Elendil Wrote:Quant à Richard Strauss, je ne connais que trop mal son œuvre, mais j'ai vu il y a six ou huit mois de cela une mise en scène très réussie de Salomé en DVD, dirigée par Götz Friedrich, avec Teresa Stratas dans le rôle-titre, accompagnée par l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la baguette de Karl Böhm. C'était une vraie splendeur visuelle et musicale, magnifiée par une prise de vue très réussie et un son idéalement capté par les techniciens de DG.
La mise en scène filmée que tu évoques, et que je n'ai pas (encore) vu pour ma part, date de 1974. La prestation de Teresa Stratas en Salomé, à cette occasion, est réputée excellente. Il faudra que j'essaie de voir cette version. Le rôle de Salomé, tel que conçu originellement (et en français) par Oscar Wilde puis mis en musique par Richard Strauss, est un des plus difficiles à interpréter pour une soprano, car il demande des qualités vocales et scéniques très particulières et un engagement à toute épreuve de la part de la chanteuse. Catherine Naglestad (ou Nagelstad), dans la mise en scène de Lev Dodin proposée à l'Opéra Bastille en 2006, était allé jusqu'à notamment interpréter littéralement jusqu'au bout la « Danse des Sept Voiles », mais au-delà de la nudité de la chanteuse à laquelle aboutissait ce passage, son interprétation de Salomé avait été saluée dans son ensemble, si j'en crois les avis encore lisibles en ligne aujourd'hui, le spectacle n'ayant pas fait l'objet, semble-t-il, d'une édition enregistrée. Au disque, la version intégrale de l'opéra que je connais, éditée en album double SACD chez RCO en 2018, et que j'ai en partie réécouté récemment, date de juin 2017, avec l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam dirigé par Daniele Gatti, et la soprano Malin Byström dont la voix très expressive sert bien le rôle de Salomé.
![[Image: 1716081533_2sacd_rco_r-strauss_salome_by...019464.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716081533_2sacd_rco_r-strauss_salome_bystrom_gatti_814337019464.jpg)
- <b>Richard Strauss (1864-1949), Salomé, op. 54 - Scène 4 (final) - « Ah! Ich habe deinen Mund geküsst, Jochanaan » (Salomé, Hérode)</b>, Malin Byström (soprano), Lance Ryan (ténor), Orchestre royal du Concertgebouw, dir. Daniele Gatti :
https://www.youtube.com/watch?v=s_f__p2MlXk [/*]
Précédemment, votre serviteur Hyarion Wrote:De mon côté, avec Wagner, Debussy, Ravel, Delibes, Gounod, et en sus maintenant Bizet, Offenbach et Johann Strauss fils, me voilà avec beaucoup de réécoutes accumulées ces derniers jours, et dont le compte-rendu ne peut que prendre du temps, petit à petit...
De fait, du temps, il m'en faut encore un peu... Et si vous ajoutez à cela de la musique des périodes antérieures au XIXe siècle, comme suggéré par Elendil, le programme ne peut que s'en trouver prolongé... mais je vais m'efforcer de continuer à procéder par étapes. ^^'
Elendil Wrote:Concernant Delibes, je garde un excellent souvenir du ballet Coppélia que j'avais vu il y a une douzaine d'années au Théâtre du Capitole, mais je te laisse bien volontiers la parole à son sujet. J'avais moins aimé la mise en scène du Faust de Gounod quelques années plus tard, mais quelle splendeur musicale !
Je n'ai pas eu la chance d'assister à des représentations de ces deux œuvres françaises du XIXe siècle, mais c'est bien à elles deux que je pensais. J'ai eu l'occasion de réécouter ces temps-ci une compilation sous forme d'album double CD, éditée chez Philips en 1993, proposant des interprétations, par l'Orchestre philharmonique de Rotterdam sous la baguette de David Zinman, de la totalité de la musique du ballet Coppélia de Delibes, ainsi que de la musique du ballet figurant dans l'opéra Faust de Gounod, sans doute un des opéras français les plus célèbres dans le monde (avec la Carmen de Bizet) et que l'on connait souvent par ailleurs, aujourd'hui encore, pour son célèbre Air des bijoux chanté au troisième acte par Marguerite (« Ah ! je ris de me voir si belle ») et associé au XXe siècle, par Hergé, à la cantatrice Bianca Castafiore dans l'univers de Tintin.
![[Image: 1714658762_2cd_philips_delibes_chopin_go...7632-2.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1714658762_2cd_philips_delibes_chopin_gounod_ballets_zinman_0-28943-87632-2.jpg)
Concernant la compilation de chez Philips, si l'on met à part la présence en son sein de la musique du ballet Les Sylphides – orchestrée d'après des pièces pour piano de Chopin par différents arrangeurs (Alexandre Glazounov, Maurice Keller, et plus tard Roy Douglas, dont la version est celle proposée dans cette compilation) depuis la création dudit ballet à Paris pour les Ballets russes en 1909 –, les musiques de Coppélia et du ballet de Faust nous plongent toutes deux, historiquement, dans la même période des derniers temps du Second Empire de Napoléon III (1852-1870), régime dont j'ai déjà plusieurs fois parlé en ces lieux. Coppélia fut triomphalement créé en effet le 25 mai 1870 à Paris, au Théâtre Impérial de l'Opéra, soit quelques jours après le plébiscite ayant validé l'évolution constitutionnelle libérale de l'Empire et quelques semaines avant le début, en juillet, de la guerre franco-prussienne qui allait provoquer la chute du régime impérial en septembre. L'opéra Faust avait, quant à lui, été créé à Paris plus tôt sous l'Empire, dès 1859 au Théâtre-Lyrique, avant de connaître rapidement un succès international puis d'entrer au répertoire de l'Opéra de Paris en 1869, une adoption par le Théatre Impérial qui nécessita l'ajout par Gounod d'un ballet au sein de son œuvre, conformément aux usages en vigueur sur la scène de cette institution (usages auxquels Richard Wagner avait lui aussi dû se conformer, en 1861, pour les représentations parisiennes de Tannhäuser, de même que Verdi avec son opéra Don Carlos en 1867). Gounod composa donc la musique du ballet de son Faust plus ou moins à la même époque et pour les mêmes interprètes que ceux du ballet Coppélia de Delibes, la création de la version dudit Faust ainsi augmenté dudit ballet ayant eu lieu à l'Opéra le 3 mars 1869.
S'agissant de Léo Delibes, ce compositeur est resté célèbre pour ses ballets La Source (1866), Coppélia (1870) et Sylvia (1876), ainsi que pour son opéra Lakmé (1880). Tchaïkovski, qui admirait le travail de Delibes, a pu aller jusqu'à considérer la musique de Sylvia comme étant plus belle que celle de son Lac des cygnes. Coppélia, ou la Fille aux yeux d'émail est un ballet en trois actes, dont l'histoire, écrite par Charles Nuitter et librement inspirée du conte d'Hoffmann L'Homme au sable, raconte les amours de Franz et Swanilda dans un village de Galicie, amours un temps contrariées par la belle Coppélia, qui se révèle n'être qu'un automate conçu par le mystérieux Docteur Coppélius. Le récit se termine bien, avec le mariage de Franz et Swanilda. Les meilleures pages orchestrales du ballet, à mes yeux, sans doute aussi les plus connues, sont notamment le très beau Prélude, la Valse lente et la Mazurka du premier acte.
- <b>Léo Delibes (1836-1891), Coppélia ou la Fille aux yeux d'émail, ballet</b>, Orchestre philharmonique de Rotterdam, dir. David Zinman :
- Premier acte - Prélude – Mazurka :
https://www.youtube.com/watch?v=SVCRLhyImLo
- Premier acte - 1. Valse lente :
https://www.youtube.com/watch?v=Nx8EJdFsC-4
- Premier acte - 2. Scène (Swanilda et Frantz) :
https://www.youtube.com/watch?v=nBao3EygtVA
- Premier acte - 3. Mazurka :
https://www.youtube.com/watch?v=5gVOFIuRbec[/*]
En ce qui concerne Charles Gounod et son Faust, le ballet rajouté à l'opéra en 1869 se situe dans le premier tableau du cinquième acte, plaçant l'action dans les montagnes du Harz, alors que Méphistophélès fait visiter son empire au docteur Faust et lui fait apparaître, dans une montagne entrouverte, [emphase]« un vaste palais resplendissant d'or, au milieu duquel se dresse une table richement servie et entourée de reines et de courtisanes de l'antiquité »[/emphase]. Méphisto espère bien que Faust sera séduit par ces reines et ces courtisanes... Le ballet, conçu avant tout comme un divertissement, met ainsi en scène [emphase]« Aspasie, Laïs et Phryné avec les courtisanes, Cléopâtre avec les esclaves nubiennes, Hélène avec les filles de Troie, [qui] viennent tour à tour enivrer Faust de leurs séductions. »[/emphase] Il comporte sept numéros : 1. Les Nubiennes, 2. Adagio, 3. Danse antique, 4. Variations de Cléopâtre, 5. Les Troyennes, 6. Variations du miroir, 7. Danse de Phryné.
Sans référence visuelle, il n'est pas forcément toujours évident de se faire une idée de ce à quoi peut correspondre exactement l'action dansée sur scène par rapport à la musique composée par Gounod. À partir de quelques sources distinctes (dont les indications d'origine ajoutées en supplément au livret de l'opéra) qui ne semblent pas se recouper parfaitement (notamment vis-à-vis des titres donnés aux numéros), voici les informations que j'ai pu trouver, au-delà donc des seuls titres attribués aux sept numéros du ballet :
[emphase]I. Allegretto, Tempo di valse
([Mesure 10 :] Aspasie et Laïs, à la tête des courtisanes, se lèvent et viennent inviter Faust et Méphistophélès à prendre part au festin.)
II. Adagio
([Mesure 1 :] Après elles, Cléopâtre et les Nubiennes viennent entourer Faust de leurs séductions.)
III. Allegretto
([Mesure 1 :] Les esclaves nubiennes boivent dans des coupes d'or les poisons de Cléopâtre, qui trempe elle-même ses lèvres dans la coupe où elle a fait dissoudre la plus précieuse de ses perles.)
IV. Moderato maestoso
([Mesure 1 :] À Cléopâtre succèdent les Troyennes et Hélène, rivale de Vénus.)
V. Moderato con moto
(Toilette d'Astarté.)
VI. Allegretto
([Mesure 1 :] Cette lutte de séduction est interrompue par l'apparition de Phryné entièrement voilée. Moment de curiosité.)
VII. Allegro vivo
([Mesure 1 :] D'un signe, elle ordonne à ses rivales de reprendre les danses un instant suspendues.
[Mesure 34 :] Elle s'y mêle elle-même, laissant peu à peu tomber ses voiles...
[Mesure 84 :] Entrée de Phryné apparaissant enfin dans tout l'éclat d'une radieuse beauté.
[Mesure 124 :] Son triomphe éveille autour d'elle des jalousies et des colères qui font dégénérer la fête en une bacchanale effrénée.
[Mesure 169 :] Les courtisanes vont retomber sur leurs coussins, épuisées et haletantes. Faust subjugué tend sa coupe à Phryné.)[/emphase]
Dans le septième et dernier numéro (Allegro vivo), aux accents frénétiques de bacchanale finale, l'entrée de la courtisane Phryné dévoilée [emphase]« dans tout l'éclat d'une radieuse beauté »[/emphase] est censé avoir lieu après que l'on ait entendu la trompette résonner (si j'ai bien suivi). Il faudrait sans doute idéalement pouvoir voir une mise en scène respectueuse des indications, avec éventuellement également la partition sous les yeux, pour se représenter aux mieux les choses... mais la musique de Gounod n'en est pas moins agréable et évocatrice, même si l'on reste dans le cadre conventionnel d'une expression de ballet classique.
- <b>Charles Gounod (1818-1893), Ballet de Faust</b>, Rotterdam Philharmonic Orchestra, dir. David Zinman :
- 1. « Les Nubiennes » (Allegretto [Tempo di valse]) :
https://www.youtube.com/watch?v=AmiQJMoPwLc
- 2. Adagio :
https://www.youtube.com/watch?v=e8xZq9c-kOI
- 3. « Danse antique » (Allegretto) :
https://www.youtube.com/watch?v=yUNRl6H_1Ec
- 4. « Variations de Cléopâtre » (Moderato maestoso) :
https://www.youtube.com/watch?v=kabpkAxu1w0
- 5. « Les Troyennes » (Moderato con moto) :
https://www.youtube.com/watch?v=2VK7-bm46CM
- 6. « Variations du miroir » (Allegretto) :
https://www.youtube.com/watch?v=DUOzESlfaWE
- 7. « Danse de Phryné » (Allegro vivo) :
https://www.youtube.com/watch?v=gB8-tQXpZZ4[/*]
Pour « le reste » (façon de parler...), Bizet, Offenbach et Johann Strauss fils, sans oublier Wagner, Debussy et Ravel, il faudra encore attendre un peu... [small]de même que (si ça intéresse quelqu'un) pour la musique de la Renaissance ou celle du règne de Louis XIV, dont j'ai réécouté aussi parfois un peu quelques œuvres représentatives ces temps-ci (j'aime notamment, entre autres, les répertoires anciens pour luth et pour clavecin).[/small]
Quelques mots encore cependant, faisant à nouveau écho à des échanges précédents : puisqu'il faut bien recommencer, peu à peu, à « aller de l'avant », je me suis décidé, ces jours-ci, à faire une nouvelle acquisition, pour quelques euros, au hasard d'une déambulation dans un de ces rares disquaires vendant toujours du CD d'occasion sans forcément passer par la Toile... Il s'agit d'une édition d'un album de chez Deutsche Grammophon, peut-être la première édition allemande en CD, d'un enregistrement édité originellement en 1981, proposant la célèbre Symphonie espagnole pour violon et orchestre d'Édouard Lalo, créé en février 1875 (un mois avant la Carmen de Bizet) et dont Elendil a déjà parlé en ces lieux il y a déjà quelque temps, suivie de ce qui est peut-être la seule œuvre véritablement concertante d'Hector Berlioz, à savoir sa composition Rêverie et Caprice pour violon et orchestre (Op. 8) écrite en 1841 pour le violoniste belge Alexandre Artot (ou Artôt). Les interprètes sont le violoniste virtuose Itzhak Perlman, qu'Elendil a déjà pu mentionner précédemment, et l'Orchestre de Paris (successeur de l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire) dirigé par Daniel Barenboim. L'album a plus tard été réédité en y ajoutant le Concerto pour violon n°3 de Saint-Saëns, mais le modeste CD d'origine, avec son programme Lalo + Berlioz s'est révélé en soi, et sans surprise, tout-à-fait à mon goût. L'interprétation de Perlman en soliste est de très haute qualité, au service d'œuvres du répertoire français ne souffrant assurément pas de la comparaison avec le grand répertoire austro-allemand, réputé dominant dans les domaines symphonique et concertant.
![[Image: 1716082518_cd_dg_lalo_berlioz_perlman_ba...003226.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716082518_cd_dg_lalo_berlioz_perlman_barenboim_400-032-2_028940003226.jpg)
- <b>Édouard Lalo (1823-1892), Symphonie espagnole en ré mineur, op. 21</b>, Itzhak Perlman (violon), Orchestre de Paris, dir. Daniel Barenboim :
- I. Allegro non troppo :
https://www.youtube.com/watch?v=NJMxCmHjsn4
- V. Rondo (Allegro) :
https://www.youtube.com/watch?v=-8Fka-LYkYQ[/*]
- <b>Hector Berlioz (1803-1869), Rêverie et Caprice pour violon et orchestre, op. 8</b>, Itzhak Perlman (violon), Orchestre de Paris, dir. Daniel Barenboim :
https://www.youtube.com/watch?v=qPjGh8HrH8E[/*]
Amicalement,
B.
[small][EDIT: correction de fautes diverses][/small]

