16-09-2024, 21:27
J'étais persuadé d'avoir déjà évoqué Francis Poulenc (1899-1963) en ces lieux, mais aucune trace de message de ma part à ce sujet... C'est étonnant, car s'il est un compositeur qui m'a marqué cette année, c'est bien lui. Qui plus est, il entretient avec notre thème général un lien chronologique étroit, puisqu’il est un contemporain presque exact de C.S. Lewis, et que, comme lui, il est revenu à la religion de sa jeunesse -- dans son cas le catholicisme -- brutalement et à la même époque, quoique pour des raisons entièrement différentes : en 1931 pour Lewis, en 1935 pour Poulenc. On peut dire que c'est un compositeur que j'ai quasiment ignoré pendant longtemps, au point que j'avais tendance à le confondre avec Messiaen (je vous reparlerai de Messiaen un autre jour). Mais en avril, j'ai eu la curiosité d'écouter son Stabat Mater (FP 148). Et là, que dire ? C'est une des plus belles partitions pour voix et orchestre qu’il m’ait été donné d’entendre. Une pièce que l’on souhaite écouter encore et encore pour essayer d’en saisir toute la subtilité. Nul doute que cela est aussi dû à l’excellente interprétation de la soprano Michèle Lagrange, accompagnée par le Chœur et l’Orchestre national de Lyon, sous la direction du trop méconnu Serge Baudo.
![[Image: 189793.jpg]](https://d1rgjmn2wmqeif.cloudfront.net/r/b/189793.jpg)
Le CD d’Harmonia Mundi où figure cet enregistrement comporte aussi deux autres pièces de musique sacrée de Poulenc, par les mêmes interprètes, le Salve Regina (FP 110) et les Litanies à la Vierge noire (FP 82), deux compositions éminemment recommandables. Le Salve Regina est intensément mystique et introverti, tandis que les Litanies, qui constituent la toute première œuvre sacrée de Poulenc, sont une parfaite expression musicale de la dévotion populaire qui a conduit à édifier le sanctuaire de Rocamadour.
Cet été, souhaitant découvrir plus avant ce qu’avait composé Poulenc, je me suis tourné vers ses pièces pour ballet, dont l’essentiel a été enregistré par Charles Dutoit avec l’Orchestre national de France (Decca). Il est vraiment difficile de croire que la musique néoclassique légère et exubérante de la Suite pour orchestre des Biches (FP 36) soit du même compositeur que les austères œuvres vocales sacrées composées deux décennies plus tard. Et pourtant ! Juste après avoir révisé les Biches et en avoir extrait une adaptation orchestrale, Poulenc composa un autre ballet en un acte, les Animaux modèles (FP 111), d’après six fables de La Fontaine. Cet enregistrement en propose à nouveau la Suite pour orchestre qui en est tirée. Chaque morceau est traité comme une miniature bien caractérisée. Si « Le Petit jour (Très calme) » et « Le Repas de midi (Très doux, calme et heureux) », qui ouvrent et ferment le ballet, sont dans une veine plus méditative, « Le lion amoureux (Passionnément animé) » et « L’Homme entre deux âges et ses deux maîtresses (Prestissimo) » sont aussi joyeux et pleins d’humour que les Biches. Quant aux « Deux Coqs (Très modéré) », il est dans une veine burlesque particulièrement réussie, tandis que « La Mort et le bûcheron (Très lent) » révèle la nostalgie qui se cache derrière l’humeur souvent facétieuse de Poulenc. (Notons au passage que dans cette pièce créée à Paris en 1942, Poulenc avait hardiment intégré un passage de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Fort heureusement pour lui, les officiers allemands ne reconnurent pas l’air en question…)
![[Image: A1tv6qcHCLL._SL1500_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/A1tv6qcHCLL._SL1500_.jpg)
Poulenc contribua aussi à de nombreuses œuvres collectives. Il composa ainsi un court morceau intitulé « Matelote provençale » (FP 153) pour la Guirlande de Campra, une « Pastourelle » (FP 45) pour le ballet l’Éventail de Jeanne, ainsi que les morceaux « Le Discours du général » et « La Baigneuse de Trouville » pour la farce de Cocteau les Mariés de la Tour Eiffel. Enfin, il écrivit une brève « Valse » (FP 17) pour l’Album des Six, composé en collaboration avec Auric, Durey, Honegger, Milhaud et Tailleferre. Tous ces morceaux illustrent à merveille le talent de miniaturiste de Poulenc. Aubade (FP 51), en revanche, est une œuvre beaucoup plus conséquente. Poulenc sous-titra ce ballet dont Diane est le principal protagoniste « Concerto chorégraphique pour piano et dix-huit instruments ». Si elle ne fait pas partie de ses œuvres les plus connues, c’est à mon sens une des plus réussies. Ici, Poulenc ne se contente pas de mettre en valeur son talent de mélodiste et d’orchestrateur, mais nous ouvre son cœur.
![[Image: 71+SAy2BUmL._SL1083_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71+SAy2BUmL._SL1083_.jpg)
Ce CD se conclut avec bonheur avec Deux Préludes posthumes et une Gnossienne (FP 104), des orchestrations de Poulenc sur des pièces pour piano de Satie. Des trois, c’est la Gnossienne que je préfère : le style de Satie y est immédiatement reconnaissable, et l’orchestration met particulièrement bien la mélodie en valeur, avec le détachement et la nostalgie nécessaires.
Je mentionnerai au passage la subtile et virtuose Sonate pour flûte et piano (FP 164), que je connais dans une interprétation de Jean-Pierre Rampal à la flûte et de Robert Veyron-Lacroix au piano, laquelle figure dans un intéressant coffret de deux CD intitulé Chefs d’œuvre pour flûte du XXème siècle et édité par Erato, mettant en valeur le talent de ce très grand flûtiste qu’était Rampal.
![[Image: 51-eWMUU-BL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51-eWMUU-BL.jpg)
J’ai également fait l’acquisition d’un double CD de Decca où figurent la plupart des grands concertos de Poulenc, avec une belle variété d’interprètes. Le Concerto pour piano et orchestre (FP 146), ici interprété par Pascal Rogé, accompagné par l’Orchestre Philharmonia, qui est dirigé par Charles Dutoit, témoigne de l’immense talent technique de Poulenc, mais j’avoue qu’il m’a moins convaincu par ses changements brusques de style. Par contre, le Sextuor (FP 100) est une pièce superbe, ici interprétée par Pascal Rogé au piano, Patrick Gallois à la flûte, Maurice Bourgue au hautbois, Michel Portal à la clarinette, Amaury Wallez au basson et André Cazalet au cor. Vient ensuite la Sonate pour deux pianos (FP 156), interprétée par Bracha Eden et Alexander Tamir, qui sont aussi les solistes du Concerto en Ré mineur pour deux pianos et orchestre (FP 61) qui lui fait suite (ils sont là accompagnés par l’Orchestre de la Suisse romande, dirigé par Sergiu Comissiona). Ce sont deux œuvres plus légères, mais très agréables à l’oreille, et qui méritent amplement l’écoute.
Le second CD de coffret est pour moi de beaucoup le plus intéressant : le Concerto en Sol mineur pour orgue, cordes et timbales (FP 93) est une pure merveille, un miracle de dialogue où tant l’orgue que l’orchestre sont mis en valeur. Pour moi qui suis un admirateur de la Symphonie n° 3 de Saint-Saëns, je m’avoue ici absolument bluffé. Sans doute le talent de l’organiste George Malcolm et de l’orchestre de l’Académie de St-Martin-in-the-Fields, sous la baguette d’Iona Brown, n’y sont-ils pas pour rien. Ce sont d’ailleurs eux aussi les interprètes du Concert champêtre (FP 49) pour clavecin qui lui fait suite. Depuis que Mendelssohn a contribué à faire redécouvrir Bach, quel autre compositeur s’est-il aventuré à composer un concerto pour cet instrument ? Pourtant, c’est là encore une réussite remarquable, qui conduit à se demander pourquoi cet instrument est quasi-absent de la musique classique moderne. Sans doute le clavecin manque-t-il de puissance face à un orchestre, mais Poulenc semble avoir anticipé cette difficulté, et le résultat est remarquable.
Ce CD se conclut avec son Gloria en Sol majeur (FP 177), qui lui aurait, paraît-il, été inspiré par la vue de moines bénédictins jouant au football et par les fresques de Gozzoli « où les anges tirent la langue ». De fait, nous sommes là dans une vision solaire, joyeuse et enthousiaste de la gloire divine, sans nulle pompe, ni pesanteur.
![[Image: 51Yn8WAttLL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51Yn8WAttLL.jpg)
C’est clairement dans les œuvres chorales que Poulenc montre le plus son génie, et peut-être spécialement dans les œuvres pour chœur a cappella, dont il a composé un grand nombre. La plupart d’entre elles figurent sur un double CD enregistré par The Sixteen et Harry Christophers pour Virgin Classics. On y trouve notamment la remarquable cantate profane pour double chœur mixte Figure humaine (FP 120), sur un texte de Paul Éluard, où l’on décèle sans mal l’horreur et l’espoir qui habitaient Poulenc au plus noir de la Seconde guerre mondiale – ce morceau ne fut créé qu’en mars 1945 à Londres. Éluard était manifestement un des poètes que préférait Poulenc, puisqu’il est aussi l’auteur des paroles d’Un soir de neige, petite cantate de chambre (FP 126) pour chœur mixte, composition d’une aveuglante noirceur, là encore influencée par la guerre, qui fut créée à Paris en avril 1945. Quant aux Quatre Motets pour un temps de pénitence (FP 97) pour chœur mixte, composés en 1938 et 1939, ce sont eux aussi des merveilles de déploration, particulièrement le troisième « Tenebrae factae sunt ».
Il faudrait encore mentionner plusieurs pièces plus brèves, qui d’une piété intense : les Laudes de Saint Antoine de Padoue (FP 172) et les Quatre petites Prières de Saint François d’Assise (FP 142), toutes deux pour chœur d’hommes, ainsi que l’Ave verum corpus (pour les saluts du Très Saint-Sacrement) (FP 154) pour chœur de femmes, vraiment splendide. L’Exultate Deo, motet pour les fêtes solennelles (FP 109) pour chœur mixte, est d’une belle inspiration mélodique, mais donne l’impression qu’il aurait été encore plus intéressant s’il avait été orchestré. Les Quatre Motets pour le temps de Noël (FP 152) pour chœur mixte ont un côté mystérieux, comme il sied, avant que la joie n’éclate dans le motet final « Hodie Christus natus est ». Le couronnement de cette série est la très pure Messe en sol majeur (FP 89) pour chœur mixte, qui se conclut par un « Agnus Dei » absolument céleste.
Mais Poulenc a aussi composé des pièces profanes a cappella, dans la tradition des chants polyphoniques de la Renaissance, à l’instar de Chansons françaises (FP 130) pour chœur mixte et de la Chanson à boire (FP 31) pour voix d’hommes. Aucun point commun avec les pièces sacrées, si ce n’est le talent mélodique de Poulenc, mais avouons-le : si les plus emportées ne m’ont pas forcément convaincu, j’ai particulièrement apprécié « C’est la petit’ fill’ du prince » et « Ah ! mon beau laboureur ». Enfin, Poulenc a réalisé une superbe mise en musique de poèmes de Guillaume Apollinaire et Paul Éluard dans ses Sept chansons (FP 81) pour chœur mixte. Les contrastes harmoniques accentuent les aspérités de ces textes. Si ma préférée reste « Belle et ressemblante », d’Éluard, je dois bien dire que « Luire » (du même) est splendide aussi et que la musique semble prêter une évidence à un poème dont le sens n’apparaît qu’en coin et se dérobe dès qu’on cherche à l’approcher.
E.
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Le CD d’Harmonia Mundi où figure cet enregistrement comporte aussi deux autres pièces de musique sacrée de Poulenc, par les mêmes interprètes, le Salve Regina (FP 110) et les Litanies à la Vierge noire (FP 82), deux compositions éminemment recommandables. Le Salve Regina est intensément mystique et introverti, tandis que les Litanies, qui constituent la toute première œuvre sacrée de Poulenc, sont une parfaite expression musicale de la dévotion populaire qui a conduit à édifier le sanctuaire de Rocamadour.
Cet été, souhaitant découvrir plus avant ce qu’avait composé Poulenc, je me suis tourné vers ses pièces pour ballet, dont l’essentiel a été enregistré par Charles Dutoit avec l’Orchestre national de France (Decca). Il est vraiment difficile de croire que la musique néoclassique légère et exubérante de la Suite pour orchestre des Biches (FP 36) soit du même compositeur que les austères œuvres vocales sacrées composées deux décennies plus tard. Et pourtant ! Juste après avoir révisé les Biches et en avoir extrait une adaptation orchestrale, Poulenc composa un autre ballet en un acte, les Animaux modèles (FP 111), d’après six fables de La Fontaine. Cet enregistrement en propose à nouveau la Suite pour orchestre qui en est tirée. Chaque morceau est traité comme une miniature bien caractérisée. Si « Le Petit jour (Très calme) » et « Le Repas de midi (Très doux, calme et heureux) », qui ouvrent et ferment le ballet, sont dans une veine plus méditative, « Le lion amoureux (Passionnément animé) » et « L’Homme entre deux âges et ses deux maîtresses (Prestissimo) » sont aussi joyeux et pleins d’humour que les Biches. Quant aux « Deux Coqs (Très modéré) », il est dans une veine burlesque particulièrement réussie, tandis que « La Mort et le bûcheron (Très lent) » révèle la nostalgie qui se cache derrière l’humeur souvent facétieuse de Poulenc. (Notons au passage que dans cette pièce créée à Paris en 1942, Poulenc avait hardiment intégré un passage de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Fort heureusement pour lui, les officiers allemands ne reconnurent pas l’air en question…)
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Poulenc contribua aussi à de nombreuses œuvres collectives. Il composa ainsi un court morceau intitulé « Matelote provençale » (FP 153) pour la Guirlande de Campra, une « Pastourelle » (FP 45) pour le ballet l’Éventail de Jeanne, ainsi que les morceaux « Le Discours du général » et « La Baigneuse de Trouville » pour la farce de Cocteau les Mariés de la Tour Eiffel. Enfin, il écrivit une brève « Valse » (FP 17) pour l’Album des Six, composé en collaboration avec Auric, Durey, Honegger, Milhaud et Tailleferre. Tous ces morceaux illustrent à merveille le talent de miniaturiste de Poulenc. Aubade (FP 51), en revanche, est une œuvre beaucoup plus conséquente. Poulenc sous-titra ce ballet dont Diane est le principal protagoniste « Concerto chorégraphique pour piano et dix-huit instruments ». Si elle ne fait pas partie de ses œuvres les plus connues, c’est à mon sens une des plus réussies. Ici, Poulenc ne se contente pas de mettre en valeur son talent de mélodiste et d’orchestrateur, mais nous ouvre son cœur.
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Ce CD se conclut avec bonheur avec Deux Préludes posthumes et une Gnossienne (FP 104), des orchestrations de Poulenc sur des pièces pour piano de Satie. Des trois, c’est la Gnossienne que je préfère : le style de Satie y est immédiatement reconnaissable, et l’orchestration met particulièrement bien la mélodie en valeur, avec le détachement et la nostalgie nécessaires.
Je mentionnerai au passage la subtile et virtuose Sonate pour flûte et piano (FP 164), que je connais dans une interprétation de Jean-Pierre Rampal à la flûte et de Robert Veyron-Lacroix au piano, laquelle figure dans un intéressant coffret de deux CD intitulé Chefs d’œuvre pour flûte du XXème siècle et édité par Erato, mettant en valeur le talent de ce très grand flûtiste qu’était Rampal.
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J’ai également fait l’acquisition d’un double CD de Decca où figurent la plupart des grands concertos de Poulenc, avec une belle variété d’interprètes. Le Concerto pour piano et orchestre (FP 146), ici interprété par Pascal Rogé, accompagné par l’Orchestre Philharmonia, qui est dirigé par Charles Dutoit, témoigne de l’immense talent technique de Poulenc, mais j’avoue qu’il m’a moins convaincu par ses changements brusques de style. Par contre, le Sextuor (FP 100) est une pièce superbe, ici interprétée par Pascal Rogé au piano, Patrick Gallois à la flûte, Maurice Bourgue au hautbois, Michel Portal à la clarinette, Amaury Wallez au basson et André Cazalet au cor. Vient ensuite la Sonate pour deux pianos (FP 156), interprétée par Bracha Eden et Alexander Tamir, qui sont aussi les solistes du Concerto en Ré mineur pour deux pianos et orchestre (FP 61) qui lui fait suite (ils sont là accompagnés par l’Orchestre de la Suisse romande, dirigé par Sergiu Comissiona). Ce sont deux œuvres plus légères, mais très agréables à l’oreille, et qui méritent amplement l’écoute.
Le second CD de coffret est pour moi de beaucoup le plus intéressant : le Concerto en Sol mineur pour orgue, cordes et timbales (FP 93) est une pure merveille, un miracle de dialogue où tant l’orgue que l’orchestre sont mis en valeur. Pour moi qui suis un admirateur de la Symphonie n° 3 de Saint-Saëns, je m’avoue ici absolument bluffé. Sans doute le talent de l’organiste George Malcolm et de l’orchestre de l’Académie de St-Martin-in-the-Fields, sous la baguette d’Iona Brown, n’y sont-ils pas pour rien. Ce sont d’ailleurs eux aussi les interprètes du Concert champêtre (FP 49) pour clavecin qui lui fait suite. Depuis que Mendelssohn a contribué à faire redécouvrir Bach, quel autre compositeur s’est-il aventuré à composer un concerto pour cet instrument ? Pourtant, c’est là encore une réussite remarquable, qui conduit à se demander pourquoi cet instrument est quasi-absent de la musique classique moderne. Sans doute le clavecin manque-t-il de puissance face à un orchestre, mais Poulenc semble avoir anticipé cette difficulté, et le résultat est remarquable.
Ce CD se conclut avec son Gloria en Sol majeur (FP 177), qui lui aurait, paraît-il, été inspiré par la vue de moines bénédictins jouant au football et par les fresques de Gozzoli « où les anges tirent la langue ». De fait, nous sommes là dans une vision solaire, joyeuse et enthousiaste de la gloire divine, sans nulle pompe, ni pesanteur.
![[Image: 51Yn8WAttLL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51Yn8WAttLL.jpg)
C’est clairement dans les œuvres chorales que Poulenc montre le plus son génie, et peut-être spécialement dans les œuvres pour chœur a cappella, dont il a composé un grand nombre. La plupart d’entre elles figurent sur un double CD enregistré par The Sixteen et Harry Christophers pour Virgin Classics. On y trouve notamment la remarquable cantate profane pour double chœur mixte Figure humaine (FP 120), sur un texte de Paul Éluard, où l’on décèle sans mal l’horreur et l’espoir qui habitaient Poulenc au plus noir de la Seconde guerre mondiale – ce morceau ne fut créé qu’en mars 1945 à Londres. Éluard était manifestement un des poètes que préférait Poulenc, puisqu’il est aussi l’auteur des paroles d’Un soir de neige, petite cantate de chambre (FP 126) pour chœur mixte, composition d’une aveuglante noirceur, là encore influencée par la guerre, qui fut créée à Paris en avril 1945. Quant aux Quatre Motets pour un temps de pénitence (FP 97) pour chœur mixte, composés en 1938 et 1939, ce sont eux aussi des merveilles de déploration, particulièrement le troisième « Tenebrae factae sunt ».
Il faudrait encore mentionner plusieurs pièces plus brèves, qui d’une piété intense : les Laudes de Saint Antoine de Padoue (FP 172) et les Quatre petites Prières de Saint François d’Assise (FP 142), toutes deux pour chœur d’hommes, ainsi que l’Ave verum corpus (pour les saluts du Très Saint-Sacrement) (FP 154) pour chœur de femmes, vraiment splendide. L’Exultate Deo, motet pour les fêtes solennelles (FP 109) pour chœur mixte, est d’une belle inspiration mélodique, mais donne l’impression qu’il aurait été encore plus intéressant s’il avait été orchestré. Les Quatre Motets pour le temps de Noël (FP 152) pour chœur mixte ont un côté mystérieux, comme il sied, avant que la joie n’éclate dans le motet final « Hodie Christus natus est ». Le couronnement de cette série est la très pure Messe en sol majeur (FP 89) pour chœur mixte, qui se conclut par un « Agnus Dei » absolument céleste.
Mais Poulenc a aussi composé des pièces profanes a cappella, dans la tradition des chants polyphoniques de la Renaissance, à l’instar de Chansons françaises (FP 130) pour chœur mixte et de la Chanson à boire (FP 31) pour voix d’hommes. Aucun point commun avec les pièces sacrées, si ce n’est le talent mélodique de Poulenc, mais avouons-le : si les plus emportées ne m’ont pas forcément convaincu, j’ai particulièrement apprécié « C’est la petit’ fill’ du prince » et « Ah ! mon beau laboureur ». Enfin, Poulenc a réalisé une superbe mise en musique de poèmes de Guillaume Apollinaire et Paul Éluard dans ses Sept chansons (FP 81) pour chœur mixte. Les contrastes harmoniques accentuent les aspérités de ces textes. Si ma préférée reste « Belle et ressemblante », d’Éluard, je dois bien dire que « Luire » (du même) est splendide aussi et que la musique semble prêter une évidence à un poème dont le sens n’apparaît qu’en coin et se dérobe dès qu’on cherche à l’approcher.
E.

