Hyarion Wrote:Elendil Wrote:Voilà que je cherche à faire plaisir en évitant de parler trop tôt de Berlioz, et que se passe-t-il ? Je me fais couper l'herbe sous le pied avec Chausson, que je comptais précisément évoquer après Chabrier.
Ce n'était nullement volontaire ! ^^'
Mais aussi bien, je constate un certain caractère complémentaire dans nos interventions respectives. ;-)
Force est en effet de l'admettre.

Du coup, puisque tu as fini par évoquer Liszt, je me sens libre d'en toucher quelques mots aussi.
J'avoue ne pas être particulièrement amateur des morceaux les plus virtuoses de ce compositeur, qui me semblent surtout faits pour impressionner la galerie. Je n'ai donc pas particulièrement cherché à les collectionner, ce qui ne m'empêche pas d'en avoir une belle sélection tout de même, notamment au travers de mes coffrets consacrés à certains grands pianistes du XXe siècle, comme Sviatoslav Richter ou Georges Cziffra. Toutefois, s'il y a bien une œuvre que j'apprécie chez Liszt, ce sont précisément les trois volumes des Années de pèlerinage. Or il s'avère que je n'en avais pas d'enregistrement. C'est chose faite avec un petit coffret de 3 CD par Lazar Berman (encore et toujours chez DG... cela dit je comprends mieux quand je regarde les petits caractères : DG appartient désormais à Universal Music).![[Image: 71g2RUu454L._SL1412_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71g2RUu454L._SL1412_.jpg)
Je ne connaissais pas Berman, mais je me suis laissé séduire par les nombreux commentaires laudatifs. Je ne le regrette pas : il excelle dans les pièces les plus animées, mais il possède surtout une délicatesse de touche extraordinaire pour les plus méditatives. Splendide contraste entre « Au bord d'une source » et « Orage » (1re année : Suisse), merveilleux kaléidoscope dans « Après une lecture du Dante » (2e année : Italie), prémisses de l'impressionnisme dans « Les Jeux d'eaux à la Villa d'Este » (3e année).
Par ailleurs, j'avais certes un enregistrement de son premier Concerto pour piano et orchestre en mi bémol majeur, mais je n'en avais pas du deuxième, en la majeur, et cela manquait, tant ce sont des pièces majeures du répertoire, même si le premier est incontestablement plus célèbre que le second. Omission réparée très récemment, avec l'acquisition d'un CD de London Digital (division de Decca, donc de PolyGram, donc d'Universal Music), où ils côtoient la Fantaisie hongroise et la Totentanz, le tout étant joué par Jean-Yves Thibaudet, accompagné par l'Orchestre symphonique de Montréal et son inoxydable chef Charles Dutoit (qui va finir par dépasser Karajan dans ma discothèque, si cela continue). Thibaudet se montre parfaitement à son aise pour déjouer les nombreux pièges que Liszt avait tendu à l'intention des pianistes dans ces pages.
![[Image: MTMtOTExMS5qcGVn.jpeg]](https://i.discogs.com/CktocOPvK7kxpWPOmyr0kXBYjz_lAU7y5-M2nuqB-YE/rs:fit/g:sm/q:90/h:571/w:600/czM6Ly9kaXNjb2dz/LWRhdGFiYXNlLWlt/YWdlcy9SLTE5MjU0/Njk0LTE2MjQ1MDY4/MTMtOTExMS5qcGVn.jpeg)
La Fantaisie hongroise est un morceau très intéressant, dans le style virtuose, mais qui pâlit lorsque le Concerto n° 1 lui succède, avec sa débauche d'acrobaties pianistique, son orchestration brillante et l'originalité du thème qui la parcourt de bout en bout, lui donnant une forme anti-conventionnelle, mais d'une exceptionnelle force mélodique. Le Concerto n° 2 fait quant à lui alterner passages rêveurs et conflits rageurs entre le piano et l'orchestre. Ce n'est pas un morceau dont on saisit toute la profondeur à la première écoute, mais plus je lui consacre mon attention, plus je l'apprécie. Ce CD se conclut sur une note plus sombre avec la Totentanz, inspirée par la fresque Le Triomphe de la mort, attribuée à Orcagna et hélas terriblement endommagée par les combats qui ravagèrent l'Italie centrale en 1944 (par contre, je laisse à Silmo, dont je salue le retour, le soin de parler de la question picturale, il le fera infiniment mieux que je ne le pourrais). Cette Totentanz consiste en une suite de variations sur le Dies Irae, où la poésie la plus noire se conjugue avec les difficultés techniques pour donner forme à l'une des pièces pour piano les plus mémorables qui soient.
Cela dit, Liszt n'est assurément pas le compositeur classique que je connaisse le mieux. J'ai bien une gravure des Préludes par Erich Kleiber et une de la Wanderer-Fantasie (Op. 15) par Henry Wood, mais le fait qu'il s'agisse d'enregistrements historiques datant tous deux de 1936, avec tous les limites techniques afférentes, ne m'a sans doute pas aidé à les apprécier à leur juste valeur. Il faudrait que je regarde cela de plus près à l'occasion. J'avoue que les commentaires assez récurrents sur les limites du talent d'orchestrateur de Liszt m'ont conduit à négliger ces pièces (peut-être à tort) comme étant d'intérêt secondaire.
E.
P.S. : Si j'avais un souhait relatif à la mise en forme, ce serait d'avoir un bouton qui permette d'écrire en exposant. Ce serait plus élégant pour les abréviations.

Edit : Quelques reformulations et corrections de coquilles.

