04-04-2024, 19:55
Voilà que je cherche à faire plaisir en évitant de parler trop tôt de Berlioz, et que se passe-t-il ? Je me fais couper l'herbe sous le pied avec Chausson, que je comptais précisément évoquer après Chabrier.
Toujours est-il que les deux compositeurs ont au moins le point commun d'avoir assez peu laissé d'œuvres, bien que ce soit pour des raisons différentes. Dans le cas de Chausson, il faut sans doute en partie l'imputer à une certaine forme de perfectionnisme, mais surtout à un décès prématuré dans un accident de bicyclette. Je ne connaissais pas les poèmes symphoniques, et je remercie donc Hyarion de me les avoir fait découvrir, d'autant que j'apprécie tout à fait les pièces symphoniques de Chausson, à commencer par sa Symphonie en si bémol, qui mériterait d'être plus souvent jouée.
Elle figure dans un double CD de Decca, dont le premier contient en outre le Poème pour violon et orchestre (Op. 25), avec Chantal Juillet en soliste, et le fameux Poème de l'amour et de la mer (Op. 19), chanté par le baryton François Le Roux sur des textes de Maurice Bouchor. Ces trois morceaux sont superbement interprétés par l'Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par Charles Dutoit. Le Poème est beau, quoique un peu trop doux-amer à mon goût. En revanche, le Poème de l'amour et de la mer mérite assurément d'être comparé aux grands cycles de lieder de Schubert, mais avec un accompagnement orchestral plutôt que pianistique. Je regrette toutefois la maigreur du livret, qui s'abstient de fournir les paroles de ce morceau.$
![[Image: 81pYrR6VvtL._SL1500_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/81pYrR6VvtL._SL1500_.jpg)
Le second CD contient les deux principales pièces de musique de chambre de Chausson : son Quatuor pour piano en La majeur (Op. 20), ici interprété par le Quatuor Richards et le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes (Op. 21), avec Pierre Amoyal au violon, Pascal Rogé au piano et le Quatuor Ysaÿe. Le Quatuor est superbe, tour à tour poétique et plein de verve, mais le Concert est franchement exceptionnel : c'est un véritable double concerto où l'accompagnement orchestral est assuré par le quatuor à cordes. Je ne connais aucune autre pièce du même type et je comprends fort bien pourquoi personne ne s'y est risqué après Chausson. Si j'ai là un regret, c'est que le CD est affecté d'un bruit parasite des dernières minutes du quatrième mouvement du Quatuor jusqu'au début du dernier mouvement du Concert. Pas rédhibitoire, mais gênant : je pense demander un échange, en espérant qu'il s'agit d'un défaut ponctuel et non d'un souci de production généralisé pour ce CD.
![[Image: 41hA2bT5-rL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/41hA2bT5-rL.jpg)
Comme je souhaitais avoir un échantillon un peu plus vaste de la production vocale de Chausson, je me suis tourné vers un disque enregistré par la grande soprano Jessye Norman (chez Apex), où l'on retrouve le Poème de l'amour et de la mer, mais aussi la Chanson perpétuelle (Op. 37) et cinq des sept pièces des Mélodies (Op. 2) : « Le Colibri », de Leconte de Lisle, la « Sérénade italienne », de Paul Bourget, « La dernière feuille » et « Les papillons », de Théophile Gautier, ainsi que « Le Charme », d'Armand Silvestre. Si la couleur de la voix de Norman est remarquable, on sent toutefois que le français n'est pas sa langue maternelle. Toutefois, je trouve son interprétation du Poème de l'amour et de la mer encore supérieure à celle de Le Roux. Il est de toute façon difficile de comparer les deux, tant l'impression d'ensemble tend à changer selon que cette pièce est chantée par un homme ou une femme. Les Mélodies sont tout à fait réussies, tandis que la Chanson perpétuelle mérite amplement le détour.
Terminons sur les suites d'une autre recommandation. Bien que je n'ai pas été pleinement convaincu par les morceaux de Déodat de Séverac qu'avait proposé Hyarion, j'ai quand même voulu m'intéresser un peu à ce compositeur qui semble avoir été véritablement enraciné dans ce qui est aujourd'hui l'Occitanie. Aussi, j'ai saisi un CD d'occasion apparemment difficile à trouver, qui contenait certaines de ses œuvres les plus célèbres : les Suites pour piano Cerdaña (1908-1911) et En Languedoc (1903-1904), ainsi que les Baigneuses au soleil, interprétées par Jean-Joël Barbier (chez Accord, collection Musique française). Rien de désagréable là-dedans, mais même si les commentaires de Barbier cherchent à dissocier le style « impressionniste » de Séverac de celui de Debussy, je trouve tout de même qu'ils se ressemblent beaucoup, notamment du fait qu'ils tendent à ne pas avoir de ligne mélodique claire. Cela reste donc pour moi plutôt du piano que j'aurais tendance à vouloir en musique d'ambiance plutôt que celui que j'irais écouter en concert*. Le morceau que j'ai préféré est le deuxième volet de En Languedoc, intitulé « Coin de cimetière au printemps », qui donne vraiment l'impression d'une méditation paisible sur la vie, tandis que le soleil joue avec l'ombre des cyprès sur les tombes.
![[Image: 31NWZ41JPKL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/31NWZ41JPKL.jpg)
Bon, la prochaine fois, je crois que je vous parle de Liszt, ou tout du moins d'une partie de son œuvre...
E.
*A contrario, hier, j'ai eu la chance de pouvoir aller à un splendide concert donné par la pianiste Elisabeth Leonskaïa au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du Festival de Pâques d'Aix-en-Provence, avec les Sonates D.850 et D.960 de Schubert. Au piano, Leonskaïa ne donne franchement pas l'impression d'avoir 80 ans...
Toujours est-il que les deux compositeurs ont au moins le point commun d'avoir assez peu laissé d'œuvres, bien que ce soit pour des raisons différentes. Dans le cas de Chausson, il faut sans doute en partie l'imputer à une certaine forme de perfectionnisme, mais surtout à un décès prématuré dans un accident de bicyclette. Je ne connaissais pas les poèmes symphoniques, et je remercie donc Hyarion de me les avoir fait découvrir, d'autant que j'apprécie tout à fait les pièces symphoniques de Chausson, à commencer par sa Symphonie en si bémol, qui mériterait d'être plus souvent jouée.Elle figure dans un double CD de Decca, dont le premier contient en outre le Poème pour violon et orchestre (Op. 25), avec Chantal Juillet en soliste, et le fameux Poème de l'amour et de la mer (Op. 19), chanté par le baryton François Le Roux sur des textes de Maurice Bouchor. Ces trois morceaux sont superbement interprétés par l'Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par Charles Dutoit. Le Poème est beau, quoique un peu trop doux-amer à mon goût. En revanche, le Poème de l'amour et de la mer mérite assurément d'être comparé aux grands cycles de lieder de Schubert, mais avec un accompagnement orchestral plutôt que pianistique. Je regrette toutefois la maigreur du livret, qui s'abstient de fournir les paroles de ce morceau.$
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Le second CD contient les deux principales pièces de musique de chambre de Chausson : son Quatuor pour piano en La majeur (Op. 20), ici interprété par le Quatuor Richards et le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes (Op. 21), avec Pierre Amoyal au violon, Pascal Rogé au piano et le Quatuor Ysaÿe. Le Quatuor est superbe, tour à tour poétique et plein de verve, mais le Concert est franchement exceptionnel : c'est un véritable double concerto où l'accompagnement orchestral est assuré par le quatuor à cordes. Je ne connais aucune autre pièce du même type et je comprends fort bien pourquoi personne ne s'y est risqué après Chausson. Si j'ai là un regret, c'est que le CD est affecté d'un bruit parasite des dernières minutes du quatrième mouvement du Quatuor jusqu'au début du dernier mouvement du Concert. Pas rédhibitoire, mais gênant : je pense demander un échange, en espérant qu'il s'agit d'un défaut ponctuel et non d'un souci de production généralisé pour ce CD.
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Comme je souhaitais avoir un échantillon un peu plus vaste de la production vocale de Chausson, je me suis tourné vers un disque enregistré par la grande soprano Jessye Norman (chez Apex), où l'on retrouve le Poème de l'amour et de la mer, mais aussi la Chanson perpétuelle (Op. 37) et cinq des sept pièces des Mélodies (Op. 2) : « Le Colibri », de Leconte de Lisle, la « Sérénade italienne », de Paul Bourget, « La dernière feuille » et « Les papillons », de Théophile Gautier, ainsi que « Le Charme », d'Armand Silvestre. Si la couleur de la voix de Norman est remarquable, on sent toutefois que le français n'est pas sa langue maternelle. Toutefois, je trouve son interprétation du Poème de l'amour et de la mer encore supérieure à celle de Le Roux. Il est de toute façon difficile de comparer les deux, tant l'impression d'ensemble tend à changer selon que cette pièce est chantée par un homme ou une femme. Les Mélodies sont tout à fait réussies, tandis que la Chanson perpétuelle mérite amplement le détour.
Terminons sur les suites d'une autre recommandation. Bien que je n'ai pas été pleinement convaincu par les morceaux de Déodat de Séverac qu'avait proposé Hyarion, j'ai quand même voulu m'intéresser un peu à ce compositeur qui semble avoir été véritablement enraciné dans ce qui est aujourd'hui l'Occitanie. Aussi, j'ai saisi un CD d'occasion apparemment difficile à trouver, qui contenait certaines de ses œuvres les plus célèbres : les Suites pour piano Cerdaña (1908-1911) et En Languedoc (1903-1904), ainsi que les Baigneuses au soleil, interprétées par Jean-Joël Barbier (chez Accord, collection Musique française). Rien de désagréable là-dedans, mais même si les commentaires de Barbier cherchent à dissocier le style « impressionniste » de Séverac de celui de Debussy, je trouve tout de même qu'ils se ressemblent beaucoup, notamment du fait qu'ils tendent à ne pas avoir de ligne mélodique claire. Cela reste donc pour moi plutôt du piano que j'aurais tendance à vouloir en musique d'ambiance plutôt que celui que j'irais écouter en concert*. Le morceau que j'ai préféré est le deuxième volet de En Languedoc, intitulé « Coin de cimetière au printemps », qui donne vraiment l'impression d'une méditation paisible sur la vie, tandis que le soleil joue avec l'ombre des cyprès sur les tombes.
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Bon, la prochaine fois, je crois que je vous parle de Liszt, ou tout du moins d'une partie de son œuvre...
E.
*A contrario, hier, j'ai eu la chance de pouvoir aller à un splendide concert donné par la pianiste Elisabeth Leonskaïa au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du Festival de Pâques d'Aix-en-Provence, avec les Sonates D.850 et D.960 de Schubert. Au piano, Leonskaïa ne donne franchement pas l'impression d'avoir 80 ans...

