Triste dimanche me concernant, en ce 26 mai censé être festif... Le temps m'a par ailleurs manqué pour terminer d'écrire tout ce qui était prévu, et à quoi se sont ajoutés d'autres choses... Bref, on n'a pas fini de feuilletonner...
Merci Elendil, pour ton évocation d'Elgar : je me disais justement, ces temps-ci, qu'il allait bien falloir se décider à parler de ce compositeur, notamment en raison des nombreux points communs que l'on peut effectivement lui trouver avec Tolkien.
Personnellement, c'est sans doute dans le sillage de mon voyage à Londres en 1997 (dont j'ai parlé ailleurs en 2022), vers la fin du siècle dernier, que j'ai été curieux de connaître les œuvres d'Elgar, non sans difficultés, car elles ont longtemps été peu diffusées en France, que ce soit par la radio ou par le disque. Je me souviens que c'est lors d'un séjour à Paris en 1999, à la Fnac des Champs-Élysées [small](alors récemment fondée... mais qui va parait-il fermer ses portes à la fin de cette année pour cause de déficit chronique)[/small], que j'avais fini par trouver une compilation, de chez EMI Classics en un CD édité en 1997, dédiée aux Concertos pour violoncelle d'Antonín Dvořák (créé au Queen's Hall à Londres en 1896) et d'Edward Elgar (aussi créé au Queen's Hall à Londres, en 1919), regroupant des enregistrements des années 1970, issus de deux albums distincts à l'origine, du violoncelliste Paul Tortelier, accompagné par l'Orchestre symphonique de Londres (LSO) dirigé par André Previn (pour le Concerto de Dvořák) et par Adrian Boult (pour le Concerto d'Elgar, qui fut du reste créé par le LSO, sous la direction du compositeur).
... avec notamment celui de Dvořák, oui, de fait, je suis tout-à-fait d'accord.
Les deux enregistrements que je connais, via la compilation de 1997 d'EMI que j'ai évoquée (et réécoutée récemment : Elendil incite incidemment assez souvent à la réécoute des classiques de ma discothèque), sont proposés sur YouTube, quoique s'agissant du Concerto pour violoncelle d'Elgar, j'ai constaté, hélas, une mauvaise attribution de fichier audio pour les deux premiers des quatre mouvements de l'œuvre (ce sont inexplicablement d'autres extraits d'une autre œuvre musicale que l'on entend : comme quoi, il faut bien toujours vérifier, comme j'ai pris l'habitude de le faire, si le référencement du contenu des albums CD repris sur YouTube est correct).
![[Image: 1716755600_cd_emi-classics_1997_dvorak_e...999825.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755600_cd_emi-classics_1997_dvorak_elgar_tortelier_previn_boult_724348999825.jpg)
S'agissant des Variations sur un thème original « Enigma », je les connais depuis très longtemps au disque par une modeste version datant de la toute fin de la guerre froide, enregistrée en 1989 par l'Orchestre symphonique de la Radio tchécoslovaque dirigé par Adrian Leaper, et éditée en CD chez Naxos, avec d'autres enregistrements de quelques autres œuvres orchestrales d'Elgar : deux des cinq marches Pomp and Circumstance (n°1 et n°4, sans doute les plus populaires), une version pour orchestre de la mélodie Salut d'Amour (Liebesgruß), Op. 12, pièce qui fut un cadeau de mariage du compositeur à sa future épouse Caroline Alice (le titre en français de cette pièce, originellement nommée en allemand, a été attribué par l'éditeur Schott & Co, le morceau ayant eu tendance à mieux se vendre ainsi en Europe), et la Sérénade en mi mineur pour cordes, Op. 20. Il est possible que l'engouement que les Variations « Enigma » ont suscité soit dû à la dimension sciemment mystérieuse de l'œuvre (évoquée par Marc Vignal dans le Guide de la musique symphonique dirigé par F.-R. Tranchefort, ouvrage déjà cité dans mon long message consacré à Berlioz), avec d'une part un thème de six mesures en sol mineur et de quatre mesures en sol majeur supposé servir possiblement de contrepoint à une mélodie très célèbre mais jamais vraiment identifiée, et quatorze variations dédiées à des amis du compositeur désignés par des initiales ou par un pseudonyme. Ces Variations, à l'instar des marches Pomp and Circumstance, toutes pièces certes agréables à écouter, ne sont pas ce que je préfère chez Elgar, même si je retiens tout de même le côté particulièrement sympathique de la variation n°11 « GRS », qui évoque G. R. Sinclair, organiste à la cathédrale de Hereford, et en particulier Dan, son chien bouledogue, tombant à l'eau dans la rivière Wye, nageant à contre-courant et aboyant joyeusement en rejoignant la terre ferme. Salut d'Amour et la Sérénade pour cordes sont aussi agréables à écouter.
![[Image: 1716755650_cd_naxos_elgar_enigma_variati...416129.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755650_cd_naxos_elgar_enigma_variations_leaper_636943416129.jpg)
Je connais cette première symphonie d'Elgar, également agréable à écouter, dans une interprétation par l'Orchestre philharmonique de Londres (London Philharmonic Orchestra) dirigé par Leonard Slatkin en 1989, parue en CD chez BMG Music en 1991, sous le label RCA Victor Red Seal. Il se trouve que cet album CD contient également une interprétation, par les mêmes exécutants lors des mêmes sessions d'enregistrements, d'une œuvre faisant partie des pages orchestrales d'Elgar qui sont, au moins à mes yeux (à mes oreilles), aussi belles et mémorables que le Concerto pour violoncelle, Op. 85, déjà évoqué : il s'agit de In the South (Alassio), Op. 50, une ouverture composée en Italie pendant l'hiver 1903-1904 durant la majeure partie duquel Elgar séjourna en famille à Alassio, sur la côte ligurienne, son titre « Dans le Sud » reflétant selon le compositeur [emphase]« les pensées et sentiments tirés d'une merveilleuse après-midi dans la vallée d'Andora »[/emphase]. Commençant par un vigoureux premier thème Vivace en mi bémol, puis enchainant les épisodes en tons mineurs et majeurs, cette brillante ouverture peut faire penser aux poèmes symphoniques de Liszt et de Richard Strauss, mais aussi plus précisément à Harold en Italie de Berlioz, avec un solo d'alto qui apparait à peu près au début de la deuxième moitié de l'œuvre, et des références à Byron (comme chez Berlioz) figurant dans le manuscrit de la composition. Comme Elendil a pu le remarquer, Elgar connaissait et appréciait la musique de Berlioz et d'autres compositeurs français, Gounod, Saint-Saëns, Massenet, Delibes, des auteurs dont il a loué les qualités en matière d'orchestration, caractéristiques de la création musicale française du XIXe siècle.
![[Image: 1716755702_cd_rca-red-seal_elgar_slatkin...038021.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755702_cd_rca-red-seal_elgar_slatkin_0035626038021.jpg)
En ce qui concerne Gustav Holst, ces dernières années [small](sans compter donc les allusions antérieures plus ou moins anecdotiques dont la première sur ce forum, me concernant, remonte à... mars 2004 ! ^^')[/small], j'avais effectivement parlé succinctement des Planètes dans les messages de 2021 et 2023 auxquels tu fait référence, ainsi que dans un autre message en 2022, dans le fuseau dédié à Robert E. Howard, où du reste, nous échangions déjà un peu autour de la musique dite classique : ce message
Et en dehors des Planètes, j'ai aussi eu l'occasion, dans un message de décembre 2016, de déjà signaler une autre œuvre pour orchestre de Holst, dont il ne me déplait pas de reparler à présent, à savoir sa Symphonie en fa majeur « Les Cotswolds » (“The Cotswolds”), Op. 8, composée en 1899 et 1900, puis créé par l'Orchestre municipal de Bournemouth (Bournemouth Municipal Orchestra) en 1902, un an après que le compositeur se soit marié. Si Tolkien s'intéressa seulement à l'esthétique médiévaliste et au style littéraire archaïsant de William Morris, Gustav Holst fut pour sa part sensible (du moins à sa façon) aux idéaux socialistes de Morris et à la personnalité de ce dernier, ce qui l'amena à adhérer au Club socialiste de la Kelmscott House à Hammersmith. Dirigeant le Chœur socialiste de Hammersmith à partir de 1897, il y rencontra sa future épouse Isobel, choriste soprano. Le principal mouvement de la Symphonie « Les Cotswolds », le deuxième sur quatre, lent et élégiaque, est dédié à la mémoire de William Morris, mort en octobre 1896 à 62 ans.
Cette symphonie a fait l'objet d'un enregistrement en octobre 2011 par l'Orchestre de l'Ulster sous la direction de Joann Falletta, édité chez Naxos en 2012 avec d'autres enregistrements, par la même formation sous la baguette de Falletta, d'œuvres symphoniques méconnues de Holst, dont l'ouverture Walt Whitman, Op. 7, inspiré par le poète américain, une Suite japonaise (Japanese Suite), Op. 33, écrite à la demande du danseur et chorégraphe nippon Michio Itō, et un poème symphonique, Indra, Op. 13, d'inspiration indienne comme son titre l'indique, composé par Holst en 1903, en pleine période d'écriture (entre 1900 et 1906) de son premier opéra Sita d'après le Râmâyana, le compositeur ayant connu, à l'instar de nombre de ses contemporains britanniques, une période d'intérêt poussé pour la culture et la spiritualité de l'Inde. Indra est une belle œuvre orchestrale, évoquant ce dieu de la mythologie védique puis de l'hindouisme, Seigneur du Ciel, dieu de la pluie et des orages, qui triomphe du démon Vritra (Vṛtra).
![[Image: 1716755625_cd_naxos_holst_cotswolds_fall...291472.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755625_cd_naxos_holst_cotswolds_falletta_747313291472.jpg)
Pour en revenir aux Planètes, Op. 32, suite pour orchestre composée par Holst de 1914 à 1917 et dont la célébrité a largement éclipsé toutes les autres œuvres de ce compositeur, j'avais discrètement signalé, dans un précédent message de 2021, avoir pu écouter ladite suite en concert, interprétée par l'Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par Tugan Sokhiev, à la Halle aux Grains le soir du 8 novembre de cette année-là... Aurai-je prochainement l'occasion d'en dire ces temps-ci un peu plus sur l'œuvre elle-même, et en particulier sur mes deux mouvements préférés sur les sept que comporte cette suite : Vénus, celle qui apporte la paix (“Venus, the Bringer of Peace”) et Neptune, le mystique (“Neptune, the Mystic”) ? L'avenir le dira, sachant que Bizet, Offenbach, Johann Strauss fils, Wagner, Debussy et Ravel attendent encore d'être évoqués, alors que mes réécoutes de leurs œuvres sont toujours d'actualité.
S'agissant de Claude Debussy, il se trouve que son unique opéra Pelléas et Mélisande (d'après la pièce de théâtre symboliste de Maeterlinck, qui inspira aussi Fauré, Sibelius et Schönberg) était depuis le 17 mai dernier jusqu'à aujourd'hui, 26 mai, proposé pour cinq représentations au théâtre du Capitole, en tant qu'avant dernier spectacle de la saison 2023-2024 de l'Opéra national du Capitole de Toulouse. J'ai pu assister (en ayant dû prendre la voiture...), dimanche dernier dans l'après-midi (à partir de 15h et jusqu'à un peu au-delà de 18h : j'y étais donc au moment où Elendil a mis en ligne son précédent message du 19 mai) à une de ces représentations, et j'en dirais si possible également quelques mots prochainement...
![[Image: 1716755753_opera-national-du-capitole_de...e_2024.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755753_opera-national-du-capitole_debussy_pelleas-et-melisande_toulouse_2024.jpg)
Pour l'heure, vu les circonstances dominicales succinctement évoquées au début de ce message, ce sera avec Fauré que je terminerai, en ayant réécouté aujourd'hui, avec une certaine émotion je l'avoue [small](comme quand j'ai ensuite relu et réécouté Duke Ellington)[/small], un peu de son grand Requiem, op. 48, et notamment les passages les plus beaux à mes yeux (à mes oreilles) que sont l'Agnus Dei et la dernière partie In Paradisum. Je connais surtout le Requiem de Fauré à travers deux interprétations au disque : celle dont a déjà parlé Elendil précédemment, avec l'Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par Michel Plasson (avec notamment, en soliste, la soprano Barbara Hendricks et le baryton José van Dam), enregistrée en juillet 1984 à la Halle aux Grains et éditée en CD chez EMI (avec un enregistrement de la Cantate de Jean Racine pour choeur et orchestre, le tout ayant été intégré plus tard dans la compilation dont a parlé Elendil), et une interprétation plus ancienne, avec l'Orchestre de la Suisse-Romande dirigé par Ernest Ansermet, enregistrée en octobre 1955 (avec notamment la soprano Suzanne Danco et le baryton Gérard Souzay) et plusieurs fois éditée en CD chez Decca (avec des enregistrements de plusieurs œuvres orchestrales de Fauré, dont Masques et bergamasques, op. 112, œuvre déjà aussi évoquée par Elendil mais dont j'aurai peut-être l'occasion de reparler...).
![[Image: 1716755790_cd_emi_faure_requiem_plasson_07777473172.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755790_cd_emi_faure_requiem_plasson_07777473172.jpg)
![[Image: 1716755887_cd_decca_faure_requiem_anserm...650820.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755887_cd_decca_faure_requiem_ansermet_028946650820.jpg)
Amicalement,
B.
[small](EDIT: correction de fautes)[/small]
Merci Elendil, pour ton évocation d'Elgar : je me disais justement, ces temps-ci, qu'il allait bien falloir se décider à parler de ce compositeur, notamment en raison des nombreux points communs que l'on peut effectivement lui trouver avec Tolkien.
Personnellement, c'est sans doute dans le sillage de mon voyage à Londres en 1997 (dont j'ai parlé ailleurs en 2022), vers la fin du siècle dernier, que j'ai été curieux de connaître les œuvres d'Elgar, non sans difficultés, car elles ont longtemps été peu diffusées en France, que ce soit par la radio ou par le disque. Je me souviens que c'est lors d'un séjour à Paris en 1999, à la Fnac des Champs-Élysées [small](alors récemment fondée... mais qui va parait-il fermer ses portes à la fin de cette année pour cause de déficit chronique)[/small], que j'avais fini par trouver une compilation, de chez EMI Classics en un CD édité en 1997, dédiée aux Concertos pour violoncelle d'Antonín Dvořák (créé au Queen's Hall à Londres en 1896) et d'Edward Elgar (aussi créé au Queen's Hall à Londres, en 1919), regroupant des enregistrements des années 1970, issus de deux albums distincts à l'origine, du violoncelliste Paul Tortelier, accompagné par l'Orchestre symphonique de Londres (LSO) dirigé par André Previn (pour le Concerto de Dvořák) et par Adrian Boult (pour le Concerto d'Elgar, qui fut du reste créé par le LSO, sous la direction du compositeur).
Elendil Wrote:...son Concerto pour violoncelle en Mi mineur Op. 85, sans doute un des plus beaux concertos écrits pour cet instrument...
... avec notamment celui de Dvořák, oui, de fait, je suis tout-à-fait d'accord.
Les deux enregistrements que je connais, via la compilation de 1997 d'EMI que j'ai évoquée (et réécoutée récemment : Elendil incite incidemment assez souvent à la réécoute des classiques de ma discothèque), sont proposés sur YouTube, quoique s'agissant du Concerto pour violoncelle d'Elgar, j'ai constaté, hélas, une mauvaise attribution de fichier audio pour les deux premiers des quatre mouvements de l'œuvre (ce sont inexplicablement d'autres extraits d'une autre œuvre musicale que l'on entend : comme quoi, il faut bien toujours vérifier, comme j'ai pris l'habitude de le faire, si le référencement du contenu des albums CD repris sur YouTube est correct).
![[Image: 1716755600_cd_emi-classics_1997_dvorak_e...999825.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755600_cd_emi-classics_1997_dvorak_elgar_tortelier_previn_boult_724348999825.jpg)
- <b>Antonín Dvořák (1841-1904), Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op. 104, B191</b>, Paul Tortelier (violoncelle), Orchestre symphonique de Londres (London Symphony Orchestra), dir. André Previn :
- III. Finale (Allegro Moderato - Andante - Allegro Vivo) :
https://www.youtube.com/watch?v=_B_C6aC6UIA[/*]
- <b>Edward Elgar (1857-1934), Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur, op. 85</b>, Paul Tortelier (violoncelle), Orchestre symphonique de Londres (London Symphony Orchestra), dir. Sir Adrian Boult :
- IV. Allegro – Moderato – Allegro, ma non-troppo – Poco più lento – Adagio :
https://www.youtube.com/watch?v=KCWQ3tdhjXo[/*]
Elendil Wrote:Je suis plus ambivalent à propos de l'oeuvre la plus connue d'Elgar, les Variations sur un thème original « Enigma » Op. 36. J'avoue n'avoir pas vraiment perçu la raison de l'engouement qu'elles ont suscité, même s'il s'agit assurément de morceaux de belle facture, très agréables à écouter. Cela dit, certains mélomanes reprochent à Barbirolli une interprétation trop monotone, aussi faudrait-il sans doute que j'écoute des versions moins célèbres, mais apparemment plus réussies, comme celle de Pierre Monteux.
S'agissant des Variations sur un thème original « Enigma », je les connais depuis très longtemps au disque par une modeste version datant de la toute fin de la guerre froide, enregistrée en 1989 par l'Orchestre symphonique de la Radio tchécoslovaque dirigé par Adrian Leaper, et éditée en CD chez Naxos, avec d'autres enregistrements de quelques autres œuvres orchestrales d'Elgar : deux des cinq marches Pomp and Circumstance (n°1 et n°4, sans doute les plus populaires), une version pour orchestre de la mélodie Salut d'Amour (Liebesgruß), Op. 12, pièce qui fut un cadeau de mariage du compositeur à sa future épouse Caroline Alice (le titre en français de cette pièce, originellement nommée en allemand, a été attribué par l'éditeur Schott & Co, le morceau ayant eu tendance à mieux se vendre ainsi en Europe), et la Sérénade en mi mineur pour cordes, Op. 20. Il est possible que l'engouement que les Variations « Enigma » ont suscité soit dû à la dimension sciemment mystérieuse de l'œuvre (évoquée par Marc Vignal dans le Guide de la musique symphonique dirigé par F.-R. Tranchefort, ouvrage déjà cité dans mon long message consacré à Berlioz), avec d'une part un thème de six mesures en sol mineur et de quatre mesures en sol majeur supposé servir possiblement de contrepoint à une mélodie très célèbre mais jamais vraiment identifiée, et quatorze variations dédiées à des amis du compositeur désignés par des initiales ou par un pseudonyme. Ces Variations, à l'instar des marches Pomp and Circumstance, toutes pièces certes agréables à écouter, ne sont pas ce que je préfère chez Elgar, même si je retiens tout de même le côté particulièrement sympathique de la variation n°11 « GRS », qui évoque G. R. Sinclair, organiste à la cathédrale de Hereford, et en particulier Dan, son chien bouledogue, tombant à l'eau dans la rivière Wye, nageant à contre-courant et aboyant joyeusement en rejoignant la terre ferme. Salut d'Amour et la Sérénade pour cordes sont aussi agréables à écouter.
![[Image: 1716755650_cd_naxos_elgar_enigma_variati...416129.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755650_cd_naxos_elgar_enigma_variations_leaper_636943416129.jpg)
- <b>Edward Elgar, Variations sur un thème original « Enigma », Op. 36</b>, Orchestre symphonique de la Radio tchécoslovaque, dir. Adrian Leaper :
- <b>XI.</b> « G.R.S. » (George Robertson Sinclair) :
https://www.youtube.com/watch?v=5LDy0moufwc [/*]
Elendil Wrote:La Symphonie n° 1 en La bémol majeur Op. 55 bénéficie elle aussi d'une exécution soignée par l'Orchestre Philharmonia, mais c'est une pièce qui ne m'a pas particulièrement convaincu. Elle permet de passer un bon moment, assurément, mais ne comporte aucun passage qui m'ait paru particulièrement mémorable.
Je connais cette première symphonie d'Elgar, également agréable à écouter, dans une interprétation par l'Orchestre philharmonique de Londres (London Philharmonic Orchestra) dirigé par Leonard Slatkin en 1989, parue en CD chez BMG Music en 1991, sous le label RCA Victor Red Seal. Il se trouve que cet album CD contient également une interprétation, par les mêmes exécutants lors des mêmes sessions d'enregistrements, d'une œuvre faisant partie des pages orchestrales d'Elgar qui sont, au moins à mes yeux (à mes oreilles), aussi belles et mémorables que le Concerto pour violoncelle, Op. 85, déjà évoqué : il s'agit de In the South (Alassio), Op. 50, une ouverture composée en Italie pendant l'hiver 1903-1904 durant la majeure partie duquel Elgar séjourna en famille à Alassio, sur la côte ligurienne, son titre « Dans le Sud » reflétant selon le compositeur [emphase]« les pensées et sentiments tirés d'une merveilleuse après-midi dans la vallée d'Andora »[/emphase]. Commençant par un vigoureux premier thème Vivace en mi bémol, puis enchainant les épisodes en tons mineurs et majeurs, cette brillante ouverture peut faire penser aux poèmes symphoniques de Liszt et de Richard Strauss, mais aussi plus précisément à Harold en Italie de Berlioz, avec un solo d'alto qui apparait à peu près au début de la deuxième moitié de l'œuvre, et des références à Byron (comme chez Berlioz) figurant dans le manuscrit de la composition. Comme Elendil a pu le remarquer, Elgar connaissait et appréciait la musique de Berlioz et d'autres compositeurs français, Gounod, Saint-Saëns, Massenet, Delibes, des auteurs dont il a loué les qualités en matière d'orchestration, caractéristiques de la création musicale française du XIXe siècle.
![[Image: 1716755702_cd_rca-red-seal_elgar_slatkin...038021.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755702_cd_rca-red-seal_elgar_slatkin_0035626038021.jpg)
- <b>Edward Elgar, In the South (Alassio), Op. 50 (ouverture)</b>, Norbert Blume (alto), Orchestre philharmonique de Londres (London Philharmonic Orchestra), dir. Leonard Slatkin :
https://www.youtube.com/watch?v=jzAbhOvF0AI [/*]
Elendil Wrote:Il pourrait sembler étrange que nous n'ayons guère parlé de compositeurs anglais alors que nous sommes sur un forum consacré à Tolkien (je n'ai souvenir que de deux brèves allusions aux Planètes de Holst, en 2021 et en 2023), mais il est vrai qu'après Henry Purcell (1659-1695), l'Angleterre n'a guère compté de compositeurs de renom pendant longtemps, à moins de compter parmi eux Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Saxon naturalisé Anglais à l'âge de quarante-deux ans.
En ce qui concerne Gustav Holst, ces dernières années [small](sans compter donc les allusions antérieures plus ou moins anecdotiques dont la première sur ce forum, me concernant, remonte à... mars 2004 ! ^^')[/small], j'avais effectivement parlé succinctement des Planètes dans les messages de 2021 et 2023 auxquels tu fait référence, ainsi que dans un autre message en 2022, dans le fuseau dédié à Robert E. Howard, où du reste, nous échangions déjà un peu autour de la musique dite classique : ce message
Et en dehors des Planètes, j'ai aussi eu l'occasion, dans un message de décembre 2016, de déjà signaler une autre œuvre pour orchestre de Holst, dont il ne me déplait pas de reparler à présent, à savoir sa Symphonie en fa majeur « Les Cotswolds » (“The Cotswolds”), Op. 8, composée en 1899 et 1900, puis créé par l'Orchestre municipal de Bournemouth (Bournemouth Municipal Orchestra) en 1902, un an après que le compositeur se soit marié. Si Tolkien s'intéressa seulement à l'esthétique médiévaliste et au style littéraire archaïsant de William Morris, Gustav Holst fut pour sa part sensible (du moins à sa façon) aux idéaux socialistes de Morris et à la personnalité de ce dernier, ce qui l'amena à adhérer au Club socialiste de la Kelmscott House à Hammersmith. Dirigeant le Chœur socialiste de Hammersmith à partir de 1897, il y rencontra sa future épouse Isobel, choriste soprano. Le principal mouvement de la Symphonie « Les Cotswolds », le deuxième sur quatre, lent et élégiaque, est dédié à la mémoire de William Morris, mort en octobre 1896 à 62 ans.
Cette symphonie a fait l'objet d'un enregistrement en octobre 2011 par l'Orchestre de l'Ulster sous la direction de Joann Falletta, édité chez Naxos en 2012 avec d'autres enregistrements, par la même formation sous la baguette de Falletta, d'œuvres symphoniques méconnues de Holst, dont l'ouverture Walt Whitman, Op. 7, inspiré par le poète américain, une Suite japonaise (Japanese Suite), Op. 33, écrite à la demande du danseur et chorégraphe nippon Michio Itō, et un poème symphonique, Indra, Op. 13, d'inspiration indienne comme son titre l'indique, composé par Holst en 1903, en pleine période d'écriture (entre 1900 et 1906) de son premier opéra Sita d'après le Râmâyana, le compositeur ayant connu, à l'instar de nombre de ses contemporains britanniques, une période d'intérêt poussé pour la culture et la spiritualité de l'Inde. Indra est une belle œuvre orchestrale, évoquant ce dieu de la mythologie védique puis de l'hindouisme, Seigneur du Ciel, dieu de la pluie et des orages, qui triomphe du démon Vritra (Vṛtra).
![[Image: 1716755625_cd_naxos_holst_cotswolds_fall...291472.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755625_cd_naxos_holst_cotswolds_falletta_747313291472.jpg)
- <b>Gustav Holst (1874-1934), Symphonie in fa majeur « Les Cotswolds » (“The Cotswolds”), Op. 8</b>, Orchestre de l'Ulster, dir. Joann Falletta :
- II. Élégie (à la mémoire de William Morris) [<i>Elegy (In Memoriam William Morris)</i>], Molto Adagio :
https://www.youtube.com/watch?v=ujy0zfxvhMc [/*]
- <b>Gustav Holst, Indra, poème symphonique, Op. 13</b>, Orchestre de l'Ulster, dir. Joann Falletta :
https://www.youtube.com/watch?v=CsCTwXl0w4A [/*]
Pour en revenir aux Planètes, Op. 32, suite pour orchestre composée par Holst de 1914 à 1917 et dont la célébrité a largement éclipsé toutes les autres œuvres de ce compositeur, j'avais discrètement signalé, dans un précédent message de 2021, avoir pu écouter ladite suite en concert, interprétée par l'Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par Tugan Sokhiev, à la Halle aux Grains le soir du 8 novembre de cette année-là... Aurai-je prochainement l'occasion d'en dire ces temps-ci un peu plus sur l'œuvre elle-même, et en particulier sur mes deux mouvements préférés sur les sept que comporte cette suite : Vénus, celle qui apporte la paix (“Venus, the Bringer of Peace”) et Neptune, le mystique (“Neptune, the Mystic”) ? L'avenir le dira, sachant que Bizet, Offenbach, Johann Strauss fils, Wagner, Debussy et Ravel attendent encore d'être évoqués, alors que mes réécoutes de leurs œuvres sont toujours d'actualité.
S'agissant de Claude Debussy, il se trouve que son unique opéra Pelléas et Mélisande (d'après la pièce de théâtre symboliste de Maeterlinck, qui inspira aussi Fauré, Sibelius et Schönberg) était depuis le 17 mai dernier jusqu'à aujourd'hui, 26 mai, proposé pour cinq représentations au théâtre du Capitole, en tant qu'avant dernier spectacle de la saison 2023-2024 de l'Opéra national du Capitole de Toulouse. J'ai pu assister (en ayant dû prendre la voiture...), dimanche dernier dans l'après-midi (à partir de 15h et jusqu'à un peu au-delà de 18h : j'y étais donc au moment où Elendil a mis en ligne son précédent message du 19 mai) à une de ces représentations, et j'en dirais si possible également quelques mots prochainement...
![[Image: 1716755753_opera-national-du-capitole_de...e_2024.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755753_opera-national-du-capitole_debussy_pelleas-et-melisande_toulouse_2024.jpg)
Pour l'heure, vu les circonstances dominicales succinctement évoquées au début de ce message, ce sera avec Fauré que je terminerai, en ayant réécouté aujourd'hui, avec une certaine émotion je l'avoue [small](comme quand j'ai ensuite relu et réécouté Duke Ellington)[/small], un peu de son grand Requiem, op. 48, et notamment les passages les plus beaux à mes yeux (à mes oreilles) que sont l'Agnus Dei et la dernière partie In Paradisum. Je connais surtout le Requiem de Fauré à travers deux interprétations au disque : celle dont a déjà parlé Elendil précédemment, avec l'Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par Michel Plasson (avec notamment, en soliste, la soprano Barbara Hendricks et le baryton José van Dam), enregistrée en juillet 1984 à la Halle aux Grains et éditée en CD chez EMI (avec un enregistrement de la Cantate de Jean Racine pour choeur et orchestre, le tout ayant été intégré plus tard dans la compilation dont a parlé Elendil), et une interprétation plus ancienne, avec l'Orchestre de la Suisse-Romande dirigé par Ernest Ansermet, enregistrée en octobre 1955 (avec notamment la soprano Suzanne Danco et le baryton Gérard Souzay) et plusieurs fois éditée en CD chez Decca (avec des enregistrements de plusieurs œuvres orchestrales de Fauré, dont Masques et bergamasques, op. 112, œuvre déjà aussi évoquée par Elendil mais dont j'aurai peut-être l'occasion de reparler...).
![[Image: 1716755790_cd_emi_faure_requiem_plasson_07777473172.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755790_cd_emi_faure_requiem_plasson_07777473172.jpg)
![[Image: 1716755887_cd_decca_faure_requiem_anserm...650820.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1716755887_cd_decca_faure_requiem_ansermet_028946650820.jpg)
- <b>Gabriel Fauré (1845-1924), Requiem, pour soli (solistes), chœur, orchestre et orgue, Op. 48</b> :
- <b>V. Agnus Dei</b> (chœur) « Agnus Dei, qui tollis » :
> https://www.youtube.com/watch?v=1JW6TaREPDU (Orfeón Donostiarra [dir. Antxon Ayestaran], Arlette Amyel [orgue], Orchestre National du Capitole de Toulouse, dir. Michel Plasson)
> https://www.youtube.com/watch?v=GNmRic0kzLQ (Union chorale de la tour de Peilz [dir. Robert Mermoud], Eric Schmidt [orgue], Orchestre de la Suisse-Romande, dir. Ernest Ansermet)
- <b>VII. In Paradisum</b> (chœur) « In Paradisum deductant » :
> https://www.youtube.com/watch?v=fqeUEwK_J3M (Orfeón Donostiarra [dir. Antxon Ayestaran], Arlette Amyel [orgue], Orchestre National du Capitole de Toulouse, dir. Michel Plasson)
> https://www.youtube.com/watch?v=SQwaPA-mWkE (Union chorale de la tour de Peilz [dir. Robert Mermoud], Eric Schmidt [orgue], Orchestre de la Suisse-Romande, dir. Ernest Ansermet)[/*]
Amicalement,
B.
[small](EDIT: correction de fautes)[/small]

