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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Je dois bien avouer que Jaëll, Chaminade et Schmitt ne m'évoquent à peu près rien, tandis que je connais surtout Déodat de Séverac à cause du boulevard toulousain qui porte son nom. Si tu as des suggestions, il faudra que je m'y intéresse.

Pour l'heure, je poursuivrai mon escapade franco-belge avec un compositeur aussi peu connu que ceux-là, Henri Vieuxtemps, qui fut approximativement contemporain de Lalo. Il était violoniste prodige et est surtout reconnu pour les pièces qu'il a consacrées à son instrument. Comme je ne vise pas l'exhaustivité (mon budget et la place disponible pour les disques sont tous deux limités), je n'ai pris qu'un seul CD, qui contient ses deux morceaux les plus célèbres, le Concerto pour violon et orchestre n° 4 en Ré mineur (Op. 31) et le Concerto pour violon et orchestre n° 5 en La mineur, dit « Grétry » (Op. 37). Ils sont interprétés ici par le génial Itzhak Perlman, accompagné par l'Orchestre de Paris que dirige Daniel Barenboim. Nous sont proposés en complément la Rhapsodie de concert Tzigane de Ravel et la Havanaise (Op. 83) de Saint-Saëns, avec le même soliste et le même orchestre, mais dirigé cette fois par Jean Martinon.

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Le Concerto n° 4 est renommé à juste titre, car c'est une pièce à la fois virtuose et poétique, qui mériterait d'être donnée plus souvent en concert. Le Concerto n° 5 est de la même eau, si ce n'est qu'il donne un rôle plus important à l'orchestre, notamment dans le premier mouvement. Les passages de violon en solo sont absolument remarquables. C'était là ma première écoute et ce morceau s'est tout de suite imposé à mes oreilles comme un des chefs d'œuvres du genre. Avec Tzigane, on aborde un morceau bien plus tardif, mais qui s'inspire des mélodies traditionnelles du répertoire tzigane. Cette œuvre d'une dizaine de minutes comporte une première partie pour violon seul et une seconde où l'orchestre dialogue avec le violon. Sous la plume de Ravel, virtuosité et poésie se combinent à merveille et rarement mieux que dans ce morceau, je trouve. Quant à la Havanaise de Saint-Saëns, c'est un véritable tube, dont la mélodie tour à tour nostalgique et enlevée dévoile sans cesse de nouvelles couleurs. Bref, voilà un disque incontournable pour les amoureux du violon.

Revenons maintenant à Brahms, car j'ai suivi le conseil de Gawain et je ne le regrette pas. J'ai trouvé un sympathique double CD avec les deux concertos pour piano interprétés par Daniel Barenboim, accompagné par le New Philharmonia Orchestra (nom temporaire de l'Orchestre Philharmonia, déjà évoqué ici, entre 1964 et 1977, pour des raisons de droits), sous la direction de Sir John Barbirolli. Les compléments sont particulièrement intéressants, puisqu'il s'agit des Variations sur un thème de Haydn (Op. 56a), de l'Ouverture tragique (Op. 81) et de l'Ouverture d'un festival académique, qui sont toutes trois jouées par l'Orchestre philharmonique de Vienne, à nouveau sous la baguette de Barbirolli.

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J'apprécie particulièrement ces deux ouvertures, dont je n'avais jusqu'à présent aucun enregistrement. La première porte particulièrement bien son nom, tandis que la seconde possède un caractère joyeusement roboratif qui traduit à merveille les circonstances pour lesquelles elle a été composée. Atout supplémentaire, l'interprétation de Barbirolli est ici dénuée de toute l'emphase un peu pompière de l'interprétation avec laquelle j'étais familier, aussi s'agit-il pour moi d'une redécouverte tout à fait agréable. Je trouve les Variations nettement moins intéressantes, même si elles restent sympathiques à écouter.

Cette réécoute ne me fait pas vraiment changer d'avis sur le premier concerto, même si j'ai trouvé les passages orchestraux plus intéressants que la première fois, sans doute parce que mes conditions d'écoute étaient meilleures. Sans surprise, l'interprétation de Barenboim est remarquable, particulièrement dans le dernier mouvement. Quant au deuxième concerto, je pense finalement en reconnaître aussi des passages. Je soupçonne que la masse orchestrale qui s'oppose au piano n'avait pas forcément dû me convaincre lorsque je l'avais entendu à la radio, mais au calme, avec une barre de son de bonne qualité, cela rend incontestablement mieux. Quant à Barenboim, il est tout simplement royal dans cette pièce, tour à tour majestueux, délicat, virtuose... Cela ne deviendra pas mon concerto favori, mais si l'occasion se présente d'aller l'entendre en concert, je pense que je me laisserai tenter.

E.
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