Quelques semaines plus tard...
La deuxième saison de la série Amazon vient de se terminer (je n'en ai vu que quelques petits extraits), et l'on observe, notamment sur le réseau d'Elon M. (X, ex-Twitter), les mêmes prises de tête entre « fans » de Tolkien et « fans » d'univers « étendus » au-delà du domaine littéraire, quoique de façon moins fournie et moins médiatisée que lors de la première saison. Le fait est que l'on assiste simplement à la poursuite d'une inévitable altération de la réception de l'œuvre d'un écrivain, à l'aune des tendances générationnelles transmédiatiques du moment. Aux tolkienophiles qui se désoleraient de ce nouvel état des choses (déjà pourtant à l'œuvre du temps des trilogies de Peter Jackson, mais de façon initialement plus limitée : cela s'est certes fortement aggravé avec la deuxième trilogie), on rappellera une fois de plus que l'œuvre de fantasy de Howard a déjà subi pareil traitement il y a déjà une quarantaine d'années... avec peut-être simplement cette nuance que les « adaptateurs » en audiovisuel de Tolkien feignent un souci ambitieux de fidélité à l'univers d'un écrivain (malgré de grandes contraintes de fond en matière de droits d'exploitation), quand les « adaptateurs » de Howard des années 1980 et 1990, ne prenaient même pas vraiment cette peine, en finissant de fait par proposer à l'écran (au cinéma puis à la télévision) un Conan de parc d'attraction... Eh oui, mine de rien Conan the Destroyer de Richard Fleischer fête ses quarante ans cette année (et on pourra a minima en retenir une bonne musique de Basil Poledouris, mais pour le reste... hum...)...
Bref, nihil novi sub sole...
Quelques mots supplémentaires, cependant, concernant la part des choses à faire entre source littéraire et variation audiovisuelle...
Je sais que la série Amazon, qui me parait avoir des qualités esthétiques indéniables même pour le peu que j'en ai vu, peut plaire à un public qui n'est pas au fait du contenu du Silmarillion et qui est simplement amateur de séries liées à l'imaginaire : au fond, que ce public en profite donc, cela ne me dérange pas en soi, a fortiori si l'objectif est seulement de se divertir.
De toute façon, qui veut vraiment savoir ce qu'il en est, au juste, vis-à-vis des écrits de Tolkien, n'est pas obligé de venir voir ce qui se dit dans les cercles spécialisés. J'ai vu, par exemple, passer dernièrement un article du magazine Télé-Loisirs qui fait assez bien le point concernant la véracité, vis-à-vis des textes de Tolkien, d'une potentielle “love affair” entre Galadriel et Sauron à partir de laquelle brodent les showrunners de la série : https://www.programme-tv.net/news/series...r-tolkien/
Mais est-ce là ce qui intéresse vraiment une large part du public visé ? Jouer avec le potentiel supposé, ici sentimental, des personnages offre sans doute plus de possibilités pour susciter un intérêt qui dépasse la question d'une fidélité scrupuleuse à un univers créé il y a plusieurs décennies, dans un autre contexte en matière de mœurs, a fortiori si l'on ne dispose pas de tous les droits d'adaptation concernant ledit univers, ce qui finalement peut aussi constituer une excuse...
Excuse que n'avaient pas les scénaristes de la deuxième trilogie de PJ lorsqu'ils ont notamment imaginé le rôle de Tauriel. Il était tout-à-fait possible d'introduire autrement une présence féminine (souhaitable) dans le récit du Hobbit porté à l'écran, en évitant au passage d'en faire une trilogie étirant démesurément l'intrigue originale sans en respecter le ton : évoquer la mère de Bilbo aurait pu suivre l'esprit du texte, et mettre en scène, quelque part dans le récit, Goldberry avec Tom Bombadil n'aurait pas paru incongru, en même temps que cela aurait pu constituer un « rattrapage » par rapport à l'absence de ces deux personnages dans la première trilogie... Mais les priorités étaient ailleurs, notamment sans doute dans une volonté de plaire à un public jeune potentiellement féru d'histoires d'amour plus ou moins initiatiques et surtout contrariées, dont on retrouve souvent le modèle dans bien des productions fictionnelles d'aujourd'hui, à l'écrit comme à l'écran.
Une petite anecdote, pour finir...
Ces dernières semaines, dans le cadre de mon travail en bibliothèque scolaire, au milieu de jeunes lecteurs de 6e lisant surtout des mangas et des bandes dessinées destinées à la jeunesse, j'ai semble-t-il incité un d'entre-eux à lire le SdA, faute de disponibilité du Hobbit en rayon pour cause d'exemplaire perdu (j'en ai recommandé un, mais il n'est pas encore arrivé). Point de prosélytisme de ma part : j'ai simplement évoqué l'exemple de Tolkien (qui m'est tout de même pour le moins familier) lors d'une initiation à propos de ce qu'est la fiction et où on peut la trouver dans la bibliothèque, avec la part des choses à faire entre les romans et les productions audiovisuelles. Un élève donc a été curieux d'en savoir plus, y compris donc par lui-même en demandant à lire du Tolkien. Demain, en principe, il devrait me rendre le volume des Deux Tours et emprunter celui du Retour du Roi. Il ne connait pas vraiment les films, ni la série, et c'est un bon lecteur. Il passera peut-être à autre chose quand il aura fini... Qui sait si j'aurai le temps et l'occasion de lui reparler du Hobbit...
[emphase]« Tout coule »[/emphase] ou [emphase]« tout passe »[/emphase], pour reprendre les mots d'Héraclite...
B.
La deuxième saison de la série Amazon vient de se terminer (je n'en ai vu que quelques petits extraits), et l'on observe, notamment sur le réseau d'Elon M. (X, ex-Twitter), les mêmes prises de tête entre « fans » de Tolkien et « fans » d'univers « étendus » au-delà du domaine littéraire, quoique de façon moins fournie et moins médiatisée que lors de la première saison. Le fait est que l'on assiste simplement à la poursuite d'une inévitable altération de la réception de l'œuvre d'un écrivain, à l'aune des tendances générationnelles transmédiatiques du moment. Aux tolkienophiles qui se désoleraient de ce nouvel état des choses (déjà pourtant à l'œuvre du temps des trilogies de Peter Jackson, mais de façon initialement plus limitée : cela s'est certes fortement aggravé avec la deuxième trilogie), on rappellera une fois de plus que l'œuvre de fantasy de Howard a déjà subi pareil traitement il y a déjà une quarantaine d'années... avec peut-être simplement cette nuance que les « adaptateurs » en audiovisuel de Tolkien feignent un souci ambitieux de fidélité à l'univers d'un écrivain (malgré de grandes contraintes de fond en matière de droits d'exploitation), quand les « adaptateurs » de Howard des années 1980 et 1990, ne prenaient même pas vraiment cette peine, en finissant de fait par proposer à l'écran (au cinéma puis à la télévision) un Conan de parc d'attraction... Eh oui, mine de rien Conan the Destroyer de Richard Fleischer fête ses quarante ans cette année (et on pourra a minima en retenir une bonne musique de Basil Poledouris, mais pour le reste... hum...)...
Bref, nihil novi sub sole...
Quelques mots supplémentaires, cependant, concernant la part des choses à faire entre source littéraire et variation audiovisuelle...
Je sais que la série Amazon, qui me parait avoir des qualités esthétiques indéniables même pour le peu que j'en ai vu, peut plaire à un public qui n'est pas au fait du contenu du Silmarillion et qui est simplement amateur de séries liées à l'imaginaire : au fond, que ce public en profite donc, cela ne me dérange pas en soi, a fortiori si l'objectif est seulement de se divertir.
De toute façon, qui veut vraiment savoir ce qu'il en est, au juste, vis-à-vis des écrits de Tolkien, n'est pas obligé de venir voir ce qui se dit dans les cercles spécialisés. J'ai vu, par exemple, passer dernièrement un article du magazine Télé-Loisirs qui fait assez bien le point concernant la véracité, vis-à-vis des textes de Tolkien, d'une potentielle “love affair” entre Galadriel et Sauron à partir de laquelle brodent les showrunners de la série : https://www.programme-tv.net/news/series...r-tolkien/
Mais est-ce là ce qui intéresse vraiment une large part du public visé ? Jouer avec le potentiel supposé, ici sentimental, des personnages offre sans doute plus de possibilités pour susciter un intérêt qui dépasse la question d'une fidélité scrupuleuse à un univers créé il y a plusieurs décennies, dans un autre contexte en matière de mœurs, a fortiori si l'on ne dispose pas de tous les droits d'adaptation concernant ledit univers, ce qui finalement peut aussi constituer une excuse...
Excuse que n'avaient pas les scénaristes de la deuxième trilogie de PJ lorsqu'ils ont notamment imaginé le rôle de Tauriel. Il était tout-à-fait possible d'introduire autrement une présence féminine (souhaitable) dans le récit du Hobbit porté à l'écran, en évitant au passage d'en faire une trilogie étirant démesurément l'intrigue originale sans en respecter le ton : évoquer la mère de Bilbo aurait pu suivre l'esprit du texte, et mettre en scène, quelque part dans le récit, Goldberry avec Tom Bombadil n'aurait pas paru incongru, en même temps que cela aurait pu constituer un « rattrapage » par rapport à l'absence de ces deux personnages dans la première trilogie... Mais les priorités étaient ailleurs, notamment sans doute dans une volonté de plaire à un public jeune potentiellement féru d'histoires d'amour plus ou moins initiatiques et surtout contrariées, dont on retrouve souvent le modèle dans bien des productions fictionnelles d'aujourd'hui, à l'écrit comme à l'écran.
Une petite anecdote, pour finir...
Ces dernières semaines, dans le cadre de mon travail en bibliothèque scolaire, au milieu de jeunes lecteurs de 6e lisant surtout des mangas et des bandes dessinées destinées à la jeunesse, j'ai semble-t-il incité un d'entre-eux à lire le SdA, faute de disponibilité du Hobbit en rayon pour cause d'exemplaire perdu (j'en ai recommandé un, mais il n'est pas encore arrivé). Point de prosélytisme de ma part : j'ai simplement évoqué l'exemple de Tolkien (qui m'est tout de même pour le moins familier) lors d'une initiation à propos de ce qu'est la fiction et où on peut la trouver dans la bibliothèque, avec la part des choses à faire entre les romans et les productions audiovisuelles. Un élève donc a été curieux d'en savoir plus, y compris donc par lui-même en demandant à lire du Tolkien. Demain, en principe, il devrait me rendre le volume des Deux Tours et emprunter celui du Retour du Roi. Il ne connait pas vraiment les films, ni la série, et c'est un bon lecteur. Il passera peut-être à autre chose quand il aura fini... Qui sait si j'aurai le temps et l'occasion de lui reparler du Hobbit...
[emphase]« Tout coule »[/emphase] ou [emphase]« tout passe »[/emphase], pour reprendre les mots d'Héraclite...
B.

