30-03-2024, 22:18
Puisqu'il m'a été demandé que je sursoie à parler de Berlioz, profitons en pour quelques remerciements. Il faut assurément se réjouir que les interprètes et musicologues modernes se penchent désormais sur le répertoire injustement oublié de la seconde moitié du XIXe et de la première moitié du XXe, période de foisonnement absolument extraordinaire de la musique classique. Malheureusement, le nombre encore restreint d'enregistrements et leur date récente fait que se les procurer est bien plus onéreux que pour le répertoire reconnu depuis longtemps. Je n'ai donc pour l'heure suivi qu'une seule des suggestions de Hyarion en matière de compositrices, en la personne de la pianiste virtuose Marie Jaëll, car j'étais intrigué par ses Pièces pour piano intitulées Ce qu'on entend dans l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis et sous-titrées « D'après une lecture de Dante », publiées en 1897.
Il s'agit de morceaux pour piano dont beaucoup sont d'une extrême difficulté, ce qui n'empêche pas qu'ils soient aussi d'une grande poésie, à l'instar des bien nommées « Voix célestes » et « Contemplation » (au Paradis, évidemment). J'ai par contre été surpris par l'extrême modernité de l'ensemble, qui donne l'impression d'avoir été composé par un Liszt qui aurait entreprit d'inaugurer le style minimaliste 70 ans avant son apparition officielle. La pièce « Appel » (dans l'Enfer) se fonde ainsi sur un ostinato rythmique inlassablement répété, tandis que « Remords » (au Purgatoire, bien sûr) semble anticiper Scriabine. Peu surprenant que Jaëll n'ait pas fait école et qu'elle ait même rencontré l'incompréhension d'une partie des compositeurs qui lui étaient contemporains. Reste que ce cycle devrait être considéré comme un monument de l'histoire pianistique, pas moins. Merci donc de m'avoir incité à découvrir cette compositrice, qui se trouve être la première à rejoindre ma collection (je connaissais bon nombre d'excellentes interprètes, mais il faut bien admettre que les compositrices sont globalement négligées dans l'histoire de la musique classique).
Continuons avec un autre compositeur français négligé, Emmanuel Chabrier (1841-1894). Je ne dirais pas « ignoré », car sa courte Rapsodie pour orchestre España est un véritable tube reconnaissable entre tous, que tout amateur de musique classique a dû entendre au moins une fois. Chabrier a malheureusement assez peu composé, car il n'était nullement un professionnel de la musique, mais un fonctionnaire du Ministère de l'Intérieur. J'ai donc facilement trouvé deux CD qui permettent d'avoir un panorama de l'essentiel de son œuvre, à l'exception des opéras.
![[Image: NS0zMDg2LmpwZWc.jpeg]](https://i.discogs.com/NP3RPT-pKWuofM47o0UMhpQmuVE4s6HKbX002damRmU/rs:fit/g:sm/q:90/h:531/w:600/czM6Ly9kaXNjb2dz/LWRhdGFiYXNlLWlt/YWdlcy9SLTIyNjcy/ODQtMTU0OTcwODY3/NS0zMDg2LmpwZWc.jpeg)
En premier lieu, les Œuvres pour piano, interprétées par Alain Planès (dans la collection « Musique d'abord » chez Harmonia Mundi), qui comprennent le petit chef d'œuvre Dix pièces pittoresques, la Bourrée fantasque, l'Impromptu en Ut majeur, la version pour piano de sa Habanera et quatre des Cinq pièces posthumes, ensemble complété par le court morceau de Maurice Ravel, A la manière de... Chabrier. Toutes valent amplement l'écoute, mais ce sont les Dix pièces pittoresques qui ont attiré les louanges de Franck et ont fait connaître Chabrier, à juste titre. Elles oscillent en effet entre pyrotechnie pianistique et cheminement poétique où chaque note est pesée et essentielle. Je pourrais toutes les citer, mais si je n'en retenais qu'une, ce serait la quatrième, « Sous-bois ».
![[Image: 71ofcRq4QbL._SL1200_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71ofcRq4QbL._SL1200_.jpg)
Du côté de la musique symphonique, un disque de l'Orchestre philharmonique de Vienne, dirigé par John Eliot Gardiner propose la Suite pastorale, orchestration de quatre des Dix pièces pittoresques, la version orchestrale de la Habanera, la fameuse España, un intéressant Larghetto pour cor et orchestre, l'Ouverture de son opéra Gwendoline, le très beau Prélude pastoral, une Marche française malheureusement trop pompeuse et la « Fête polonaise », véritable bacchanale extraite de son opéra Le Roi malgré lui, qui prend pour sujet Henri III. A part la Rapsodie susmentionnée, c'est incontestablement la Suite pastorale qui constitue l'intérêt premier de cet enregistrement. A la beauté des mélodies vient s'ajouter une science des couleurs orchestrales d'une grande subtilité, à tel point qu'on se serait cru par endroits dans un des grands ballets de Tchaïkovski. Encore une belle découverte de ma part.
E.
Il s'agit de morceaux pour piano dont beaucoup sont d'une extrême difficulté, ce qui n'empêche pas qu'ils soient aussi d'une grande poésie, à l'instar des bien nommées « Voix célestes » et « Contemplation » (au Paradis, évidemment). J'ai par contre été surpris par l'extrême modernité de l'ensemble, qui donne l'impression d'avoir été composé par un Liszt qui aurait entreprit d'inaugurer le style minimaliste 70 ans avant son apparition officielle. La pièce « Appel » (dans l'Enfer) se fonde ainsi sur un ostinato rythmique inlassablement répété, tandis que « Remords » (au Purgatoire, bien sûr) semble anticiper Scriabine. Peu surprenant que Jaëll n'ait pas fait école et qu'elle ait même rencontré l'incompréhension d'une partie des compositeurs qui lui étaient contemporains. Reste que ce cycle devrait être considéré comme un monument de l'histoire pianistique, pas moins. Merci donc de m'avoir incité à découvrir cette compositrice, qui se trouve être la première à rejoindre ma collection (je connaissais bon nombre d'excellentes interprètes, mais il faut bien admettre que les compositrices sont globalement négligées dans l'histoire de la musique classique).
Continuons avec un autre compositeur français négligé, Emmanuel Chabrier (1841-1894). Je ne dirais pas « ignoré », car sa courte Rapsodie pour orchestre España est un véritable tube reconnaissable entre tous, que tout amateur de musique classique a dû entendre au moins une fois. Chabrier a malheureusement assez peu composé, car il n'était nullement un professionnel de la musique, mais un fonctionnaire du Ministère de l'Intérieur. J'ai donc facilement trouvé deux CD qui permettent d'avoir un panorama de l'essentiel de son œuvre, à l'exception des opéras.
![[Image: NS0zMDg2LmpwZWc.jpeg]](https://i.discogs.com/NP3RPT-pKWuofM47o0UMhpQmuVE4s6HKbX002damRmU/rs:fit/g:sm/q:90/h:531/w:600/czM6Ly9kaXNjb2dz/LWRhdGFiYXNlLWlt/YWdlcy9SLTIyNjcy/ODQtMTU0OTcwODY3/NS0zMDg2LmpwZWc.jpeg)
En premier lieu, les Œuvres pour piano, interprétées par Alain Planès (dans la collection « Musique d'abord » chez Harmonia Mundi), qui comprennent le petit chef d'œuvre Dix pièces pittoresques, la Bourrée fantasque, l'Impromptu en Ut majeur, la version pour piano de sa Habanera et quatre des Cinq pièces posthumes, ensemble complété par le court morceau de Maurice Ravel, A la manière de... Chabrier. Toutes valent amplement l'écoute, mais ce sont les Dix pièces pittoresques qui ont attiré les louanges de Franck et ont fait connaître Chabrier, à juste titre. Elles oscillent en effet entre pyrotechnie pianistique et cheminement poétique où chaque note est pesée et essentielle. Je pourrais toutes les citer, mais si je n'en retenais qu'une, ce serait la quatrième, « Sous-bois ».
![[Image: 71ofcRq4QbL._SL1200_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71ofcRq4QbL._SL1200_.jpg)
Du côté de la musique symphonique, un disque de l'Orchestre philharmonique de Vienne, dirigé par John Eliot Gardiner propose la Suite pastorale, orchestration de quatre des Dix pièces pittoresques, la version orchestrale de la Habanera, la fameuse España, un intéressant Larghetto pour cor et orchestre, l'Ouverture de son opéra Gwendoline, le très beau Prélude pastoral, une Marche française malheureusement trop pompeuse et la « Fête polonaise », véritable bacchanale extraite de son opéra Le Roi malgré lui, qui prend pour sujet Henri III. A part la Rapsodie susmentionnée, c'est incontestablement la Suite pastorale qui constitue l'intérêt premier de cet enregistrement. A la beauté des mélodies vient s'ajouter une science des couleurs orchestrales d'une grande subtilité, à tel point qu'on se serait cru par endroits dans un des grands ballets de Tchaïkovski. Encore une belle découverte de ma part.
E.

