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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Il y a déjà presque trois semaines, tissant quelques liens vers la radio France Musique, votre serviteur Wrote:[...] [...]

De cette série d'émissions, c'est tout particulièrement la référence ouvrant le troisième épisode (« Muses et reines ») que je n'oublierai pas, et que je réécoute encore aujourd'hui.

[colonne][gauche=Duke Ellington, <i>Music Is My Mistress</i> (1973), traduit de l'anglais (États-Unis) par Clément Bosqué et François Jackson avec Christian Bonnet, Paris, Slatkine & Cie, 2016, p. 107-108.] En 1935, lors d'une de ces tournées dans le Sud [des États-Unis] où on jouait dans une ville différente chaque soir, et après le décès de ma mère si belle, j'ai pu trouver l'isolement psychique dont j'avais besoin pour songer au passé. Gagné par le rythme et le balancement du train fonçant à travers le Sud, j'éprouvais l'envie soudaine d'exprimer quelque chose sur lequel je n'aurais jamais su mettre des mots. J'y ai réfléchi et j'ai écrit de la musique ; le résultat : <i>Reminiscing In Tempo</i>, une composition qui nécessitait quatre faces de disque, deux de plus que la <i>Creole Rhapsody</i>. En clair, Irving Mills [mon agent] a eu deux fois plus de mal à faire avaler ça aux maisons de disques qui menaçaient de nous virer de leur catalogue ! Cela comptait peu à mes yeux ; l'important, c'était d'avoir dit ce que j'avais à dire. Ma récompense a été de l'entendre jouer, car ce morceau était un exposé complet de ma solitude après la perte de ma mère :
« Secoué par un balancement régulier, sans désir d'aventure, j'étais quelque part au milieu d'une étendue sauvage et inconnue dans laquelle se déplaçaient des choses et des créatures que je ne voyais ni n'entendais... Mon ambition fuyait, goutte à goutte. Bientôt il n'y aurait plus rien. Je ne savais plus où j'étais. Après le décès de ma mère, il n'y avait réellement plus rien, et ma scintillante parade touchait probablement à sa fin... »
Chaque page de ce manuscrit particulier était maculée de traces de larmes. Je m'asseyais, je regardais dans le vide, je tapais du pied et je me disais : « Voyons, Edward, tu sais bien qu'elle ne voudrait pas que tu t'effondres, que tu t'abîmes dans le passé, que tu te noies dans ta peine, dans le refus ou dans une destruction interminable. Elle n'a pas consacré toute la première partie de ta vie à t'inculquer cette attitude négative. » Je croyais entendre les mots, ses mots, et alors, lentement – mais jamais totalement –, j'ai repris le dessus.[/gauche][droite=Duke Ellington, <i>Music is my mistress</i>, Garden City (N.Y.), Doubleday, 1973, p. 86.] In 1935, on one of these one-nighter tours of the South, after I lost my beautiful mother, I found the mental isolation to reflect on the past. It was all caught up in the rhythm and motion of the train dashing through the South, and it gave me something to say that I could never have found words for. I reflected, and I wrote music, and it came out as <i>Reminiscing in Tempo</i>, which eventually ran to four record sides, two more than <i>Creole Rhapsody</i>. This meant that Irving Mills had twice as much trouble with the record companies, who threatened to throw us out of the catalog! That was unimportant to me, because I had written my statement. Hearing it constituted my total reward, and in it was a detailed account of my aloneness after losing my mother:
Dangling out there somewhere in a wilderness of the unknown, with no desire for adventure, where things and creatures that I neither saw nor heard were moving around . . . My ambition was dribbling away. Soon there would be nothing. I was not sure where I was. After my mother passed, there was really nothing, and my sparkling parade was probably at an end . . .
Every page of that particular manuscript was dotted with smears and unshapely marks caused by tears that had fallen. I would sit and gaze into space, pat my foot, and say to myself, “Now, Edward, you know she would not want you to disintegrate, to collapse into the past, into your loss, into lengthy negation or destruction. She did not spend all the first part of your life preparing you for this negative attitude.” I believed I could hear the words, her words, and slowly — but never completely — I really did straighten up.[/droite][/colonne]
  • <b>Edward Kennedy Ellington, dit Duke Ellington (1899-1974), <i>Reminiscing In Tempo</i> (1935)</b>, interprété par Duke Ellington et son orchestre (New York, 12 septembre 1935) :
    https://www.youtube.com/watch?v=SEZ0bT7yQsQ [/*]

<i>Peace and Love</i>,

B.

[small]EDIT (26/05/2024): ajout de la version originale en anglais de la citation.[/small]
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