ISENGAR Wrote:Je reste étonné que Joan Sfar soit encore considéré par Radio France comme "spécialiste" du Seigneur des Anneaux ou "savant passionné" (pour reprendre l'expression de Marie Richeux) quand on l'entend balancer ses préjugés "irréfutables" sur Tolkien, les mêmes qu'il y a dix ans.
Ce garçon ne progresse décidément pas dans ses analyses, qui datent manifestement de lectures de jeunesse superficielles de la biographie et de l’œuvre (qu'il n'a pas complètement appréciée, il le reconnaît lui-même ; mais alors, que fait-il là ?).
Faut-il, mon cher JR, complètement apprécier une œuvre pour être considéré comme un connaisseur (sinon un spécialiste) dont le point de vue serait digne d'intérêt public ? Je crois, si ma mémoire est bonne, que la question avait déjà été évoquée il y a une dizaine d'années, à l'époque notamment de cette autre émission de radio avec Joan Sfar qui par ailleurs, et déjà pour ma part, m'avait laissé une impression mitigée, comme je l'avais écrit à l'époque sur le forum d'à côté (ce qui ne m'avait pas empêché d'exprimer alors, également, un avis positif, en passant et dans le sillage de JR, s'agissant du travail de Sfar en tant que réalisateur du film Gainsbourg (Vie héroïque) ; vieux souvenir cinématographique que ce film, déjà : il faudrait que je le revoie, à l'occasion).
Que Sfar puisse parler de Tolkien sans grande portée en se basant sur des lectures superficielles et anciennes, voire sur des interprétations personnelles trop arrêtées, c'est une chose. Qu'il fut nécessaire d'être un « fan hardcore » de Tolkien pour être légitime dans l'expression d'un avis sur son œuvre dans une émission de radio, c'est autre chose, du moins à mon sens.
Parler de Tolkien dans les médias, à mon humble avis, ne devrait pas forcément n'être qu'une histoire de promotion de l'œuvre censée n'être dès lors que l'affaire de spécialistes et de ce que j'ai proposé d'appeler (il y a déjà assez longtemps) le fanariat. Certes le processus de légitimation de Tolkien a dû passer par une longue période où fans et spécialistes étaient souvent amenés à devoir imposer leur discours pour qu'il finisse par être reconnu et respecté. Mais aujourd'hui, alors que l'univers de Tolkien fait l'objet désormais d'une banalisation au sein de la culture de masse qui n'est d'ailleurs peut-être pas un service rendu à son œuvre littéraire, il me semble important de laisser aussi s'exprimer des gens sur Tolkien qui ne soient pas forcément uniquement des « fans hardcore » ou des spécialistes (du quenya et autres langues inventées, d'une lecture uniquement chrétienne de l'œuvre, d'une approche uniquement médiévaliste de l'œuvre, etc.).
Sinon, je crains qu'il ne faille pas s'étonner que les émissions sur Tolkien ne finissent par raconter toujours un peu la même chose : un discours d'initiés s'adressant à un public supposé « malheureusement » inconscient du supposé « génie absolu » d'un écrivain.
C'est précisément à force d'entendre ce genre de discours, toujours mélioratif, toujours promotionnel, et ce durant des années, que j'ai été de plus en plus convaincu de la nécessité d'un discours critique sur Tolkien, même de la part de gens pouvant sincèrement apprécier l'œuvre par ailleurs. Non pas pour le plaisir de « critiquer » au sens basique du terme, ni pour que des « esprits rebelles » y trouvassent matière à se distinguer des spécialistes établis du milieu des tolkienophiles/tolkienologues (une suspicion qu'avait émis un jour Elendil, je ne sais plus dans quel forum), mais simplement par souci d'équilibre dans l'expression publique de la réception d'une œuvre littéraire qui n'est précisément pas censée n'être destinée qu'à des initiés.
Ceci étant dit, et à te lire, mon cher JR, si le point de vue de Sfar sur Tolkien n'a pas changé depuis la dernière fois que je l'ai entendu en parler à la radio il y a une dizaine d'années (cf. mon impression mitigée de l'époque, dont j'ai parlé plus haut), alors sans doute n'est-il pas le mieux placé pour apporter une saine contradiction éclairée à quelqu'un comme Anne (Besson), laquelle connaît naturellement bien l'œuvre de Tolkien... tout en revendiquant aussi, à l'occasion, un parti pris au-delà ou en parallèle de son statut d'universitaire (ce n'est évidemment pas un reproche que je fais là, mais seulement un constat à partir de déclarations publiques). Mais, à partir du constat que tu fais de Sfar perçu à Radio France comme un spécialiste du Seigneur des Anneaux, on en (re)vient dès lors à la sempiternelle question des contraintes et contextes avec lesquelles sont constitués les castings d'invités des émissions de radio ou de télévision, avec sa dose d'habitudes et de « réseautage ».
Amicalement, ^^
B.
PS: si cela peut mettre tout le monde à l'aise, je précise que le présent message n'est pas un appel à un « gros débat ». :-)

