![[Image: 1712445144_hector_berlioz_c1830_-_detail...-andre.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712445144_hector_berlioz_c1830_-_detail_portrait_par_j-g_goulinat_1919_d-apres_emile_signol_1832_-_la-cote-saint-andre.png)
Bon, comme dirait Louis Jouvet : [emphase]« C'est le moment, c'est l'instant ! »[/emphase]
Place à Hector Berlioz (1803-1869).
Les grands compositeurs et leurs œuvres ont commencé à faire partie de mes centres d'intérêts lorsque j'étais en âge d'être au collège, dans le courant des années 1990, sachant que je fréquentai à l'époque (déjà avant le collège) une école départementale de musique qui m'avait mis le pied à l'étrier en matière d'initiation sur le sujet, quoique je fus promptement amené à développer mes connaissances en autodidacte. Quand j'ai voulu, assez rapidement, trouver des compositeurs majeurs qui ne soient pas forcément d'expression allemande comme J.-S. Bach, Mozart et Beethoven, et qui soient français et francophones, Hector Berlioz s'était vite imposé comme une évidence : il reste aujourd'hui un de mes préférés, considéré à égalité avec notamment Mozart et Beethoven.
Berlioz est un des quelques compositeurs français, avec notamment Ravel et Debussy, à avoir acquis une véritable reconnaissance internationale, de telle manière que sa musique soit régulièrement jouée par des orchestres un peu partout dans le monde.
Mal reconnu dans son pays de son vivant, Berlioz connut le succès à l'étranger, en diffusant lui-même sa musique en Europe à travers des tournées de concerts comme chef d'orchestre, s'étant ainsi directement fait connaître en séjournant en Angleterre, particulièrement en Allemagne, et jusqu'en Russie. De ce fait notamment, et après avoir lui-même été profondément marqué dans sa jeunesse par la découverte des œuvres de Gluck, de Carl Maria von Weber et bien sûr de Beethoven, Berlioz fut clairement influent sur ses contemporains musiciens, sur son grand ami Franz Liszt (qui lui dédia sa <i>Faust-Symphonie</i>, comme Berlioz a dédié à Liszt sa <i>Damnation de Faust</i>), sur Richard Wagner (qui rencontra Berlioz plusieurs fois, même s'ils eurent toujours du mal à se comprendre, faisant mutuellement preuve à la fois d'admiration et de critique), sur les compositeurs russes tels que Mili Balakirev, César Cui et Nikolaï Rimski-Korsakov. Brahms lui-même, francophobe notoire (j'en avais succinctement parlé précédemment), mais qui dans sa jeunesse avait rencontré Berlioz, ne pouvait que reconnaître la valeur du travail de ce dernier et son caractère pionnier dans l'histoire de la musique « savante » (« classique ») de son siècle. Si la notoriété posthume de l'œuvre de Berlioz a mis du temps à se développer pleinement, elle est désormais acquise notamment grâce au travail de promotion internationale de ladite œuvre effectuée, via concerts et enregistrements, notamment depuis les années 1960, par plusieurs grands chefs d'orchestre, comme les Britanniques Colin Davis et John Eliot Gardiner, les Américains Leonard Bernstein et John Nelson, ou le Suisse Charles Dutoit, pour ne citer qu'eux, et sachant que d'autres chefs pionniers avaient ouvert la voie auparavant comme les Britanniques Adrian Boult et Thomas Beecham, ou le Français Charles Munch. La passion de Berlioz pour le théâtre de Shakespeare, explicite à travers plusieurs de ses compositions, aura vraisemblablement, entre autres causes, favorisé une bonne réception de son œuvre au Royaume-Uni et favorisé la notoriété de celle-ci au-delà du monde francophone.
De Berlioz, j'ai toujours aimé et j'aime surtout sa musique instrumentale, qui est principalement symphonique, mais il est aussi un compositeur majeur en matière de musique vocale, lyrique ou sacrée. J'apprécie aussi ses textes, car Berlioz ne fut pas seulement un compositeur génial : il était aussi un grand écrivain, même en ayant avant tout dédié sa vie à la musique. Je recommande la lecture de ses Mémoires, publiés de façon posthume en 1870 (à partir d'une édition à compte d'auteur dont Berlioz surveilla la réalisation en 1865). C'est un témoignage littéraire majeur du romantisme français, agréable à lire, et comme l'écrit Alban Ramaut en introduction de l'édition de l'ouvrage paru chez Symétrie, maison d'édition lyonnaise, en 2010 (rééditée en 2014) :
[citation=Alban Ramaut, in Hector Berlioz, <i>Mémoires : comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, en Russie et en Angleterre</i>, Lyon, Symétrie, 2e éd. 2014, Introduction, p. 18-19.]C'est parce que les Mémoires savent formuler une réponse à la fragilité humaine et à l'inspiration vibrante qu'ils demeurent, au-delà de leur ton aisé, un texte encore aujourd'hui captivant. [...] Le texte suscite l'attachement, car il parle de l'homme à l'homme avec une acuité déroutante de saillies et de chutes, jusqu'à se faire déjà l'impression d'un refrain ou d'un chant intérieur, d'une voix murmurante et de cadences, mais il reste le texte parlé et écrit d'un autre projet, la musique.[/citation]
![[Image: 1712445330_berlioz_memoires_couverture_e...e_2014.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712445330_berlioz_memoires_couverture_ed_symetrie_2014.jpg)
Dans ses Mémoires, composés de pages dont la rédaction s'est étalée sur plus de trente ans, on trouve Berlioz tel qu'il fut : un esprit cultivé, une âme très sensible, nostalgique d'une enfance associée à une nature pastorale apaisante, rêveuse d'aventures, un homme au tempérament énergique et passionné, un prosateur lettré ayant le sens de l'humour comme du rythme, un créateur capable de réunir des écrits d'une grande variété mais unis par une très forte personnalité, une des plus remarquables du XIXe siècle. Il arrive parfois que Berlioz passe sous silence tel ou tel épisode intime de sa vie, ne mentionne pas tel ou tel détail, ou commette une erreur de date, mais globalement ses Mémoires me paraissent respirer la sincérité et rester proches des faits tels qu'ils ont eu lieu, contrairement à ce que certains commentateurs ont pu dire en allant parfois jusqu'à le traiter de mythomane.
En parcourant, il y a quelques jours – lors d'un de ces « moments perdus » devenus ces temps-ci plutôt rares –, quelques chapitres de ces Mémoires de Berlioz, je suis (re)tombé sur un passage, au chapitre LIX (p. 575 et suivantes de mon édition, mais le texte est aussi accessible en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Mémoires_...Berlioz/59 ), où le compositeur évoque, en 1854, la mort de sa sœur aînée Anne-Marguerite, dite Nanci ou Nancy, et celle de sa première épouse, l'actrice irlandaise Henrietta Constance Smithson, dite Harriet ou Henriette Smithson, qui lui inspira sa Symphonie fantastique. Ses pages, écrites dans la douleur, ne sont pas sans rappeler nos débats actuels sur ce que l'on appelle la fin de vie et le droit à mourir dans la dignité. Berlioz exprime sans fard son scepticisme vis-à-vis de ce que l'on appelait alors et que l'on appelle encore parfois la volonté de Dieu : [emphase]« Quels non-sens que ces questions de fatalité, de divinité, de libre arbitre, etc. ! ! c'est l'absurde infini ; l'entendement humain y tournoie et ne peut que s’y perdre. / En tout cas, la plus horrible chose de ce monde, pour nous, êtres vivants et sensibles, c’est la souffrance inexorable, ce sont les douleurs sans compensation possible arrivées à ce degré d’intensité [...]. »[/emphase] (p. 576)
Son scepticisme en matière de religion n'a pas empêché Berlioz d'assumer pleinement sa culture chrétienne catholique en créant des œuvres parmi les plus importantes et les plus belles en matière de musique sacrée occidentale : je pense en particulier à son monumental Requiem (ou Grande Messe des morts), composé en 1837, et à son tout aussi impressionnant Te Deum, composé en 1848-1849, puis révisé en 1852 et 1855. [emphase]« La musique du Requiem est majoritairement solennelle et austère, voire ascétique. On y trouve peu d'échos des brillants coloris des ouvertures de Berlioz, peu de réminiscences de l'intimité de ses mélodies, mais une sévère écriture contrapuntique et un occasionnel parfum modal. C'est là l'œuvre non pas d'un croyant orthodoxe mais d'un visionnaire inspiré par les dramatiques implications de la mort et du jugement »[/emphase], ainsi que l'a écrit Hugh MacDonald (dans un texte figurant dans le livret du double album CD dont je donne les références ci-après). Le Requiem de Berlioz compte, à mes yeux, comme un des meilleurs du genre avec ceux de Mozart, Verdi, Fauré et Dvořák, parmi tous les Requiems du répertoire que j'ai pu écouter. Quant au Te Deum, que j'apprécie en particulier, il est majestueux à souhait sans pour autant nécessiter un effectif d'interprètes aussi important que le Requiem. C'est une œuvre singulière, à laquelle je ne pourrais guère comparer, à l'aune de mes modestes connaissances, que le Te Deum d'Anton Bruckner, composé une trentaine d'années plus tard et qui est nettement plus court. Berlioz fait usage de l'orgue comme un instrument dialoguant avec l'orchestre. Selon David Cairns (dans un texte figurant également dans le livret du même double album CD référencé infra), [emphase]« on sent à travers tout le Te Deum l'expression toujours présente mais indéfinissable d'un passé immense qui remonte au Moyen Âge et avant, d'un passé immense “aussi vieux que la fatigue de l'homme” et c'est cela même qui met le Te Deum dans la lignée de la tradition occidentale de la musique liturgique. »[/emphase] Ma version de référence des deux œuvres est celle enregistrée en 1969-1970 par le London Symphony Orchestra (LSO) et son chœur sous la direction de Colin Davis, et éditée en double album CD chez Philips en 2001 (il existe d'autres éditions en CD, distinctes, des deux œuvres).
- <b>Hector Berlioz (1803-1869), <i>Requiem</i> (<i>Grande Messe des Morts</i>), op. 5 (H.75)</b>, Wandsworth School Boys Choir, London Symphony Chorus, Orchestre symphonique de Londres (London Symphony Orchestra), dir. Sir Colin Davis :
- IV. « Rex tremendae » :
https://www.youtube.com/watch?v=cV5gmnYj75Q
- VIII. « Hostias » :
https://www.youtube.com/watch?v=-RSSjmgU6_Q[/*]
- <b>Hector Berlioz, <i>Te Deum</i>, op. 22 (H.118)</b>, Nicolas Kynaston (orgue), Wandsworth School Boys Choir, London Symphony Chorus, Orchestre symphonique de Londres (London Symphony Orchestra), dir. Sir Colin Davis :
- I. « Te Deum » :
https://www.youtube.com/watch?v=6h4VSmO5lJ8[/*]
Cependant, comme je l'ai écrit, j'ai toujours aimé et j'aime surtout la musique instrumentale de Berlioz, appréciant aussi que les voix humaine viennent s'y mêler dans le contexte de certaines œuvres. Il faut donc en venir, sans plus tarder, au chef d'œuvre incontournable de Berlioz, sa géniale Symphonie fantastique (Op. 14), qu'il a composée à l'âge de vingt-sept ans et seulement six ans après la 9e symphonie de Beethoven. Cette œuvre est divisée en cinq mouvements désignés par des titres, lesquels correspondent à autant de scènes descriptives, caractéristiques de ce que l'on appelle la musique à programme, un genre musical dont Berlioz s'illustre dans le registre symphonique, transcendant l'héritage beethovenien et ouvrant la voie au poème symphonique que développeront particulièrement son ami Franz Liszt, et plus tard notamment Nikolaï Rimski-Korsakov et Richard Strauss. Précisons que si, lors de création de la Fantastique, le 5 décembre 1830, le public dans la salle du Conservatoire de Paris trouve un texte écrit par Berlioz à son attention, détaillant la dimension narrative de l'œuvre et présenté comme [emphase]« indispensable à l'intelligence complète du plan dramatique de l'ouvrage »[/emphase], ce programme, qui a connu plusieurs versions (les deux principales datant de 1845 et 1855), sera le seul que le compositeur développera à ce point pour ses œuvres orchestrales, qu'il s'agisse de ses trois autres symphonies — dont Harold en Italie, symphonie avec alto principal que j'évoquerai plus loin — ou de ses sept ouvertures, les programmes de toutes ces œuvres apparaissant seulement dans leurs titres (ceux des mouvements, pour ce qui est des symphonies). Berlioz, qui à l'origine était très attaché à l'idée de ce programme détaillé, conviendra par la suite que les titres des mouvements peuvent être suffisants comme indications, [emphase]« la symphonie (l'auteur l’espère) pouvant offrir en soi un intérêt musical indépendant de toute intention dramatique »[/emphase]. Rappelons cependant, succinctement, le sujet de l'œuvre tel que présenté dans la version de 1855 du programme accompagnant l'écoute de la Symphonie fantastique : [emphase]« Un jeune musicien d'une sensibilité maladive et d'une imagination ardente, s'empoisonne avec de l'opium dans un accès de désespoir amoureux. La dose de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le plonge dans un lourd sommeil accompagné des plus étranges visions, pendant lequel ses sensations, ses sentiments, ses souvenirs se traduisent dans son cerveau malade en pensées et en images musicales. La femme aimée elle-même est devenue pour lui une mélodie et comme une idée fixe qu'il retrouve et qu'il entend partout. » [/emphase]
![[Image: 1712445236_henri_fantin-latour_-_symphon..._1888_.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712445236_henri_fantin-latour_-_symphonie_fantastique_un_bal_-_lithographie_pour_hector_berlioz_sa_vie_et_ses_oeuvres_1888_.jpg)
[small]Henri Fantin-Latour (1836-1904).
« <i>Symphonie Fantastique.</i> Un Bal », lithographie.
Illustration originale hors texte (n°3) pour <i>Hector Berlioz : sa vie et ses œuvres</i> d'Adolphe Jullien (Paris, 1888).[/small]
Dès le soir de la création de la Fantastique à Paris, Franz Liszt, qui assistait au concert, manifesta auprès de Berlioz, selon les mots de ce dernier, [emphase]« tout ce que l'enthousiasme a de plus énergique »[/emphase]. Ce fut le début entre eux deux d'une de ces grandes amitiés entre artistes comme en compte le XIXe siècle. Plus tard, Claude Debussy, qui fut loin d'être un fervent berliozien, écrivit en novembre 1912, après un concert de l'Orchestre Colonne où l'œuvre avait été jouée : [emphase]« la Symphonie fantastique de Berlioz est toujours ce fiévreux chef d'œuvre d'ardeur romantique, où l'on s'étonne que la musique puisse traduire des situations aussi excessives sans s'essouffler. C'est d'ailleurs émouvant comme une lutte d'éléments »[/emphase].
Si j'en crois les billets d'entrée que j'ai pu garder dans mes archives au fil des ans et que j'ai pu retrouver ces temps-ci en faisant des cartons, la Symphonie fantastique de Berlioz est sans doute une des grandes œuvres du répertoire de la musique dite classique que j'ai eu le plus l'occasion d'écouter en concert. La première fois, c'était il y a vingt ans, le 30 mars 2004 à l'Amphithéâtre de Rodez, avec l'Orchestre National du Capitole de Toulouse (ONCT) encore dirigé alors par Michel Plasson (démissionnaire de la direction de l'orchestre en 2003 après 35 ans de service à ce poste, il dirigeait toutefois encore alors quelques concerts en région, en dehors de Toulouse, en attendant un successeur définitif), et avec la Symphonie n°1 en ut majeur de Bizet en première partie du concert (Plasson ayant toujours eu à cœur de promouvoir les compositeurs français). La deuxième fois, ce fut le 16 mars 2006, à la Halle aux Grains à Toulouse, avec cette fois, l'ONCT dirigé par Tugan Sokhiev, qui avait été nommé l'année précédente pour succéder à Plasson, et avec en première partie le Concerto pour violon et orchestre n°2 (Op. 64) de Mendelssohn (avec Renaud Capuçon en soliste). La troisième fois, ce fut plus récemment, le 4 décembre 2021, lors d'un concert 100 % Berlioz (appelé « Révolution Berlioz »), toujours à la Halle aux Grains, toujours avec l'ONCT dirigé par Sokhiev, mais avec la particularité que la Symphonie fantastique fut jouée cette fois-là avec sa suite, ce qui se fait rarement : j'y reviendrai plus loin.
En matière de discographie, Christian Wasselin notait il y a plus de trente ans – dans son excellent ouvrage Hector Berlioz : les deux ailes de l'âme (Gallimard, 1989) –, que la Symphonie fantastique avait alors déjà été enregistrée plus de cent fois depuis l'invention du disque. Je ne saurai dire à combien d'enregistrements nous en sommes désormais. Difficile de choisir en tout cas, à cette aune, une version en particulier (j'en ai plusieurs dans ma collection), mais s'il me faut désigner un enregistrement de référence, ce sera la version de Charles Munch dirigeant l'Orchestre symphonique de Boston en novembre 1954, rééditée en SACD sous le label RCA Red Seal (chez Sony Music) en 2006 (et en CD en 2012) avec un extrait de la symphonie dramatique Roméo et Juliette, Op. 17 (Scène d'amour), enregistré en avril 1961. J'aime l'ensemble de la Symphonie fantastique et sa merveilleuse orchestration, avec toutefois une préférence particulière pour le premier mouvement « Rêveries, Passions » et surtout pour le deuxième, « Un bal ».
![[Image: 1712445378_sacd_sony_rca_red_seal_berlio...7899-2.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712445378_sacd_sony_rca_red_seal_berlioz_symphonie_fantastique_munch_boston_symphony_82876-67899-2.jpg)
- <b>Hector Berlioz, <i>Symphonie fantastique</i>, Op. 14, H.48 (« Première partie de l'Épisode de la vie d'un artiste »)</b>, Boston Symphony Orchestra, dir. Charles Munch (enregistrement de 1954) :
- <b>I. Rêveries, Passions</b> (Allegro agitato e appassionato assai) :
https://www.youtube.com/watch?v=beIAHcoToKY
- <b>II. Un bal</b> (Allegro non troppo) :
https://www.youtube.com/watch?v=FdDrRjnLTgw
- <b>III. Scène aux champs</b> (Adagio) :
https://www.youtube.com/watch?v=OqRwdorijOE
- <b>IV. Marche au supplice</b> (Allegretto non troppo) :
https://www.youtube.com/watch?v=Tyrw6BSMIQY
- <b>V. Songe d'une nuit de sabbat</b> (Larghetto – Allegro) :
https://www.youtube.com/watch?v=4H0-V8x-KmI[/*]
Le manuscrit autographe de la Symphonie fantastique est consultable en ligne sur le site de Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5...r/f19.item
J'ai fait allusion à une suite de la Fantastique, d'une durée d'exécution égale, et constituant avec cette symphonie ce que le compositeur désigne comme étant « l'Épisode de la vie d'un artiste », d'inspiration très personnelle : il s'agit du monodrame lyrique Lélio ou le Retour à la vie (Op. 14b), œuvre semi-théâtrale mêlant musique, chant et texte parlé, en six parties pour récitant, ténor(s), baryton, chœur mixte (soprani, tenori et bassi), piano et orchestre.
Le 21 février 1855, à Weimar où il bénéficie du soutien de son ami Franz Liszt (alors Kapellmeister de cette ville allemande de Thuringe, où le pianiste et compositeur hongrois organise quantité de concerts et représentations d'opéras), Berlioz dirige une exécution de la Symphonie fantastique suivie d'une version modifiée d'une autre composition, conçue comme la fin et le complément de la Fantastique : le « mélologue » (selon un terme emprunté au poète irlandais Thomas Moore) pour orchestre et chœurs le Retour à la vie, composé en 1831 lorsque Berlioz était à la Villa Médicis après avoir gagné le prestigieux Prix de Rome, et rebaptisé Lélio ou le Retour à la vie dans cette forme révisée pour ce concert à Weimar et qui sera ainsi publiée ensuite. À l'égarement de l'esprit et des sens aux portes de la mort qu'évoque la Fantastique, succède avec Lélio un retour parmi les vivants, le héros, nommé Lélio, se relevant de sa nuit hallucinée et exprimant librement, comme alter ego de Berlioz, des réflexions sur la vie, l'amour, l'amitié, Shakespeare et la passion créative de l'artiste, tandis que réapparait par moments la mélodie-idée fixe entendue dans la Fantastique : [emphase]« La mort ne veut pas de moi... je me suis jeté dans ses bras, elle m'en repousse avec indifférence. Vivons donc, et que l'art sublime auquel je dois les rares éclairs de bonheur qui ont brillé sur ma sombre existence, me console et me guide dans le triste désert qui me reste à parcourir ! »[/emphase]
Dans le Guide de la musique symphonique (Fayard, 1986) qu'il a dirigé, François-René Tranchefort écrit, à propos de Lélio (p. 91) : [emphase]« Rarement donné au concert, cet étrange habit d'Arlequin musical qu'est Lelio — « partition invraisemblable, véritable happening futuriste » ([selon] Claude Ballif) — reste une œuvre hors de toute convention. Le ressort dramatique en est malheureusement inconsistant, et l'intérêt musical trop dispersé : Lelio ne s'impose à l'attention que de l'amateur de « curiosités ». »[/emphase] Je ne suis pas d'accord avec Tranchefort concernant l'inconsistance qu'aurait le ressort dramatique : celui-ci me parait au contraire consistant grâce à la personnalité du créateur et à la part d'inspiration autobiographique, déjà présente dans la Fantastique, qui unifie un ensemble de pièces en apparence disparate pour ce Lélio, seconde partie de « l'Épisode de la vie d’un artiste » comme on l'a dit. La dimension narrative de l'œuvre est indispensable à sa compréhension et à son appréciation. Pendant longtemps, je n'ai connu Lélio qu'à travers un enregistrement de 1982 édité chez Philips — inclus dans le riche coffret berliozien de 6 CDs “Complete Orchestral Works” paru en 1997 —, par le LSO avec le John Alldis Choir, sous la direction de Colin Davis, enregistrement qui ne comporte pas de narration, mais seulement les pièces musicales, ce qui n'aidait clairement pas à la compréhension de l'ensemble, même si les pièces sont bien jouées et toutes intéressantes...
Et puis j'ai assisté à ce concert berliozien du 4 décembre 2021 à la Halle aux Grains, concert dont j'ai parlé plus haut, avec une programmation proposant la <i>Symphonie fantastique</i> et <i>Lélio, ou le Retour à la vie</i>, soit l'intégralité de « l'Épisode de la vie d'un artiste » — véritable manifeste du romantisme musical —, et avec comme interprètes l'ONCT dirigé par Tugan Sokhiev, le chœur mixte basque Orfeón Donostiarra dirigé par José Antonio Sainz Alfaro, le ténor Mathias Vidal, le baryton basse Vincent Le Texier... et Lambert Wilson en récitant. Il y a quelques mois, vers la fin de l'automne dernier, j'ai trouvé en ligne une photographie prise durant ce concert, et parmi le public, à l'arrière-plan, j'ai eu la surprise de reconnaître, même masquée, une figure que j'ai l'habitude de voir tous les jours dans la glace : un peu au dessus et à gauche du visage de Wilson, comme planant plus ou moins devant ledit visage du comédien, ce spectateur assis avec ce crâne au front dégarni, ces sourcils, ces oreilles... j'ai vérifié l'emplacement dans la salle de concert indiqué sur mon billet d'entrée, que j'ai conservé... 1re galerie E, place B-15... pas de doute, cela correspond bien à la place où j'étais assis ce soir-là. Voila au moins une preuve visuelle que je n'affabule pas en disant que j'y étais ! ^^'
![[Image: 1712893321_lambert_wilson_lelio_concert_...lcaraz.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712893321_lambert_wilson_lelio_concert_berlioz_onct_halle-aux-grains_4dec2021_-_romain_alcaraz.jpg)
[small](photo : Romain Alcaraz ; 4 décembre 2021 [Halle aux Grains, Toulouse])[/small]
Ce fut une magnifique concert, qui me permit, dans sa deuxième partie, de découvrir enfin Lélio dans toute sa dimension narrative. Lambert Wilson, comme je l'ai déjà écrit précédemment, est excellent en récitant. Les autres interprètes furent aussi brillants. Tous, après ce concert à Toulouse, se produisirent également le surlendemain, avec le même programme berliozien, à la Philharmonie de Paris, le concert parisien ayant été diffusé sur Radio Classique, ce que je n'ai appris que bien plus tard. La radio publique France Musique propose les concerts qu'elle diffuse à la réécoute en ligne au moins durant un certain temps, mais ce n'est pas le cas de la radio privée Radio Classique en dehors des rediffusions éventuellement prévues dans leur grille de programme. Faute d'enregistrement facilement accessible, j'avais un temps fini par me résigner à ce que tout cela ne soit qu'un souvenir qui s'estompe peu à peu... jusqu'à ce que je m'aperçoive que Lambert Wilson avait déjà enregistré au disque une interprétation de Lélio, les 17 et 18 octobre 1996 avec l'Orchestre Symphonique de Montréal dirigé par Charles Dutoit, cette version ayant été éditée en CD chez Decca en 2001 — dans un album double CD berliozien contenant aussi un enregistrement de la Symphonie fantastique et de Tristia (Op. 18). Lambert Wilson en récitant est le seul point commun entre la version avec Dutoit et celle avec Sokhiev, mais c'est là un élément essentiel pour entretenir le souvenir : même si Wilson n'avait évidemment pas le même âge, ni forcément exactement la même façon d'interpréter le rôle d'une version à l'autre, sa voix et sa diction n'ont, elles, pratiquement pas changées de mon point de vue, ce que j'ai encore pu vérifier en janvier dernier en écoutant Wilson à nouveau en récitant, sur France Musique, lors d'un concert dédié à Péter Eötvös dont j'ai parlé précédemment.
![[Image: 1712445397_2cd_decca_berlioz_symphonie_f...0112-4.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712445397_2cd_decca_berlioz_symphonie_fantastique_lelio_tristia_dutoit_wilson_1996-2001_458-011-2_0-28945-80112-4.png)
En ce qui concerne le monodrame lyrique lui-même, à force de l'avoir réécouté ces derniers temps, au volant sur la route ou encore maintenant, à domicile, à l'heure où j'écris, il m'est devenu particulièrement familier. Mais je me souviens encore du plaisir de la découverte, en concert, de l'œuvre avec sa narration et en ayant une partie du contenu du livret original sous les yeux. Outre la musique, Berlioz a écrit la totalité des textes de Lélio, à l'exception de celui du Pêcheur, ballade librement adaptée en français par son ami Albert Du Boys (1804-1889) de celle de Goethe intitulée Der Fischer. Cette ballade mise en musique pour ténor et piano par Berlioz, en concert m'avait fait aussitôt penser à un tableau exposé à Paris au Salon de 1839, vu lors d'une visite au musée des Beaux-Arts de Carcassonne : Le pêcheur et la nymphe, par le peintre français d'origine allemande Henri Lehmann, un des meilleurs élèves du maître Ingres, connu pour son célèbre portrait de Franz Liszt conservé au musée Carnavalet. C'est Liszt, du reste, qui jouait au piano pour accompagner cette ballade lors du concert de Berlioz à Weimar en février 1855.
![[Image: 1712895968_henri_lehmann_-_le_pecheur_et...ssonne.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712895968_henri_lehmann_-_le_pecheur_et_la_nymphe_1836_-_carcassonne.jpg)
[small]Henri Lehmann (1814-1882).
Le pêcheur et la nymphe, 1836.
Huile sur toile, 202,5 x 197 cm.
Carcassonne, musée des Beaux-Arts.[/small]
[citation=<i>Le Pêcheur</i> (ballade imitée de Goethe), texte d'Albert Du Boys mis en musique par Hector Berlioz et intégré par ce dernier à son monodrame lyrique <i>Lélio, ou le Retour à la vie</i>, Op. 14b, H.55.]L'onde frémit, l'onde s'agite;
Au bord est un jeune pêcheur.
De ce beau lac le charme excite
Dans l'âme une molle langueur.
À peine il voit, à peine il guide
Sa ligne errante sur les flots.
Tout à coup sur le lac limpide
S'élève la nymphe des eaux.
[...]
Elle disait d'une voix tendre,
D'une voix tendre elle chantait;
Sans le vouloir, sans se défendre,
Il suit la nymphe, il disparaît. [/citation]
Il m'est arrivé bien des fois, ces derniers temps, de chanter cette ballade en voiture, pour rester éveillé en conduisant la nuit, et bien que ma voix, supposée être de basse profonde selon ce que m'avait dit un de mes anciens professeurs de musique, soit loin d'égaler celle d'un ténor...
La conclusion de la ballade, au ton légèrement insouciant dans l'expression pianistique, ainsi que le thème de la femme surnaturelle qui attire dans l'eau une proie masculine m'avait fait aussi penser à Goldberry, certes tireuse de barbe plutôt que chanteuse...
L'un des passages les plus savoureux de la narration de Lélio est, à mes yeux, celui situé entre le « Chœur d'Ombres » et la « Chanson de Brigands », quand le personnage de Lélio, qui est (on l'aura compris) le narrateur joué par la récitant, déclare ce qui suit :
[citation=Hector Berlioz, <i>Lélio, ou le Retour à la vie</i>, Op. 14b, H.55, narration de Lélio entre le « Chœur d'Ombres » et la « Chanson de Brigands ».] LÉLIO (assis sur un lit de repos, tenant un livre à la main)
Ô Shakespeare ! Shakespeare ! toi dont les premières années passèrent inaperçues, dont l'histoire est presque aussi incertaine que celle d'Ossian et d'Homère, quelles traces éblouissantes a laissées ton génie ! Et pourtant que tu es peu compris ! De grands peuples t'adorent, il est vrai ; mais tant d'autres te blasphèment ! Sans te connaître, sur la foi d'écrivains sans âme, qui ont pillé tes trésors en te dénigrant, on osait naguère encore dans la moitié de l'Europe t'accuser de barbarie !...
Mais les plus cruels ennemis du génie ne sont pas ceux auxquels la nature a refusé le sentiment du vrai et du beau ; pour ceux-là même, avec le temps, la lumière se fait quelquefois ! Non, ce sont ces tristes habitants du temple de la routine, prêtres fanatiques, qui sacrifieraient à leur stupide déesse les plus sublimes idées neuves, s'il leur était donné d'en avoir jamais ; ces jeunes théoriciens de quatre-vingts ans, vivant au milieu d'un océan de préjugés et persuadés que le monde finit avec les rivages de leur île ; ces vieux libertins de tout âge qui ordonnent à la musique de les caresser, de les divertir, n'admettant point que la chaste muse puisse avoir une plus noble mission ; et surtout ces profanateurs qui osent porter la main sur les ouvrages originaux, leur font subir d'horribles mutilations qu'ils appellent Corrections et perfectionnements, pour lesquels, disent-ils, il faut beaucoup de goût. Malédiction sur eux ! ils font à l'art un ridicule outrage ! Tels sont ces vulgaires oiseaux qui peuplent nos jardins publics, se perchent avec arrogance sur les plus belles statues, et, quand ils ont sali le front de Jupiter, le bras d'Hercule ou le sein de Vénus, se pavanent fiers et satisfaits comme s'ils venaient de pondre un œuf d'or.
(Il se lève, et frappe la table avec son livre en l'y déposant.)
Oh ! une pareille société, pour un artiste, est pire que l'enfer !
(Avec une exaltation sombre et toujours croissante.)
J'ai envie d’aller dans le Royaume de Naples ou dans la Calabre demander du service à quelque chef de Bravi, dussé-je n’être que simple brigand... J'y ai souvent songé... Oui ! de poétiques superstitions, une madone protectrice, de riches dépouilles amoncelées dans les cavernes, des femmes échevelées, palpitantes d'effroi, un concert de cris d'horreur accompagné d'un orchestre de carabines, sabres et poignards, du sang et du lacryma-christi, un lit de lave bercé par les tremblements de terre, allons donc, voilà la vie !...[/citation]
Le passage de la citation que j'ai mis en évidence en caractères gras est la [emphase]« tirade des <i>arrangeurs</i> et <i>correcteurs</i> »[/emphase], comme l'appelle lui même Berlioz dans sa correspondance, tirade qui vise en particulier, entre autres, François-Joseph Fétis (1784-1871) qui s'était permis de « corriger » les partitions des symphonies de Beethoven pour les rendre conforme à sa propre théorie en matière d'harmonie, et Henri Castil-Blaze (1784-1857), qui avait « arrangé » des œuvres lyriques d'autres compositeurs, <i>le Freischütz</i> de Weber et <i>la Flûte enchantée</i> de Mozart, en pensant qu'elles rencontreraient ainsi davantage de succès à l'Opéra – en flattant un public parisien ayant peu d'exigence et enclin à la futilité – et qu'il en tirerait lui-même profit. Mais pour ma part, quand j'ai entendu Lambert Wilson prononcer cette tirade lors du concert, en évoquant [emphase]« ces vulgaires oiseaux [...] fiers et satisfaits »[/emphase], je n'ai pas pu m'empêcher de sourire sous le masque en pensant spontanément à un certain Lyon Sprague de Camp s'étant permis, dans la seconde moitié du XXe siècle, de « mettre au point » et « compléter » un certain nombre de récits littéraires d'un certain Robert E. Howard, avec condescendance d'un point de vue créatif et volonté d'en profiter financièrement...
- <b>Hector Berlioz, <i>Lélio, ou le Retour à la vie</i>, Op. 14b, H.55 (« Deuxième partie de l'Épisode de la vie d'un artiste »)</b>, Lambert Wilson (narrateur), Rolf Bertsch (piano), Richard Clement (ténor), Chœur de l'Orchestre Symphonique de Montréal, Philippe Rouillon (baryton), Gordon Gietz (ténor), Jennifer Schwartz (harpe), Orchestre Symphonique de Montréal, dir. Charles Dutoit :
<b>[1 -] Narration</b> (« Dieu ! je vis encore... ») :
https://www.youtube.com/watch?v=-8a-VZhEXGI
<b>[2 -] I. Le Pêcheur</b> (ballade imitée de Goethe) :
https://www.youtube.com/watch?v=Fxx8GNG2jTA
<b>[3 -] Narration</b> (« Étrange persistance d'un souvenir... ») :
https://www.youtube.com/watch?v=ZTMZd95kasE
<b>[4 -] II. Chœur d'Ombres</b> (ou « Chœur d'Ombres irritées ») :
https://www.youtube.com/watch?v=1q8ZrXMoK4c
<b>[5 -] Narration</b> (« Ô Shakespeare ! Shakespeare... ») :
https://www.youtube.com/watch?v=SoS5XQOaQT0
<b>[6 -] III. Chanson de Brigands</b> (ou « Scène de Brigands ») :
https://www.youtube.com/watch?v=GN_LQB1KQNc
<b>[7 -] Narration</b> (« Comme mon esprit flotte incertain... ») :
https://www.youtube.com/watch?v=drd6mAhRpUs
<b>[8 -] IV. Chant De Bonheur - Hymne</b> :
https://www.youtube.com/watch?v=DEqjbhMWiyE
<b>[9 -] Narration</b> (« Oh ! que ne puis-je la trouver, cette Juliette, cette Ophélie, que mon cœur appelle... ») :
https://www.youtube.com/watch?v=B1bWcbC3d5E
<b>[10 -] V. La Harpe Éolienne - Souvenirs</b> (ou « Les derniers Soupirs de la Harpe / Souvenirs ») :
https://www.youtube.com/watch?v=Yj3YEnkFwpI
<b>[11 -] Narration</b> (« Mais pourquoi m'abandonner à ces dangereuses illusions ? ») :
https://www.youtube.com/watch?v=CpWbBPAHywE
<b>[12 -] VI. Fantaisie sur « La Tempête » de Shakespeare</b> :
https://www.youtube.com/watch?v=99AmlOlkZsg
<b>[13 -] Narration</b> (« Assez pour aujourd'hui... ») <b>et Coda</b> :
https://www.youtube.com/watch?v=ZhCAs4KQlQk[/*]
Le manuscrit autographe des cinq premières pièces de <i>Lélio</i> est consultable sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5...0c/f3.item
(À noter qu'une grande tâche rouge sang apparait sur la partition ouvrant la « Scène de Brigands » [p. 22 / f.24 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5...c/f24.item ])
Le contenu du livret de <i>Lélio</i>, dans sa version de 1855, est consultable sur le site de référence “The Hector Berlioz Website” : http://www.hberlioz.com/Libretti/Lelio.htm
![[Image: 1712445263_henri_fantin-latour_-_lelio_l..._1888_.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1712445263_henri_fantin-latour_-_lelio_la_harpe_eolienne_-_lithographie_pour_hector_berlioz_sa_vie_et_ses_oeuvres_1888_.jpg)
[small]Henri Fantin-Latour (1836-1904).
« <i>Lélio.</i> La Harpe éolienne », lithographie.
Illustration originale hors texte (n°4) pour <i>Hector Berlioz : sa vie et ses œuvres</i> d'Adolphe Jullien (Paris, 1888).[/small]
Ce message étant déjà trop long, je terminerai en évoquant très succinctement deux autres références symphoniques que j'aime également beaucoup parmi les œuvres de Berlioz : <i>Harold en Italie</i>, Op. 16, symphonie avec alto principal (l'alto, pour mémoire, est cet instrument à cordes que l'on appelle “viola” en anglais et en italien) composée en 1834, et la Marche hongroise extraite de l'œuvre lyrique La Damnation de Faust, Op. 24, créé en 1846.
En décembre 1838, Berlioz dirigea la <i>Symphonie fantastique</i> et <i>Harold en Italie</i> lors d'un concert parisien au Conservatoire auquel assista Niccolò Paganini, le génial violoniste qui avait été précisément à l'initiative de la composition d'<i>Harold en Italie</i> quelques années plus tôt. Paganini connaissait déjà la <i>Fantastique</i>, pour l'avoir entendu, avec sa suite <i>le Retour à la vie</i> (première version de <i>Lélio</i>), lors d'un précédent concert en décembre 1832 à la suite duquel il avait vivement félicité Berlioz. En découvrant cette fois-ci <i>Harold en Italie</i> – cette symphonie avec alto principal qui n'est pas un concerto pour alto, tant l'instrument de l'altiste semble commenter de façon autonome le propos de l'orchestre, avec lequel il évolue cependant harmonieusement –, Paganini fut si impressionné qu'il monta sur la scène, s'agenouilla devant Berlioz et lui baisa la main, avant d'envoyer son fils, le surlendemain, remettre à Berlioz une lettre, accompagnée de la somme de vingt mille francs et au début de laquelle on peut lire (en italien) : [emphase]« Beethoven spento non c’era che Berlioz che potesse farlo rivivere »[/emphase] ([emphase]« Beethoven mort, il n'y avait que Berlioz qui pût le faire revivre »[/emphase]). Grâce à l'argent donnée par Paganini, Berlioz, qui devait pratiquer le journalisme pour survivre avec son épouse Harriet et son fils, eut les moyens d'avoir du temps libre pour travailler à la composition de sa symphonie suivante, <i>Roméo et Juliette</i>. Berlioz raconte tout cela dans ses Mémoires...
Je connais plusieurs versions au disque de la symphonie <i>Harold en Italie</i>, mais celle que j'écoute le plus souvent, ces temps-ci, est sans doute celle faisant partie du coffret de chez Philips “Berlioz: Complete Orchestral Works” paru en 1997 déjà évoqué plus haut : il s'agit d'un enregistrement réalisé en mai 1975 par le LSO dirigé par Colin Davis avec l'altiste japonaise Nobuko Imai.
- <b>Hector Berlioz, <i>Harold en Italie</i> (Symphonie en quatre parties avec alto principal), Op. 16 (H.68)</b>, Nobuko Imai (alto), London Symphony Orchestra, dir. Sir Colin Davis :
<b>I. Harold aux montagnes : scènes de mélancolie, de bonheur et de joie</b> (Adagio - Allegro) :
> Adagio : https://www.youtube.com/watch?v=7-FpRSmHW4s
> Allegro : https://www.youtube.com/watch?v=Qi1_27bXFQQ
<b>II. Marche des pèlerins chantant la prière du soir</b> (Allegretto) :
https://www.youtube.com/watch?v=y2vsaUYHy0Q
<b>III. Sérénade d'un montagnard des Abruzzes à sa maîtresse</b> (Allegro assai - Allegretto) :
https://www.youtube.com/watch?v=vKnT4a1eCvM
<b>IV. Orgie de brigands. Souvenirs des scènes précédentes</b> (Allegro frenetico - Adagio - Allegro, Tempo I) :
https://www.youtube.com/watch?v=QEmHUCFqRmY[/*]
Le manuscrit autographe d'<i>Harold en Italie</i> est également consultable sur Gallica : : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550065087
Et enfin, quoi de mieux pour conclure que la célèbre Marche hongroise (ou Marche de Rákóczy), extrait symphonique de La Damnation de Faust (Première partie, scène III) ? Selon Gérard Condé (in L'Avant-scène Opéra n°22, 1995, consacré à La Damnation de Faust, p. 16-18), [emphase]« le thème « très ancien, d'un auteur inconnu », en avait été fourni à Berlioz non pas (ou non seulement) comme il l'écrivit dans ses Mémoires par un amateur viennois, mais par Liszt qui en connaissait le pouvoir sur les Hongrois et l'a d'ailleurs orchestré de son côté. Berlioz l'a développé pour en faire une véritable composition à quatre volets. »[/emphase] La meilleure version au disque que je connaisse de cette Marche, une des compositions de Berlioz les plus connues et appréciées, est celle de l'Orchestre royal du Concertgebouw dirigé par Antal Doráti en septembre 1959, version diversement rééditée en CD chez Decca.
- <b>Hector Berlioz, La Damnation de Faust, Op. 24 (H.111) - Première partie, scène III : Marche hongroise (ou Marche de Rákóczy)</b>, Orchestre royal du Concertgebouw (Koninklijk Concertgebouworkest Amsterdam), dir. Antal Doráti :
https://www.youtube.com/watch?v=zBB2O0j_QDA[/*]
Amicalement,
B.
[small][EDIT: corrections diverses et mise à jour de l'iconographie.][/small]

