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Revue de presse
You're welcome, Isengar. ^^

ISENGAR Wrote:Mais je ne suis toujours pas daccord avec l'expression "positionnement pro-franquiste de J. R. R. Tolkien" ;)


Tu sais bien que, au-delà même de l'expression, je ne cherche pas à imposer mon point de vue, mon cher JR, mais simplement à faire réfléchir sans vouloir chercher la vérité tout seul (ou prétendre l'avoir trouvé). ;-)

Pour compléter mon message précédent, même si, j'en conviens volontiers, les indices d'une sympathie en soi ne valent pas preuve d'une « adhésion » formelle, je pense que J. R. R. Tolkien avait assez clairement une préférence pour un des camps en présence durant la guerre d'Espagne, en l'occurrence le camp de Franco : le peu d'éléments que nous avons, même s'ils sont fragmentaires, me paraissent aller dans ce sens, et cela sans avoir besoin de « tordre » les faits ou de les surinterpréter. Le catholicisme conservateur de l'écrivain a logiquement motivé cette préférence, particulièrement sans doute en raison des violentes exactions anticléricales et antireligieuses commises du côté du camp républicain.

Je pense aussi, à cette aune, que Tolkien a pu probablement lire, entre autres et pour se forger une opinion, la « Lettre collective de l'épiscopat espagnol aux évêques du monde entier », datée du 1er juillet 1937 et dans laquelle l'ensemble des évêques espagnols (seuls les évêques de Vitoria, Tarragone et Orihuela [Murcie] ne signèrent pas cette lettre collective) ont entendu justifier leur « position face à la guerre », en accréditant notamment l'idée que la rébellion des nationalistes franquistes de juillet 1936 contre le régime républicain aurait été un mouvement préventif et défensif face à un soulèvement communiste qui aurait été en préparation avant ladite rébellion du camp d'en face (thèse franquiste jouant un rôle central dans la propagande du régime, et à partir de laquelle furent fabriqués des faux grossiers). Dans ce contexte, l'épiscopat espagnol de l'époque a présenté le conflit comme un affrontement manichéen opposant, d'un côté, un « mouvement national » prétendant défendre « l'ordre », « la patrie », « la civilisation traditionnelle » et « la religion », et d'un autre côté, « une révolution communiste », « matérialiste », « cruelle », « anti-espagnole » et surtout « anti-chrétienne ». Cette lettre collective des évêques espagnols contient tous les éléments nécessaires, notamment « spirituels », pour façonner une opinion catholique conservatrice « mondiale » en faveur d'un parti pris politique (évidemment franquiste) vis-à-vis de la guerre civile espagnole, au-delà même d'une inclinaison intellectuelle de ladite opinion a priori déjà plutôt favorable sur le principe.

Par ailleurs, même si on ne saura jamais ce que Francis Xavier Morgan aurait pensé de la guerre d'Espagne, puisqu'il est mort en 1935, il semble que celui-ci ait eu a priori plutôt tendance à considérer le régime de la IIe République espagnole comme étant illégitime, du moins si l'on en croit la critique qu'il fait, dans un passage d'une lettre citée par José Manuel Ferrández Bru, des élections municipales espagnoles d'avril 1931 dont les résultats sont à l'origine du changement de régime, avec la chute de la monarchie et le départ en exil du roi Alphonse XIII [small](un Bourbon catholique accommodant avec les pratiques dictatoriales du pouvoir en Espagne durant les dernières années de son règne, mais aussi, incidemment [©Elendil], un pícaro, comme le révèle un petit documentaire très court d'ARTE, mis en ligne en février dernier, au contenu explicite interdit en libre accès entre 06h00 et 22h00, mais disponible jusqu'en octobre 2028)[/small]. La République étant perçue par ses adversaires comme l'antichambre de la révolution, je ne serais pas surpris que le père Francis Morgan ait eu un avis similaire. Or sur ce sujet, comme sur d'autres concernant l'Espagne et sa société, quelle influence aura pu avoir, sur le regard de J. R. R. Tolkien, celui qui fut son tuteur tenu en très haute estime, un prêtre catholique hispano-britannique vivant au Royaume-Uni mais ayant gardé des liens familiaux forts avec l'Espagne et vraisemblablement bien plus conservateur que libéral ? Cela fait partie des (quelques) éléments à prendre en compte, tant bien que mal.

Je ne suis pas sûr en tout cas que Tolkien ait été bien conscient, par exemple, de la dimension paradoxalement en partie religieuse du ressentiment suscité par les représentants de l'Église chez des populations chrétiennes pauvres se sentant trahies par le clergé, dans un contexte de tensions sociales extrêmement fortes en Espagne durant les décennies précédant la guerre civile. Cela a fait partie des motivations à l'origine de la violence anticléricale observée durant les premiers mois de l'affrontement provoqué par le coup d'État nationaliste de juillet 1936, dans un contexte d'exactions relevant aussi cependant et clairement de la terreur révolutionnaire. Voici ce qu'écrit François Godicheau, que je cite donc à nouveau, à propos de ce qui s'est passé du côté républicain, fut-ce durant une période plus courte et pour un bilan de victimes nettement moins élevé qu'en ce qui concerne la camp franquiste, ainsi que je l'ai évoqué dans mon précédent message :

[citation=François Godicheau, La guerre d'Espagne. De la démocratie à la dictature, Paris, Gallimard, collection « Découvertes », 2006, chapitre 1, p. 30-32. ][...] l'écroulement de l'État républicain [dans le contexte chaotique du début de la guerre civile] et la disparition de sa force coercitive ont entraîné une privatisation de la violence entre les mains des organisations politiques, mais aussi d'individus isolés mus par des motifs strictement personnels. Des dizaines de milliers de civils sont victimes d'une terreur révolutionnaire dont la violence est partout la réponse à la brutalité de la domination sociale : ceux qui sont assassinés derrière le mur du cimetière ou au bord d'un fossé par les hommes armés des comités locaux sont des propriétaires et des patrons s'étant distingués par leur intransigeance lors des conflits récents, des militants d'extrême-droite, phalangistes et carlistes, considérés comme des ennemis à abattre dans une guerre qui, pour tous ceux qui portent des armes, ne se réduit pas à un lointain front.
Parmi les victimes, un groupe se détache par le nombre, les ecclésiastiques, curés de village, moines et moniales, pris très vite pour cibles comme autant de soldats en robe noire ou brune. Les prises de position presque quotidiennes de l'Église et de ses moindres représentants, adversaires avoués de la République, systématiquement solidaires, dans les conflits sociaux villageois, avec les propriétaires et la Garde civile, font de ces hommes et de ces femmes l'exutoire privilégié de la colère populaire. Dans la violence à leur encontre, dans les incendies d'églises et de couvents et dans l'acharnement iconoclaste contre statues et objets sacrés, on trouve aussi bien la volonté de désacralisation des anarchistes libres-penseurs qu'une haine plus sombre et profonde, elle-même religieuse, à l'encontre de représentants de la foi traîtres à leur mission de bergers et de garants de l'unité de la communauté.
Bien que condamnée par un gouvernement mi-passif mi-impuissant et bientôt par l'ensemble des organisations républicaines et révolutionnaires, cette violence n'est pas complètement « incontrôlée », à la différence de la répression dans le camp franquiste : l'implication des comités révolutionnaires fait d'elle une terreur révolutionnaire, ressentie par beaucoup comme nécessaire pour gagner à la fois la guerre et la révolution, et « garantie » par des groupes de « milices de l'arrière » et autres « patrouilles de contrôle ».[/citation]

Bien évidemment, je préfèrerai que l'on puisse en savoir bien davantage sur l'opinion de Tolkien, sachant que sa fille a témoigné que la guerre d'Espagne avait été, en tout cas, une importante source de préoccupation pour lui. L'écrivain étant mort deux ans seulement avant Franco, quelle évolution ou quelle absence d'évolution a pu connaitre son opinion sur le temps long ? Georges Bernanos et François Mauriac ont prouvé, par des textes très clairs, que l'on pouvait, dès l'époque de la guerre civile, être catholique conservateur et condamner le camp franquiste, et notamment ses prétentions à se réclamer de la foi catholique, fut-il soutenu par la majorité de l'Église espagnole.

[citation=François Mauriac, « Mise au point » (juin 1938), in Mémoires politiques, Grasset & Fasquelle, 1970 (1re éd.: Paris, Grasset, 1967), p. 90.]Ce qui fixa notre attitude, ce fut la prétention des généraux espagnols de mener une guerre sainte, une croisade, d'être les soldats du Christ. Ici, je voudrais qu'on nous comprît enfin. D'aimables confrères ont écrit plaisamment que je regrettais qu'il n'y ait eu que quinze mille prêtres massacrés et que je trouvais que ce n'était pas assez. Parlons sérieusement : les sacrilèges et les crimes commis par une foule armée et furieuse, au lendemain d'une rébellion militaire réprimée, sont d'une horreur insoutenable. Nous disons seulement que les meurtres commis par des Maures [des troupes marocaines franquistes venues du Maroc espagnol] qui ont un Sacré-Cœur épinglé à leur burnous, que les épurations systématiques, les cadavres de femmes et d'enfants laissés derrière eux par des aviateurs allemands et italiens au service d'un chef catholique et qui se dit soldat du Christ, nous disons que c'est là une autre sorte d'horreur, dont vous avez le droit d'être moins frappés que nous ne sommes ; mais il ne dépend d'aucun de nous que les conséquences n'en soient redoutables pour la cause qui devrait nous importer par-dessus toutes les autres, et qui est le règne de Dieu sur la Terre.[/citation]

[citation=Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune (1938), III, Le Castor astral, 2008, rééd. Paris, Points, 2014, p. 112-113.]À qui me reproche de mettre en cause les gens d'Église qui ont payé déjà de tant de sang leurs erreurs ou leurs fautes, je pourrais répondre qu'il est difficile de les mettre autrement en garde contre ces erreurs et ces fautes. [...] Supposez que la Croisade tourne mal. Vous lirez dans une future histoire de l'Église que la lettre collective de l'Épiscopat espagnol n'a été qu'un emportement du zèle de Leurs Seigneuries, une maladresse regrettable, qui n'engage nullement les principes. Pour écrire la même chose à présent, je vais m'attirer la désapprobation de M. Paul Claudel. Eh bien, quoi ! j'en ai assez de ces niaiseries. Qui sait ? Peut‑être l'auteur de la future histoire de l'Église utilisera‑t‑il un jour ces modestes pages pour appuyer son argumentation, prouver que l'opinion catholique unanime n'était pas avec ces gens‑là.[/citation]

Nous ne sommes pas en mesure, en l'état des connaissances, de dire si Tolkien a exprimé une réflexion aussi poussée que nos deux écrivains français (qui se sont, eux, largement exprimés publiquement dès l'époque des faits). Rien ne prouve, en tout cas, qu'il soit allé aussi loin qu'eux, même seulement en privé. En octobre 1944, en tout cas, plus de cinq ans après la victoire militaire de Franco, Tolkien semblait toujours disposé à trouver des qualités à son action face aux [emphase]« Rouges »[/emphase], et il restait vraisemblablement marqué avant tout par le souvenir des violences anticléricales du camp républicain, à une époque pourtant où, comme je l'ai écrit précédemment, la répression du régime franquiste national-catholique battait déjà son plein, et dans des proportions sanglantes qui allaient se révéler jamais atteintes, ni par le camp républicain espagnol, ni même par le régime fasciste italien, comme l'a dit François Godicheau dans l'entretien pour L'Histoire cité dans mon précédent message.
Bien entendu, Tolkien est connu pour ne pas être partisan des logiques étatiques totalitaires, voire des logiques étatiques en général (jusqu'à se plaindre, avec un zeste d'antifiscalisme, d'un [emphase]« gouvernement socialiste »[/emphase] [travailliste] britannique qui, en 1956 et en contexte politique démocratique, lui prendrait son argent) : je doute fortement, à cette aune, qu'il ait pu cautionner en soi la nature totalitaire du régime franquiste. Pour autant, le catholicisme brouille quelque peu les cartes, tant vis-à-vis de la nature du régime de Franco (évoquée plus en détail par Godicheau cité précédemment) que vis-à-vis de l'opinion et des forts a priori de Tolkien, notamment concernant ce que l'écrivain appelait les [emphase]« Rouges »[/emphase] ([emphase]“Reds”[/emphase]) qu'ont combattus et vaincus les franquistes. Tolkien était capable de critiquer le clergé catholique, d'un point de vue de croyant fervent, mais qu'a-t-il pu penser au juste des évêques espagnols qui ont très majoritairement soutenu les franquistes, ou de certains prêtres catholiques ayant au contraire soutenu les républicains, notamment au Pays basque ? C'est d'un point de vue plus détaillé dont nous manquons... mais non d'un avis général, favorable au camp de Franco, au camp franquiste vainqueur de la guerre civile, sinon explicitement au régime franquiste, mais la date de 1944 laisse planer quand même, du moins à mes yeux, un doute légitime.

Bien entendu, il faudrait évoquer largement la situation internationale, de plus en plus tendue depuis le début des années 1930, qui participa au façonnement des opinions publiques vis-vis des évènements d'Espagne auxquels furent mêlées les grandes puissances européennes, contexte international ce que je ne ferais ici que succinctement aborder, à travers le point de vue français et en citant, une fois de plus, Godicheau :

[citation=François Godicheau, La guerre d'Espagne. De la démocratie à la dictature, Paris, Gallimard, collection « Découvertes », 2006, chapitre 2, p. 48-49. ]...dès le 19 juillet [1936], le Premier ministre [espagnol] Giral envoie un télégramme à son homologue Léon Blum, chef de file du Front populaire français, pour lui demander de lui vendre armes et avions. Les deux pays sont liés par un accord d'assistance en cas d'agression. Mais en dépit de l'inclination personnelle de Léon Blum, la France n'intervient pas : le tollé soulevé par la droite qui dénonce l'aide apportée à la « république rouge », à la « révolution sanguinaire » espagnole est relayé au sein même de la majorité par le Parti radical qui s'oppose résolument à toute aide. Mais l'hostilité de l'opinion publique n'est pas la seule raison de la neutralité française dans ce conflit : l'allié anglais pèse de tout son poids pour que la France n'intervienne pas, allant jusqu'à menacer, si elle passe outre ses avertissements, de ne pas lui venir en aide en cas d'agression allemande. L'Angleterre, qui, depuis 1931, considère avec méfiance la République espagnole et avec une réelle hostilité le gouvernement du Frente popular, souhaiterait que les militaires [rebelles nationalistes] l'emportent rapidement. En effet, le mouvement révolutionnaire qui se développe dans le camp républicain et affecte des intérêts britanniques relance en Angleterre la peur de l'expansion du communisme, un des deux fondements de sa politique extérieure avec la prudence face à Hitler et à la menace de guerre.[/citation]

En juillet 1947 à l'Assemblée Nationale, dans sa déposition devant la commission parlementaire d'enquête [emphase]« sur les évènements survenus en France de 1933 à 1945 »[/emphase], Léon Blum, chef du gouvernement français tout récemment arrivé au pouvoir lorsque débuta la guerre civile en Espagne, a raconté lui-même dans quel contexte et quelles circonstances il fut entravé dans sa volonté initiale d'apporter un soutien gouvernemental de la République française à la République espagnole : il évoque ainsi notamment [emphase]« la campagne de presse et la campagne de couloirs parlementaires »[/emphase] en France en août 1936, lesquelles notamment [emphase]« s'alimentaient des articles de la presse anglaise qui, dans sa très grande majorité, montrait plutôt de la sympathie au coup de main franquiste »[/emphase]. Léon Blum parle également des échanges qu'il a eu à l'époque avec notamment le député travailliste britannique Philip J. Noel-Baker, venu le voir à Paris, etc., mais je ne développerai pas ici : toute la déposition de Blum (faite en deux auditions en 1946 puis 1947) est passionnante, abordant non seulement [emphase]« les affaires d'Espagne »[/emphase], mais plus largement toutes les questions diplomatiques et militaires, du point de vue français, relatives aux origines du déclenchement de la Deuxième guerre mondiale en 1939, et je ne peux que recommander la lecture de ce texte, remarquablement écrit (fut-ce sous une forme retranscrite), comme toujours avec Léon Blum – ah, comme nous sommes loin de cette qualité de la langue (et de l'esprit) aujourd'hui, avec nos pitoyables pantalonnades parlementaires actuelles en France ! –, ledit texte figurant dans le volume IV-2 (1937-1940) de L'Œuvre de Léon Blum (Albin Michel, 1965).

Bref, même en invoquant l'idiosyncrasie de Tolkien pour parler de ses idées, y compris politiques ou politico-religieuses (idiosyncrasie qui ne ferait pas de lui quelqu'un d'exceptionnel : malgré le poids de tous les déterminismes, notamment sociaux, en dehors des cercles militants les plus sectaires, les points de vue singuliers en politique ne manquent pas, sans quoi les enjeux des élections en régime démocratique seraient beaucoup plus simples qu'ils ne le sont), on ne peut pas considérer que le jugement de l'écrivain n'ait pas été significativement influencé par tout le contexte de l'époque, très propice à diverses tentatives d'orientation et manipulation de l'opinion. Personnellement, si tant est qu'il ait pu émettre des réserves (ce qui n'est pas du tout impossible, même en n'allant pas aussi loin qu'un Bernanos, aussi ardent catholique que vigoureux pamphlétaire), je ne serais pas choqué que Tolkien ait franchement vu comme n'étant pas une mauvaise chose, ou a minima comme un moindre mal, la victoire de Franco en 1939, et qu'il ait été avant tout fortement réceptif, par inclination personnelle (catholique conservatrice) et comme bien d'autres des contemporains (compatriotes britanniques et/ou coreligionnaires catholiques) de l'écrivain, aux informations – qu'elles aient relayées, répétées, amplifiés, déformés, ou même inventées par la propagande franquiste diffusée internationalement – mettant en cause le camp républicain en matière d'exactions et de crimes. On parle beaucoup aujourd'hui des biais de confirmation, des mensonges et des fake news qui nuisent à la capacité de s'informer correctement et de juger en conséquence, mais tout cela était évidemment également d'actualité à l'époque, et c'est sans doute pour cela que peut encore nous parler, aujourd'hui, une réflexion d'un autre grand écrivain et témoin des évènements, George Orwell, cette réflexion datant de 1942 :

[citation=George Orwell, « Retour sur la guerre d'Espagne » (« Looking Back on the Spanish War », écrit en août 1942, partiellement publié en juin 1943 dans la revue londonienne New Road), in Sur le nationalisme et autres textes, traduit de l'anglais par Françoise Bouillot, Paris, Payot & Rivages, 2021, II, p. 76-77. ]Je n'ai guère de preuves directes des atrocités de la guerre civile espagnole. Je sais qu'un certain nombre ont été commises par les républicains, et un nombre bien plus grand – ce nombre ne cessant de s'accroître – par les fascistes. Mais ce qui m'a frappé alors, et qui continue à me frapper, c'est que le crédit qu'on accorde aux récits d'atrocités dépend exclusivement des choix politiques de chacun : on croit aux atrocités ennemies et on refuse de croire à celles de son camp, sans même prendre la peine d'examiner les faits. J'ai récemment dressé une liste des atrocités commises depuis 1918. Il ne s'est pas passé une seule année sans qu'il s'en commette ici ou là, et l'on chercherait en vain un seul cas où la gauche et la droite ont cru simultanément aux mêmes histoires. Plus curieux encore, la situation peut à tout moment se renverser brutalement, et les atrocités parfaitement prouvées d'hier devenir un mensonge ridicule pour la seule raison que le paysage politique a changé.[/citation]

Je terminerai cette longue digression historique (sur un sujet dont nous avons déjà parlé ailleurs, dans un contexte extérieur alors plus tendu, me concernant), en signalant que le magazine L'Histoire a aussi, avant les deux numéros précédemment évoqués relatifs en tout ou partie au franquisme, consacré un dossier spécifique à la guerre civile espagnole (« Guerre d'Espagne : pourquoi la république a perdu ») dans son numéro 427 daté de septembre 2016. Dans ce dossier figure un autre entretien accordé par François Godicheau (oui, encore lui, mais c'est un des meilleurs spécialistes, du moins à ma connaissance, et il renvoie toujours lui-même à de nombreuses autres sources pour qui voudrait aller plus loin), publié sous le titre « Guerre d'Espagne : la fin des légendes » et qui est aujourd'hui accessible en ligne sur le site de la revue :
https://www.lhistoire.fr/guerre-despagne...3%A9gendes

La carte de la guerre d'Espagne accompagnant cet entretien mis en ligne est, de mon point de vue, une remarquable synthèse pour un conflit aux implications si complexes.

[Image: 1726268168_carte_guerre_espagne_-_legend...re_427.jpg]

Je ne doute pas, mon cher JR, que tu sois déjà familier de toutes ces choses [small](sauf peut-être des petits secrets du pícaro Alphonse XIII ?)[/small], mais qui sait... tout cela, même partagé un peu en vrac, pourra peut-être servir à d'autres...

Amicalement,

B.
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