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Et vous, qu'écoutez-vous ?
Faute de temps, je comptais plus évoquer la suite de mes écoutes à propos de compositeurs que j'avais déjà mentionnés ici plutôt que d'ouvrir de nouveaux « chapitres », mais je me sens obligé de remercier Hyarion pour m'avoir corrigé (je ne sais plus trop où) à propos de la Chauve-souris, opérette dont je trouve la musique d'une insupportable sucrerie et que j'attribuais erronément à Richard Strauss plutôt qu'à Johann Strauss fils (d'autant qu'il n'y a aucun lien de parenté entre les deux). Cela m'a incité à m'intéresser de plus près à Richard Strauss, que j'avais largement négligé jusqu'à cette année. En fait, j'ai déjà mentionné en passant son opéra Salomé, qui est une vraie splendeur. Plus récemment, j'ai fait l'acquisition d'un coffret regroupant l'intégrale de ses œuvres symphoniques enregistrées par Rudolf Kempe avec la Staatskapelle de Dresde. Très beau coffret, avec un son magnifique et un chef qui connaît intimement Strauss.

[Image: 710nUmXoOFL._SL1500_.jpg]

Il y a de vraie gemmes là-dedans, notamment les poèmes symphoniques Ainsi parlait Zarathoustra (Op. 30) ou Mort et Transfiguration (Op. 24). Toutefois, c'est Une vie de héros (Op. 40) que je voudrais mentionner, car il est intéressant de voir les similitudes entre les différents mouvements, qui reflètent la conception qu'il avait de la carrière d'un héros, et la vie d'Aragorn selon Tolkien. Le thème principal du premier mouvement « Le héros » est particulièrement marquant, sans grandiloquence, et me semble éminemment adapté à un personnage dont l'héroïsme est déjà présent, mais qui n'est pas encore reconnu comme tel aux yeux du monde. De même, l'aspect cacophonique du deuxième mouvement « Les adversaires du héros » me paraît être une très bonne représentation musicale des Orques de Tolkien. Vient ensuite « La compagne du héros », qui évite adroitement toute mièvrerie et me semble pouvoir assez bien s'accorder avec l'aspect de belle étrangeté des Elfes. La musique passe alors au « Champ de bataille du héros », qui évoque évidemment la rencontre avec les adversaires, la lutte et la victoire finale. La musique ne s'arrête pas là, mais continue avec « L'œuvre de paix du héros » et se termine avec le « Retrait du monde du Héros et son accomplissement », thèmes éminemment tolkieniens s'il en est. (La partition a été critiquée pour la longueur de cette dernière partie, qui n'en finit pas de se finir, et sans doute Strauss aurait-il dû l'abréger un peu, mais cela m'évoque tout de même la scène de la chevauchée des Porteurs à la toute fin du SdA.) Notons tout de même deux bémols à cette description : en réalité, la partition serait au moins en partie autobiographique, évoquant la vie personnelle de Strauss d'une manière assez « romancée », et les titres des morceaux ont en fait été donnés après coup par Lawrence Gilman, après différents entretiens qu'il avait eu avec Strauss. N'empêche, si une adaptation du SdA avait été mise en musique par Strauss, je suis persuadé que ça aurait eu de la gueule...

[séparation]

P.S. : Et puis trois choses encore qu'il serait dommage de passer sous silence : d'abord la Symphonie alpestre (Op. 64), qui n'est pas tant une symphonie qu'un immense poème symphonique sur le thème d'une ascension en montagne, d'un réalisme idéalisé. On visualise parfaitement les différents moments de l'ascension, et l'on peut même faire le parallèle avec la fameuse randonnée en Suisse à laquelle Tolkien a fréquemment fait allusion (sous réserve de transposer « Sur le glacier » en « sur l'éboulis », car Tolkien ne s'est pas aventuré sur les sommets). Qui plus est, ce morceau contient la description musicale d'un orage la plus réussie qu'il m'ait été donné d'entendre, et de très loin. Ensuite, j'aurais mauvaise grâce à omettre le poème symphonique Aus Italien (Op. 16), qui adopte quant à lui la structure d'une symphonie classique, bien qu'il s'inspire explicitement des paysages italiens que le compositeur put voir lors d'un séjour qu'il fit dans la péninsule en 1886. Je ne le connaissais pas, mais c'est une très belle découverte. Enfin, j'ai déjà mentionné mon amour pour le cor, et mes réserves vis-à-vis de l'ensemble des concertos pour cor du répertoire, qui s'efforcent bien souvent de donner à ce dernier un rôle plus virtuose que ce qui convient à sa sonorité. Ces réserves, Strauss les surmonte parfaitement dans son Concerto pour cor et orchestre n° 1 en Mi bémol majeur (Op. 11), œuvre de jeunesse pourtant, et plus encore dans son Concerto n° 2 en Mi bémol majeur (TrV 283), composé dans les dernières années de sa vie, où il démontre sa grande sensibilité harmonique et sait révéler la poésie propre à cet instrument. (NB : J'ai appris au passage que le père de Strauss avait été un des meilleurs cornistes solo de son temps ; ceci explique certainement cela.)

E.
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