C'était hier soir, 2 février 2024, à La Halle aux Grains. Peut-être un de mes derniers concerts symphoniques avant un moment.. et du moins avec l'Orchestre National du Capitole de Toulouse (ONCT), que j'ai pu voir et écouter bien des fois en concert depuis plus d'un quart de siècle (avant même que je m'installe à Toulouse). La soirée a commencé moyennement, avec des tracasseries sécuritaires à l'entrée un peu plus prononcées qu'à l'accoutumée, une rupture de stock (qui s'est révélée heureusement temporaire) de programmes du concert sur papier, et un nombre malencontreusement assez élevé de quintes de toux sèche dans le public au début du concert... mais le plaisir de la musique s'est heureusement imposé pour faire de l'évènement un très bon concert, sous la direction d'une excellente cheffe d'orchestre, Nathalie Stutzmann. Au programme : la Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur (KV 364) de Mozart – que j'ai signalée précédemment, et qui était notamment interprétée hier soir par les solistes Veronika Eberle au violon et Adrien La Marca à l'alto –, la Symphonie n°3 en fa majeur op. 90 de Brahms, et l'ouverture de l'opéra <i>Tannhaüser</i> (WWV 70) de Richard Wagner.
J'avoue que les larmes me sont montées aux yeux durant l'émouvant second mouvement de la Symphonie concertante de Mozart, pour des raisons intimes, mais qui ont trouvées au moins en partie un écho dans le propos du programme (par Pierre Carrey) que j'ai ensuite pu lire durant l'entracte :
[emphase]« La nostalgie, la tristesse planantes au centre de l'œuvre, dans le mouvement lent, l'<i>Andante</i> en <i>ut</i> mineur, sont parfois interprétées par les historiens comme un fragment autobiographique de Mozart, qui s'épancherait là sur ses différents malheurs. À son chagrin d'amour (« compensé » en 1782, quand il épousera Constance Weber, la sœur d'Aloysia), s'ajoute l'épouvantable séjour raté de Paris en 1778. Le compositeur, qui voulait fuir Salzbourg et redonner un souffle à sa carrière, à vingt-deux ans, n'a pas réussi à s'intégrer dans les cercles musicaux de la capitale française, et il y a appris peu de choses utiles à son métier, exception faite d'un genre à la mode : les symphonies concertantes. À Paris, Mozart a perdu son temps, des rêves ainsi que Maria Anna, sa mère, venue lui tenir compagnie et qui succombe des suites du typhus. / Dès lors, ce mouvement lent pour violon et alto représente-t-il un requiem ou une complainte amoureuse ? Non, parce que Mozart arrête ses émotions au bord du gouffre, retenu à l'encolure par les règles de la composition classique : toujours filtrer, freiner ses déchirements, ne pas s'abandonner à un récit de soi... Mais il n'en reste pas moins que cet <i>Andante</i> est le tout premier rideau de larmes qu'il ose déplier dans le mouvement lent d'un concerto, avant de tremper dans les mêmes gouttes salées certains de ses concertos pour piano. »[/emphase]
La Symphonie n°3 de Brahms, connue notamment du grand public pour le célèbre thème de son troisième mouvement (repris par Serge Gainsbourg pour une chanson de Jane Birkin), a été bien interprétée. Je n'ai pas de sympathie pour Johannes Brahms en raison de sa francophobie nationaliste notamment exprimée durant la guerre de 1870-1871 (Brahms admirait Bismarck, même si celui-ci ne le lui a guère rendu), mais il est juste de le reconnaître, en tant que musicien, comme un digne successeur de Beethoven, quoiqu'ayant finalement suivi un chemin d'expression plus traditionnel que celui de Berlioz.
L'ouverture de <i>Tannhaüser</i> a été, à mes yeux (et mes oreilles), l'acmé du concert. Wagner fait partie des rares compositeurs dont l'écoute de la musique me donne des frissons le long de l'échine dès les premières notes, et cela a encore été le cas cette fois-ci (je reviendrai à cette aune peut-être plus tard sur d'autres souvenirs de concerts). Nathalie Stutzmann a précédemment dirigé avec succès l'opéra <i>Tannhaüser</i> au festival de Bayreuth. Dans le journal de l'ONCT (<i>Vivace</i> n°18, janvier-mars 2024), Mathilde Serraille écrivait en amont : [emphase]« On peut d'ores et déjà s'attendre à un grand moment puisque les critiques présents à la grand-messe wagnérienne louaient « déjà dans le prélude, un son magique incroyablement multicolore et chatoyante [sorti] de la fosse » »[/emphase]. Et de fait, ce fut effectivement un grand moment que l'interprétation, effervescente et enthousiaste, de cette ouverture de <i>Tannhaüser</i> pour conclure en beauté ce concert.
<i>Peace and Love</i>,
B.
J'avoue que les larmes me sont montées aux yeux durant l'émouvant second mouvement de la Symphonie concertante de Mozart, pour des raisons intimes, mais qui ont trouvées au moins en partie un écho dans le propos du programme (par Pierre Carrey) que j'ai ensuite pu lire durant l'entracte :
[emphase]« La nostalgie, la tristesse planantes au centre de l'œuvre, dans le mouvement lent, l'<i>Andante</i> en <i>ut</i> mineur, sont parfois interprétées par les historiens comme un fragment autobiographique de Mozart, qui s'épancherait là sur ses différents malheurs. À son chagrin d'amour (« compensé » en 1782, quand il épousera Constance Weber, la sœur d'Aloysia), s'ajoute l'épouvantable séjour raté de Paris en 1778. Le compositeur, qui voulait fuir Salzbourg et redonner un souffle à sa carrière, à vingt-deux ans, n'a pas réussi à s'intégrer dans les cercles musicaux de la capitale française, et il y a appris peu de choses utiles à son métier, exception faite d'un genre à la mode : les symphonies concertantes. À Paris, Mozart a perdu son temps, des rêves ainsi que Maria Anna, sa mère, venue lui tenir compagnie et qui succombe des suites du typhus. / Dès lors, ce mouvement lent pour violon et alto représente-t-il un requiem ou une complainte amoureuse ? Non, parce que Mozart arrête ses émotions au bord du gouffre, retenu à l'encolure par les règles de la composition classique : toujours filtrer, freiner ses déchirements, ne pas s'abandonner à un récit de soi... Mais il n'en reste pas moins que cet <i>Andante</i> est le tout premier rideau de larmes qu'il ose déplier dans le mouvement lent d'un concerto, avant de tremper dans les mêmes gouttes salées certains de ses concertos pour piano. »[/emphase]
- <b>Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre (KV 364) en mi bémol majeur, II. Andante</b>, Gidon Kremer (violon), Kim Kashkashian (alto), Wiener Philarmoniker, dir. Nikolaus Harnoncourt : https://www.youtube.com/watch?v=fH1NJwVZdzA
La Symphonie n°3 de Brahms, connue notamment du grand public pour le célèbre thème de son troisième mouvement (repris par Serge Gainsbourg pour une chanson de Jane Birkin), a été bien interprétée. Je n'ai pas de sympathie pour Johannes Brahms en raison de sa francophobie nationaliste notamment exprimée durant la guerre de 1870-1871 (Brahms admirait Bismarck, même si celui-ci ne le lui a guère rendu), mais il est juste de le reconnaître, en tant que musicien, comme un digne successeur de Beethoven, quoiqu'ayant finalement suivi un chemin d'expression plus traditionnel que celui de Berlioz.
L'ouverture de <i>Tannhaüser</i> a été, à mes yeux (et mes oreilles), l'acmé du concert. Wagner fait partie des rares compositeurs dont l'écoute de la musique me donne des frissons le long de l'échine dès les premières notes, et cela a encore été le cas cette fois-ci (je reviendrai à cette aune peut-être plus tard sur d'autres souvenirs de concerts). Nathalie Stutzmann a précédemment dirigé avec succès l'opéra <i>Tannhaüser</i> au festival de Bayreuth. Dans le journal de l'ONCT (<i>Vivace</i> n°18, janvier-mars 2024), Mathilde Serraille écrivait en amont : [emphase]« On peut d'ores et déjà s'attendre à un grand moment puisque les critiques présents à la grand-messe wagnérienne louaient « déjà dans le prélude, un son magique incroyablement multicolore et chatoyante [sorti] de la fosse » »[/emphase]. Et de fait, ce fut effectivement un grand moment que l'interprétation, effervescente et enthousiaste, de cette ouverture de <i>Tannhaüser</i> pour conclure en beauté ce concert.
- <b>Richard Wagner, <i>Tannhaüser</i> (WWV 70), ouverture</b>, Wiener Philarmoniker, dir. Herbert von Karajan : https://www.youtube.com/watch?v=vjvfTi2wfy4
<i>Peace and Love</i>,
B.

