Hyarion Wrote:Et concernant Salieri, l'évocation qu'en a fait Elendil, notamment en se focalisant sur sa musique orchestrale, me fait penser qu'il va être temps, aussi, de parler de l'œuvre d'un autre compositeur ayant vécu entre XVIIIe et XIXe siècles (plus jeune que Salieri mais qui ne lui a survécu que très peu de temps), que j'ai écouté et réécouté cet été, très estimé par Berlioz qui manqua de peu de le rencontrer, et notamment plus tard apprécié musicalement par Tolkien : Carl Maria von Weber.
Et puis il y a également ceci :
Précédemment, votre serviteur Hyarion Wrote:...les œuvres orchestrales que j'écoute régulièrement au disque ces temps-ci, celles en particulier d'Albéric Magnard et d'Ottorino Respighi – où l'on recroise notamment encore la route de Vénus et de Neptune – et dont il faudra donc que je prenne le temps de parler aussi, si je peux...
Pour Weber, je te laisse bien volontiers en parler, c'est un compositeur que je connais fort mal -- et Respighi moins encore. Quant à Magnard, c'est également grâce à toi que je l'ai découvert, et je n'ai pas encore eu le temps d'entendre grand chose de lui, mais je te remercie déjà, car c'est probablement le compositeur le plus sous-estimé que je connaisse.
Cédric Wrote:Je ne peux que faire miens les propos de Menalque (à une réserve près, je suis "spécialiste" de Vivaldi ayant la quasi-totalité - 63 volumes sur 66, mais les 3 derniers vont bientôt rejoindre ma médiathèque - de la <a href="https://vivaldiedition.net/" target="_new">Vivaldi Edition, par le label Naïve</a>). Sachez donc que vous nous lisons, à défaut de réaction !
Je n'ai clairement pas autant d'œuvres de Vivaldi que toi dans ma médiathèque personnelle, mais elle doit quand même compter une douzaine de CD du Prêtre roux, compositeur que j'aime beaucoup. Si tu apprécies Vivaldi, je ne peux que t'engager à écouter les transcriptions pour orgue qu'a fait Bach de trois des concertos de celui-ci. J'avais justement fait jouer le Concerto pour orgue en La mineur BWV 593 (qui transcrit le Concerto pour deux violons et basse continue RV 522 de Vivaldi) pour la sortie de mon mariage.

Dans l'immédiat, je parlerai plutôt d'un compositeur né deux générations plus tôt que Magnard, mais dont la misanthropie n'avait apparemment pas grand-chose à envier à la sienne, et dont les œuvres ont été longtemps négligées, en partie pour les mêmes raisons. Un compositeur qui était de plus un virtuose à l'égal de Liszt, et qui entretenait avec lui des relations d'amitié : Charles-Valentin Alkan (1813-1888). Il a essentiellement composé pour le piano ou pour le piano-pédalier seul, à de rares exceptions près. Ses pièces sont d’une virtuosité assez inégalée, ce qui explique aussi qu’elles soient encore aujourd’hui assez peu jouées. Un critique aurait même dit de certaines d’entre elles qu’elles semblaient composées pour une espèce éteinte de pianistes virtuoses dotés de sept doigts à chaque main...
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J’ai justement fait l’acquisition récente d’un très beau coffret de 13 CD édité par Brilliant Classics, qui couvre les plus grandes œuvres d’Alkan. Parmi celles-ci, il faut impérativement mentionner en premier le véritable chef d’œuvre que sont les 12 études dans tous les tons mineurs Op. 39, qui sont ici interprétées avec brio par Vincenzo Maltempo. Parmi ces études, d’une ambition formidable, la première, intitulée « Comme le vent, prestissimamente », en La mineur, donne le ton : seul un virtuose absolu parviendra à jouer la moyenne de 16 notes à la seconde que requiert le tempo de 160 bpm. Le sommet de l’œuvre, selon moi, est constitué par les études 4 à 7, réunies sous le titre de Symphonie pour piano seul et qui portent bien leur titre. Mais il ne faudrait pas pour autant négliger les études 8 à 10, encore plus virtuoses, qui portent quant à elles le titre de Concerto pour piano seul : rien que l’étude n° 8 en Sol dièse mineur, qui en constitue le premier mouvement, comporte plus de mesures que l’immense sonate n° 29 Hammerklavier de Beethoven. Et que dire de la superbe étude n° 11 « Ouverture : Maestoso » en Si mineur, si ce n’est qu’on a envie de l’écouter et de la réécouter ? La douzième étude « Le festin d’Ésope : Allegretto senza licenza quantunque » en Mi mineur, qui clôt la série, forme une série de variations de moindre ampleur, mais qui ne sont pas moins intéressantes.
Toutes les œuvres d’Alkan ne sont pas aussi mémorables. À vrai dire, je trouve que bon nombre d’entre elles penchent trop du côté de la pure virtuosité, à l’instar du Grand Duo concertant pour violon et piano en Fa dièse mineur Op. 21, qui est ici interprété par Kolja Lessing au violon et Rainer Klaas au piano. Mais en revanche, j’ai beaucoup apprécié les 12 études dans tous les tons majeurs Op. 35, jouées par Mark Viner, et qui valent bien les Études d’exécution transcendantale de Liszt. J’ai trouvé plus remarquables encore les Trois Grandes Études pour les deux mains séparées et réunies Op. 76, avec Alessandro Deljavan au piano. Si on l’ignore, il est difficile d’imaginer que le premier mouvement « Fantaisie » en La bémol est pour la main gauche seule, et plus encore que le deuxième « Introduction, variations et finale » en Ré est pour la main droite seule. Quant au troisième et dernier « Mouvement semblable et perpétuel (Rondo-Toccata) » en Ut mineur, pour les deux mains réunies, il est tout bonnement époustouflant. Toujours dans le registre de la virtuosité, la brève Toccatina Op. 75 mérite amplement l’écoute, d’autant que son interprétation par Alan Weiss est très réussie.
Dans un style plus narratif, la Grande sonate les Quatre Âges Op. 33, ici à nouveau sous les doigts de Vincenzo Maltempo, est une très belle œuvre aussi, qu’il conviendrait volontiers d’écouter face à la série de tableaux The Voyage of Life de Thomas Cole. Les Esquisses Op. 63, interprétées par Laurent Martin, constituent une belle série de miniatures, très variées, mais très agréables à écouter. Quant aux 25 Préludes dans tous les tons majeurs et mineurs Op. 31, toujours par Laurent Martin, il s’agit là d’une œuvre beaucoup plus introspective, voir méditative (le n° 4 en Fa dièse mineur est ainsi intitulé « Prière du soir : Assez lentement », et dans les suivants, nous trouvons aussi « Psaume 150e : Avec enthousiasme » (n° 5), « Ancienne mélodie de la synagogue : Andante flebile » (n° 6 ; notons qu'Alkan était d'origine juive et apparemment pratiquant), « J’étais endormie, mais mon cœur veillait… (Cantique des Cantiques 5:2) : Lentement » (n° 13), « Prière du matin : Vite » (n° 19), enfin « Prière : Lentement » (n° 25), qui revient à la tonalité d’Ut du premier prélude, d’où le fait que cet opus contienne 25 morceaux. C’est sans doute une des pièces d’Alkan les plus accessible aux pianistes. Pour conclure ce rapide survol de sa musique pour piano seul, j’ai trouvé splendide le 1er nocturne Op. 22, du même niveau que les meilleurs de Chopin. Alan Weiss en donne ici une très belle interprétation.
Alkan a beaucoup moins composé pour la musique de chambre. Notons tout de même la très belle Sonate de concert pour violoncelle et piano en Mi Op. 47, où œuvrent Berhard Schwarz au violoncelle et Rainer Klaas au piano. Le Trio avec piano en Sol mineur Op. 30 est encore plus réussi, d’autant que le Trio Alkan en donne une interprétation superlative. Enfin, les trois Concerti da camera Op. 10 méritent eux aussi qu’on s’y intéresse, notamment le n° 1 en La mineur et le n° 2 en Ut dièse mineur. Ces morceaux sont ici interprétés par l’Orchestre de Padoue et de la Vénétie, dirigé par Roberto Forés Veses, qui s’en tirent plutôt honorablement.
E.


