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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Merci à Elendil d'avoir évoqué Joaquín Rodrigo, et à travers lui le répertoire pour guitare au sein de la musique dite classique, répertoire souvent méconnu. C'est l'occasion de rappeler que Berlioz jouait de la guitare, quand la plupart de ses confrères compositeurs, en son temps, étaient pianistes.

Merci également d'avoir évoqué Paul Dukas, que j'avais seulement très brièvement mentionné précédemment.

Elendil Wrote:Une fois de retour sur le sol français, il me semble adéquat de parler en premier lieu l'un des professeurs de Rodrigo : Paul Dukas (1865-1935), qui n'a semble-t-il pas été mentionné jusqu'à présent. Celui-ci tient une place à part dans le répertoire français : perfectionniste en diable, il détruisit la plupart de ses œuvres et n'en publia qu'une poignée, ce qui explique pourquoi il est assez peu connu. Toutefois, il est fort probable que la plupart des lecteurs de ce forum connaissent au moins une de ses pièces, même si le nom de Dukas ne leur parle pas : il est en effet le compositeur du poème symphonique L'Apprenti sorcier, qui figure en très bonne place dans le génial (et controversé) Fantasia de Walt Disney. Outre ce morceau, les deux autres incontournables sont le « poème dansé » La Péri, que Dukas faisait précéder d'une courte fanfare, ainsi que sa Symphonie en ut. Il s'avère que le tout est réuni sur un CD de l'Orchestre national de France, sous la baguette de Leonard Slatkin (chez RCA Red Seal).
Si la fanfare précédant La Péri est sympathique, mais sans plus, je trouve que ce poème symphonique est d'une qualité guère inférieure à L'Apprenti sorcier. Il pourrait par moment évoquer l'Ouverture Les Hébrides (La Grotte de Fingal) de Mendelssohn, mais La Péri regarde aussi du côté d'un Orient fantasmagorique, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'elle a pour thème la quête de la fleur d'immortalité par Iskender (nom persan d'Alexandre le Grand), laquelle se trouve en la possession d'une péri, génie féminin de la mythologie iranienne. Inutile, en revanche, de présenter L'Apprenti sorcier, me semble-t-il, si ce n'est pour dire tout le bien que je pense de cette interprétation, où se détachent avec une parfaite netteté tous les instruments de son orchestration chatoyante. Quant à la symphonie, plus que celle de Franck, plus que celle de Chausson, c'est un des très grands morceaux de musique symphonique française, à écouter absolument.

Bien qu'ayant plus souvent écouté cette œuvre majeure qu'est L'Apprenti sorcier, j'apprécie tout autant les deux autres grandes compositions symphoniques de Dukas que sont la Symphonie en ut majeur (à écouter absolument, en effet) et surtout La Péri, ce « poème dansé » (ou ballet) qui est peut-être mon œuvre préférée de Dukas et qui me parait même être, par son raffinement, d'une qualité au moins égale sinon supérieure à L'Apprenti sorcier. La Fanfare pour précéder La Péri a été composée (en 1912) après la musique du « poème dansé » proprement dit (composé en 1909-1910), pour l'introduire avec éclat tandis que La Péri commence ensuite, par contraste, tout en douceur et délicatesse. Il y avait longtemps que je n'avais pas réécouté ces trois œuvres symphoniques, souvent réunis en CD, ce que j'ai finalement fait le week-end dernier suivant l'inspiration d'Elendil, ma version de référence au disque (parmi d'autres) étant celle du chef espagnol Jesús López-Cobos dirigeant le Cincinnati Symphony Orchestra, dans un enregistrement de 1999 plusieurs fois édité en CD et SACD chez Telarc.

[Image: 1713884386_sacd_telarc_dukas_apprenti-so...051500.jpg]


L'évocation des œuvres symphoniques de Franck, Dukas et Chausson, m'a amené à réécouter, également le week-end dernier, quelques-unes de celles conçues par un autre compositeur français majeur de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle, qui fut l'élève de César Franck : Vincent d'Indy (1851-1931), auteur notamment du poème symphonique Istar (Op. 42), composé en 1896, et d'inspiration orientaliste comme La Péri de Dukas, même si, de Dukas à D'Indy, on passe de la mythologie iranienne à la mythologie mésopotamienne, avec la déesse Ishtar (ou Inanna) telle qu'elle apparaît dans le mythe de la Descente d'Ishtar aux Enfers, ladite déesse, associée à l'amour et à la guerre, se dépouillant de ses attributs et parures lors de son parcours à travers les sept portes des Enfers, pour délivrer son amant, jusqu'à être toute nue pour pénétrer au « Pays immuable ». D'Indy, de manière un peu contre-intuitive sur le plan musical pour l'auditeur, commence sa composition par des variations sur un thème pour évoquer Istar parée, avant de révéler le thème lui-même joué par l'orchestre à l'unisson et correspondant à la déesse nue, le poème symphonique s'achevant par une évocation lumineuse des amants réunis. Cette œuvre a fait l'objet d'un enregistrement en 2015, réalisé avec le Royal Scottish National Orchestra dirigé par Jean-Luc Tingaud, et édité au disque chez Naxos, avec d'autres compositions remarquables de D'Indy : sa Symphonie n° 2 en si bémol majeur (Op. 57) qu'il dédia à Paul Dukas, son poème symphonique Souvenirs (Op. 62) et le prélude au premier acte de son opéra Fervaal (Op. 40) d'inspiration wagnérienne. Souvenirs, « poème pour orchestre » en la mineur composé en 1906, est dédié « à la mémoire de la bien-aimée », c'est-à-dire à l'épouse du compositeur, Isabelle de Pampelonne, décédée dans la nuit du 29 au 30 décembre 1905 : de fait, de vrais moments d'émotion se font sentir, à travers cette fresque musicale évoquant l'histoire d'amour de l'auteur avec la disparue...

[Image: 1713884528_cd_naxos_d-indy_symphonie2_so...5227-2.jpg]
  • <b>Vincent d'Indy (1851-1931), Istar – Variations Symphoniques, op. 42</b>, Orchestre national royal d'Écosse (Royal Scottish National Orchestra), dir. Jean-Luc Tingaud : 
    - https://www.youtube.com/watch?v=SThTSPSWYzE[/*]
  • <b>Vincent d'Indy, Souvenirs – Poème Symphonique, op. 62</b>, Orchestre national royal d'Écosse (Royal Scottish National Orchestra), dir. Jean-Luc Tingaud : 
    - https://www.youtube.com/watch?v=OixPXnKp51w[/*]


Il faudra que je reparle, plus tard si je peux, de Richard Wagner (que j'ai encore réécouté en voiture de nuit récemment, toujours avec Berlioz)... et de Debussy aussi, et aussi de Ravel...

Quant à Gabriel Fauré, j'aurai bien aussi des choses à partager, mais... pas question de couper l'herbe sous le pied d'Elendil. ^^

Amicalement,

B.

[small][EDIT: Correction de fautes][/small]
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