Je suis désolé d'avoir à intervenir entre vous deux, Yyr et Círdan, mais il est notamment des choses que je ne peux pas laisser passer sans rien dire.
J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de l'écrire, notamment dans un long message de janvier 2021 figurant dans le fuseau sur le libre arbitre : Faërie, à mes yeux, ne subsume pas à (ou sous) la Vérité chrétienne.
En ce qui concerne la distinction qu'il faudrait faire ou non entre Tolkien « écrivain et catholique » et Tolkien « écrivain catholique », il me semble que Leo Carruthers — qui a fort bien montré dans son livre Tolkien et la religion que l'écrivain en question n'a pas écrit sa fiction en tant que « projet chrétien » — a su bien formuler les choses en considérant Tolkien comme étant un « catholique auteur » et non un « auteur catholique ».
Pour ce qui est de ta situation personnelle, Jérôme, et puisque tu as choisi de l'évoquer ici, je pense que tu es effectivement un médecin catholique (et non donc un catholique médecin), et que cela m'a toujours paru poser problème quant à la question du droit à l'IVG (droit auquel tu sais que je suis favorable), quant à la question de ce que l'on appelle le droit de mourir dans la dignité (droit auquel je suis également favorable, la sédation profonde que permet la loi française actuelle étant loin de convenir à toutes les situations de souffrances insupportables notamment en cas de maladie incurable), etc. Manipuler le serment d'Hippocrate pour le faire rentrer dans un paradigme chrétien "pro-Vie" me parait, à cette aune, également poser problème, pour le moins. Et aucune argumentation supposément "réussie" devant un jury de thèse n'y changera rien. Nous en avons déjà discuté en privé par le passé, et je n'ai pas envie d'en remettre une couche (je n'ai pas/plus de temps pour cela, alors même que je suis confronté à des questions médicales pour le moins sérieuses...), mais sache simplement qu'à te lire (y compris sur la question de la vaccination des soignants [cf. ton message initial dans un autre fuseau]), je me demande sérieusement parfois s'il est possible d'être, en soi, « un bon médecin catholique ». Et c'est quelqu'un de culture (et même d'expérience) catholique qui te le dit (il faudra lire ou relire tout ce que j'ai pu écrire sur ce forum à ce propos, si tu en doute). Mon propos, qui n'est pas haineux, pourra cependant paraître dur, mais je me trouve devant des échéances (même si ce n'est pas [encore] pour moi-même) qui ont à voir avec la sincérité.
En ce qui concerne ton article pour la revue Nouvelle École, je pense qu'il y aura peut-être moins de possibilité que Círdan se cogne au plafond, en bondissant à cause de cette publication, si on lui rappelle simplement que ladite revue, pour le moins idéologiquement orientée, et à laquelle Yyr et Elendil ont cru bon de contribuer (ce que je continue personnellement de regretter), a fait l'objet à mon initiative d'échanges dans le fuseau "Revue de presse V" en juin-juillet 2021 : ce message
Il me parait fort probable que la publication en question fasse partie des revues françaises de la Nouvelle Droite qu'évoque Stéphane François, dans l'entretien qu'il a accordé pour le hors-série sur Tolkien du magazine chrétien d'actualité La Vie, hors-série dont j'ai proposé un compte-rendu de lecture en août dernier, dans le fuseau dédié : ce message
Il en est de la morale humaine, qu'elle soit ou non éventuellement d'inspiration chrétienne, comme de Faërie : à mes yeux, elle ne subsume pas à (ou sous) la Vérité chrétienne. Si c'était le cas, de facto l'œuvre de Tolkien se trouverait effectivement plus ou moins réservée, au moins pour ce qui est de sa "compréhension" supposée "profonde", à un public religieux (quoique pas forcément seulement catholique) et notamment plus ou moins en phase avec le conservatisme politico-religieux antimoderne de l'écrivain.
Si cela peut rassurer, je ne me mêlerai pas davantage aux actuels échanges sur ce fuseau, lesquels ne doivent pas, évidemment, tout-à-coup s'interrompre sous prétexte que j'aurais osé intervenir, moi qui certes ne suis pas docteur ou enseignant-chercheur...
Peace and Love anyway,
B.
[EDIT: rajout entre crochets de la mention d'un lien hypertexte pour contextualisation de propos, suite à la création du présent fuseau]
Yyr Wrote:je crois que c'est sur la fin où tu as insisté sur la distinction à faire entre Tolkien « écrivain et catholique » et Tolkien « écrivain catholique », comme quoi la seconde façon de décrire la réalité n'était pas certaine. J'ai du mal à concevoir Tolkien coupé en deux (même si, [emphase]« aujourd'hui, une âme coupée en deux est un phénomène quotidien »[/emphase], ainsi que le déplore Günther Anders, l’Obsolescence de l’homme, p.160). Je suis quant à moi non seulement médecin et catholique mais aussi, ou plutôt donc, médecin catholique (le fait de savoir si je suis un bon médecin catholique est une autre question). Son écriture le montre. Le Seigneur des Anneaux et, plus largement, le Conte d'Arda, sont fondamentalement catholiques — non parce que Tolkien l'a dit, mais parce que c'est une évidence de part en part (je renvoie à mon article sur L’unité spirituelle catholique du légendaire tolkienien : l’exemple du libre arbitre [small]— ne te cogne pas au plafond si tu bondis à cause de la revue Laurent ;)[/small]).
J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de l'écrire, notamment dans un long message de janvier 2021 figurant dans le fuseau sur le libre arbitre : Faërie, à mes yeux, ne subsume pas à (ou sous) la Vérité chrétienne.
En ce qui concerne la distinction qu'il faudrait faire ou non entre Tolkien « écrivain et catholique » et Tolkien « écrivain catholique », il me semble que Leo Carruthers — qui a fort bien montré dans son livre Tolkien et la religion que l'écrivain en question n'a pas écrit sa fiction en tant que « projet chrétien » — a su bien formuler les choses en considérant Tolkien comme étant un « catholique auteur » et non un « auteur catholique ».
Pour ce qui est de ta situation personnelle, Jérôme, et puisque tu as choisi de l'évoquer ici, je pense que tu es effectivement un médecin catholique (et non donc un catholique médecin), et que cela m'a toujours paru poser problème quant à la question du droit à l'IVG (droit auquel tu sais que je suis favorable), quant à la question de ce que l'on appelle le droit de mourir dans la dignité (droit auquel je suis également favorable, la sédation profonde que permet la loi française actuelle étant loin de convenir à toutes les situations de souffrances insupportables notamment en cas de maladie incurable), etc. Manipuler le serment d'Hippocrate pour le faire rentrer dans un paradigme chrétien "pro-Vie" me parait, à cette aune, également poser problème, pour le moins. Et aucune argumentation supposément "réussie" devant un jury de thèse n'y changera rien. Nous en avons déjà discuté en privé par le passé, et je n'ai pas envie d'en remettre une couche (je n'ai pas/plus de temps pour cela, alors même que je suis confronté à des questions médicales pour le moins sérieuses...), mais sache simplement qu'à te lire (y compris sur la question de la vaccination des soignants [cf. ton message initial dans un autre fuseau]), je me demande sérieusement parfois s'il est possible d'être, en soi, « un bon médecin catholique ». Et c'est quelqu'un de culture (et même d'expérience) catholique qui te le dit (il faudra lire ou relire tout ce que j'ai pu écrire sur ce forum à ce propos, si tu en doute). Mon propos, qui n'est pas haineux, pourra cependant paraître dur, mais je me trouve devant des échéances (même si ce n'est pas [encore] pour moi-même) qui ont à voir avec la sincérité.
En ce qui concerne ton article pour la revue Nouvelle École, je pense qu'il y aura peut-être moins de possibilité que Círdan se cogne au plafond, en bondissant à cause de cette publication, si on lui rappelle simplement que ladite revue, pour le moins idéologiquement orientée, et à laquelle Yyr et Elendil ont cru bon de contribuer (ce que je continue personnellement de regretter), a fait l'objet à mon initiative d'échanges dans le fuseau "Revue de presse V" en juin-juillet 2021 : ce message
Il me parait fort probable que la publication en question fasse partie des revues françaises de la Nouvelle Droite qu'évoque Stéphane François, dans l'entretien qu'il a accordé pour le hors-série sur Tolkien du magazine chrétien d'actualité La Vie, hors-série dont j'ai proposé un compte-rendu de lecture en août dernier, dans le fuseau dédié : ce message
Yyr Wrote:J'imagine que cette façon de séparer Tolkien de son catholicisme est plus ou moins consciemment guidée par la crainte de sous-entendre que l'écrivain catholique et donc son œuvre seraient réservés aux catholiques. Il n'en est rien (d'une certaine façon, il en va peut-être de ce quiproquo comme de celui relatif à la morale chrétienne ... dont les chrétiens n'ont pas le monopole : [emphase]« Quand des païens, sans avoir de loi, font naturellement ce qu’ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n’ont pas de loi. Ils montrent que l’œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur ; leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour les accusent et les défendent », Romains 2.14-15[/emphase]).
Il en est de la morale humaine, qu'elle soit ou non éventuellement d'inspiration chrétienne, comme de Faërie : à mes yeux, elle ne subsume pas à (ou sous) la Vérité chrétienne. Si c'était le cas, de facto l'œuvre de Tolkien se trouverait effectivement plus ou moins réservée, au moins pour ce qui est de sa "compréhension" supposée "profonde", à un public religieux (quoique pas forcément seulement catholique) et notamment plus ou moins en phase avec le conservatisme politico-religieux antimoderne de l'écrivain.
Si cela peut rassurer, je ne me mêlerai pas davantage aux actuels échanges sur ce fuseau, lesquels ne doivent pas, évidemment, tout-à-coup s'interrompre sous prétexte que j'aurais osé intervenir, moi qui certes ne suis pas docteur ou enseignant-chercheur...
Peace and Love anyway,
B.
[EDIT: rajout entre crochets de la mention d'un lien hypertexte pour contextualisation de propos, suite à la création du présent fuseau]

