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Yyr Wrote:Mais j'essaierai de suivre quand même ;).

J'ai réussi pour la plus grande part (j'ai pris en cours de route à Withywindle), et l'accès à certaines notes m'a permis de compléter le début ;).

Impressionné (encore !) par la qualité d'une intelligence pénétrante et de son expression qui me dépassent — ce n'est pas de la flatterie, c'est une admiration réelle du talent des profils littéraires dont je suis dépourvu.

Laurent a traité du rapport au réel du conte tolkienien (ce que Tolkien appelle recouvrement) et ce traitement était magistral.

Dans cet exposé dense d'au moins une heure, j'ai surtout retenu, pour ma part :

[citation][normal]- le besoin de « faire commun face à la tentation du désespoir » avec la lecture par la théorie de l’attachement de Nicole Guédeney (que je n'ai toujours pas lu) ;[/normal]

[normal]- le rappel de ce que le Légendaire est une uchronie de notre monde et non pas un monde parallèle (la Terre du Milieu est notre middangeard) : le Conte tolkienien est pour « être au monde, et donc avec le monde » ;[/normal]

[normal]- le rapport au réel qui se manifeste chez Tolkien dans la description de paysages très réalistes (versus la parcimonie de la magie) ; cf. la « minutie de regard » dans ses illustrations, en particulier celles de la nature (Laurent signalant la répartition marquée entre l’usage du crayon et de l’encre de chine pour la vie urbaine et celle de l’aquarelle pour la nature, à même de mieux transmettre les nuances de lumière et de couleur : les nuances de vie) ;[/normal]

[normal]- la description de la Vieille Forêt « ni intellectuelle, ni culturelle, mais à la fois arborescente et rhizomique, verticale et horizontale » avec « son attention à la vie végétale et aquatique » inscrite jusque dans les allitérations elles-mêmes — où comment s'exerce le « travail conjoint de l’œil du peintre, de l’oreille du poète et de la science du lexicologue » ;[/normal]

[normal]- en contrepoint, « la magie est à la Terre du Milieu ce que la Machine est à notre monde contemporain » à savoir « le raccourci annihilant [...] le rapport juste au réel » ;[/normal]

[normal]- le passage du temps en Terre du Milieu avec « l’idée que la reprise en main par la nature adoucit [l']inexorable » ;[/normal]

[normal]- la poésie, la subcréation, comme une aide à la fois « cathartique pour l’auteur lui-même » et « pour les lecteurs [pouvoir] retisser leur propre lien au monde » ;[/normal]

[normal]- quant au rapport à l'image et au symbole, une citation de Nicolas Berdiaev (L'homme et la machine, 1933) que je ne connaissais pas, et qui finit par [emphase]« Mais la technique, elle, reste étrangère aux symboles, elle est réaliste [= pragmatique], elle ne reflète rien, elle crée une nouvelle réalité, tout en elle est présent. Elle soustrait l’homme aussi bien à la nature qu’à l’au-delà »[/emphase], et une comparaison convaincante avec Yves Bonnefoy sur la notion d'« arrière-pays » mue par une « sensibilité à l’égard d’une vie qui [y] serait plus réelle » — la Comté ou encore la forêt jouant manifestement ce rôle d'arrière-pays tolkienien, plus authentique et plus familier ;[/normal]

[normal]- « le sentiment de refuge [qui] ajoute à la réalité du lieu et donne sens à sa beauté » comme à Fendeval, la « dernière maison hospitalière » ;[/normal]

[normal]- la « valeur de fil conducteur » de The Road goes ever on and on qui accompagne « l’aventure du temps » ... dont les héros sont progressivement exclus, marque de leur (et de notre) finitude ;[/normal]

[normal]- la poésie offre ainsi de recouvrer une véritable présence au monde, par une « vérité de parole » qui s'incarne « dans un lexique des mots d’une réalité primale », par opposition à un lexique de « mots connotant la postmodernité d’une réalité seconde, techniciste », et c'est pourquoi « l’adéquation des mots et des sens — plus encore que l’adéquation des mots et du sens — est la vraie magie pour ce recentrage de l’homme dans son lieu de vie » — quel synthèse magistrale en cette phrase ![/normal][/citation]

Petit clin d'œil à Laurent. Alors qu'il préparait cette conférence qui s'intégrait dans le cadre d’un séminaire dont l’axe d’étude est intitulé « Faire commun », je travaillais moi-même à une autre conférence elle aussi guidée par le désir de plaider en faveur d'un recouvrement du « commun ». Cinq jours avant Laurent, je donnais ainsi une synthèse de mes travaux sur L'obligation vaccinale des soignants contre le SARS-Cov-2 : naufrage scientifique & morale technicienne : analyse de la rupture de notre rapport au réel, avec, en conclusion, la proposition d'un chemin de « recouvrement » passant par la poésie tolkienienne ;). J'abordais d'ailleurs dans la partie précédant ma conclusion le pourquoi du « faire commun » : pourquoi faire commun sinon parce que l'on a perdu le commun ? Parce que la Modernité s'est construite sur ce rejet (passage de la Souveraineté du Bien à la souveraineté de l'individu : ce n'est plus le Bien qui mesure l'individu, c'est l'inverse). Autre façon de comprendre l'humanisme moderne où l'homme devient auto-référentiel.

À cet égard, Laurent, se situe le seul pinaillage que je te ferai ;).
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