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Tolkien, auteur catholique ?
#23
Hyarion Wrote:
Yyr Wrote:[small]©[/small] Tolkien n'avait aucune intention prosélyte, apologétique ou missionnaire (TR, pp.73, 170, 173, p.277), ni l'état d'esprit d'un prédicateur (TR, p.278).
[...]
En ce qui concerne plus spécialement la toute dernière objection [small]©[/small], est elle vraie mais inopérante : la qualité chrétienne ou catholique n'implique aucunement celle du prosélytisme.

Un telle affirmation me parait faire curieusement peu de cas de la dimension ontologiquement apologétique des Évangiles, sans laquelle la lecture d'un passage de l'un ou l'autre d'entre elles lors de la messe n'aurait pas l'importance qu'elle a, du moins à ce qu'il me semble. Certes, il est question d'amour, de pardon, d'espérance, de refus de la violence, ce qui suppose de ne pas vouloir imposer son point de vue à autrui (c'est ce que m'a notamment appris ma grand-mère très pieuse, et c'est ainsi que j'ai toujours compris ce qu'est ou devrait être la réalité fondamentale d'une foi chrétienne, notamment catholique), mais il est aussi question de prédication et d'une Vérité, supposée universelle et donc valable pour l'humanité dans son ensemble. Ces derniers points ne seraient pas en soi problématiques si l'on ne tenait pas compte de l'histoire tourmentée du christianisme et plus particulièrement de l'Église catholique.

Je suis tout à fait d'accord que cela mérite débat, d'autant que je te suis volontiers pour une très grande part de ce que tu exposes.
C'est que, là encore, cela dépend du rapport sous lequel on entend l'apologétique. Pour ce que vise Leo, je ne peux pas être d'accord avec son association nécessaire entre une certaine forme d'apologétique et la forme chrétienne. Pour être bref, la part incompressible (si l'on peut dire) d'apologétique, chez Tolkien, me semble plus que largement remplie avec son essai sur le Conte de Fées (tout comme tel chrétien discret, dans ses œuvres, témoignera ailleurs nommément que c'est au nom du Christ).
Mais une autre façon de résoudre cette contradiction apparente est de se demander comment Tolkien, si pieux, pourrait déclarer que son œuvre est fondamentalement catholique en en ignorant alors délibérément une composante fondamentale. Ou comment, si pieux et si convaincu que [emphase]« soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu »[/emphase] (1 Cor 10:31, même si j'ai bien conscience que je vais au-delà du contexte qui amène l'apôtre à dire cela), il laisserait délibérément cette part de sa vie séparée de sa vie chrétienne.
Enfin, dire que Tolkien est un auteur chrétien ne dit pas qu'il est un auteur chrétien parfait (une statue imparfaite reste quand même une statue).

[espacement]
Hyarion Wrote:J'imagine sans peine, par exemple, combien tu ne dois pas être d'accord avec le propos de Leo Carruthers (p. 213-214 de son Tolkien et la religion) sur le fait que Tom Bombadil peut être considéré comme un esprit de la nature, parce que ta vision de l'œuvre de Tolkien associée aux correspondances établies par Jean-Philippe avec un paradigme tolkienien chrétien à prétention universelle, entre autres, interdiraient absolument toute lecture autre que chrétienne de ce personnage, auquel pourtant Tolkien lui-même a choisi, très clairement, de ne pas donner d'identité précise et univoque... choix de l'auteur qui me parait aller, du reste, dans le sens de ta constatation, juste me semble-t-il, d'un écrivain certes catholique mais aussi tolkienien, et donc n'étant pas plus « essentialisable » d'un point de vue créatif que n'importe quel autre artiste.

Cet exemple sur Tom fait partie des nombreuses illustrations que j'ai laissées de côté, ne pouvant tout mettre. Mais, à strictement parler, mon désaccord avec Leo n'est pas tant qu'il ne cadre pas avec l'exégèse de Jean-Philippe que le fait qu'il se contente d'un élément matériel : Tom serait juste un esprit de la nature. Admettons. Mais qu'est-ce qu'en fait l'auteur ? qu'est-ce qu'en fait l'histoire ? Là pour moi est le problème : on ne peut rien conclure de Tom en se contentant de ce dont il serait fait (pas plus que parler d'une statue en se contentant de dire qu'elle est de marbre). Quelle forme prend-il ? Et quelle forme donne-t-il à l'histoire ? Et quelle forme cette histoire lui donne-t-il en retour ?

Yyr
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