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Revue de presse


Ce mois-ci encore, après la presse classée à gauche, avec L'Humanité magazine, c'est donc au tour de la presse confessionnelle, avec le magazine chrétien d'actualité La Vie, de commémorer en France les cinquante ans de la mort de J. R. R. Tolkien, avec un numéro hors-série entièrement consacré au sujet dans le cas de La Vie, ce magazine ayant déjà consacré un dossier sur Tolkien en 2019 dans un de ses numéros habituels.

Cédric Wrote:A lire, dans le cadre du hors-série du mag La Vie "Le Monde merveilleux de Tolkien", une longue interview de Vincent Ferré :
https://www.lavie.fr/idees/histoire/tolk...-KtS20DZCM

L'entretien de Vincent avec Isabelle Francq (p. 6-11, avec des photos de Vincent par Bruno Levy) est, sauf erreur de ma part, le seul article de ce numéro spécial accessible actuellement en ligne sur le site du magazine. Pour le reste, il va falloir se procurer la version papier, et puisque Vincent a partagé lui-même tout récemment des photos du sommaire sur le réseau d'Elon M., je me permets de les reproduire ici.




La tonalité religieuse chrétienne est logiquement présente tout le long du dossier, quoique de façon variable et en tout cas non systématique, avec pour conclusion un article de Charles Ridoux (p. 66) associant l'oeuvre de Tolkien à une [emphase]« grande espérance »[/emphase] et à une [emphase]« ultime consolation »[/emphase]. Dans son entretien avec François Cano (p. 56-57), Anne (Besson) rappelle, toujours utilement, la place de Tolkien dans l'histoire (transatlantique) de la fantasy moderne, en prenant notamment la peine de mentionner Robert E. Howard. L'adresse du site Glǽmscrafu est mentionnée en marge de l'article de Jean-Clément Martin-Borella consacré aux langues inventées par Tolkien (p. 23-24), et pour lequel un certain Damien Bador a été consulté. De façon générale, les amateurs de références bibliographiques seront satisfaits : il y en a un certain nombre, en marge de la plupart des articles. Même si quelques images issues des trilogies jacksoniennes restent incontournables (jusque sur la couverture du magazine, leur usage se justifiant toutefois pleinement dans les pages dédiées aux adaptations), La Vie a eu la chance de pouvoir bénéficier d'une iconographie issue assez largement du fonds Tolkien de la bibliothèque Bodléienne — une chance qui, sur le principe, aurait aussi bien pu bénéficier au numéro spécial de Philosophie magazine de l'année dernière, du moins est-ce mon avis —, et les chercheurs spécialistes de Tolkien pourront y voir une utilité particulière en ce sens que les reproductions des dessins, aquarelles et photos dudit fonds Tolkien sont reproduits en étant systématiquement accompagnés, sur le côté, des mentions très précises de leur référencement comme source primaire dans le classement du fonds conservé par la bibliothèque de Bodley.

Dans la continuité des aspects politiques de la revue de presse de ces derniers temps sur le présent fuseau, je me permets de citer une partie de l'entretien accordé à Carole Sauvage par Stéphane François, professeur de sciences politiques à l'université de Mons en Belgique (p. 63).

[citation=Stéphane François, « La saga parle aux mouvements d'extrême droite », entretien avec Carole Sauvage, in « Les Mondes merveilleux de Tolkien », La Vie hors-série « Histoire », septembre 2023 (parution en kiosque : août 2023), p. 63.]
La Vie : Comment expliquer que les milieux d'extrême droite européens se sont approprié cette œuvre de culture populaire ?
Stéphane François : Ce sont les mouvements de jeunesse néofascistes d'Italie qui s'emparent en premier de l'univers de Tolkien en Europe. Dès les années 1970, le Mouvement social italien forme politiquement ses jeunes militants lors de « camps Hobbit » l'été. Très vite, ces milieux saisissent l'intérêt de jouer avec les codes de la jeunesse pour diffuser leurs idées au-delà de leurs réseaux. De cette expérience naît une contre-culture d'extrême droite, qui va essaimer en Europe, en parallèle de celle que l'on imagine plus facilement à gauche. Ce n'est pas un hasard si l'actuelle présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, a multiplié durant sa campagne aux élections générales les références au Seigneur des anneaux. Elle faisait la part belle à un monument de la culture populaire tout en envoyant un message à la droite la plus radicale, où elle a fait ses classes.

La Vie : Pourquoi l'œuvre se retrouve-t-elle assimilée à un emblème identitaire européen ?
Stéphane François : Contrairement à ce que nous pourrions croire, la contre-culture d'extrême-droite en Italie, mais aussi en Allemagne, en Autriche, en Espagne et en France, est très étayée. Il suffit de lire les revues françaises de la Nouvelle Droite, destinées aux militants, consacrées à Tolkien, pour s'en convaincre... Les articles sont pointus et presque d'un niveau universitaire. Si l'extrême droite est plurielle (catholiques traditionalistes, identitaires, Action française, nationalistes révolutionnaires, etc.), son socle commun repose sur l'idée d'une identité blanche. En un sens, le Seigneur des anneaux, qui s'appuie sur un imaginaire indo-européen et celto-nordique où différentes « races » cohabitent sans presque jamais se mélanger ou se métisser, parle à la plupart de ces mouvances. La saga leur permet également de mobiliser des mythes forts qui ne doivent rien au christianisme, voire au judéo-christianisme pour les plus antisémites d'entre-eux — c'est tout à fait paradoxal, parce que Tolkien était un fervent catholique.
[...]
[/citation]

Des [emphase]« revues françaises de la Nouvelle Droite, destinées aux militants, consacrées à Tolkien »[/emphase] dont [emphase]« les articles sont pointus et presque d'un niveau universitaire »[/emphase] : aucun titre n'est explicitement cité, mais honnêtement, il serait un peu étonnant que la revue Nouvelle École ne fasse pas partie du lot de publications auquel Stéphane François fait ici allusion. Je ne vais pas passer mon temps à insister là-dessus à chaque occasion (si cela peut rassurer, j'ai autre chose à faire), mais bon, là pour le coup, ne pas signaler cela en ces lieux, après tout ce que l'on a dit, n'eût pas été ni très sérieux, ni très honnête.

Bref, pour conclure, il s'agit là d'un numéro hors-série de La Vie dans le contenu est tout-à-fait sérieux, quoique certes naturellement quelque peu orienté par la ligne éditoriale religieuse de la revue, cette ligne étant toutefois traditionnellement (et heureusement, de mon point de vue) plutôt modérée et proche du catholicisme social, ce qui se sent en lisant les articles lorsque les considérations religieuses y arrivent au premier plan. Ceci étant connu, reste donc simplement à volontiers reconnaître dans ce hors-série une entreprise de vulgarisation de bonne tenue, prise comme telle, et même une publication utile aux chercheurs pour ce qui est du référencement des documents de première main intégrés à la riche iconographie de ce numéro hors-série.

Peace and Love,

B.

(EDIT: correction de fautes... et ajout de majuscules, initialement absentes dans le texte de la revue, aux mentions du Mouvement social italien et de la Nouvelle Droite, pour rendre lesdites mentions politiquement plus explicites)
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