d'une exposition consacrée à l'artiste (jusqu'en janvier 2024) par le Fonds pour la culture Hélène & Édouard Leclerc de Landerneau, exposition déjà signalée précédemment en ces lieux.
Présenté comme [emphase]« directeur artistique des trilogies de Peter Jackson »[/emphase] (ce qu'il ne fut pourtant pas exactement, notamment vis-à-vis d'Alan Lee), John Howe répond notamment à une question concernant l'œuvre graphique de Tolkien comme potentielle source d'inspiration : [emphase]« Je trouve ses dessins très sympas. Ils ont beaucoup de charme. Mais il était meilleur écrivain que dessinateur. Ses dessins sont riches en informations, mais ils ne sont pas forcément une source d'inspiration. Ses mots sont plus forts. »[/emphase]

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  • 5 - « Un écrivain intime », article sur Martin Vagneur, nouveau directeur (depuis sept mois) de la collection Tolkien chez Christian Bourgois, par Sophie Joubert, journaliste (p. 23).

On y apprend notamment qu'outre son rapport personnel à Tolkien depuis l'enfance et son actuel travail de publication ou re-publication de livres de Tolkien chez Bourgois, Vagneur [emphase]« travaille à la création, pour 2024, d'une nouvelle collection dédiée aux littératures de l'imaginaire [qui] s'appellera « Chimères » et sera inaugurée par la réédition de Mervyn Peake, un auteur anglais contemporain de Tolkien, avec des illustrations d'Alan Lee. »[/emphase]

[citation][...] Né en 1995, il [Martin Vagneur] grandit avec « les films, les jeux vidéo, les jeux de figurines ». Grand lecteur, il découvre le « Seigneur des anneaux » vers 10 ans, « dans une vieille édition » de son père. « C'était un moment frénétique de lecture, j'ai lu en même temps "Dune" et Isaac Asimov. » Adulte, il achète les nouvelles traductions de Tolkien et se rend compte de l'exigence littéraire de l'œuvre, au-delà du pur divertissement : « Tolkien n'est pas spécialement populaire. Le narratif est quasiment secondaire. La démarche est avant tout celle d'une création de langues, d'univers, de toponymies, de géographies. J'ai aussi pris conscience tardivement de la dimension manichéenne, moraliste de ses livres, qui peuvent contenir une justification du statu quo social. C'est une œuvre des années 1950, de l'après-guerre, qui porte beaucoup les stigmates de la première moitié du XXe siècle. » [...][/citation]

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Le dossier ne contient pas de bibliographie, mais ce n'était peut-être pas nécessaire pour ce format de publication, et la mention finale des éditions Bourgois pourra toujours orienter la lectrice ou le lecteur a minima. L'iconographie jacksonienne qui accompagne en partie le dossier était sans doute aussi inévitable que dans le cas du hors-série de Philosophie magazine de 2022, mais l'illustration de la couverture tolkienienne de ce numéro de L'Humanité magazine, reproduisant une œuvre de John Howe, me parait bien choisie.

Dans un message de juin 2021 du présent fuseau, Elendil Wrote:[...] Quant au contexte [d'orientation politique], j'estime légitime, et même utile, qu'on puisse ponctuellement publier dans un organe de presse sans adhérer à son idéologie, ni en être accusé [...] et s'il y en a ici qui sont proches de journalistes à la gauche (même à l'extrême-gauche, soyons audacieux) du spectre politique et souhaiteraient monter un dossier Tolkien dans leurs colonnes, sachez que je tiendrai ce que je dis. Pas de souci pour parler de Sprachbund chez Tolkien ou des capacités de ses protagonistes à communiquer en dépit des barrières de la langue, fut-ce à une audience anarcho-syndicaliste. ;)

Il faut croire qu'apparemment, personne ici, même quand on se situe soi-même plus ou moins "à gauche" (ce qui est toujours censé être mon cas, n'en déplaise aux mélenchonistes et autres adeptes de la prétendue "vraie gauche"), n'est particulièrement proche de journalistes anarcho-syndicalistes, écolo-libertaires, trotskistes, staliniens... ou même "seulement" socialistes ou sociaux-démocrates... ^^'
Plus sérieusement, je pense qu'au moins une contribution dans ce genre de dossier aurait participé à un heureux rééquilibrage, après l'épisode de Nouvelle École dont il a été longuement question dans le présent fuseau en juin-juillet 2021. Mais bon, évidemment, si les journalistes préfèrent (ou sont contraints de) produire leur dossier dans leur coin, cela ne peut que rendre les choses plus difficiles...
Par contre, je profite de l'occasion pour suggérer amicalement un sérieux temps de réflexion si jamais Le Journal du Dimanche, tel qu'il existe à présent, te proposait quelque-chose à l'avenir : ce n'est pas parce que ce journal manque désormais de journalistes (en tout cas pour le moment, vu notamment l'amateurisme du premier numéro tout récemment paru sous la nouvelle direction) et qu'il pourrait donc être éventuellement prêt à donner — fut-ce en apparence — presque carte blanche pour du contenu, qu'il faudrait pour autant lui dire oui. Du moins est-ce mon avis (franc, comme toujours).

Peace and Love,

B.

P.S. : toujours pas de nouvelles d'un certain couple de rouges-queues à front blanc, quelque-part en Provence... J'en connais un qui ferait un bon journaliste en grève, tiens. ;-p

(EDIT: correction de fautes)
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