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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Si nous reprenons maintenant le fil de notre exploration mahlérienne, il faudra nous tourner vers une série de lieder, en particulier les trois volumes des Lieder und Gesänge, dont la majorité est tirée de chants traditionnels, parfois retouchés par Mahler. Contrairement aux lieder de Schubert, j'ai un peu plus de mal à les apprécier sans comprendre les textes chantés, ce qui rend d'autant plus irritant leur absence dans le livret. Il semblerait que ce soit une constante dans les coffrets à petit prix de Warner... J'imagine qu'on ne peut pas tout avoir. Toujours est-il que je ne connaissais pas ce recueil, mais que j'y reviendrai avec plaisir. J'ai particulièrement apprécié la « Phantasie aus Don Juan », sur un texte de Ludwig Braunfels, d'après Tirso de Molina (NB : on trouvera sur ce site toutes les traductions françaises, mais celles-ci ne sont pas libres de droits) :

[citation=Phantasie aus Don Juan, Lieder und Gesänge, vol. I n° 5]Das Mägdlein trat aus dem Fischerhaus,
Die Netze warf sie ins Meer hinaus !
Und wenn kein Fisch in das Netz ihr ging,
Die Fischerin doch die Herzen fing !

Die Winde streifen so kühl umher,
Erzählen leis' eine alte Mär !
Die See erglühet im Abendrot,
Die Fischerin fühlt nicht Liebesnot
Im Herzen! Im Herzen ![/citation]

Les deux autres lieder que je préfère sont les chants traditionnels « Zu Straßburg auf der Schanz » et « Nicht Vierdersehen ! » :

[citation=Zu Straßburg auf der Schanz, Lieder und Gesänge, vol. III n° 1]Zu Straßburg auf der Schanz,
Da ging mein Trauern an,
Das Alphorn hört' ich drüben wohl anstimmen,
Ins Vaterland mußt ich hinüber schwimmen,
Das ging ja nicht an.

Ein Stund in der Nacht
Sie haben mich gebracht ;
Sie führten mich gleich vor des Hauptmanns Haus,
Ach Gott, sie fischten mich im Strome auf,
Mit mir ist es aus.

Früh Morgens um zehn Uhr
Stellt man mich vor's Regiment ;
Ich soll da bitten um Pardon,
Und ich bekomm doch meinen Lohn,
Das weiß ich schon.

Ihr Brüder allzumal,
Heut' seht ihr mich zum letztenmal ;
Der Hirtenbub ist nur Schuld daran,
Das Alphorn hat mir's angetan,
Das klag ich an.

Ihr Brüder alle drei,
Was ich euch bitt, erschießt mich gleich ;
Verschont mein junges Leben nicht,
Schießt zu, daß das Blut 'raus spritzt,
Das bitt ich Euch.

O Himmelskönig Herr !
Nimm du meine arme Seele dahin,
Nimm sie zu dir in den Himmel ein,
Laß sie ewig bei dir sein,
Und vergiß nicht mein.[/citation]

[citation=Nicht Vierdersehen !, Lieder und Gesänge, vol. III n° 4]« Und nun ade, mein herzallerliebster Schatz,
Jetzt muß ich wohl scheiden von dir,
Bis auf den andern Sommer,
Dann komm' ich wieder zu dir. »

Und als der junge Knab heimkam,
Von seiner Liebsten fing er an:
« Wo ist meine Herzallerliebste,
Die ich verlassen hab' ? »

Auf dem Kirchhof liegt sie begraben,
Heut ist's der dritte Tag,
Das Trauern und das Weinen
Hat sie zum Tod gebracht.

« Jetzt will ich auf den Kirchhof gehen,
Will suchen meiner Liebsten Grab,
Will ihr allweil rufen,
Bis daß sie mir Antwort gibt.

Ei, du mein herzallerliebster Schatz,
Mach' auf dein tiefes Grab,
Du hörst kein Glöcklein läuten,
Du hörst kein Vöglein pfeifen,
Du siehst weder Sonne noch Mond ! »[/citation]

Pour une raison que j'ignore, ces trois volumes de chants pour voix et piano sont enregistrés par différents interprètes. Les trois que j'ai cités sont respectivement enregistrés par la mezzo-soprano Katarina Karnéus, le baryton Dietrich Fischer-Dieskau et la mezzo-soprano Alice Coote, successivement accompagnés par Roger Vignoles, Daniel Barenboim et Julius Drake.

L'une des raisons qui m'ont fait retarder mon retour à Mahler est sa troisième symphonie. Ce n'est pas qu'elle me déplaise, mais trouver le temps d'écouter avec l'attention voulue une œuvre qui fait 1h45 environ n'est pas facile pour moi. C'est une belle interprétation de l'Orchestre symphonique de la Cité de Birmingham dirigé par Sir Simon Rattle qui figure dans ce coffret. Des six mouvements, j'ai toujours préféré le cinquième « Lustig im Tempo und keck im Ausdruck », de loin le plus court, car c'est une mise en musique absolument géniale du chant traditionnel « Armer Kinder Bettlerlied ». Si nous poursuivons dans le registre symphonique, la quatrième est ici jouée par l'Orchestre philharmonique de Londres, sous la direction de Jascha Horenstein, avec Dame Margaret Price en soprano dans le quatrième mouvement. C'est une des symphonies de Mahler que j'écoute le plus fréquemment et j'ai trouvé cette version tout aussi agréable à écouter que celle dont j'ai l'habitude, bien qu'elle adopte des tempi assez différents. Son caractère gai et enjoué, assez rare chez Mahler, transparaît de bout en bout et culmine avec le chant « Wir geniessen die himmlischen Freuden », superbement interprété. La cinquième symphonie fait aussi partie de celles que j'apprécie le plus. Elle figure ici dans une interprétation de Klaus Tennstedt avec le Philharmonique de Londres, très soignée, mais qui manque peut-être du surcroît de tension qu'un chef comme Sir Georg Solti sait mettre dans le deuxième mouvement « Stürmisch bewegt, mit größter Vehemenz ».

Je saute au dernier CD de ce coffret, car je n'ai pas le temps ce soir de réécouter la symphonie n° 6. Il s'agit clairement là d'un CD bonus : on y trouve une version pour voix et piano du cycle des Rückert-Lieder, dont la version orchestrale figure dans le CD 8 (j'aurai donc l'occasion de vous en parler plus tard), interprété par le baryton Thomas Hampson accompagné par le pianiste Wolfram Rieger. Viennent ensuite sept interprétations différentes du lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (trois orchestrales, quatre avec piano), le quatrième morceau des Rückert-Lieder, ce qui constitue une merveilleuse occasion de comparer les différences d'approches entre des chefs d'orchestre aussi célèbres que Sir John Barbirolli et Otto Klemperer ou des chanteurs aussi talentueux que Dietrich Fischer-Dieskau et Janet Baker. Il y a même deux versions chantées par la mezzo-soprano Christa Ludwig, l'une au piano et l'autre orchestrale, aussi avons-nous là une parfaite opportunité de s'intéresser à la façon dont Mahler orchestre un lied. Je noterais enfin que le tandem formé par Janet Baker et Sir John Barbirolli est aussi celui du cycle complet (lequel figure aussi dans le CD 8 ), mais le présent enregistrement a été effectué deux ans plus tôt que celui du cycle, et avec l'orchestre de Hallé plutôt qu'avec le New Philharmonia Orchestra. Ce CD se conclut par une version pour voix et piano de « Urlicht », l'avant-dernier lied du cycle Des Knaben Wunderhorn, ici chantée par Alice Coote, accompagnée par Julius Drake.

Et je m'arrête à nouveau, en attendant d'avoir le temps de vous parler de la suite.

E.
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