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Philosophie Magazine — Le Seigneur des Anneaux : Tolkien et son mythe
#20
Yyr Wrote:Je ne suis sans doute pas doué : je ne vois pas comment commander un exemplaire ... :)

rintrah Wrote:Ce n'est pas de ton fait : la boutique n'a toujours pas été mise à jour pour une raison qui m'échappe (et me désole)
Octave

Maintenant c'est fait :).

J'ai apprécié la haute tenue d'ensemble.
Mais l'iconographie jacksonienne me paraît d'autant plus dommageable, parfois catastrophique.

Sur la forme, j'ajouterai aux critiques émises des erreurs de transcription dans plusieurs titres quenya (si le tehta du a est omis on attend alors un point souscrit pour les tengwar sans tehta et, pour le premier titre, ingolë, il manque le tehta de l'initiale), ainsi que des erreurs de grammaire elfique (un Istar, des Istari). Et aussi avoir trouvé curieux d'avoir mis dans les médaillons des photos des auteurs à des âges bien différents (ex. p.53 pourquoi n'avoir pas choisi des photos où Tolkien et Barfield ont à peu près le même âge ? idem. p.67 avec Chesterton, surtout que ce dernier précède le premier).

Sur le fond, je pinaillerai les points suivants :
  • la reprise de la thèse fliegerienne d'un ancrage néo-platonicien (« Une brève histoire ... », p.07 ; « philosopher chez les Elfes », p.14) : je renvoie à de vieux (ou très jeunes, c'est selon ;)) messages : Nommer l'ineffable ; 'Holy Ones' ; Eru, the One ... ; J Macintosh et Y Imbert ont montré que la métaphysique thomiste est de loin celle qui s'articulerait le mieux avec celle du Conte d'Arda (tout en prenant garde à ne pas pas pour autant les identifier l'une à l'autre) ; je me demande aussi si Dame Flieger, dans ce numéro, ne sur-interprète pas en disant que [emphase]« pour Tolkien, le destin du langage consiste en sa fragmentation ; les mots s'isolent de plus en plus les uns des autres »[/emphase] (« La magie des mots », p.51) ;
  • je souscris à la critique de Hyarion faite à Marylin Maeso quant à l'« antimodernité » de Tolkien : même si le terme en lui-même est certes problématique [small](comme tous les piteux étiquetages anti- et -phobes qui marquent davantage l'étroitesse d'esprit du locuteur que de son objet)[/small], la critique de Tolkien n'est pas celle d'un penseur inquiet mais celle, radicale, d'un homme qui estime que nous sommes en train de poursuivre la Chute jusqu'à son terme ; cf. [emphase]« les moyens deviennent une fin en eux-mêmes : tel est le vice de tous les “réformateurs”, qui veulent les moyens de leurs idéaux »[/emphase] (« La grande famille ... », p.47) : résumé très probable de la Modernité selon Tolkien à savoir comme une vaste réforme ; ok par ailleurs pour l'opposer à Descartes, mais le rapprochement avec Hans Jonas me paraît impossible (Hans Jonas pour qui il faut inventer une nouvelle éthique ; la critique tolkienienne n'invente rien de nouveau) ; et, à la fin, j'aurais pour ma part tendance à trouver Tolkien plus aristotélicien que platonicien (ce qui n'empêche pas des nuances platoniciennes par endroits) ;
  • « Dans la bibliothèque ... » : gêné par l'opposition entre idéalistes et réalistes, p.25 ; je suppose qu'il faut entendre par ces derniers les empiristes et non pas les réalistes au sens aristotélico-thomiste ? Dans cette dernière acceptation, il me semble que Tolkien sera d'ailleurs réaliste : toute sa philosophie de Faërie est d'amener l'homme à reprendre conscience que le réel, le vivant en particulier, est autre que nos catégories, qu'il existe en lui-même (cf. Vincent, « le héros jardinier », p.62-63) ... À ce titre il se détachera également des idéalistes il me semble, mais j'imagine que la terminologie est particulièrement fluctuante ;
  • plus qu'un pinaillage : confusion complète, dans l'encart « Tolkien est-il raciste ? », p.31, qui trouve un [emphase]« relent racisant »[/emphase] à l'opposition entre les Elfes et les Orques (incompréhension de la nature du Conte chez Tolkien et oubli des lettres de l'auteur qui explique que, dans notre monde, les Orques sont dans les deux camps), ou au fait que les Ennemis viennent du Sud ou de l'Est (???) ;
  • désaccord partiel avec Tristan Garcia sur sa critique de l'idée de désenchantement du monde (ou de Modernité) en tant que pur mythe impossible à saisir par la raison ;
  • désaccord avec Leo (« Il était une foi ... », p.94-97) comme explicité en détail ailleurs : il faut distinguer, entre autres, entre matière et forme, et entre finalité prochaine et lointaine ; quand un auteur considère [small](ce qui peut très bien être contesté !)[/small] que [emphase]« le conte eucatastrophique est la véritable forme du conte de fées, et sa fonction [normal][ce qui implique une finalité][/normal] la plus élevée »[/emphase], et que cette eucatastrophe [emphase]« dénie (en dépit de maintes preuves, si l'on veut) la défaite universelle finale et [est], dans cette mesure, un Evangelium »[/emphase] (p.98), on a bien affaire à un [emphase]« auteur chrétien »[/emphase] [small](ainsi que le nomme d'ailleurs spontanément Marylin Maeso, p.17)[/small].

Au final, de très bons articles.
Découverte pour ma part d'Enrico Spadaro.
Mention spéciale à Michaël pour son article p.73-77, vraiment remarquable.

Jérôme
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