Yyr Wrote:En janvier 2006, Laegalad Wrote:Parce que j'y suis, mais elle aussi dessine surtout les moments tragiques : <a href="http://anke.edoras-art.de/" target="_new">Anke Katherine Eissman</a> aussi fait de belles oeuvres, à l'aquarelle (enfin, certaines sont mieux réussies que d'autres, au niveau des visages : j'aime beaucoup son aquarelle de <a href="http://anke.edoras-art.de/cgi-bin/silm.pl?file=luthien.jpg" target="_new">Luthien</a> dans un champ d'ombelles, de même que la <a href="http://anke.edoras-art.de/cgi-bin/lotr6.pl?file=aragorn_arwen.jpg" target="_new">rencontre d'Arwen et Aragorn</a>, et <a href="http://anke.edoras-art.de/cgi-bin/lotr1.pl?file=tom_bombadil_72dpi.jpg" target="_new">Tom Bombadil</a> aussi. De manière générale, elle dessine très bien les végétaux :)).
Je ne crois pas que l'on avait donné le lien vers cette page du Tolkien Gateway qui rassemble presque toutes Les splendides aquarelles d'Anke Eißmann.
Je suis vraiment fan, trouvant rarement à redire, étant le plus souvent entièrement conquis.
Il doit quand même en manquer. Ainsi je n'y trouve pas Aotou et Itroun — une perfection.
Le dessin est maîtrisé, de même que l'usage des couleurs à l'aquarelle, en particulier pour représenter les éléments végétaux, floraux, et minéraux dans ses paysages, où ses représentations d'animaux sont le plus souvent réussies et expressives... mais pourtant, dès lors qu'il y a des personnages à identifier, le résultat est, à mes yeux, généralement peu attirant, avec une impression plus ou moins relative de froideur, malgré la réelle qualité formelle du travail. Cette impression, toute personnelle, est principalement liée à son style graphique, notamment très reconnaissable à sa façon de dessiner la figure humaine, en particulier les visages, toujours représentés plutôt émaciés, avec une physionomie souvent sévère, soulignée au niveau des arcades sourcilières et associée à une préférence marquée pour les regards pénétrants et pour les nez à pointe fine et à l'arête droite prononcée. Il y a, plus généralement, quelque-chose de hiératique dans son travail d'après Tolkien (comme si l'écrivain lui-même regardait par-dessus son épaule...) qui a toujours constitué, me concernant, une sorte d'écran empêchant de véritablement « entrer » dans l'œuvre, comme si un souci d'illustrer de façon appliquée et « exacte » telle ou telle scène, ou tel ou tel personnage, s'imposait aux dépens d'une expression artistique plus libre (n'empêchant pas le souci de réalisme) et, se faisant, plus vivante (ce que l'on peut retrouver d'ailleurs parfois dans certains de ses travaux... non-tolkieniens). Parfois, cependant, l'artiste se « lâche » un peu, quand même et c'est heureux, lorsque le sujet appelle à dépasser quelque peu (enfin) le supposé regard surplombant de feu Tolkien lui-même, comme par exemple dans <i>The Kiss</i> (2007) représentant Faramir et Éowyn : http://anke.edoras-art.de/cgi-bin/lotr6....iss_72.jpg
Anke Katrin Eissman (ou Eißmann), artiste allemande née en 1977, est à peu près de la même génération que Jenny Dolfen, née en 1975 et également allemande. Elles sont toutes les deux aquarellistes, même si Dolfen reconnait depuis longtemps également travailler avec Photoshop. Notre ami Shudhakalyan avait notamment évoqué, dans le présent fuseau en 2010, une collaboration (en 2005) entre les deux illustratrices pour représenter une scène avec Celegorm et Curufin à Nargothrond : http://www.goldseven.de/inhalt/galleries...n/020.html
À noter, les similitudes de composition entre les deux artistes s'agissant de certaines œuvres, comme <i>Aotrou and Itroun</i> (2005) d'Eissman (œuvre déjà évoquée par Yyr) et <i>Maedhros searching for the sons of Dior</i> (2012) de Dolfen : ce procédé d'illustration me parait bien maîtrisé dans les deux cas <small>(N.B. : il n'y a guère qu'en art que vous me verrez employer la notion de « maîtrise », très relative dès lors qu'il est question de la condition humaine dans son ensemble)</small>.
Même si j'avoue ne pas être un grand adepte de leurs œuvres respectives d'après Tolkien, je note qu'à qualité de travail égale concernant les éléments que j'ai précédemment évoqués (paysages, végétaux, animaux...), concernant la mise en scène et la représentation des personnages, le style de Dolfen me parait généralement moins hiératique que celui de sa consœur, notamment du fait de son usage plus fréquent de couleurs chaudes à l'aquarelle. C'est un style également moins sévère et un peu plus variée dans l'expression, au niveau des visages, comme le montre par exemple <i>The Drawing of the Sword</i>, une remarquable aquarelle de 2013 <small>(bien connue d'un certain [emphase]« tolkiénologue »[/emphase], si j'en crois une vieille rumeur...)</small> :
http://web.archive.org/web/2023091319582...sword_col/
Maîtriser, en dessin, l'art du drapé est toujours une grande qualité et un précieux atout, mais à mes yeux, savoir dessiner le nu l'est au moins tout autant, sinon plus, car à mon sens tout est artistiquement possible à partir de là, s'agissant de la représentation de la figure humaine. Illustrer un « univers pudique » comme celui de Tolkien, qui plus est à partir d'un paradigme fanique marquant une déférence potentiellement excessive envers l'auteur, peut toujours être un moyen d'éviter d'avoir à se confronter à ce type de sujet, mais Jenny Dolfen (qui, elle non plus, n'illustre pas seulement Tolkien de toute façon) a franchi le pas en 2015, avec son œuvre à l'aquarelle et à la gouache <i>Nienor upon Haudh-en-Elleth</i>, et pour le coup, de mon point de vue, c'est une réussite :
http://web.archive.org/web/2023091319224...en-elleth/
Pour en revenir au côté hiératique d'une certaine représentation graphique de l'œuvre littéraire de Tolkien, il y a aussi le travail important de l'artiste Jay Johnstone (illustrateur, entre autres, des couvertures des deux éditions de l'ouvrage <i>Tolkien's Library</i> d'Oronzo Cilli), dans un style d'inspiré de l'art médiéval, tantôt occidental, tantôt byzantin. C'est un travail tout-à-fait remarquable et de très grande qualité, mais dans ce cas-là, notamment pour ce qui est de l'inspiration orthodoxe byzantine, je trouve que Johnstone va parfois presque trop loin dans l'orientation esthétique de la représentation d'une œuvre littéraire de fiction, fut-elle médiévaliste, vers une certaine connotation explicitement religieuse (placer des auréoles derrière les têtes de personnages tolkieniens n'est guère neutre, à cette aune)... mais ceci dit, je ne doute pas qu'il y ait une clientèle pour cela. Heureusement, Johnstone sait aussi varier les plaisirs à travers différents styles, en proposant, par exemple, <i>Luthien and the Wolf</i>, tableau symboliste (non daté mais réalisé au plus tard en 2012, si j'en crois la date de cet entretien accordé par l'artiste : https://web.archive.org/web/201208261629...artist.php ) contenant des éléments inspirés de l'œuvre peint de Gustav Klimt, ce qui donne un résultat me paraissant plutôt réussi : https://jaystolkien.com/product/luthien-and-the-wolf/
<i>Peace and Love</i>,
B.

