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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Hyarion Wrote:J'ai appris ces derniers jours, les disparitions du très grand pianiste italien Maurizio Pollini, décédé ce 23 mars à 82 ans, et du compositeur hongrois Péter Eötvös, décédé le lendemain à 80 ans.
[...]
Lambert Wilson est excellent en récitant, et ce n'était la première fois, ce soir-là, que je l'ai constaté... mais j'espère avoir l'occasion d'en reparler lorsque j'aurai enfin le temps de reparler aussi de Berlioz...

Eötvös, je connais très mal, mais Pollini, quel pianiste ! Pour moi, il représente Chopin avant tout, mais son répertoire était effectivement beaucoup plus large. Quant à Lambert Wilson, ne serait-il pas le récitant de Lélio dans l'enregistrement de Dutoit ? Il se pourrait que j'en parle bientôt moi aussi. Wink

Hyarion Wrote:Je comprends, étant moi-même dans une période pas du tout propice à d'éventuelles nouvelles acquisitions. Rappelons toutefois que beaucoup des enregistrements dont nous parlons peuvent au moins facilement découverts sur YouTube, même si je reste personnellement par ailleurs attaché au support CD. 

Je passe pas mal de chose en revue sur YouTube, c'est bien pratique lorsqu'on est au travail. Toutefois, côté qualité sonore, le CD est irremplaçable si l'on a un système HiFi décent (le mien n'est pas haut de gamme, mais largement suffisant pour que la différence soit audible... et que les éventuels défauts de la prise de son deviennent repérables).

Pour l'heure, place à un compositeur qui s'est agenouillé devant Berlioz (à l'issue de la première représentation de la Symphonie fantastique, dirigée par le compositeur lui-même) : Paganini. Je dois dire que je nourris un amour particulier pour le violon et que Paganini est à cet instrument ce que Liszt est au piano ; le second a d'ailleurs travaillé d'arrache-pied à améliorer sa technique de jeu après avoir vu le premier en concert. Toutefois, je n'avais de Paganini que ses célébrissimes 24 Caprices (Op. 1) interprétés par Itzhak Perlman, car je n'avais pas encore entamé de démarche raisonnée destinée à compléter ma collection. J'ai donc opté pour la solution la plus évidente, une intégrale des pièces de Paganini enregistrés par le grand violoniste Salvatore Accardo pour Deutsche Grammophon en 6 CD (on ne dira sans doute jamais assez de bien de la "Collectors Edition" de DG). Il y a là la totalité des Concertos pour violon et orchestre, y compris le sixième (chronologiquement le premier, mais dont une partition n'a été retrouvée qu'en 1972), ainsi que les Sonates pour violon et orchestre accompagnés par l'Orchestre philharmonique de Londres, dirigé par Charles Dutoit. On y trouve aussi les 24 Caprices, bien sûr. L'interprétation est exceptionnelle de bout en bout.

[Image: 71CmwCjOSuL._SL1400_.jpg]

Que vous en dirais-je ? Le Concerto n° 1 (Op. 6, en Ré majeur) : très bon, mais plus axé sur le jeu du violon que sur l'orchestre, réduit à un simple rôle d'accompagnateur. Le Concerto n° 2 « La campanella » (Op. 7, en Si mineur) : même concept, mais mené avec un talent remarquable, mêlant autant de poésie que de virtuosité au violon. Le Concerto n° 3 (en Mi majeur) : encore meilleur, avec une orchestration plus riche et plus variée ; on atteint là le stade du chef d'œuvre. Le Concerto n° 4 (en Ré mineur) : un monument de l'histoire du violon, pas moins ; sans doute le seul concerto dédié à cet instrument que je mettrais peut-être au-dessus du Concerto n° 2 de Mendelssohn. Le Concerto n° 5 (en La mineur) : seule la partie pour violon a été complétée par Paganini, l'orchestration a été posthumément réalisée par Giusto Dacci et Federico Mompellio ; on sent que le style diffère ; un cran au-dessous de son prédécesseur, mais à écouter absolument quand même. Je ne connaissais pas le Concerto n° 6. Il est de facture plus classique et moins axé sur les prodiges de virtuosité, ce qui explique certainement pourquoi Paganini l'a renié plus tard. Cela reste toutefois une œuvre attachante, qui mérite amplement le détour.

Les Sonates avec orchestre semblent avoir pour seul but de mettre en valeur la virtuosité extraordinaire de Paganini au violon. Se détachent toutefois les sonates La primavera, en La majeur, et la Maestosa sonata sentimentale, pleines de contrastes et de couleurs, qui sont tout à fait mémorables. L'Introduction et Variations sur « Di tanti palpiti » dans « Tancredi » de Gioacchino Rossini, connue sous le titre I palpiti (Op. 13) vaut d'abord pour l'incroyable série d'acrobaties techniques conçues par Paganini, ici exécutées à la perfection par Accardo. Enfin la courte pièce Perpetuela, aussi nommée Sonata movimento perpetuo a ceci d'extraordinaire que l'orchestre joue la mélodie, tandis que le violon assure l'accompagnement orchestral à lui seul, sur un rythme proprement effréné : en 1832, Paganini en joua les 2 242 notes en 3 minutes et 3 secondes ; Accardo met 9 secondes de plus...

Pour conclure avec les 24 Caprices, je dirais qu'ils sont au violon ce que les Études d'exécution transcendante sont pour le piano, à moins bien sûr que ce soit l'inverse. Ils ne se prêtent donc guère à une écoute en fond sonore. Parmi ceux-ci, je préfère les n° 2 Moderato en Si mineur, 5 Agitato en La mineur, 9 Allegretto en Mi majeur, 10 Vivace en Sol mineur, 15 Posato en Mi mineur, 16 Presto en Sol mineur, 19 Lento -- Allegro assai en Mi bémol majeur et 24, courte suite de variations en La mineur pour violon seul. Le deuxième caprice parvient à faire croire à l'auditeur qu'il écoute un duo de violons, ce qui est assez bluffant. Les autres combinent idéalement difficultés techniques et beauté sonore.

E.
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