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Tolkien, Dostoievsky et chatGPT
#55
[suite de la quatrième partie]

5/5

Pour finir en revenant à Tolkien, j'ai également testé une série d'invites relative au sujet d'une certaine illustration tolkienienne représentant la Vieille Grive du Hobbit, illustration que j'ai dessiné moi-même il y a plusieurs années, dont j'ai évoqué l'histoire dans un autre fuseau, et qui notamment sert encore aujourd'hui d'élément décoratif à certaines versions du présent forum. Partant d'une représentation dessinée de ma main pour demander, via une invite ou prompt, une imitation numérique d'un travail de peintre par l'IA, j'ai rajouté dans l'équation une référence, en matière de paysage, à la peinture anglo-américaine de l'école de l'Hudson « fondée » par Thomas Cole.


Dessin original (crayon graphite sur papier, 2013)


Essai 1023E01


Essai 1023E02

On peut estimer que DALL-E 3, là encore, « en met plein la vue »... mais il y a pourtant bien « quelque chose » dans la création personnelle physique que l'on ne retrouve pas dans la production de l'IA, et de fait je ne reconnais pas l'esprit dans lequel j'ai personnellement réalisé mon dessin il y a dix ans, ce qui reste l'essentiel. Ici, je peux notamment me rappeler ce que Beruthiel m'avait écrit précédemment dans le présent fuseau (à propos de mon travail d'écriture vis-à-vis de ChatGPT, mais cela peut valoir pour un travail en dessin ou en peinture vis-à-vis de DALL-E) :

À votre serviteur, ici même en janvier dernier, Beruthiel Wrote:Te "connaissant", je pense que tu pourras apporter bien plus de développements que ce dont est capable l'IA. On peut la voir comme une sorte de sparring-partner, donnant des points de départ ou des idées à réfuter.

Et maintenant que j'avoue être bien fatigué d'avoir pondu tout cela (pour m'occuper l'esprit, à vrai dire), concluons, ou du moins essayons de conclure, pour l'heure et en l'état du « progrès » technique actuel, sachant que je ne poursuivrai pas l'expérience dans un avenir proche (pour diverses raisons).

Si au premier abord, reconnaissons-le, l'expérimentation d'un générateur d'images par IA comme DALL-E est amusante, quand je vois ce que donne tous ces résultats à partir d'une invite ou prompt, certes sous diverses contraintes et avec encore un certain nombre d'imperfections, en matière d'images générées par DALL-E 3 — la qualité desdites images générées étant tout de même en l'état déjà assez impressionnante —, je m'interroge quant à l'incitation à la facilité que représente d'ors et déjà l'IA en matière de pratiques artistiques. Est-ce là, peut-être, la porte ouverte à la perte progressive du geste artistique ?
Que l'IA puisse rendre de grands services en divers domaines, notamment entre autres en matière de codage informatique, soit, et qu'elle puisse être aussi un outil aidant et préparatoire à un travail humain (par écrit, en dessin ou en peinture) restant créatif, ma foi pourquoi pas ? Mais que le geste artistique puisse finir demain (ou disons après-demain) par plus ou moins se dissoudre dans une interaction numérique avec un écran, physiquement similaire à l'activité d'un ingénieur informaticien créateur de logiciel — quand bien même ledit ingénieur pourrait considérer, peut-être à bon droit, un logiciel comme une œuvre d'art —, c'est là une perspective que je ne peux pas envisager autrement, en l'état, qu'avec pessimisme. L'être humain dessine et peint (et sculpte, grave, etc.) depuis des millénaires : j'espère que nous ne sommes pas au début d'un effacement progressif de cette longue tradition d'effort créatif, au profit d'une imitation appelée à faire de plus en plus illusion pour un plaisir de surface... mais qui ne pourra rester qu'une imitation, faite avec des moyens numériques dont aucun artiste, dessinateur ou peintre, ne peut vraiment prétendre connaître la conception originelle, à moins d'être ingénieur informaticien. Or les artistes, lorsqu'ils créent, ne travaillent pas qu'à partir du ciel des idées : ils utilisent des techniques, et comprennent a minima la conception d'un crayon, d'un pinceau, des couleurs d'une palette de peintre, d'une feuille de papier, d'une toile, d'un panneau de bois, etc. Que connait-on vraiment, avec le numérique, et surtout avec l'IA ? Moins de choses dans la plupart des cas, sans doute. Mais il est vrai que la tyrannie de l'urgence et celle des apparences qui dominent nos sociétés font que le besoin impérieux de résultats, fussent-ils sous la forme de sortes d'ersatz, s'impose toujours plus ou moins, dans tous les domaines : je ne sais où cela nous mènera avec l'expansion actuelle de l'intelligence artificielle générative... Souhaitons au moins que la création artistique, dans toute sa diversité et avec toute la profondeur de son histoire, ne s'en trouve pas, d'une manière ou d'une autre, toujours plus nivelée par le bas au nom des deux tyrannies dont j'ai parlé.

Peace and Love,

B.
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