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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Concernant Delibes, je garde un excellent souvenir du ballet Coppélia que j'avais vu il y a une douzaine d'années au Théâtre du Capitole, mais je te laisse bien volontiers la parole à son sujet. J'avais moins aimé la mise en scène du Faust de Gounod quelques années plus tard, mais quelle splendeur musicale ! Toutefois, c'est de Fauré que je voulais à nouveau vous parler un peu.

Du côté de la musique de chambre, Fauré a composé, outre les sonates précédemment évoquées, un Trio pour piano, violon et violoncelle en Ré mineur (Op. 20), deux Quatuors pour piano, l'un en Ut mineur (Op. 15), le second en Sol mineur (Op. 45). Plus tardivement, il a encore composé deux Quintettes pour piano, le premier en Ut mineur (Op. 89), le suivant en Ré mineur (Op. 115), et il a achevé cette série avec un unique Quatuor pour cordes en Mi mineur (Op. 121). Toutes les œuvres avec piano sont jouées par Jean-Philippe Collard, qui est accompagné pour les deux premiers morceaux par Frédéric Lodéon au violoncelle et Augustin Dumay au violon ; ils sont rejoints par Bruno Pasquier à l'alto pour le Quatuor Op. 15. Pour les quatre autres pièces, c'est le quatuor Parrenin qui officie, avec Jacques Ghestem et Jacques Parrenin au violon (ce dernier n'étant pas présent pour le Quatuor Op. 45, qui ne requiert qu'un violon), Gérard Caussé à l'alto et Pierre Pénassou au violoncelle.

Le Trio est un morceau subtil et mystérieux, dont j'apprécie en particulier le deuxième mouvement « Andantino ». Le quatuor à cordes, qui lui est étroitement contemporain, possède un côté hypnotique fait d'harmonies étranges qui engendrent une mélodie d'ombre et de lumière, dont j'apprécie particulièrement le mouvement final « Allegro ». Le quatuor pour piano n° 1 a quant à lui été composé près de 45 ans auparavant ; il n'est donc pas surprenant qu'il soit dans un tout autre style. Il s'agit toutefois d'une très belle pièce où les instruments dialoguent à merveille. Malheureusement, les interprétations du Trio et de ce Quatuor pour piano semblent pâtir d'une prise de son sèche et lointaine, qui écrase les harmoniques graves et lointaines, un souci franchement regrettable, surtout quand on les compare à d'autres enregistrements plus récents. Ce problème affecte beaucoup moins les enregistrements avec le quatuor Parrenin, ce qui est une excellente chose, car le Quatuor pour piano n° 2 est assurément celui que je préfère et que je considère comme une réussite de bout en bout, au même titre que le Quintette pour piano n° 1. Malgré les années qui séparent leurs créations respectives, je trouve qu'il existe une parenté assez nette entre ces deux morceaux, chose peu surprenante si l'on considère que Fauré commença à travailler au quintette en 1887, l'année de la création du quatuor, lequel avait été composé l'année précédente. Il semble toutefois que la composition du quintette lui ait demandé beaucoup plus d'efforts, puisqu'il ne fut achevé qu'en 1905 et créé en mars de l'année suivante. C'est pour moi une très belle synthèse de l'art de Fauré, entre le classicisme des premières décennies et la subtilité de ses compositions tardives. Le Quintette pour piano n° 2 possède l'élégance, la complexité mélodique et la retenue des pièces tardives de Fauré, mais me parle un petit peu moins.

La musique orchestrale comprend d'abord des orchestrations de morceaux de musique de chambre, à commencer par la Ballade Op. 19 évoquée par Hyarion, dont la poésie et la délicatesse montrent à merveille les talents d'orchestrateur et de mélodiste de Fauré, ce qui explique pourquoi j'ai tendance à la préférer à sa version chambriste. Quant à l'Élégie Op. 24, sa version pour violoncelle et orchestre est en tout point splendide ; c'est un des morceaux de Fauré que je réécoute avec le plus de plaisir. Le coffret comprend aussi un arrangement pour violon et orchestre de la Berceuse Op. 16, ainsi qu'une Fantaisie pour piano et orchestre en Sol majeur (Op. 111). J'ai bien apprécié la pièce pour chœur et orchestre intitulée Les Djinns (Op. 12), d'après le poème de Victor Hugo qui avait déjà inspiré Franck, et le Prélude de Pénélope (1913), l'unique opéra de Fauré. Ce dernier est un morceau très profond, évoquant de loin Wagner, mais infusé du style propre à Fauré, ce qui me donne très envie de découvrir l'opéra entier.

Enfin viennent quatre musiques de scène, dont deux sont assez peu connues, celle de la tragédie Caligula d'Alexandre Dumas (Op. 52) et celle de la comédie Shylock d'Edmond Haraucourt (Op. 57). Cela s'explique sans doute par le fait que ce type de composition s'apprécie surtout lors d'une représentation de la pièce de théâtre à laquelle elle se rattache. Les morceaux qui les composent manquent sans doute un peu de cohérence lorsqu'on les écoute les uns à la suite des autres, mais tous méritent une écoute attentive. A titre personnel, c'est sans doute le chœur « De roses merveilles » de Caligula que je préfère. Fauré a aussi composé une musique de scène pour Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck (Op. 80), dont l'atmosphère éthérée semble se marier à merveille à l'esthétique fauréenne. Le coffret nous propose la suite pour orchestre que Fauré en a tiré, une vraie merveille à mes yeux. A noter que la seule partie vocale, la chanson de Mélisande, est en anglais, car cette musique avait à l'origine été conçue pour une représentation donnée à Londres en 1898. Enfin, la musique du ballet Masques et Bergamasques de René Fauchois (Op. 112), donné pour la première fois à Monaco en 1919, est une excellente illustration de l'esthétique fauréenne. Bien que sept des huit tableaux soient des réutilisations de projets antérieurs composés entre 1869 et 1904, la cohérence d'ensemble n'en est en rien affectée.

Toutes ces œuvres orchestrale sont jouées par l'Orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson. Jean-Philippe Collard est le soliste de la Ballade  et de la Fantaisie, Paul Tortelier celui de l'Élégie et Yan-Pascal Tortelier (fils du précédent) celui de la Berceuse, tandis que les pièces vocales font appel à l'Ensemble vocal Alix Bourbon, avec des interventions de la mezzo-soprano Frederica von Stade dans Pelléas et Mélisande et du ténor Nicolai Gedda dans Masques et Bergamasques et dans Shylock.

Le dernier CD de ce coffret est consacré à la musique sacrée, le Requiem (Op. 48) dont j'ai déjà parlé et le Cantique de Jean Racine (Op. 11), autre œuvre extrêmement célèbre de Fauré, écrite quand il n'avait que dix-neuf ans. Tous deux sont interprétés par Michel Plasson et son orchestre fétiche du Capitole de Toulouse, accompagné par le choeur Orfeón Donostiarra, la soprano Barbara Hendricks et le baryton José van Dam. Le Cantique est une paraphrase de Racine sur l'hymne paléochrétien Consors paterni luminis. La musique de Fauré rend à merveille la ferveur et l'espérance qui s'en dégagent. Il est juste regrettable que le livret qui accompagne ces enregistrements ne propose pas le texte de ce morceau (ni d'aucune autre œuvre vocale, ce qui est assez frustrant).

Notez qu'on peut écouter gratuitement (mais avec de la publicité) l'intégralité de ce coffret sur YouTube.

E.
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