Je peux te confirmer que la Danse des sept voiles de Stratas en Salomé est d'un engagement absolu, dans une mise en scène remarquable, filmée avec l'exact degré de suggestion et de pudeur qui convenait. Je ne doute pas que tu l'apprécierais si tu avais l'occasion de la voir. Je suis par ailleurs très heureux que nos discussions t'aient amené à t'intéresser de plus près à Lalo, car en effet, ses œuvres concertantes ne souffrent guère de la comparaison avec le répertoire germanique autrement plus connu. Je trouve d'ailleurs franchement amusant que l'enregistrement que tu as trouvé soit celui de Perlman sous la direction de Barenboim, car justement je compte bien conclure ma déambulation d'aujourd'hui avec les deux complices. 
Toutefois, avant de traverser l'Atlantique, contentons-nous de franchir la Manche. Il pourrait sembler étrange que nous n'ayons guère parlé de compositeurs anglais alors que nous sommes sur un forum consacré à Tolkien (je n'ai souvenir que de deux brèves allusions aux Planètes de Holst, en 2021 et en 2023), mais il est vrai qu'après Henry Purcell (1659-1695), l'Angleterre n'a guère compté de compositeurs de renom pendant longtemps, à moins de compter parmi eux Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Saxon naturalisé Anglais à l'âge de quarante-deux ans. Toutefois, s'il en est un que Tolkien ne pouvait manquer de connaître, c'est assurément Sir Edward Elgar (1857-1934), le plus fameux des compositeurs anglais de sa jeunesse, par ailleurs catholique et originaire des West Midlands, la région d'élection de Tolkien. En outre, une des pièces les plus célèbres d'Elgar est sa mise en musique du Songe de Gérontius, célèbre poème de John Henry Newman (pas encore cardinal à cette époque), sous forme d'un oratorio joué pour la première fois en octobre 1900 à Birmingham, soit l'année de la conversion de la mère de Tolkien et la première année que celui-ci a passé à la King Edward's School. Si Tolkien n'a pas assisté à cette représentation (par ailleurs désastreuse), il semble improbable qu'il n'en ait pas entendu parler. Au demeurant, il est manifeste que lui et sa famille connaissaient Elgar, au moins de réputation, puisque Tolkien l'évoque de manière allusive dans une lettre à son fils Michael (Let., n° 249, datée d’octobre 1963), à propos de tout autre chose que la musique.
![[Image: 71plHn1Hq-L._SL1500_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71plHn1Hq-L._SL1500_.jpg)
Je suis moi-même très loin d'être bon connaisseur de ce compositeur, assez peu donnée à la radio, à l'exception des fameuses marches militaires Pomp and Circumstance. Fort heureusement, Warner a eu l'excellente idée de regrouper dans un coffret à petit prix toutes les œuvres d'Elgar dirigées par le grand chef d'orchestre anglais Sir John Barbirolli, qui était un de ses plus fervents défenseurs. L'une des pièces que je connaissais et appréciais déjà n'est autre que son Concerto pour violoncelle en Mi mineur Op. 85, sans doute un des plus beaux concertos écrits pour cet instrument, qui plus est interprété par une des plus grandes violoncellistes du siècle dernier, Jacqueline du Pré, accompagnée par l'Orchestre symphonique de Londres, lors d'une séance à juste titre qualifiée de légendaire. Du Pré n'avait alors que vingt ans et n'avait pas encore rencontré Barenboim, qui devait devenir son mari deux ans plus tard. Pour en rester à Elgar, les cinq marches militaires Pomp and Circumstance Op. 39 sont des morceaux dynamiques, et même rutilants, bénéficiant d'une riche orchestration, dont certaines sont ici jouées par l'Orchestre Philharmonia et d'autres par le New Philharmonia Orchestra (en fait la même phalange, comme j'ai eu l'occasion de l'indiquer). Leur titre est tiré d'un monologue d'Othello dans la pièce éponyme de Shakespeare. La première de ces marches, en Ré majeur, est de loin la plus célèbre, mais les autres méritent amplement l'écoute, à commencer par la troisième, en Ut mineur.
Du côté de mes découvertes, j'ai trouvé que l'ouverture de concert Froissart (Op. 19), inspirée par les chroniques de Jean Froissart sur la guerre de Cent ans, était encore assez manifestement une œuvre de jeunesse, dont le développement traîne un peu en longueur, bien qu'il n'y ait rien à reprocher à l'interprétation du New Philharmonia Orchestra. La Symphonie n° 1 en La bémol majeur Op. 55 bénéficie elle aussi d'une exécution soignée par l'Orchestre Philharmonia, mais c'est une pièce qui ne m'a pas particulièrement convaincu. Elle permet de passer un bon moment, assurément, mais ne comporte aucun passage qui m'ait paru particulièrement mémorable. Toutefois, j'ai vraiment apprécié l'autre ouverture de concert figurant dans ce coffret, l'Ouverture Cokaigne « In London Town » Op. 40. Elle dépeint avec vivacité et intelligence la vie quotidienne de Londres à l'époque d'Elgar. L'Introduction et Allegro pour cordes Op. 47, joué par le Quatuor Allegri et le Sinfonia de Londres est aussi un morceau intéressant où Elgar déploie tout son talent. Parmi les pièces brèves, il faut aussi que je cite Sospiri (Op. 70) et Elegy (Op. 58), elles aussi interprétées par le New Philharmonia, qui sont de petits joyaux de sensibilité et de finesse. Du côté des œuvres vocales, je recommanderais volontiers d'écouter Sea Pictures (Op. 37), dont l'inspiration et l'esprit typiquement britanniques sont particulièrement bien servis par la mezzo-soprano Janet Baker et l'Orchestre symphonique de Londres. L'évocation musicale de la nature laisse fréquemment transparaître la féerie, notamment dans la première pièce « Slumber Song », de Roden Noel. J'ai aussi été touché par le romantisme de la deuxième « In Haven (Capri) », dont le texte a été écrit par C. Alice Elgar, la femme du compositeur. Je l'ai trouvé d'autant plus émouvante qu'Elgar et sa femme durent surmonter d'assez grandes difficultés avant de se marier, du fait des conventions sociales de l'époque. Toutefois, ce sont les morceaux n° 4 « Where corals lie », de Richard Garnett et n° 5 « The Swimmer », d'A. Lindsay Gordon que j'ai préférés sur le plan musical.
Je suis plus ambivalent à propos de l'œuvre la plus connue d'Elgar, les Variations sur un thème original « Enigma » Op. 36. J'avoue n'avoir pas vraiment perçu la raison de l'engouement qu'elles ont suscité, même s'il s'agit assurément de morceaux de belle facture, très agréables à écouter. Cela dit, certains mélomanes reprochent à Barbirolli une interprétation trop monotone, aussi faudrait-il sans doute que j'écoute des versions moins célèbres, mais apparemment plus réussies, comme celle de Pierre Monteux. A ce stade, j'ai préféré me tourner vers le poème symphonique Falstaff (Op. 68), qui retrace l'histoire du chevalier éponyme dans les pièces Henry IV, première et seconde parties, de Shakespeare. Elgar la considérait comme son chef d'œuvre orchestral et je ne suis pas loin d'être du même avis. L'enregistrement de l'Orchestre de Hallé a beau avoir soixante ans, il n'a pas pris une ride. Barbirolli et son Orchestre de Hallé ont enregistré la même année la Symphonie n° 2 en Mi bémol majeur Op. 63, de caractère particulièrement romantique, que j'ai beaucoup appréciée aussi.
Les deux derniers CD de ce coffret sont essentiellement consacrés à l'enregistrement du Songe de Gérontius (Op. 38) par l'Orchestre de Hallé, accompagné des Chanteurs ambrosiens et du Chœur philharmonique de Sheffield, avec encore une fois Janet Baker, ainsi que le ténor Richard Lewis et la basse Kim Borg. En compléments sur le dernier CD figurent quelques raretés historiques en mono, notamment le premier des deux morceaux Enfants d'un rêve (Op. 43, titre original en français) et la deuxième des Trois danses bavaroises (Op. 27), par l'Orchestre de Hallé, dont le son reste bon malgré un léger souffle audible. Elles sont néanmoins éclipsées par le Songe de Gérontius, qui me semble être le chef d'œuvre d'Elgar. Celui-ci disait d'ailleurs à son sujet [emphase]« I have allowed my heart to open once »[/emphase], paroles qui me font irrésistiblement penser à la tournure similaire employée par Tolkien à propos du SdA. Les chanteurs sont splendides, particulièrement Richard Lewis, qui interprète le rôle de Gerontius, tandis que les parties pour chœur sont formidables. Comment résister à l'élan qui porte le chant de Gerontius, [emphase]« Sanctus fortis, Sanctus Deus, De profundis oro te... »[/emphase] ? Comment ne pas apprécier la manière dont la prière du Prêtre est reprise et amplifiée par le chœur des assistants, lorsque [emphase]« Go, in the name of Angels and Archangels »[/emphase] fait écho à [emphase]« Go, in the Name of the Holy Spirit »[/emphase] ? Comment ne pas trouver formidable (et tolkienienne) l'opposition entre la vivace cacophonie des démons aux portes du Paradis et l'harmonie des chœurs célestes ? Pour moi qui n'ai finalement qu'un goût assez modéré pour les oratorios religieux, je trouve qu'il y a là une adéquation exceptionnelle entre le thème, la mort d'un vieil homme et le trajet de son âme dans l'au-delà, le poème écrit par Newman et sa mise en musique par Elgar.
![[Image: 41X7sjJNsKL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/41X7sjJNsKL.jpg)
Il manquait à ce coffret le Concerto pour violon et orchestre en Si mineur Op. 61, que Barbirolli avait pourtant interprété maintes fois, mais celui-ci souhaitait absolument l'enregistrer avec son dédicataire, le grand violoniste Fritz Kreisler, ce qui n'avait pu se faire pour des raisons économiques. Barbirolli en avait été tellement affecté qu'il n'avait jamais souhaité l'enregistrer par la suite. Il en existe fort heureusement d'excellentes versions, comme celle d'Itzhak Perlman et de l'Orchestre symphonique de Chicago, avec le grand chef Daniel Barenboim. C'est une version relativement rapide de cette pièce-fleuve qui dure pas loin d'une heure, mais je trouve qu'elle en tire la quintessence, car Perlman y joue avec une sensibilité superlative. Si l'ampleur de ce concerto et le rôle majeur de l'orchestre évoquent volontiers celui de Brahms, la manière dont les thèmes et leur développement s'interpénètrent est typique d'Elgar. Il s'agit assurément d'un morceau à écouter et à réécouter. Qui plus est, ce CD propose en complément le Poème Op. 25 de Chausson, dont j'ai déjà parlé, toujours avec Perlman, cette fois accompagné par l'Orchestre philharmonique de New York dirigé par Zubin Mehta. La version de Perlman est excellente, plus sensible et nuancée encore que celle de Juillet, ce qui fait d'ailleurs ressortir les similarités entre le style de Chausson et celui d'Elgar. Ce n'est après tout pas si surprenant si l'on considère que les principales influences d'Elgar sont allemandes (Wagner et Brahms, surtout), mais aussi françaises (Berlioz, Massenet, Saint-Saëns et... Delibes
).
E.

Toutefois, avant de traverser l'Atlantique, contentons-nous de franchir la Manche. Il pourrait sembler étrange que nous n'ayons guère parlé de compositeurs anglais alors que nous sommes sur un forum consacré à Tolkien (je n'ai souvenir que de deux brèves allusions aux Planètes de Holst, en 2021 et en 2023), mais il est vrai qu'après Henry Purcell (1659-1695), l'Angleterre n'a guère compté de compositeurs de renom pendant longtemps, à moins de compter parmi eux Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Saxon naturalisé Anglais à l'âge de quarante-deux ans. Toutefois, s'il en est un que Tolkien ne pouvait manquer de connaître, c'est assurément Sir Edward Elgar (1857-1934), le plus fameux des compositeurs anglais de sa jeunesse, par ailleurs catholique et originaire des West Midlands, la région d'élection de Tolkien. En outre, une des pièces les plus célèbres d'Elgar est sa mise en musique du Songe de Gérontius, célèbre poème de John Henry Newman (pas encore cardinal à cette époque), sous forme d'un oratorio joué pour la première fois en octobre 1900 à Birmingham, soit l'année de la conversion de la mère de Tolkien et la première année que celui-ci a passé à la King Edward's School. Si Tolkien n'a pas assisté à cette représentation (par ailleurs désastreuse), il semble improbable qu'il n'en ait pas entendu parler. Au demeurant, il est manifeste que lui et sa famille connaissaient Elgar, au moins de réputation, puisque Tolkien l'évoque de manière allusive dans une lettre à son fils Michael (Let., n° 249, datée d’octobre 1963), à propos de tout autre chose que la musique.
![[Image: 71plHn1Hq-L._SL1500_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71plHn1Hq-L._SL1500_.jpg)
Je suis moi-même très loin d'être bon connaisseur de ce compositeur, assez peu donnée à la radio, à l'exception des fameuses marches militaires Pomp and Circumstance. Fort heureusement, Warner a eu l'excellente idée de regrouper dans un coffret à petit prix toutes les œuvres d'Elgar dirigées par le grand chef d'orchestre anglais Sir John Barbirolli, qui était un de ses plus fervents défenseurs. L'une des pièces que je connaissais et appréciais déjà n'est autre que son Concerto pour violoncelle en Mi mineur Op. 85, sans doute un des plus beaux concertos écrits pour cet instrument, qui plus est interprété par une des plus grandes violoncellistes du siècle dernier, Jacqueline du Pré, accompagnée par l'Orchestre symphonique de Londres, lors d'une séance à juste titre qualifiée de légendaire. Du Pré n'avait alors que vingt ans et n'avait pas encore rencontré Barenboim, qui devait devenir son mari deux ans plus tard. Pour en rester à Elgar, les cinq marches militaires Pomp and Circumstance Op. 39 sont des morceaux dynamiques, et même rutilants, bénéficiant d'une riche orchestration, dont certaines sont ici jouées par l'Orchestre Philharmonia et d'autres par le New Philharmonia Orchestra (en fait la même phalange, comme j'ai eu l'occasion de l'indiquer). Leur titre est tiré d'un monologue d'Othello dans la pièce éponyme de Shakespeare. La première de ces marches, en Ré majeur, est de loin la plus célèbre, mais les autres méritent amplement l'écoute, à commencer par la troisième, en Ut mineur.
Du côté de mes découvertes, j'ai trouvé que l'ouverture de concert Froissart (Op. 19), inspirée par les chroniques de Jean Froissart sur la guerre de Cent ans, était encore assez manifestement une œuvre de jeunesse, dont le développement traîne un peu en longueur, bien qu'il n'y ait rien à reprocher à l'interprétation du New Philharmonia Orchestra. La Symphonie n° 1 en La bémol majeur Op. 55 bénéficie elle aussi d'une exécution soignée par l'Orchestre Philharmonia, mais c'est une pièce qui ne m'a pas particulièrement convaincu. Elle permet de passer un bon moment, assurément, mais ne comporte aucun passage qui m'ait paru particulièrement mémorable. Toutefois, j'ai vraiment apprécié l'autre ouverture de concert figurant dans ce coffret, l'Ouverture Cokaigne « In London Town » Op. 40. Elle dépeint avec vivacité et intelligence la vie quotidienne de Londres à l'époque d'Elgar. L'Introduction et Allegro pour cordes Op. 47, joué par le Quatuor Allegri et le Sinfonia de Londres est aussi un morceau intéressant où Elgar déploie tout son talent. Parmi les pièces brèves, il faut aussi que je cite Sospiri (Op. 70) et Elegy (Op. 58), elles aussi interprétées par le New Philharmonia, qui sont de petits joyaux de sensibilité et de finesse. Du côté des œuvres vocales, je recommanderais volontiers d'écouter Sea Pictures (Op. 37), dont l'inspiration et l'esprit typiquement britanniques sont particulièrement bien servis par la mezzo-soprano Janet Baker et l'Orchestre symphonique de Londres. L'évocation musicale de la nature laisse fréquemment transparaître la féerie, notamment dans la première pièce « Slumber Song », de Roden Noel. J'ai aussi été touché par le romantisme de la deuxième « In Haven (Capri) », dont le texte a été écrit par C. Alice Elgar, la femme du compositeur. Je l'ai trouvé d'autant plus émouvante qu'Elgar et sa femme durent surmonter d'assez grandes difficultés avant de se marier, du fait des conventions sociales de l'époque. Toutefois, ce sont les morceaux n° 4 « Where corals lie », de Richard Garnett et n° 5 « The Swimmer », d'A. Lindsay Gordon que j'ai préférés sur le plan musical.
Je suis plus ambivalent à propos de l'œuvre la plus connue d'Elgar, les Variations sur un thème original « Enigma » Op. 36. J'avoue n'avoir pas vraiment perçu la raison de l'engouement qu'elles ont suscité, même s'il s'agit assurément de morceaux de belle facture, très agréables à écouter. Cela dit, certains mélomanes reprochent à Barbirolli une interprétation trop monotone, aussi faudrait-il sans doute que j'écoute des versions moins célèbres, mais apparemment plus réussies, comme celle de Pierre Monteux. A ce stade, j'ai préféré me tourner vers le poème symphonique Falstaff (Op. 68), qui retrace l'histoire du chevalier éponyme dans les pièces Henry IV, première et seconde parties, de Shakespeare. Elgar la considérait comme son chef d'œuvre orchestral et je ne suis pas loin d'être du même avis. L'enregistrement de l'Orchestre de Hallé a beau avoir soixante ans, il n'a pas pris une ride. Barbirolli et son Orchestre de Hallé ont enregistré la même année la Symphonie n° 2 en Mi bémol majeur Op. 63, de caractère particulièrement romantique, que j'ai beaucoup appréciée aussi.
Les deux derniers CD de ce coffret sont essentiellement consacrés à l'enregistrement du Songe de Gérontius (Op. 38) par l'Orchestre de Hallé, accompagné des Chanteurs ambrosiens et du Chœur philharmonique de Sheffield, avec encore une fois Janet Baker, ainsi que le ténor Richard Lewis et la basse Kim Borg. En compléments sur le dernier CD figurent quelques raretés historiques en mono, notamment le premier des deux morceaux Enfants d'un rêve (Op. 43, titre original en français) et la deuxième des Trois danses bavaroises (Op. 27), par l'Orchestre de Hallé, dont le son reste bon malgré un léger souffle audible. Elles sont néanmoins éclipsées par le Songe de Gérontius, qui me semble être le chef d'œuvre d'Elgar. Celui-ci disait d'ailleurs à son sujet [emphase]« I have allowed my heart to open once »[/emphase], paroles qui me font irrésistiblement penser à la tournure similaire employée par Tolkien à propos du SdA. Les chanteurs sont splendides, particulièrement Richard Lewis, qui interprète le rôle de Gerontius, tandis que les parties pour chœur sont formidables. Comment résister à l'élan qui porte le chant de Gerontius, [emphase]« Sanctus fortis, Sanctus Deus, De profundis oro te... »[/emphase] ? Comment ne pas apprécier la manière dont la prière du Prêtre est reprise et amplifiée par le chœur des assistants, lorsque [emphase]« Go, in the name of Angels and Archangels »[/emphase] fait écho à [emphase]« Go, in the Name of the Holy Spirit »[/emphase] ? Comment ne pas trouver formidable (et tolkienienne) l'opposition entre la vivace cacophonie des démons aux portes du Paradis et l'harmonie des chœurs célestes ? Pour moi qui n'ai finalement qu'un goût assez modéré pour les oratorios religieux, je trouve qu'il y a là une adéquation exceptionnelle entre le thème, la mort d'un vieil homme et le trajet de son âme dans l'au-delà, le poème écrit par Newman et sa mise en musique par Elgar.
![[Image: 41X7sjJNsKL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/41X7sjJNsKL.jpg)
Il manquait à ce coffret le Concerto pour violon et orchestre en Si mineur Op. 61, que Barbirolli avait pourtant interprété maintes fois, mais celui-ci souhaitait absolument l'enregistrer avec son dédicataire, le grand violoniste Fritz Kreisler, ce qui n'avait pu se faire pour des raisons économiques. Barbirolli en avait été tellement affecté qu'il n'avait jamais souhaité l'enregistrer par la suite. Il en existe fort heureusement d'excellentes versions, comme celle d'Itzhak Perlman et de l'Orchestre symphonique de Chicago, avec le grand chef Daniel Barenboim. C'est une version relativement rapide de cette pièce-fleuve qui dure pas loin d'une heure, mais je trouve qu'elle en tire la quintessence, car Perlman y joue avec une sensibilité superlative. Si l'ampleur de ce concerto et le rôle majeur de l'orchestre évoquent volontiers celui de Brahms, la manière dont les thèmes et leur développement s'interpénètrent est typique d'Elgar. Il s'agit assurément d'un morceau à écouter et à réécouter. Qui plus est, ce CD propose en complément le Poème Op. 25 de Chausson, dont j'ai déjà parlé, toujours avec Perlman, cette fois accompagné par l'Orchestre philharmonique de New York dirigé par Zubin Mehta. La version de Perlman est excellente, plus sensible et nuancée encore que celle de Juillet, ce qui fait d'ailleurs ressortir les similarités entre le style de Chausson et celui d'Elgar. Ce n'est après tout pas si surprenant si l'on considère que les principales influences d'Elgar sont allemandes (Wagner et Brahms, surtout), mais aussi françaises (Berlioz, Massenet, Saint-Saëns et... Delibes
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