Merci à toi, Hyarion, pour ces compléments sur Liszt. Du côté de Cziffra, je dispose surtout d'un intéressant coffret EMI intitulé Les Rendez-vous de Senlis (1980-1986), regroupant les dernières années d'enregistrement de Cziffra, effectués à la Chapelle Saint-Frambourg de Senlis, qu'il avait achetée et restaurée et qui est devenue depuis le siège de la Fondation Cziffra. Il s'agit d'enregistrements pour piano seul qui couvrent un répertoire vaste et parfois inattendu, de Couperin à Saint-Saëns. Liszt représente une partie significative des quatre CD, avec la Polonaise n° 2, l'Etude d'exécution transcendante n° 10, plusieurs valses, les « Jeux d'eaux à la Villa d'Este » et quelques autres pièces, comme « Saint François de Paule marchant sur les flots » (tiré de Deux légendes).
![[Image: 51mE7JROCzL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51mE7JROCzL.jpg)
Puisque je dois encore réfréner mes envies de parler de Berlioz, je vous invite à passer temporairement de l'autre côté des Pyrénées, car si je connais raisonnablement bien la musique française d'inspiration espagnole, celle de Lalo, de Bizet ou de Ravel (liste non exhaustive), j'avoue que j'ai longtemps été assez ignorant de la musique proprement espagnole. Toutefois, ayant eu la chance d'en écouter une jolie sélection à la radio à l'époque où je me rendais régulièrement en Espagne pour le travail, je me suis au moins familiarisé avec les principaux compositeurs ibériques, à commencer par Isaac Albéniz (1860-1909) et Enrique Granados (1867-1916). Deux de leurs œuvres les plus fameuses figurent dans un double CD de Decca : les suites pour piano seul Ibéria (pour Albéniz) et Goyescas (pour Granados), toutes deux interprétées par la grande pianiste espagnole Alicia de Larrocha.
![[Image: 71kjXPI1gHL._SL1200_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71kjXPI1gHL._SL1200_.jpg)
A l'exception du neuvième mouvement, qui fait allusion à un faubourg de Madrid, tous les morceaux qui composent Ibéria se réfèrent à l'Andalousie, bien qu'ils soient de styles très différents les uns des autres. Ma prédilection va au troisième, « El Corpus Christi en Sevilla », belle évocation d'une procession religieuse à travers la ville, au cinquième « Almería », qui fait évidemment allusion à la ville éponyme, et au septième « El Albaicín », qui s'inspire du quartier gitan de Grenade, sur une colline faisant face à l'Alhambra. J'apprécie également la pièce indépendante Navarra, qui devait initialement faire partie de la suite Ibéria, mais qu'Albéniz choisit de remplacer par le mouvement intitulé « Jerez ». Albéniz étant décédé avant d'avoir achevé les dernières mesures de Navarra, c'est un de ses amis qui les compléta, un certain... Déodat de Séverac (incidemment, si les vingt-six mesures écrites par Séverac sont globalement aussi réussies que le reste, je trouve les deux accords conclusifs assez décevants : Albéniz parvient presque toujours à conclure ses morceaux avec autant de poésie que de subtilité).
Les Goyescas font évidemment référence au peintre Goya, dont Granados était apparemment grand admirateur. Elles se divisent en deux parties sous-titrées de manière identique Los majos enamorados « Les jeunes gens amoureux ». Difficile d'exprimer une préférence parmi ces morceaux qui sont tous des réussites. Le plus fameux d'entre eux, Quejas, o la maja y el ruiseñor « Complainte, ou la jeune fille et le rossignol » est à écouter absolument. Toutefois, j'éprouve un certain penchant pour les deux pièces de la seconde partie, plus noires et dramatiques que celles qui précèdent : El Amor Y La Muerte (Balada) « Ballade de l'amour et de la mort » et Epilogo: Serenata del espectro « Epilogue : sérénade du spectre ».
La chance veut qu'il existe un second double CD d'Alicia de Larrocha (toujours chez Decca, collection Musica española) qui contient les autres œuvres pour piano les plus célèbres d'Albéniz et Granados : pour le premier, la Suite española et les Cantos de España, et pour le second, les 12 Danzas españolas et El Pelele, auxquels a été joint l'Allegro de concierto.
![[Image: 81b3wTSNMAL._SL1500_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/81b3wTSNMAL._SL1500_.jpg)
Niché dans la Suite española se trouve un véritable tube, qu'on entend fréquemment seul : le mouvement n° 5 « Asturias (Leyenda) ». Toutefois, tous les mouvements de cette suite valent l'écoute. Outre le n° 5, j'apprécie particulièrement les n° 1 « Granada (Serenata) » et n° 2 « Cataluña (Corranda) ». Notez au passage que cette suite est aujourd'hui plus connue par le biais des nombreuses transcriptions pour guitare dont elle a fait l'objet, mais qu'elle est bien destinée au piano à l'origine, Albéniz n'ayant en fait jamais composé de pièce pour guitare. Les Cantos de España se composent normalement de cinq mouvements, mais les numéros 1 et 5 sont identiques aux mouvements 5 et 8 de la Suite española. Restent donc trois mouvements originaux, que je ne connaissais pas jusqu'alors, mais qui méritent eux aussi qu'on s'y intéressent, particulièrement les n° 2 « Oriental » et n° 4 « Córdoba ».
Du côté de Granados, les 12 Danzas españolas sont d'intéressantes alternatives pour qui apprécie les nombreuses danses pour piano du répertoire romantique, polonaises, valses, etc. Quant à l'Allegro de concierto, il s'agit d'un beau morceau, mais que je ne compterais pas forcément au rang des chefs d'œuvre. Par contre, El Pelele est d'une virtuosité redoutable, très différente de celle qu'on peut trouver chez Chopin ou Liszt, ce qui en fait une pièce tout à fait intéressante. Il s'agit du dernier morceau pour piano composé par Granados, un an environ avant sa mort lors du torpillage du ferry Sussex par un sous-marin allemand, qui s'inspire là encore d'un tableau peint par Goya, El Pelele « Le pantin » (représenté sur la pochette du disque). Il est d'ailleurs souvent interprété comme le septième morceau des Goyescas, bien qu'il ait été indépendamment composé.
E.
![[Image: 51mE7JROCzL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51mE7JROCzL.jpg)
Puisque je dois encore réfréner mes envies de parler de Berlioz, je vous invite à passer temporairement de l'autre côté des Pyrénées, car si je connais raisonnablement bien la musique française d'inspiration espagnole, celle de Lalo, de Bizet ou de Ravel (liste non exhaustive), j'avoue que j'ai longtemps été assez ignorant de la musique proprement espagnole. Toutefois, ayant eu la chance d'en écouter une jolie sélection à la radio à l'époque où je me rendais régulièrement en Espagne pour le travail, je me suis au moins familiarisé avec les principaux compositeurs ibériques, à commencer par Isaac Albéniz (1860-1909) et Enrique Granados (1867-1916). Deux de leurs œuvres les plus fameuses figurent dans un double CD de Decca : les suites pour piano seul Ibéria (pour Albéniz) et Goyescas (pour Granados), toutes deux interprétées par la grande pianiste espagnole Alicia de Larrocha.
![[Image: 71kjXPI1gHL._SL1200_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71kjXPI1gHL._SL1200_.jpg)
A l'exception du neuvième mouvement, qui fait allusion à un faubourg de Madrid, tous les morceaux qui composent Ibéria se réfèrent à l'Andalousie, bien qu'ils soient de styles très différents les uns des autres. Ma prédilection va au troisième, « El Corpus Christi en Sevilla », belle évocation d'une procession religieuse à travers la ville, au cinquième « Almería », qui fait évidemment allusion à la ville éponyme, et au septième « El Albaicín », qui s'inspire du quartier gitan de Grenade, sur une colline faisant face à l'Alhambra. J'apprécie également la pièce indépendante Navarra, qui devait initialement faire partie de la suite Ibéria, mais qu'Albéniz choisit de remplacer par le mouvement intitulé « Jerez ». Albéniz étant décédé avant d'avoir achevé les dernières mesures de Navarra, c'est un de ses amis qui les compléta, un certain... Déodat de Séverac (incidemment, si les vingt-six mesures écrites par Séverac sont globalement aussi réussies que le reste, je trouve les deux accords conclusifs assez décevants : Albéniz parvient presque toujours à conclure ses morceaux avec autant de poésie que de subtilité).
Les Goyescas font évidemment référence au peintre Goya, dont Granados était apparemment grand admirateur. Elles se divisent en deux parties sous-titrées de manière identique Los majos enamorados « Les jeunes gens amoureux ». Difficile d'exprimer une préférence parmi ces morceaux qui sont tous des réussites. Le plus fameux d'entre eux, Quejas, o la maja y el ruiseñor « Complainte, ou la jeune fille et le rossignol » est à écouter absolument. Toutefois, j'éprouve un certain penchant pour les deux pièces de la seconde partie, plus noires et dramatiques que celles qui précèdent : El Amor Y La Muerte (Balada) « Ballade de l'amour et de la mort » et Epilogo: Serenata del espectro « Epilogue : sérénade du spectre ».
La chance veut qu'il existe un second double CD d'Alicia de Larrocha (toujours chez Decca, collection Musica española) qui contient les autres œuvres pour piano les plus célèbres d'Albéniz et Granados : pour le premier, la Suite española et les Cantos de España, et pour le second, les 12 Danzas españolas et El Pelele, auxquels a été joint l'Allegro de concierto.
![[Image: 81b3wTSNMAL._SL1500_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/81b3wTSNMAL._SL1500_.jpg)
Niché dans la Suite española se trouve un véritable tube, qu'on entend fréquemment seul : le mouvement n° 5 « Asturias (Leyenda) ». Toutefois, tous les mouvements de cette suite valent l'écoute. Outre le n° 5, j'apprécie particulièrement les n° 1 « Granada (Serenata) » et n° 2 « Cataluña (Corranda) ». Notez au passage que cette suite est aujourd'hui plus connue par le biais des nombreuses transcriptions pour guitare dont elle a fait l'objet, mais qu'elle est bien destinée au piano à l'origine, Albéniz n'ayant en fait jamais composé de pièce pour guitare. Les Cantos de España se composent normalement de cinq mouvements, mais les numéros 1 et 5 sont identiques aux mouvements 5 et 8 de la Suite española. Restent donc trois mouvements originaux, que je ne connaissais pas jusqu'alors, mais qui méritent eux aussi qu'on s'y intéressent, particulièrement les n° 2 « Oriental » et n° 4 « Córdoba ».
Du côté de Granados, les 12 Danzas españolas sont d'intéressantes alternatives pour qui apprécie les nombreuses danses pour piano du répertoire romantique, polonaises, valses, etc. Quant à l'Allegro de concierto, il s'agit d'un beau morceau, mais que je ne compterais pas forcément au rang des chefs d'œuvre. Par contre, El Pelele est d'une virtuosité redoutable, très différente de celle qu'on peut trouver chez Chopin ou Liszt, ce qui en fait une pièce tout à fait intéressante. Il s'agit du dernier morceau pour piano composé par Granados, un an environ avant sa mort lors du torpillage du ferry Sussex par un sous-marin allemand, qui s'inspire là encore d'un tableau peint par Goya, El Pelele « Le pantin » (représenté sur la pochette du disque). Il est d'ailleurs souvent interprété comme le septième morceau des Goyescas, bien qu'il ait été indépendamment composé.
E.

